Textes écrits – page 2

 

Sept

SEPT…

Par les élèves des classes 1COM2 et 1GA

du Lycée d’Artois de Noeux-les-Mines

Année 2015-2016

avec le concours de :

Christian QUENNEHEN – enseignant

et Michaël MOSLONKA – romancier

M.M. Faiseur d’histoires

© M.M.Faiseur d’histoires – novembre 2015.

Les auteurs

Chez les 1GA :

Clément A., Julie B., Océane C., Ketlyne D., Tiphanie D., Jessy D., Océane D., Marie F., Justine H., Tiffany K., Juliette L., Maëlle L-H., Morgan M., Estelle P., Virginie R., Romane T. et Océane F.

Chez les 1COM2 :

Gwenaelle A., Lucie B., Dylan B., Coralie B., Melissa D., Leah D., Stéphane G., Thibaut H., Abdel Ouadoud J., Marion L., Noémie L., Cécilie L., Charlotte L., Alexandre M., Margaux S., Clémence T. et Steecie V.

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Également en version PDF ici.

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Chapitre 1

Une demande aux étoiles

Il est six heures, et tout le monde dort dans la maison. Lilou entend la pluie qui claque contre les volets de sa fenêtre. Elle se lève, quitte sa chambre et descend dans la cuisine en sautant de joie, car c’est Halloween.

Ce soir, je vais pouvoir manger des bonbons, pense-t-elle, faire peur aux gens et leur montrer mon terrible déguisement de sorcière ! Je vais le mettre après avoir déjeuné ! C’est maman qui va être contente !

Lilou est une petite fille de sept ans. Elle a de longs cheveux bruns et lisses. Ses yeux verts font d’elle une fillette sage et innocente. C’est une enfant simple, qui aime s’amuser avec ses parents et son petit frère, Florent.

Elle arrive dans le salon. Dans la pièce, la chaleur est au rendez-vous. Ainsi que l’ambiance et les décorations pour Halloween : des toiles d’araignées et des citrouilles au bout d’un fil sont suspendues à l’encadrement de la porte d’entrée ; des ampoules orange et jaunes, en forme de citrouille, sont accrochées au mur ; un squelette tient debout juste à côté de la cheminée, sur laquelle est posé un chandelier.

Dans la salle à manger, les longs rideaux des grandes fenêtres sont décorés de fantômes blancs. Sous une de ces fenêtres se trouve un buffet, sur lequel sont posées des photographies encadrées de la famille de Lilou en vacances. Il y a de belles bougies à côté. La nappe de la grande table est orange, des bougies y sont aussi posées.

Lilou entend des griffes faire « clic-clic » sur le parquet.

C’est Noby !

Noby est le chien de la famille. Il a de grandes taches blanches sur sa fourrure d’un brun foncé, aux poils longs et soyeux. Quand il voit la petite, il remue la queue de joie. Il a une de ses chaussettes sales dans la gueule.

– Roh, Noby !! s’énerve Lilou. Tu me les prends toujours, lâche-la, tout de suite !!

Noby obéit et la dépose au sol. Puis il se faufile vers la cuisine.

Lilou traverse le salon et arrive à son tour dans la cuisine. Noby est assis près de sa gamelle. Elle lui donne des croquettes, puis va voir son poisson rouge, Némo, pour lui donner aussi à manger.

Némo vit dans un aquarium de taille moyenne, qui est posé sur le plan de travail. De minuscules cailloux et de toutes petites plantes vertes naturelles décorent le fond de son habitat. Il y a également un bateau pirate miniature en bois dans lequel le poisson aime se cacher. Un sapin artificiel décoré de minuscules citrouilles d’Halloween est planté dans le fond. L’aquarium est éclairé par la lumière naturelle qui traverse la fenêtre située juste en face. Le petit animal de compagnie de Lilou passe son temps à faire le tour de cet aquarium bien trop grand pour lui. Némo est d’une couleur rouge vif avec de grands yeux.

Lilou s’aperçoit qu’il nage sur le dos. Elle donne plusieurs petits coups contre la vitre afin de voir sa réaction.

Rien ne se passe, Némo ne réagit pas.

– Némo ? Eh ! Oh ! crie-t-elle en tapotant plus fort. Ça va ?

Tout à coup, une énorme bourrasque ouvre la fenêtre. La petite écarquille les yeux de peur. Elle est tellement terrorisée qu’elle se cache sous la table de cuisine. Elle comprend alors que ce n’est que le vent et va fermer la fenêtre, qui s’ouvre encore. Lilou tire directement le rideau, puis elle court dans la chambre de ses parents.

Elle secoue sa mère en hurlant :

– Maman, mon poisson ne va pas bien ! Il ne nage plus, descends avec moi !

– Lilou, va dormir, maugrée son père. Ta mère et moi, nous sommes fatigués…

Lilou est triste que son père ne l’écoute pas. Arnaud est un homme imposant aux cheveux bruns et aux yeux verts. Il porte souvent une chemise à carreaux rouges et un pantalon en jeans. Il est très sévère avec Lilou et avec son frère, Florent, car il veut que ses enfants soient bien éduqués et qu’ils aient un bon avenir.

– Maman, maman ! insiste Lilou. Il ne bouge plus, il faut faire quelque chose !

Arnaud se met en colère :

– Ton poisson n’a rien ! Il dort, tout simplement !

– Rendors-toi, mon chéri, lui dit Louise. Ne t’inquiète pas, je vais m’en charger.

Louise a trente-trois ans et déjà des cheveux gris. Elle ne se fatigue jamais malgré ses deux enfants. Lunatique, elle peut s’énerver parfois pour un rien, comme lorsque le bac à linge est mal fermé. Mais elle est aussi une mère douce et attentionnée. C’est grâce à elle que la famille est unie. Bientôt la famille s’agrandira, car Louise attend un troisième enfant. Elle décide donc d’écouter sa fille.

Louise descend dans la cuisine en robe de chambre et découvre le poisson rouge sur le dos.

– Lilou, dit-elle à sa fille d’un air triste. Némo est parti au ciel, il ne reviendra pas.

L’enfant s’effondre en larmes.

– Non ! refuse Lilou. J’ai pas envie qu’il parte.

– Je t’en achèterai un autre, ne t’inquiète pas, tente de la consoler sa mère avec douceur.

Mais Lilou ne change pas d’avis :

– Non, je ne veux pas d’un autre, je veux celui-là !

Son père arrive dans la cuisine. Il regarde Némo flotter sur l’eau.

– Viens près de papa, dit-il à sa fille. Je sais que tu es triste. Pleure si tu as envie de pleurer, ça fait du bien quand on est triste.

– Est-ce qu’on peut le garder, s’il vous plaît ? demande Lilou en pleurant.

Louise n’aime pas voir sa fille triste.

– Très bien, ma chérie, accepte-t-elle, nous allons le garder…

* * *

C’est la fin de l’après-midi, l’heure d’aller chercher des bonbons chez les habitants du quartier. Lilou a passé une partie de la journée à côté de son poisson à le supplier de revenir à la vie.

– Némo, nage, s’il te plaît ! ne cessait-elle de lui dire. Tu vas rater Halloween. Regarde : ce soir, je vais chercher des bonbons, il faut que tu reviennes pour voir tous les bonbons que je vais ramasser.

Comme Némo ne bougeait toujours pas, la petite fille est montée dans sa chambre.

Le soir venu, elle descend dans la cuisine. Toujours triste, elle n’est pas d’humeur à sortir.

Arrivée dans le salon, elle sent une odeur de fleurs. Elle essaye de trouver d’où provient cette agréable senteur. Elle regarde sur l’appui de la fenêtre et voit des roses. Sur le bouquet, elle trouve un mot : « Pour nos dix ans de mariage, je t’offre ce bouquet. Je t’aime. Arnaud. »

Elle va dans la cuisine pour se servir un verre d’eau. Une odeur de tarte à la citrouille sortie du four la fait saliver. Lilou oublie un peu sa tristesse. Elle boit son verre d’eau en se rapprochant de la tarte, puis se décide à s’en prendre une part.

– Allons chercher des friandises avec ton frère, lui propose alors sa mère.

Florent est déjà prêt. Il est déguisé en vampire. Il porte une petite cape avec un grand col, de longues dents pointues et du faux sang sur le visage. Florent a cinq ans, c’est le portrait craché de son père. Il a des cheveux bouclés et bruns comme lui et les mêmes grands yeux verts que toute la famille. Malgré ses lèvres d’un rouge tomate, tout le monde le trouve très beau. Florent est dégourdi pour son âge et très sage quand on s’occupe de lui, mais si personne ne fait attention à lui, il devient capricieux et égoïste.

– Non, maman, refuse Lilou. S’il te plaît, laisse-moi avec Némo…

– Ton poisson est parti au ciel, lui répond sa mère d’une voix tendre. Tu devrais aller t’amuser, ma chérie.

– D’accord, maman, mais pas longtemps. Je dois veiller sur Némo.

Pendant ce temps, jaloux, Florent commence à faire des caprices, car sa mère s’occupe de sa sœur et pas de lui. Il boude dans son coin, ne voulant parler à personne. Il se bouche les oreilles dès que sa mère lui parle. Noby, quant à lui, est dans son panier. Il regarde gigoter les humains en face de lui.

Lilou se prépare donc à accompagner sa maman et son petit frère. Elle s’habille en petite sorcière. Elle met sa robe puis elle se maquille. Louise lui crêpe les cheveux. Finalement, Lilou enfile ses bottines préférées, et tout le monde sort.

Louise doit s’abaisser pour passer la porte d’entrée et éviter les araignées qui pendouillent. Un détecteur de personne déclenche des cris de chauve-souris. Florent s’agrippe à sa mère en faisant semblant d’avoir peur. Louise rigole. Lilou ne dit pas un mot, elle pense toujours à Némo.

Dehors, le ciel est bas et rempli de nuages noirs. Il fait un froid glacial. Les petites bottines roses de Lilou ont des talonnettes. D’habitude, la fillette aime sauter ou taper des pieds pour que tout le monde puisse l’entendre. Aujourd’hui, elle n’en a pas le courage ni la force. Florent, lui, est très heureux de fêter Halloween avec sa sœur. Il la guide pour chercher des bonbons. Tous deux frappent aux portes.

– Bonjour, un bonbon ou un sort ? disent-ils aux gens.

Petit à petit, Lilou oublie sa tristesse et commence à s’amuser. Heureuse, elle continue sa tournée et tambourine chez les voisins. Puis le vent se met à souffler. Il souffle tellement fort que les feuilles se décrochent des arbres. Un brouillard épais envahit le quartier.

Lilou ne peut plus voir sa mère.

Ils m’ont laissée toute seule, se met-elle à penser, inquiète et apeurée. Je suis perdue.

Elle ne discerne plus que les fenêtres illuminées des maisons. Elle entend une voiture. Le bruit est proche. Elle cherche à voir quelque chose, mais il fait trop sombre. Soudain, une odeur de soufre plane dans l’air. Puis Lilou entend sa mère :

– Lilou, ma puce ? Où es-tu ? Lilou ?

La fillette effrayée l’entend et suit ses cris. Dès qu’elle l’aperçoit, elle court vers elle en pleurant.

– Oh ! J’ai tellement eu peur de te perdre, maman !

* * *

Lilou est maintenant dans sa chambre. Elle est sagement allongée dans son petit lit tout rose et fixe le plafond.

Elle pense à Némo. Elle a compris qu’il était mort. Sur son lit, il y a son doudou : un petit lapin blanc. Sur le sol se trouvent ses jouets. Les murs de sa chambre sont soit rose pâle, soit rose foncé, avec des stickers et des cadres Hello Kitty partout. Une garde-robe blanche se trouve à côté de sa porte.

Lilou n’accepte toujours pas la mort de son poisson. Tout à coup, elle se lève. Elle s’approche de son tapis de jeu où sont rangées ses poupées, sa poussette et sa mini-cuisine. Elle reste immobile pour réfléchir. Puis elle va à sa fenêtre. Elle scrute les étoiles. Émerveillée par le ciel illuminé par toutes ces étoiles, elle joint ses mains puis les lève vers le ciel.

– Je souhaite que mon poisson rouge revive, prie-t-elle en sanglotant.

Puis elle retourne dans son lit et ferme les yeux pour aller au pays des rêves.

Lilou se réveille brusquement.

Dehors, le vent souffle. Les branches des arbres cognent contre la fenêtre de sa chambre. Apeurée, la petite se cache sous sa couette. Elle en a la chair de poule.

Soudain, on frappe, frappe à la porte d’entrée. Violemment. Lilou crie de peur. L’angoisse la hante. Puis, elle décide d’être courageuse et descend au rez-de-chaussée.

Une odeur de mort plane dans l’air. Lilou se dirige vers la porte d’entrée. Petit à petit, ça sent le brûlé. L’odeur de mort devient de plus en plus intense.

Lilou ouvre la porte… et voit d’énormes bottes usées.

La fillette lève la tête. Devant elle se tient un homme. Cet homme est très grand. Elle a l’impression qu’il mesure deux mètres de haut. Elle se sent toute petite par rapport à lui. Il a de longs cheveux noirs très gras et pleins de nœuds. Ils sortent de sa capuche, dont l’intérieur est rouge. Son visage est plongé dans les ténèbres de cette capuche, et Lilou ne voit que ses yeux d’un rouge cramoisi. Il porte un long manteau noir et rouge avec une longue cape noire qui, telle une ombre, bouge au gré du vent. Prise de terreur devant cette silhouette menaçante, Lilou recule. Elle tombe sur le paillasson de l’entrée. Elle cherche à se lever, mais son corps reste immobile, comme si elle n’avait plus prise sur lui. Elle se met à hurler. L’homme habillé en rouge et noir se penche sur elle. La fillette observe au fond de ses yeux de petites flammes qui brûlent.

– Tu as quel âge ? lui demande-t-il d’une voix de fumeur.

Elle lui répond d’une voix hésitante :

– Sept ans, monsieur.

De sa manche, il sort une enveloppe rouge et la lui tend.

– Tiens. Dans cette enveloppe, tu trouveras sept cachets. Sept cachets comme ton âge. Comment t’appelles-tu, ma belle ?

– Lilou, monsieur. Mais ils vont me servir à quoi ? veut-elle savoir, terrifiée.

– Lilou, ces sept cachets vont te servir à faire revivre tout être vivant. À le tirer de son long sommeil.

Lilou hésite, puis elle tend une main tremblante. L’homme sombre et menaçant la lui prend et lui met l’enveloppe dedans. Il referme ses doigts dessus et repose son petit poing sur ses genoux. Puis il recule tout en la fixant méchamment.

Arrivé sur la route, il lève les bras vers le ciel. Un bruit assourdissant retentit. Le brouillard se lève rapidement, et tout le quartier se retrouve plongé dans la grisaille. L’homme disparaît d’un coup. La fillette est stupéfaite. L’odeur de mort se dissipe.

Sans bouger du paillasson, sur lequel elle est tombée, Lilou ne voit plus que la première marche d’entrée. Soudain, un bruit se fait entendre dans son dos. Une silhouette dévale les escaliers à toute vitesse et la prend par le bras. Lilou pousse un cri de frayeur. Une voix sûre et calme lui chuchote :

– Doucement, tout va bien.

Il s’agit de son père.

– Viens te coucher, ma puce, lui dit-il d’une voix douce.

Arnaud regarde la rue. Il y a tellement de brouillard qu’il ne voit plus la route. Il n’entend rien, le brouillard semble étouffer les sons.

– Lilou, que faisais-tu, ici ?

– J’ai entendu du bruit, papa. Alors, j’ai ouvert la porte.

Arnaud n’a rien entendu. Ni sa femme. Louise et lui étaient plongés dans un sommeil lourd et profond. Il faut dire que la veille, ils ont fêté leurs dix ans de mariage, et ils ont un peu trop bu.

Il monte Lilou dans sa chambre. Pendant qu’il la porte, sa fille garde l’enveloppe cachée entre ses mains. Une fois dans sa chambre, Arnaud la met au lit puis s’en va.

Dès qu’il est parti, Lilou regarde à l’intérieur de l’enveloppe. Celle-ci sent les larmes… comme si elle était parfumée de tristesse. Quand la fillette l’ouvre, une odeur de gaz envahit sa chambre. Apeurée, Lilou prend la pilule puis referme l’enveloppe. Elle attend que son père se soit rendormi. Dix minutes plus tard, elle redescend discrètement au rez-de-chaussée. Arrivée dans la cuisine, elle s’approche avec angoisse de l’aquarium. La pilule dans sa petite main moite, elle marche tout doucement. Elle est hésitante, mais elle veut à tout prix que Némo revienne à la vie. Elle met délicatement la gélule magique dans l’eau, puis elle regarde son poisson rouge, attendant que le comprimé fasse son effet.

Il ne se passe rien.

Triste que Némo ne se réveille pas, Lilou remonte dans sa chambre, en larmes. Elle retourne dans son lit en serrant très fort son lapin en peluche contre elle et plonge dans un sommeil agité.

* * *

Lilou se réveille, son estomac gargouille. Elle a faim. Il fait toujours nuit. Ses pensées se tournent tout de suite vers Némo. Elle quitte son lit et sa chambre pour aller vérifier s’il va mieux.

Arrivée à l’avant-dernière marche, Lilou s’arrête. Elle sent une forte odeur d’humidité qui imprègne les murs du salon. Lilou commence à grelotter, il fait affreusement noir et froid. Elle pose le pied sur le parquet, son sourire s’éteint. Un courant d’air froid plane sur le sol. Sa peur monte. Les silhouettes des branches des arbres situés devant la maison se reflètent sur la tapisserie de la pièce. Une épaisse odeur de citrouille, de cire et de brûlé règne dans la pièce.

Lilou file vite dans la cuisine.

Une fois arrivée, elle se dirige directement vers l’aquarium et, surprise, Némo bouge !

La fillette est émue et contente. Son poisson rouge revit. Elle va le voir.

– Coucou ! lui dit-elle. Ça va ? Tu te sens mieux ?

Mais il y a comme un problème… Il manque une nageoire à Némo.

Ben pourquoi il lui en manque une ? se demande Lilou. Comment elle a disparu ?

Lilou ne se pose pas plus de questions. Trop heureuse que son poisson revive, elle court à l’étage pour le dire à ses parents. Son père et sa mère se réveillent en sursaut. Lilou leur explique tout.

– Lilou, il fait nuit…, lui dit sa mère. Tu fais peut-être juste un rêve, ma puce…

– Mais mon poisson s’est réveillé…

Son père pense que ce n’est qu’un mensonge.

– Arrête de raconter des bêtises ! lui dit-il. Va te coucher !

– Maman, papa ! insiste Lilou. Venez voir, je vous promets que Némo s’est réveillé ! S’il vous plaît, s’il vous plaît !

Ses parents se regardent, puis acceptent de descendre.

En découvrant le poisson de nouveau en vie, ils restent stoïques et se disent que Némo n’était peut-être pas mort. Il s’est certainement mis sur le dos le temps d’un instant.

Lilou est déçue de la réaction de son père et de sa mère.

* * *

Après le petit déjeuner, Lilou monte dans sa chambre pour choisir ses habits. C’est à ce moment-là que Florent vient la voir.

– Cette nuit, j’ai entendu « toc-toc » à la porte ! explique-t-il à sa grande sœur. Il y avait une odeur bizarre. Je voulais venir te voir, quand j’ai entendu la voix d’un homme. Je me suis caché derrière le mur et j’ai tout écouté !

Il est convaincu que quelque chose de bizarre s’est passé dans l’aquarium, alors, intrigué, il interroge sa sœur :

– Pourquoi y renage, Némo ? Il a fini son dodo ?

Lilou lui raconte tout :

– Un homme grand, très bizarre m’a donné des cachets. Il m’a dit qu’ils peuvent réveiller d’un long sommeil. Ils sont magiques !

Florent est super content et excité à la fois. Lilou est rassurée que son petit frère croie en elle. Elle poursuit donc :

– Papa m’a mise au lit, mais, après, je suis descendue donner un cachet à Némo. Le revoilà en vie !! Mais tu dois rien dire aux parents, promis ?

Florent est impressionné que ces pilules aient vraiment fonctionné.

– Promis que je dirai rien à maman et à papa, la rassure-t-il en la serrant dans ses bras.

Le lundi matin, la mère de Lilou est seule. Les enfants sont à l’école et son mari est parti travailler. Louise commence par faire la vaisselle du petit déjeuner, puis elle sort le poisson de l’aquarium à l’aide d’une petite épuisette et le dépose dans un bol d’eau. Elle enlève également les minuscules cailloux de décoration, les plantes vertes, le bateau pirate miniature et le sapin artificiel qu’elle met dans l’évier, puis elle les nettoie avec une brosse. Dès qu’elle a terminé, à l’aide d’une pompe, elle retire le liquide, qui se retrouve dans un saladier. Elle prend une éponge mouillée puis frotte l’aquarium dans tous les coins. Elle replace toutes les décorations dedans et verse de l’eau propre avec un bidon. Elle finit par reprendre le poisson avec l’épuisette et le remet à sa place.

Puis elle prend le saladier et vide l’ancienne eau de Némo dans l’évier…

Chapitre 2

La mort de Noby

Les semaines passent, c’est l’anniversaire de Lilou. La fillette le fête avec ses amis. Quand ces derniers arrivent, ils ont plein de cadeaux à la main. Ils voient sur la façade de gros ballons Hello Kitty ainsi que des ballons blancs et roses. Une banderole annonce « Joyeux anniversaire ! » Le portail blanc est décoré comme s’ils allaient entrer dans un château. Des nœuds papillon sont accrochés sur ses barreaux, et une petite pancarte, sur laquelle est inscrit « bienvenue à la fête ! », les accueille.

Une fois qu’ils sont entrés à l’intérieur du « Château de la Princesse », Louise et Arnaud prennent les cadeaux destinés à Lilou pour que leur fille puisse jouer avec ses amis. Ils les portent à bout de bras à l’intérieur de leur maison jusqu’au fauteuil du salon. Pendant ce temps, Lilou emmène ses amis dans le jardin. Elle a préparé des activités pour s’amuser et rigoler avec eux.

Dans le jardin de derrière, il y a un trampoline et une balançoire, ainsi qu’un petit chalet en bois. Deux trottinettes et plein d’autres jouets qui appartiennent à Lilou, à son petit frère et à Noby sont éparpillés dans tous les coins. Les amis de la fillette les prennent et commencent à jouer avec. Ils font des courses avec les trottinettes et ils exécutent des saltos sur le trampoline. Certains enfants commencent à imiter… un fantôme ! Tout le monde crie et se cache.

Tout au fond du jardin, il y a un poulailler et des lapins. Quand ils voient le poulailler et les clapiers, les amis de Lilou cessent de jouer aux fantômes. Ils courent tous vers les animaux pour pouvoir les caresser. Ils crient « Cot cot ! » et ils essayent d’imiter le lapin, puis ils donnent à manger aux animaux.

Dans le garage, le père de Lilou allume le barbecue. Il fait cuire des saucisses. C’est Florent qui a voulu ce repas. C’est son repas préféré.

– Les enfants ! appelle Louise. Venez manger !

Les amis de Lilou cessent de jouer et entrent dans la maison en criant : « Ouiiii ! » Ils sentent l’odeur des bonbons et des boissons et se jettent vers la table.

Lilou allume la musique et commence à danser. Les autres enfants descendent de leur chaise et se précipitent sur la piste de danse.

* * *

Tous les amis de Lilou sont partis.

La fillette déguste un dernier morceau de saucisse devant l’aquarium de Némo, dans la cuisine. Ses parents sont dans le salon en train de tout nettoyer. Des confettis recouvrent le canapé et le plancher. Du gâteau est écrasé sur les murs. Des gobelets et des assiettes sont éparpillés dans toute la maison, qui ressemble à un champ de bataille.

Soudain, Lilou entend un bruit suspect dehors.

Poussée par la curiosité, elle se rend dans le jardin.

Le ciel est devenu gris, le vent s’est levé. Les arbres bougent, et la porte du cabanon claque. L’escarpolette de la balançoire se met à grincer. Lilou s’en approche quand une odeur d’animaux morts lui agresse les narines. La puanteur est tellement forte qu’elle ne peut la supporter. La fillette masque son nez avec sa main. Un fort parfum d’urine commence à se faire sentir. L’odeur se dégage des buissons qui poussent au fond du jardin.

Lilou a un très mauvais pressentiment.

Elle avance et découvre Noby, qui est allongé. Son chien laisse échapper de petits jappements de douleur. Des larmes coulent de ses yeux. De la mousse dégouline de sa truffe et de sa gueule, qu’il ne cesse d’ouvrir et de refermer. Sa langue est déchiquetée par les coups portés par sa mâchoire comme s’il avait voulu se la manger. Des gouttes de sang en ruissellent et finissent leur course sur l’herbe fraîchement tondue. Le corps de Noby tressaute. Sa queue fouette le sol, puis elle cesse de bouger. Sa gueule se referme, ses yeux se retournent. Il est immobile. Sa mort est certaine… Lilou s’effondre en sanglots. Pas moyen de s’arrêter, puis elle voit un petit caillou qui lui rappelle les pilules magiques.

La jeune fille ramasse délicatement Noby, elle le prend dans ses bras pour l’emmener dans sa chambre. Elle fait le tour de la maison, passe la porte d’entrée, mais il y a un problème : ses parents sont toujours là, occupés à nettoyer la pièce. La petite traverse quand même le salon. Elle dit à ses parents que son petit chien dort et qu’elle va jouer à la maman avec dans sa chambre. Louise et Arnaud la croient.

Arrivé dans sa chambre, Lilou allonge Noby au bout de son lit et installe une couverture sur lui pour qu’il n’ait pas froid. Elle glisse une couette sous son lit, pose son petit chien dessus avec le lapin blanc, son doudou préféré. Elle veut qu’ils soient ensemble, car elle les aime tous les deux. Et pour bien les cacher, elle fait tomber ses draps de son lit jusqu’au sol. Puis elle va vers sa commode de nuit, l’ouvre et prend la poupée russe dans laquelle les comprimés sont cachés. Elle se faufile vers son chien. Elle ouvre ses mâchoires, se pince le nez pour ne pas sentir l’odeur. Elle enfonce la gélule au fond de sa gorge puis referme sa gueule. Elle espère que la pilule magique fera son effet.

Elle s’allonge sur son lit et attend que quelque chose se passe. Finalement, elle s’endort sans que rien ne soit arrivé.

* * *

La nuit est venue.

Lilou est toujours en train de dormir. Ses parents ne l’ont pas réveillée, car elle s’est bien amusée et elle doit être très fatiguée de sa journée.

Lilou se réveille en sursaut. Elle croit avoir entendu des cris d’enfants et des aboiements. Dehors, les branches des arbres se balancent de tous côtés. Des bruits étranges résonnent dans sa maison. Des genres de petits pas, des grincements et des craquements. Les bruits se répètent, puis s’arrêtent.

La fillette sort discrètement de son lit et se penche pour regarder en dessous. Son chien n’est plus là. Lilou est perdue, elle se demande où est Noby, elle ne sait pas vraiment quoi penser. Elle quitte sa chambre sur la pointe des pieds. Elle ne veut pas faire de bruit, car elle est effrayée par les petits pas et les grincements qu’elle a entendus. Elle se dirige vers les escaliers, qu’elle descend tout doucement, marche après marche, pour ne réveiller personne. Elle arrive dans le salon, où rien n’est allumé. Seule dans le noir, elle ne bouge pas. Elle respire très lentement. Dans l’attente de nouveaux bruits, elle avance, pas à pas. Elle se retrouve devant la fenêtre qui donne sur le jardin. Elle est ouverte. Le vent fait bouger les rideaux.

– C’est bizarre…, chuchote Lilou.

Elle regarde dehors, elle ne voit que sa balançoire s’agiter. Tout à coup, elle entend un petit grognement provenant de derrière elle. Elle tourne la tête et découvre son chien.

Noby se tient assis à côté de la table basse. Il a une chaussette sale dans sa mâchoire. Il remue la queue. Lilou explose de joie, et des larmes coulent de son visage. Elle est tout sourire. Heureuse de retrouver son chien, elle le serre fort dans ses bras.

– Tu m’as manqué, mon Nono ! Je te protégerai et je te cajolerai tous les jours, mon chien !

« Nono » aboie. Un ver de terre lui sort de l’oreille. Il tombe sur le bras de Lilou. Noby le voit. Il lâche la chaussette et avale le ver d’un coup de langue.

Trop heureuse, Lilou ne se rend compte de rien. Elle prend son ami de compagnie et l’amène dans sa chambre pour se rendormir avec lui.

* * *

Pendant les semaines suivantes, Lilou s’est appliquée à donner à manger à Némo. Elle est un peu triste, car il lui manque une nageoire. Elle s’occupe aussi de son chien en le promenant le soir, avant le souper, comme s’il n’avait jamais été empoisonné. Elle est heureuse avec son chien et son poisson. Mais un jour qu’elle est assise, tranquillement, dans le canapé du salon en train de prendre son goûter tout en regardant la télévision, elle entend son chien hurler !

Son cri vient de la rue.

Elle se presse d’aller dehors.

Elle découvre Noby sur la route.

L’animal est allongé au milieu d’une mare de sang. Sa patte arrière gauche fouette l’air. Le sang gicle de son cou. Sa cage thoracique a explosé. Ses boyaux sortent de son ventre déchiqueté. Sa tête ne tient plus que sur un tendon. Puis Noby s’immobilise. Il est mort. Lilou s’effondre et pleure toutes les larmes de son corps.

– Ne me laisse pas toute seule, mon Nono, lui dit-elle, mon meilleur ami, mon chien fidèle.

Elle pense à la pilule magique. Elle monte dans sa chambre pour en prendre une. Elle revient et dit à son chien :

– Je vais te sauver encore une fois. Avale ça, ça va te guérir !

Elle met la pilule dans la gueule de Noby. Ne sachant plus quoi faire ensuite et ne voulant pas laisser Noby sur la route, elle décide d’aller chercher sa mère.

– Oh, pauvre Noby ! s’exclame Louise, horrifiée, en découvrant le corps du chien.

Elle prend sa fille dans ses bras et lui cache les yeux.

– Je suis navrée Lilou…, lui dit-elle. On ne peut rien faire pour lui.

Elle câline et embrasse Lilou, qui ne cesse de pleurer.

– Ne pleure pas, ça va aller, la console Louise, triste de la voir en larmes. S’il le faut, on en rachètera un autre.

Lilou hésite, elle est déchirée par rapport à la solitude qu’elle ressent et le fait de remplacer son chien qu’elle aimait tant. Florent est sorti, lui aussi. D’abord, il ne comprend pas. Il voit sa mère triste, sa sœur pleurer. Puis il voit Noby.

– Maman, est-ce que Noby, il va dormir toute sa vie ?

Elle le prend, à son tour, dans ses bras. Lui cache aussi les yeux.

– Oui, Florent. Il est parti au paradis. Ne t’inquiète pas, il sera bien là-bas. Il pourra dormir tant qu’il voudra.

Puis elle ramène ses deux enfants dans leur maison et les monte dans leur chambre pour jouer avec eux.

* * *

Lilou marche vers le fond du jardin, accompagnée de ses parents et de Florent. Ils vont y enterrer Noby. Triste, la fillette tient un panier dans lequel se trouve le corps de son petit chien.

Ils se dirigent vers le trou qu’Arnaud a creusé. Lilou commence à hurler quand son père lui prend Noby pour l’enterrer. Arnaud et Louise se regardent en pensant qu’elle s’en remettra vite, mais le doute s’installe quand ils voient qu’elle s’agenouille sur la tombe et continue de hurler.

Louise se dirige vers sa fille pour la réconforter, mais rien n’y fait : Lilou refuse d’être consolée. Elle pleure et rejette la faute sur sa mère.

Quelques jours plus tard, Lilou va au fond du jardin et dépose une fleur sur la tombe de Noby. Elle s’accroupit et lui dit :

– Je sais que tu vas revivre. J’en suis sûr, tu es mon chien et je t’aime.

Sa mère l’appelle pour aller faire des courses, Lilou accepte de mauvais cœur. Une heure plus tard, toutes les deux reviennent. Lilou entend un aboiement. Elle court vers le jardin. Elle pense que Noby est revenu à la vie, mais la tombe est intacte. Elle ferme les yeux et essaye d’y croire. Elle les rouvre : la tombe est toujours intacte, et il n’y a aucune trace de son chien. Lilou en a les larmes aux yeux. C’était une hallucination. Elle comprend que la pilule magique ne fonctionnera plus sur son chien.

Les jours suivants, la fillette se réconforte auprès de son poisson rouge. Elle le chouchoute, lui donne à manger et joue avec. Son père a construit un grand bassin dans le jardin. Elle prend Némo et va le mettre dans l’eau. Elle se demande comment son poisson peut résister au froid de l’eau, puis elle hausse les épaules et dit à voix haute :

– Après tout, peu m’importe, le principal, c’est qu’il soit là.

Chapitre 3

Un bébé, un décès

C’est le 24 décembre, il est midi.

Des guirlandes rouges et blanches illuminent la façade de la maison de Lilou. De grands pères Noël décorent le jardin, ainsi que des sapins avec des guirlandes, des boules et une étoile dorée. Un petit père Noël, posé sur l’appui de la fenêtre, semble regarder les enfants afin de savoir s’ils sont assez sages pour mériter leurs cadeaux. Une grande crèche, éclairée par des lumières blanches, est installée au milieu du jardin.

À l’intérieur de la maison, dans le salon, se trouve un grand sapin décoré de guirlandes rouges et blanches, d’une étoile blanche, de boules rouges, de petites figurines d’anges et de guirlandes lumineuses blanches. À son pied ont été placés les chaussons des enfants et un dessin de leur part. Sur la table du salon, Lilou et Florent ont préparé, en avance, un verre de lait et des biscuits pour le père Noël.

Dans toute la maison, on entend de jolis chants de Noël. Des petits pères Noël sont placés un peu partout dans toutes les pièces. Le long de la cheminée pendent des bottes rouges portant les prénoms de toute la famille. Un feu fume dans la cheminée et dégage une bonne odeur de bûches en train de brûler. On entend le souffle de l’âtre.

Une odeur de bouchées à la reine emplit le salon. Il est temps de se mettre à table !

Lilou s’installe avec son frère et ses parents. Elle hume cette bonne petite odeur. Louise sert d’abord ses enfants. Elle a le visage cerné. Le blanc de ses yeux verts est très rouge. Elle ne dort pas beaucoup à cause des contractions du bébé. Une fois qu’elle a fini de servir tout le monde, y compris elle-même, Louise s’assoit en soufflant :

– J’espère que vous allez vous régaler. Bon appétit à tous !

Ensuite, elle se plaint :

– Qu’est-ce que je suis fatiguée…

– Va te reposer, lui dit Florent, tu as assez fait du bon travail.

– À partir de demain, Flo et moi, nous allons t’aider à préparer à manger ! décide Lilou.

– Oui, maman, accepte Florent, nous serons là pour t’aider !

Arnaud les interrompt :

– Les enfants, votre mère a une super nouvelle à vous dire !

Lilou et Florent commencent à crier de joie et à parler en même temps :

– Que se passe-t-il ?

Quoi comme surprise ?

Puis Lilou réfléchit. Elle pense avoir une idée et propose :

– Le bébé va bientôt arriver, c’est ça, maman ?

Louise prend le temps de répondre, afin de garder un peu de suspense, puis répond :

– Oui, le bébé va bientôt arriver !

Après ce léger petit repas et cette bonne nouvelle, direction le marché de Noël !

À l’entrée, Lilou est émerveillée par les lumières, les grands sapins colorés, les chants et les bonnets de Noël. Un père Noël fait des photos avec des enfants, auxquels des lutins offrent des bonbons en chocolat. L’air embaume d’odeurs de petits pains tout chauds, de marrons et de chocolat chaud.

Lilou demande à Florent :

– Demain, c’est Noël, tu veux quoi par le père Noël ?

Le petit garçon s’écrie :

– Moi, j’veux un n’avion qui vole ! Et toi, Lou, tu aimerais avoir quoi, toi ?

– Je sais pas…

Son frère réfléchit et propose :

– Un chien zombie ?

– Ne parle pas de chien zombie ! lui crie Lilou. Ça n’existe pas !

– Le père Noël, il va avoir trop peur de le mettre dans son traîneau ! réplique Florent.

Lilou a expliqué à son petit frère qu’elle avait fait revivre Noby grâce à une pilule magique. Florent l’a crue, mais quand Noby a été écrasé par la voiture, celui-ci n’est pas revenu. « Peut-être que la pilule ne fonctionne qu’une fois par être vivant ? » a-t-elle dit à Florent.

Arnaud intervient :

– Ça suffit, vos bêtises ! Et arrêtez de vous disputer !

Soudain, Lilou ressent un mal-être, comme si quelqu’un l’observait. Les stands dégagent une odeur chaude de sucre brûlé. Le vent devient glacial. Lilou s’est habillée d’une jupe rose, que le vent fait voler. Pas très rassurée, la fillette veut se blottir contre sa mère, mais ses parents et son petit frère ne sont plus là…

Lilou cherche après eux. Elle passe devant la patinoire et devant la crèche vivante. Entre-temps, la neige commence à tomber. La fillette est désorientée. Angoissée, elle change de direction. Elle finit par se perdre. Il fait de plus en plus froid, le vent siffle entre les chalets. Il souffle affreusement fort. Les sapins bougent violemment. Lilou ne sait plus quoi faire. Elle arrive devant un chalet sombre dont les volets claquent au vent. Le brouillard tombe et le marché de Noël devient lugubre.

Lilou se met à l’abri. La neige se calme. La fillette reprend ses recherches et fait à plusieurs reprises le tour du marché de Noël. Elle cherche, mais personne. Elle cherche et recherche et finit par retrouver sa famille juste à côté du carrousel. À la vue de ses parents, elle court jusqu’à eux et se jette dans leurs bras en leur disant :

– Je me suis perdue dans le marché, j’ai eu tellement peur !

– Lilou, lui dit sa mère, tu n’as pas le droit de te sauver comme ça. On était inquiet.

– Maintenant, intervient son père, tu nous donnes la main et tu ne nous lâches plus.

Le vent souffle encore plus fort, et voilà que les volets de certains chalets se mettent à claquer quand Lilou et sa famille passent devant les cabanons.

– Nous rentrons tout de suite à la maison ! décide Arnaud.

Florent est déçu. Pas Lilou. Elle n’a plus envie d’être ici.

Louise regarde ses enfants d’un air sérieux et leur fait une promesse :

– Les enfants, je vous emmènerai de nouveau au marché dès que le temps sera meilleur.

Florent regarde sa mère avec un grand sourire et crie :

– Ouiiii !!

Un gros craquement se fait entendre. Un sapin tombe devant Lilou.

Les yeux grands ouverts, étonnés, Lilou et Florent s’immobilisent.

– Vous n’avez rien, les enfants ? se récrie leur mère, sous le choc.

Un autre sapin prend feu.

– Les enfants, venez ! leur dit leur père.

Ils quittent les lieux en vitesse pour rejoindre leur voiture.

Lilou et Florent ont du mal à courir avec toute la neige qui continue de tomber. Louise se retourne et les prend par la main. Lilou sent une odeur de brûlé familière. Florent aperçoit quelque chose au-dessus de sa tête. Soudain, Louise s’effondre.

Lilou se met à genoux devant sa mère.

Louise ne va pas bien. Elle est devenue très blanche, et ses yeux se sont retournés. Tout autour d’elle s’étalent des flaques de sang.

– Qu’est-ce qui arrive à maman ? s’écrie Lilou, paniquée. Maman ? Maman ?

Elle pleure devant sa mère en lui tenant la main.

Son père téléphone aux secours. L’ambulance arrive très vite. Quand Louise part à l’hôpital, Lilou veut la suivre, mais les ambulanciers n’acceptent pas.

* * *

Lilou et Florent attendent, seuls, à l’accueil des urgences. Une infirmière est présente avec eux. Lilou pleure. Elle a des trous de mémoire à cause du stress. Pendant ce temps, le docteur qui s’est occupé de Louise, monsieur Bernet, va voir le père de Lilou. Il marche doucement vers lui.

Arnaud se précipite à sa rencontre.

– Alors, docteur ? Comment va ma femme ? veut-il de savoir. Quand va-t-elle sortir du bloc ?

– Asseyez-vous, je vais tout vous expliquer…, lui dit le médecin.

Arnaud s’assoit et commence à s’inquiéter. Les larmes lui montent aux yeux. Il serre les mains.

Le docteur Bernet lui annonce :

– J’ai une mauvaise nouvelle. Je suis désolé, votre femme est décédée pendant l’accouchement. Mais votre fils est en vie, il est en très bonne santé.

Arnaud tombe sur les genoux, en larmes. La colère monte en lui. Il se relève et s’en prend au médecin. Il crie de colère et de douleur :

– Non ! Non ! NON !! C’est faux, totalement FAUX !

– Arrêtez, monsieur ! Calmez-vous !

– Vous mentez, docteur ! Vous mentez ! Vous mentez ! Vous êtes une ordure ! Vous ne dites que des conneries !!

Des infirmiers arrivent en courant pour le maîtriser. Le père de Lilou s’effondre en larmes avant de repartir, une seconde fois, en crise. Les infirmiers contiennent sa fureur, et le médecin en profite pour lui injecter un calmant. Ce qui l’endort pendant un petit moment.

Quand Arnaud se réveille, il a retrouvé son calme.

Il revient vers ses deux enfants. Lilou comprend tout de suite.

Elle court vers son père et éclate en pleurs. Le docteur Bernet est présent. La fillette demande à voir le bébé, le médecin le lui autorise.

Une fois devant lui, Lilou pleure de plus en plus sans s’arrêter, car son nouveau petit frère ne pourra jamais connaître leur mère. Arnaud la rejoint. Il serre sa fille contre lui, puis il prend le bébé dans ses bras.

Pendant ce temps, l’infirmière réconforte Florent. L’air choqué et triste, le petit garçon regarde autour de lui et voit des affiches. Sur l’une d’entre elles, un poisson nage dans un bocal. Florent se rappelle de l’homme vêtu en noir et rouge qui a donné les pilules magiques. Il demande à l’infirmière pour descendre.

Une fois posé au sol, Florent court rejoindre sa sœur et lui dit :

– On pourrait donner les pilules à maman, non ?

Lilou esquisse un sourire.

* * *

L’enterrement de Louise est dans quatre jours, mais, avant, a lieu la veillée funéraire. C’est la nuit. Lilou et Florent sont devant le cercueil de leur mère. Son corps a été installé dans le salon. Arnaud dort, assommé par les cachets qu’il prend avec de l’alcool.

Les deux enfants se regardent.

– Toujours d’accord ? se disent-ils.

Ils se répondent « oui » en faisant un signe de la tête.

Florent a très peur de donner la pilule magique à leur mère, car c’est un cadavre. C’est donc sa sœur qui s’en charge. Elle ouvre délicatement la bouche de Louise, mais elle est très stressée. Finalement, ça y est, c’est fait, Lilou a donné le cachet magique !

Les jours suivants, rien ne se passe.

Lilou et Florent ne voient pas les yeux de leur mère se rouvrir.

Lilou est effondrée, car elle se rend compte que la pilule magique n’a aucun effet sur les humains. Florent ressent de la haine contre sa sœur, car elle lui a menti. Il est tellement déçu de ne pas voir sa mère revivre. Il y croyait vraiment. Lilou ne sait pas comment réagir vis-à-vis de lui.

Chapitre 4

Un réveillon sans mère

Après l’enterrement de Louise, Lilou et Florent ont arrêté l’école pendant quelques mois. Florent demandait sans cesse où était sa « môman », voulant savoir quand elle rentrerait. Il a décidé d’aller voir Lilou pour qu’elle lui explique pourquoi sa maman ne reviendra pas, et, finalement, sa colère vis-à-vis de sa sœur a diminué.

Lilou pleurait souvent et regardait en boucle les photographies de sa mère. Dans leur maison, il règne désormais une ambiance triste et silencieuse. Leur père, en pleine dépression, a arrêté de travailler. Il n’y arrivait plus. Pour lui, avec la mort de sa femme, il a tout perdu. Il pleure beaucoup. Pour aller mieux, il prend des cachets, mais aussi de l’alcool.

Un an s’est écoulé. Nous sommes le 24 décembre, tout le monde pleure dans son coin. Théo, le petit bébé, qui a un an aujourd’hui, ne comprend pas ce qui se passe, mais il ressent la tristesse de son père, de son frère et de sa sœur. Il ressent aussi un manque, celui de sa mère. Il pleure beaucoup et tend ses bras vers Lilou dès qu’il la voit.

Lilou s’est enfermée dans sa chambre. Florent veut aller la voir, mais Lilou n’en a pas envie. Elle préfère rester toute seule. Il est rendu midi, leur père a préparé la dinde. Il appelle tout le monde.

Lilou et Florent rejoignent le salon et s’installent à table. Théo se met à pleurer, Arnaud lui donne le biberon. Pendant ce temps, Lilou et son frère terminent de manger. Une fois fini, Lilou embrasse son papa et retourne vite dans sa chambre. Elle s’allonge sur son lit. Elle branche ses écouteurs et se plonge dans de la musique qui lui fait penser à sa maman.

À 16 h, toute la famille se réunit autour de la table pour goûter. Le petit Théo prend aussi son goûter. Leur père demande à Lilou et à Florent s’ils veulent aller au magasin. Personne n’est partant. Tout le monde repart dans son coin. Lilou s’isole à nouveau. Florent continue à vouloir aller avec elle. Finalement, Lilou accepte. Elle lui fait un câlin, il a besoin d’attention. Il finit par s’endormir sur elle.

À 19 h 30, l’heure du souper, Lilou le réveille. Pour leur père, un repas vite fait suffit. C’est de la soupe. Ensuite, toute la famille se dit bonne nuit et part se coucher. Florent rejoint sa sœur dans sa chambre. Ensemble, ils regardent les photographies de leur mère. Les larmes coulent le long de leurs joues. Arnaud monte les escaliers et entend leurs pleurs. Il ouvre la porte et prend ses deux enfants dans ses bras pour les consoler.

Pendant ce temps, monsieur Dubois, le voisin, vient apporter quelques jouets pour Lilou, Florent et Théo. Il traverse leur jardin lourdement chargé de petits et de grands cadeaux enrobés de papier cadeau qui brille. Soudain, il entend des grognements qui viennent de derrière lui.

Il s’arrête net. Il se retourne lentement et aperçoit une ombre. C’est…

… le chien de Lilou qui se tient devant lui !

Noby est plein de terre. De la bave verdâtre dégouline de sa bouche. Il a des morceaux de peau en moins. Il lui manque une oreille. Des vers sortent de ses plaies et de ses grandes oreilles. Son œil de droite est exorbité, rouge. L’autre est manquant.

Monsieur Dubois devient blanc de peur. Des gouttes de sueur coulent de son front. Noby remue la queue. Il a l’air content.

Le chien de Lilou prend son élan et se jette sur monsieur Dubois, qui lâche les cadeaux et crie de toutes ses forces. Noby lui saute au cou et lui arrache la gorge. Son sang gicle. L’homme tombe. Noby lui déchiquette le visage. Il lui arrache la chair et la mange, puis il recule.

Le voisin gît, mort, dans l’herbe. Du sang coule de son cadavre mutilé. Des bouts de chair pendent de son ventre. Plusieurs autres chiens se réunissent près de Noby et mordent le corps du voisin encore chaud. Le sang les excite. Ils en deviennent fous et finissent par dévorer monsieur Dubois.

* * *

La nuit du 24 décembre est calme et étoilée. Lilou est descendue dans le salon, elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. Elle regarde la télévision, mais celle-ci n’arrête pas de grésiller. La petite fille a très peur de ces grésillements.

Pourquoi il se passe tout ça depuis que j’ai les pilules magiques ? se demande-t-elle.

Entendant du bruit venant de l’extérieur, Lilou se rapproche de la fenêtre. Elle observe discrètement ce qui se passe dans la rue.

Dehors, le temps commence à se couvrir d’épais nuages gris. Un brouillard s’installe dans tout le quartier. Puis il se lève, et Lilou découvre que la rue est envahie de personnes et d’animaux. Tous sont à moitié décomposés. Elle voit leurs os. Ils sont couverts de terre. Certaines personnes ont perdu un œil, tandis que d’autres ont un membre en moins ou n’ont plus leurs bras. Elles ont une longue chevelure qui s’emmêle et cache une partie de leur terrifiant visage. Leurs habits sont arrachés. Les animaux se traînent sur leurs pattes postérieures. Des chiens et des chats marchent à côté de leurs maîtres.

Les créatures avancent en groupe. Lilou entend leurs membres craquer très très fort malgré la vitre de la fenêtre. Elle aperçoit sa mère qui déambule parmi cette grande foule de morts-vivants. Louise a la peau très blanche, et ses yeux sont retournés. La fillette court directement dans la chambre de son père. Elle saute sur son lit en poussant un cri perçant.

Arnaud se réveille en sursaut.

– Lilou, qu’est-ce que tu as ? s’écrie-t-il, alarmé. Qu’est-ce qui se passe ?

– Papa, viens vite voir, il y a maman, dehors ! lui crie-t-elle. Elle est vivante !

Arnaud se calme, puis il se lève doucement.

– Mais non, tu as juste fait un mauvais rêve. Qu’est-ce que tu as vu, ma puce ? Explique ton cauchemar à papa.

Aucune réponse ne sortant de la bouche de sa fille, il va à la fenêtre et comprend que ce n’est pas le cas. Lilou n’a pas fait de cauchemar. Horrifié, il devient tout blanc. Il regarde la scène, comme hypnotisé. Ahuri, il n’arrive pas à croire qu’il voit le cadavre de sa femme déambuler dans la rue.

Louise marche en direction de leur maison. Elle s’est munie d’un bidon d’essence.

Arnaud reste figé sur place, jusqu’au moment où il entend le verrou de la porte d’entrée se déverrouiller. Ce bruit claque dans le silence total de la maison, comme si quelqu’un venait de tirer avec une arme à feu.

Lilou veut aller rejoindre sa mère, comprend-il.

Il se précipite au rez-de-chaussée.

Une odeur de pourriture a envahi le salon. Lilou se tient devant la porte d’entrée, qui est grande ouverte. Arnaud fonce vers elle pour la refermer.

Noby est assis sur le seuil. Il fixe sa petite maîtresse avec un regard d’un noir intense. Il grogne. Il a soif de sang. Lilou se rapproche de son chien, tend la main pour le caresser, mais le cerbère tente de la mordre.

Arnaud intervient et se place entre sa fille et l’animal.

Il tente de chasser le chien mort-vivant en faisant de grands gestes. Mais Noby lui saute à la gorge, lui arrachant la jugulaire. Le sang gicle de partout. La porte blanche de l’entrée devient rouge et vire au noir. Puis l’animal enragé s’attaque au visage d’Arnaud.

Lilou est sous le choc. Soudain, elle entend Florent derrière elle.

Terrifié et dégoûté, son frère est en train de regarder la scène puis il se met à crier :

– Ahhh ! J’ai du sang sur moi. AHHHH ! AU SECOURS !

Lilou le pousse à l’intérieur et ferme la porte à double tour en pleurant.

– Lilou, demande Florent, il a fait quoi, le chien, à papa ?

Sa sœur ne répond pas. Dehors, les morts-vivants crient. Des grattements se font entendre, derrière la porte. Lilou et Florent entendent leur prénom. Ainsi qu’un bruit de mâchoire qui claque. Ils se dépêchent de courir vers la fenêtre pour savoir qui les appelle. Ils découvrent leur mère sur le seuil. Il s’agit de sa voix. Puis ils entendent « Ouuuuh, Ahwww, Ohhtch ». Les autres morts-vivants se sont approchés et claquent les volets. L’un d’entre eux essaye d’entrer dans la maison en défonçant la porte à coup de tête. Un autre est muni d’un couteau et ne cesse de l’enfoncer dans la porte. Louise se fait bousculer. Elle s’écarte et crie de frustration.

Lilou et Florent la voient qui vide son bidon d’essence partout autour de leur maison. Elle prend plusieurs allumettes dans sa poche et les lance, une par une, sur son ancienne demeure. Les flammes rouge-orange avalent complètement la porte d’entrée et la façade. Les décorations de Noël fondent. Le sapin planté dans le jardin s’enflamme et disparaît sous une vague de feu.

Alertés, les voisins sont sortis. Mais ils se font attaquer par les morts-vivants, qui leur arrachent la tête, les yeux et les bras. Quelques-uns parviennent à se sauver. Les morts-vivants, attirés par leur chaleur corporelle et leur sang, les poursuivent et les dévorent.

Derrière la fenêtre, Florent hurle de peur, choqué. Lilou cache sa peur. Elle ne veut pas que son frère voie son inquiétude. Elle essaye de le rassurer avec des mots doux. Tout à coup, elle entend Théo crier à l’étage. Terrorisée, Lilou attrape Florent. Elle lui dit de venir avec elle chercher leur petit frère.

Ils courent à toute vitesse, montant les marches deux par deux.

Ils arrivent dans la chambre de Théo. Les cris du bébé résonnent dans la pièce. Lilou se précipite devant le berceau. Théo est tout rouge, ses larmes n’arrêtent pas de couler. Lilou le prend dans ses bras. Tout à coup, le bruit d’une explosion retentit. Un caillou vient briser la vitre de la chambre. Il y a des morceaux de verre partout. Alertés, Lilou et Florent se précipitent à la fenêtre.

Ils voient leur mère qui les regarde. Son visage est défiguré. Sa peau très blanche est arrachée. Ses yeux sont grands ouverts. Il y a du rouge autour de sa pupille. Elle bave une chose visqueuse et verdâtre. C’est elle qui a jeté le projectile.

Pris de panique, les enfants redescendent au rez-de-chaussée. Lilou pense pouvoir les faire sortir en passant par la cuisine située à l’arrière de la maison.

Dans le salon, une épaisse fumée noire a envahi la pièce. Des meubles fondent. D’autres craquent à cause des flammes. Ils noircissent et s’effondrent avant de prendre feu. La télévision grésille puis explose en faisant un bruit de bombe. Des morceaux volent de partout. Des étincelles éclatent dans tout le salon. Des projectiles d’électricité sautent de partout. Les flammes deviennent de plus en plus grandes, plus chaudes et de plus en plus insoutenables. La fumée, encore plus noire. Son odeur est insupportable. Lilou tousse. Théo et Florent ont du mal à respirer. Lilou prend une couverture et la met sur la bouche de ses frères pour leur éviter d’avaler la fumée. Ils ne cessent de pleurer. Lilou ne sait pas quoi faire pour les calmer. Elle tremble de peur.

Florent veut retourner dans sa chambre pour aller récupérer sa peluche, mais Lilou le retient par le bras.

– N’y va pas ! lui dit-elle. C’est trop dangereux ! Tu risques de mourir ! Viens avec moi, je te rachèterai la même !

Lilou emmène ses deux frères.

Une fois dans la cuisine, ils se dirigent directement vers la porte d’entrée, mais celle-ci est fermée. Florent voit la petite trappe par laquelle sortait Noby. Il le dit à Lilou, qui décide de passer par là pour s’enfuir. Florent et elle se mettent à genoux et forment une chaîne, s’apprêtant à passer en rampant par le petit passage. Une fois dehors, Lilou sait ce qu’ils feront : ils iront se cacher dans le cabanon au fond du jardin.

Les enfants s’agenouillent et s’apprêtent à ramper… mais ils voient la patte d’un chien qui gratte la trappe de ses griffes acérées. Noby les attend juste derrière !

– Il va entrer pour nous dévorer ! s’écrie Florent.

Pris de panique, Lilou et lui reviennent en courant dans le salon, mais celui-ci est complètement en feu. Les flammes les bloquent. Ils veulent faire marche arrière, mais la cuisine est en feu. Ils se retrouvent bloqués au milieu de la pièce. Toute la maison brûle. La chaleur devient insupportable. Ils s’accroupissent et se mettent à hurler. Au loin, Lilou entend les sirènes de police et des pompiers. La petite est soulagée, on vient les sauver, elle et ses frères…

Mais, au même moment, un morceau du plafond tombe devant eux. Des flammes les enveloppent !

Lilou se dépêche de sortir les trois pilules magiques qui lui restent et qui sont toujours dans sa poche depuis l’enterrement de sa mère. Elle en donne une à Florent, puis en met une dans la bouche de Théo. Elle prend la dernière. Personne ne peut les aider. Ils prennent feu petit à petit, leur peau brûle lentement et fond petit à petit. L’odeur de leur chair brûlée envahit la maison.

Épilogue

Réalité…

Lilou se réveille en panique.

Elle dormait tranquillement dans la voiture de son père. Arnaud est en train de conduire.

– Ta mère nous attend à la maison, dit-il à sa fille. Tu sais que tu lui manques beaucoup ? Elle cuisine sûrement un festin pour toi !

Lilou a fait un sale rêve. Dans sa tête, tout est confus. Les scènes se bousculent. Elle les voit encore. Elle se confrontait à une attaque de morts-vivants. Il y avait un homme en rouge et noir qui lui avait donné des pilules magiques permettant de revenir à la vie, et son chien, Noby, qui était pris d’une envie obsessionnelle de sang. Il y avait du sang, des boyaux sur le sol, puis son poisson rouge qui flottait dans l’eau.

– J’ai fait un terrible cauchemar, papa, commence Lilou.

– Je ne veux rien savoir, lui répond son père. Ça suffit !

Encore des histoires d’animaux morts, se dit-il.

Lilou est en convalescence dans un hôpital psychiatrique depuis plus d’un an. En effet, elle passait toutes ses journées à entasser des cadavres d’animaux morts dans sa chambre. Elle les habillait et leur parlait la nuit. Depuis quelques mois, son psychologue a vu de grands progrès chez elle. Il l’autorise à passer certains week-ends ou certaines des fêtes en famille. Ses parents ont eu l’autorisation de la sortir pour fêter Halloween.

– Ferme tes yeux, s’adoucit Arnaud, et dis-toi qu’on va passer un moment inoubliable en famille…

Lilou obéit. Elle pose la tête sur la vitre de la voiture et ferme les yeux. Elle pense à sa mère, elle pense à son frère, à son chien. Et à Némo, son petit poisson rouge. Sa famille lui manque tellement !

Elle se rendort paisiblement.

Une petite secousse réveille Lilou. La voiture de son père s’est arrêtée.

La fillette ouvre les yeux et aperçoit sa belle maison. Le parterre de plantes vivaces qui entoure le jardin, les petites marguerites sur la pelouse bien verte et l’allée de cailloux blancs et gris qui mène chez elle.

Lilou s’imagine très bien sa balançoire, qui bouge au gré du vent de l’autre côté de la maison, où se trouve aussi le chalet. C’est dans ce cabanon que sont rangés tous ses jouets et ceux de son frère. Il y a également la terrasse, qui rejoint la porte de cuisine. Quand Lilou se trouve au fond du jardin, elle peut apercevoir les velux de sa chambre et de celle de son frère, Florent.

Aujourd’hui, tout est prêt pour Halloween.

Des citrouilles sont posées de chaque côté de l’allée de cailloux. Sur la façade, un balai de sorcière est suspendu et se balance le long du mur. Des araignées géantes en plastique, avec leur toile, occupent les rebords des fenêtres. Sur l’un d’entre eux, deux harpies fixent les personnes qui entrent dans la maison ou en sortent. Il y a des squelettes dans la pelouse. Ainsi que des têtes de mort qui tournent sur elles-mêmes. Lorsque l’on regarde dans leur direction, elles stoppent tout mouvement.

Lilou est heureuse de découvrir toutes ces décorations.

Son père et elle descendent de voiture.

La porte d’entrée s’ouvre, et Louise apparaît.

Des larmes coulent sur les petites joues de Lilou. La fillette saute au cou de sa maman et l’embrasse. Tout émue, elle pleure dans ses bras.

Florent est à la fenêtre du salon, il porte un drap blanc sur lui. Il descend à toute allure pour sauter dans les bras de sa sœur, qu’il n’a pas vue depuis un mois.

– Lou, tu m’as manqué ! lui dit-il.

– Toi aussi, tu m’as tellement manqué, lui répond Lilou qui le serre contre elle.

Après ces quelques scènes d’amour et d’affection, la fillette rentre chez elle. Tout de suite, elle va voir son poisson rouge. Elle a peur que son rêve ne soit réel. Elle a peur de le retrouver mort.

Mais Némo est bien vivant.

– Oh, qu’il est beau ! s’enthousiasme-t-elle. Je suis super heureuse de te revoir, Némo !

Oh, qu’elle est attachée à lui ! Elle est rassurée, car il va bien.

Une ombre traverse alors la cuisine, à toute vitesse.

C’est Noby !

Arrivé devant sa petite maîtresse, le chien de la famille se roule au sol, puis se met sur le dos. Lilou le caresse, il se tortille sous la petite main de sa maîtresse en couinant de joie.

* * *

Le repas des retrouvailles s’achève. Il est déjà tard, Lilou est fatiguée. Elle peine à atteindre le salon tellement elle est épuisée. Elle se laisse tomber dans un des fauteuils. Noby, lui, est toujours très heureux de la revoir. Il bat de la queue, aboie et court partout dans la maison.

Florent va voir sa sœur. Il la fait rire en lui faisant des grimaces, puis il la chatouille.

– Arrête ! Arrête, Florent ! lui dit Lilou en rigolant. Je suis fatiguée…

Leur mère s’approche et dit à Florent :

– Flo, il est l’heure d’aller te coucher.

Tout excité à l’idée de frapper aux portes le lendemain, Florent se précipite dans sa chambre.

Puis, Louise dit à sa fille chérie, d’un air apaisant :

– Allez, Princesse, pour toi aussi, il est l’heure d’aller au lit.

Lilou ne veut pas monter se coucher, elle veut encore regarder la télévision et s’amuser avec Noby.

– Demain, tu dois être en forme, car tu devras aller chercher des bonbons à chaque maison, la convainc sa mère. Une longue journée t’attend…

– D’accord, oui, maman… Je vais aller faire dodo… Mais, demain matin, je mets tout de suite mon déguisement pour être sûre d’être prête. Tu vas être contente !

– Oui, si tu veux, ma chérie. Je t’aiderai à l’enfiler, mais ne salis pas ton déguisement quand tu déjeuneras.

Avant de rejoindre sa chambre, Lilou demande d’un air suppliant :

– Noby peut dormir avec moi ? J’aime pas la nuit, j’ai peur d’être toute seule, j’entends souvent des bruits bizarres. J’ai peur qu’un monstre vient me chercher. Nono me rassure.

Louise embrasse sa fille.

– D’accord, ma chérie. Allez, fais de beaux rêves, à demain.

– Merci, toi aussi fais de beaux rêves. Je t’aime fort, maman.

Lilou fait un dernier câlin à sa mère, puis prend son petit chien par le collier et le tire jusqu’à l’étage. Une fois dans sa chambre, elle le lâche. Noby file directement sous le lit.

La fillette s’allonge sous ses couvertures, mais elle sait qu’elle n’arrivera pas à dormir. Elle met ses deux mains derrière la tête et repense au mauvais rêve qu’elle a fait dans la voiture.

Punaise ! pense-t-elle. J’ai l’impression que ça s’est déjà passé. Mais si je le dis à papa et à maman, ils ne me croiront pas. Ils me diront que c’est encore à cause de ma maladie.

Ces derniers temps, elle fait ce cauchemar de plus en plus souvent, et les pilules magiques du docteur ne font aucun effet. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive.

Finalement, elle ferme la lumière et s’endort paisiblement peu de temps après, un petit sourire au coin de la bouche.

Au petit matin, Lilou se réveille. Les oiseaux chantent à la fenêtre de sa chambre, la lumière du soleil brille déjà. La fillette est contente, car c’est le jour d’Halloween !

Elle se lève, prête à enfiler son costume de sorcière ! Mais, avant : elle fait un détour par la cuisine pour prendre son petit déjeuner et dire bonjour à Némo. Il faudra aussi qu’elle lui donne à manger. Ainsi qu’à Noby.

Arrivée dans la cuisine, son regard se pose immédiatement sur l’aquarium. Némo est sur le dos ! Il ne bouge plus ! De petites larmes dévalent les joues de la pauvre petite. La fillette va vite réveiller sa mère en criant.

FIN ?

 

L'arbre Maléfique

Une aventure de Sangeline, de Violette et d’Arthur !

L’arbre maléfique

par

les familles de l’école Anatole France d’Arras – 2014-2015,

soit :

Zohra, Kamal, Maya avec Shama,

Laura et Soan avec Corinne,

Brian, Anaïs et Logan avec Noelle

Medhi et Naouelle avec Ophélie,

Daria avec Sébastien et Deborah,

Gaël, Noah, Abbigaelle et Tillian avec Surridane,

Leila avec David,

Morganne, Ethan, Aline avec Medhi,

Dorian et Théa avec Catherine

Hazim, Mélissa et Selma avec Nelly

avec la participation de

Caroline, Émilie Démarest, Coralie Bonaventure, Laury Bazet, Gaëtan

et

Michaël Moslonka (romancier – M.M. Faiseur d’histoires)

***

Également en version PDF ici.

***

Chapitre 1 – Sangeline

Sangeline est assise sur le toit de sa maison – une maison toute rose en forme de chauve-souris avec un grand jardin. De là-haut, elle regarde les gens passer dans la rue.

Quelle chance, pleure-t-elle, j’aimerais tant être comme eux !

Car, eux, ils ont des amis.

La vampire – car Sangeline est une vampire ! – a perdu le sourire depuis que ses compagnons vampires ne lui parlent plus. En effet, ils pensent qu’elle les a trahis, parce qu’elle s’est liée d’amitié avec un loup-garou et un humain.

L’humain vit au Brésil. Sangeline, elle, habite à Arras. Quant à son ami loup-garou, il ne sort que la nuit pour chasser – il chasse des rats, des souris, des lapins et des mulots. Le jour, il est trop occupé à dormir, et Sangeline est une vampire qui préfère vivre le jour ! Différente des autres, elle brille au soleil comme un diamant. Sangeline se retrouve donc toute seule.

Soudain, la jeune fille vampire a une idée.

Et si j’allais voir Jinette ? s’exclame-t-elle. Elle va me consoler, elle. Et peut-être qu’elle me trouvera une solution ?

Elle saute du toit et se transforme en chauve-souris pour voler jusque chez Jinette.

***

Jinette est une sympathique vieille dame qui vend des miroirs magiques à Arras. Mais elle ne vend pas n’importe quels miroirs : ce sont des miroirs magiques. Par exemple : des miroirs qui reflètent l’image des vampires (ce qui est très appréciable pour Sangeline : elle peut, ainsi, se faire une beauté), des miroirs qui permettent d’être heureux, des miroirs dans lesquels il ne faut pas se regarder sous peine d’être transformé en statue, etc.

La vendeuse de miroirs magiques ne vend pas que des miroirs, elle vend également de la poudre – magique, elle aussi – ainsi que des flûtes… magiques.

Le magasin de Jinette se situe dans une impasse sombre. Seuls les gens différents peuvent le voir.

Qui sont ces gens différents ? Des vampires, bien sûr, et les loups-garous, forcément. Ainsi que des extra-terrestres, cela va de soi. Sans oublier les lutins qui vivent sous le plancher ou les nains ainsi qu’un certain Théo qui est Faiseur d’Histoires. Sans oublier : les personnes qui sont trèèès, mais alors trèèèèèèès gentilles.

Lorsqu’elles passent devant le magasin de Jinette, ces personnes différentes – comme Sangeline – ne voient d’abord qu’un grand miroir qui leur renvoie leur reflet. Puis, petit à petit, elles découvrent une devanture rouge et marron sur laquelle sont dessinées des centaines d’étoiles. Et, au-dessus de la porte d’entrée orange agrémentée de jolis arcs-en-ciel, elles peuvent lire : « Super magasin de miroirs magiques ».

Sangeline pousse cette porte. « Gling ! Gling ! Gling ! » fait la clochette au-dessus de sa tête.

À l’intérieur de l’étrange magasin, les murs sont tapissés de cœurs et des miroirs sont accrochés un peu partout : au plafond, sur les murs, sur l’appui de fenêtre. Ces miroirs bougent. Il y en a même un qui parle. Il se nomme L’Enchanteur. Ce miroir qui parle est accroché au plafond. Il a un nez, une bouche, des yeux, un nœud papillon et un pantalon de couleur rouge.

Bienvenue chez Jinette ! dit L’Enchanteur. Je suis enchanté de te voir, Sangeline. Que veux-tu ?

Je viens voir Jinette, lui répond tristement Sangeline, car j’aimerai avoir des amis…

Ah ? Quel genre d’amis aimerais-tu ? veut savoir le miroir qui parle.

J’aimerai être à nouveau ami avec les vampires… Ils ne m’aiment plus…

Je vais t’aider ! À chaque vampire qui entrera ici, je lui parlerai de toi. Je dirai à quel point tu tiens à eux !

Merci beaucoup, monsieur le miroir. Et toi ? Veux-tu être mon ami ?

Euh.. Euh…, hésite l’Enchanteur. En fait, j’ai peur des vampires…

Mais, je suis un gentil vampire, moi.

Ah, oui, c’est vrai ! Je te crois et je veux bien être ton ami, alors.

Sangeline retrouve le sourire, mais juste un peu, car elle ne peut pas apporter le miroir chez elle ! De plus, le temps de convaincre les vampires de se lier à nouveau d’amitié avec elle, il risque de se passer des semaines, et des mois, et des années, voire des siècles !

Au même moment, Jinette sort de l’arrière-boutique. La vendeuse a 79 ans. Elle marche avec une canne rose et s’habille tout en rose. D’ailleurs, ses cheveux sont roses, et elle mâche un chewing-gum… rose !

Sans se rendre compte de la présence de Sangeline, la vieille dame se met à s’occuper de ses miroirs. Elle les lave avec une éponge humide qui la guide. « En haut, en bas ! Et à droite, et à gauche ! » dit-elle à Jinette. Puis la vieille dame essuie les miroirs avec un torchon. Un torchon rouge très vigilant. « Là, en bas, la guide-t-il, ce n’est pas fini. C’est encore mouillé. » Heureusement qu’ils sont là, car Jinette ne peut pas voir grand-chose : elle a une grosse marguerite rose dans les cheveux dont les grands pétales retombent devant ses yeux !

Pour que Jinette la remarque, Sangeline lui tape sur l’épaule. La vieille dame sursaute.

Ah ! Une vampire ! prend-elle peur en faisant tomber une petite étagère remplie de miroirs.

Elle reconnaît sa visiteuse.

Oh ? C’est toi, Sangeline. Mais… Mais que t’arrive-t-il, ma petite ? demande-t-elle après avoir enlevé la grosse marguerite de ses cheveux. Tu m’as l’air bien triste !

Je viens te voir pour avoir de la compagnie, car je n’ai plus d’ami…

Je vais t’aider ! la rassure la vieille dame. Je vais demander à Anaïs Fraisier, à Théo et à Violette de devenir tes amis ! Tu trouveras Théo dans une forêt derrière la porte des Diables, et Anaïs Fraisier, dans les nuages. Elle y vend ses confitures. Concernant Violette…

Je suis déjà amie avec Violette, soupire Sanegline, mais je ne la vois pas souvent. Elle habite au pays des lutins. Et en attendant de trouver Théo et Anaïs Fraisier, que vais-je faire toute seule ? De toute manière, même en les trouvant, je resterai toute seule dans ma maison, puisqu’ils n’habitent pas Arras…

Ah ! attends voir ! s’exclame Jinette. Quelle tête de linotte, je fais ! J’ai quelque chose qui devrait régler ton problème !

Elle lui donne alors une graine. Cette graine est orange et noire avec des yeux et une bouche.

Plante cette graine dans ton jardin, explique Jinette, arrose-la et jette dessus cette poudre magique. Il poussera ensuite un arbre-ami qui restera toujours à tes côtés.

Sangeline est tout heureuse.

C’est fantastique ! Youpee ! Tralala ! chante-t-elle. Merci, Jinette !

Chapitre 2 – L’arbre-ami

Sangeline retourne chez elle à tire-d’aile tout en continuant de chanter.

Une fois dans son jardin, elle plante la graine, l’arrose puis jette, dessus, la poudre que lui a donnée Jinette. La terre se met alors à trembler, puis une tige avec des feuilles apparaît. Elle gigote bizarrement en émettant un air de musique très triste.

L’arbre-ami pousse très vite. Il devient gros, grand, et détruit tout le jardin. D’un coup de branche, il essaye de griffer Sangeline.

Il veut me tuer ! s’écrie la fille vampire, apeurée.

Alors, très vite, très très vite, très très très vite, elle retourne chez Jinette.

Pendant ce temps, l’arbre continue de pousser et il devient tellement grand qu’il dépasse le beffroi d’Arras. Il a de très grandes branches au bout desquelles ont poussé de longues griffes. Il est rouge et noir et dégage une odeur de poubelles. Il est énorme et prend tellement de place, qu’Arras devient un cauchemar. Des racines sombres et effrayantes sortent de terre. Elles foncent vers l’école Pierre Curie. Sur leur passage, elles détruisent les bâtiments de la ville. Partout, c’est le chaos. D’autres racines soulèvent la gare. L’arbre-ami casse les voitures, les camions, les trottinettes, les vélos, les skate-boards, tout ce qui roule, même les poussettes !

Personne ne pourra se sauver d’ici ! annonce-t-il alors aux habitants effrayés.

* * *

Pendant ce temps, à l’école Pierre Curie, dans sa salle de classe, Arthur – petit garçon de 6 ans aux cheveux orange – est impatient qu’arrive l’heure de la récréation, car il doit faire une course avec son meilleur ami J.C.

Son professeur, monsieur Cacahuète, est en train d’enseigner le Chinois. Arthur est très attentif. Il se comporte bien, car il aime apprendre. Aujourd’hui, il apprend à compter jusqu’à dix, en chinois.

Enfin, voici l’heure de la récréation tant attendue !

Le garçonnet rejoint J.C. dans la cour pour faire la course avec lui. Pendant le jeu, Arthur se comporte, là aussi, très bien, car il aime jouer avec son ami. Donc, il reste sage pour ne pas être puni et continuer à s’amuser.

Soudain, de grosses branches d’arbre apparaissent et emprisonnent l’école.

Au secours ! crient les enfants.

C’est la panique ! Les professeurs essayent de calmer leurs élèves.

Les parents arrivent à la rescousse.

Ne vous inquiétez pas, nous allons vous aider ! disent-ils à leurs enfants.

Solidaires, ils sont prêts à tout pour les aider affronter cet ennemi et à sortir de cette cage de racines et de branches.

Ils essayent d’écarter les branches. Malheureusement, l’arbre se penche vers eux et les repousse avec ses grandes, ses énormes griffes.

Ne me touchez pas ! gronde-t-il. Je ne vous laisserai pas délivrer ces enfants ! Car eux seuls peuvent m’empêcher de pousser !

Tandis qu’il parle, tout le monde tente de couper des branches. Avec une scie pour les parents, avec les couteaux de la cantine pour les professeurs et avec des paires de ciseaux pour les enfants. Et ils y parviennent ! Sauf que les branches repoussent, tout de suite. Les élèves, les parents et les professeurs ne peuvent rien faire. Les voici prisonniers de l’arbre-ami de Sangeline – car c’est bien de lui dont il s’agit !

De son côté, Arthur est allé dans la cabane du jardinier. Il revient avec du désherbant et le pulvérise sur les branches et sur les racines. Peut-être que cela les empêchera de pousser ? Mais le produit n’est pas assez puissant. L’arbre griffe alors Arthur.

Aïe, j’ai mal ! se plaint le petit garçon aux cheveux orange.

AH ! AH ! AH ! s’amuse méchamment l’arbre.

Arthur ne se laisse pas intimider.

Eh, toi ! ne me touche plus ! lui dit-il.

Arrête, petite chose humaine, sinon, je te dévore ! le menace son ennemi. Et ne pense même pas à me mettre le feu, je suis un arbre qui ne brûle pas !

Il a peur des enfants, comprend le petit garçon.

Soudain, tous les enfants sont transformés en noisettes !

En les plantant, j’aurai d’autres arbres avec moi ! se satisfait l’arbre-ami. Une armée d’arbres maléfiques !

En ce qui concerne les parents et les professeurs, il les transforme en vers de terre ! Car les vers de terre font des trous dans la terre, ce qui aide les plantes à pousser plus vite…

Chapitre 3 – Violette

Pendant ce temps-là, Sangeline est de retour chez Jinette.

Pourquoi m’as-tu vendu cette graine ? reproche-t-elle à la vieille dame. Elle s’est transformée en un gigantesque arbre ! Un arbre énorme qui est en train de tout casser dans la ville des humains !

À ces mots, Miroir l’Enchanteur, s’étant approché pour mieux écouter, s’exclame :

Oh ! un arbre qui casse tout ?

Il se détache du plafond et s’en va vite se cacher sous une table.

Brrr, j’ai peur ! J’ai peur ! ne cesse-t-il de répéter.

De son côté, Sangeline est si triste, tellement déçue. Jinette, elle, est catastrophée. Et terrifiée. Elle qui saute de peur dès qu’elle voit un serpent ou un ver de terre, alors, pensez-vous, un arbre gigantesque, plus haut que le beffroi ! Maléfique, en plus !

S’en rendant compte, la jeune fille vampire s’excuse.

Je suis désolée de m’être énervée contre toi, mais je suis si découragée…

C’est moi qui suis désolée, lui dit Jinette avant de donner des explications : J’ai été trompée. C’est une consœur sorcière qui m’a vendu cette graine en me disant qu’elle permettait d’avoir un bon ami à ses côtés. C’était un piège ! Elle a voulu se venger, car, il y a très longtemps, je lui ai pris son amoureux. Moi qui pensais que c’était de l’histoire ancienne !

Un claquement de doigts retentit à ce moment très précis.

Une lutine apparaît dans le magasin. Elle a la peau de couleur violette et porte une jolie robe, toute violette. Cette lutine, c’est Violette !

Bonjour Sangeline, dit-elle à la jeune fille vampire.

Violette est déjà venue au magasin acheter un miroir afin de l’offrir à sa maîtresse pour que cette dernière soit toujours joyeuse. Cette fois-là, Sangeline était présente. c’est ainsi qu’elles ont fait connaissance.

Ça ne va pas fort, n’est-ce pas ? continue la lutine.

Bonjour, Violette, répond Sangeline en croisant les bras. Tu as raison, ça ne va pas bien du tout, mais, alors, pas bien du tout ! Un méchant arbre a voulu me faire du mal ! Je croyais acheter un arbre-ami, mais il s’agissait d’un arbre maléfique !

Oui, je sais ce qui se passe, annonce la lutine. Cette méchante chose est en train de s’attaquer à la ville d’Arras. Je le sais, car je l’ai sentie arriver ! C’est pour cette raison que je suis venue !

Sangeline est très surprise.

Tu es venue nous aider ?

Oui ! D’ailleurs, je vais t’offrir ce magnifique cadeau ! lui dit Violette en lui tendant un paquet tout en longueur qu’elle sort de son sac accroché à sa taille.

Ce sac est un sac sans fond dans lequel Violette peut ranger tout plein de choses ! Elle l’a nommé le « sac infini ». Il est petit et blanc avec des fermetures Éclair allongées, des diamants et des lettres multicolores.

Sangeline demande ce que contient le paquet cadeau.

Ouvre-le ! Ouvre-le ! lui répond la lutine très excitée, en sautillant sur place. Tu verras, ma surprise va te remonter le moral !

La vampire déballe donc le cadeau et découvre un grand sifflet de toutes les couleurs.

Il s’agit d’un objet qui sert à enlever les mauvaises pensées, explique Violette. Il permet aussi de détruire toutes les choses maléfiques.

Chapitre 4 – Le Sauveur

Pendant que Sangeline discute avec Violette, quelqu’un vole dans le ciel au-dessus d’Arras. Il vole très vite vers la ville. Vole-t-il à la rescousse des Arrageois ?

Forcément, car il a tout d’un super-héros ! Il porte un justaucorps vert fluorescent et une cape rouge.

Il atterrit et, aussitôt, les habitants d’Arras, paniqués, se rassemblent autour de lui. Ils ne comprennent pas encore ce qui s’est réellement passé.

Le super-héros est un jeune homme de vingt-et-un ans, blond aux yeux rouges. Il est très grand.

Qu’est-ce qui se passe, ici ? lui demande-t-on. Pourquoi tout est cassé ? Est-ce une tornade ?

Non, c’est cet arbre très méchant qui a tout cassé !

Oooh ! Et vous êtes notre sauveur ?

Oui, je vais tout réparer, car je suis un Super-Héros ! leur annonce leur sauveur, le menton relevé fièrement, un bras sur la hanche droite, le gauche en l’air. D’ailleurs, je m’appelle Le Sauveur !

Bravo ! Bravo ! applaudissent les Arrageois forts contents de cette bonne nouvelle.

Les pompiers, la police et les militaires arrivent sur place. Ils sont venus détruire l’arbre, mais d’un ton prétentieux, le Sauveur leur dit :

Non, non, non ! Laissez, je vais m’en occuper, tout seul ! Ne suis-je pas un Super-Héros, après tout ?

Les habitants d’Arras le trouvent, soudain, un peu bizarre et deviennent méfiants.

Alors, des rayons sortent des yeux du Sauveur et figent tout le monde.

S’il y en a un qui bouge, prévient le traître, je le pulvérise !

Menace inutile, bien sûr, puisque plus personne ne peut bouger.

L’arbre maléfique intervient et transforme tous les Arrageois – pompiers, policiers et militaires compris – en vers de terre !

HA ! HA ! HA ! Bien joué, l’ami ! s’amuse-t-il.

De rien, c’était un jeu d’enfant ! lui répond le Sauveur. HA ! HA ! HA ! Quelle bande d’idiots ! Ils ne se sont doutés de rien !

Qu’est-ce que tu fais par ici, dis-moi ? Es-tu un Terrien ?

Je ne viens pas de la Terre ! J’ai dû m’enfuir de ma planète, car ses habitants se sont rendu compte que je n’étais pas un super-héros, mais un super-méchant ! J’adore être méchant et terrifiant !

HA ! HA ! HA ! Moi aussi ! conclut l’arbre maléfique. On va faire une bonne équipe, toi et moi !

* * *

Sangeline et Violette arrivent sur les lieux, quelques minutes plus tard. L’arbre a entassé les noisettes sur ses branches. Il est occupé à les planter, tout en mangeant quelques-unes d’entre elles. Autour de son tronc, des vers de terre gesticulent dans tous les sens.

Le Sauveur parade devant lui. Le torse bombé, la tête haute, il chante à tue-tête qu’il est le plus beau et le plus fort ! Qu’il est un super-héros !

C’est un super-héros, tu te rends compte ? dit Sangeline à Violette.

Je ne suis pas de cet avis, répond la lutine. Je trouve cet homme, très bizarre… Il n’a pas l’air du tout gentil.

Est-ce parce qu’il parle fort ?

Non…

Parce qu’il se la pète à fond ?

Non, non…

Parce qu’il est habillé tout en fluo ?

Non, non, non, c’est autre chose… Écoute-le bien : la façon dont il parle est agressive, tu ne trouves pas, Sangeline ?

Tu as raison. Ce n’est pas quelqu’un de gentil… D’ailleurs, on dirait qu’il protège l’arbre. Que va-t-on bien pouvoir faire ?

J’ai un plan ! annonce Violette.

En chuchotant, elle l’explique à son amie vampire, puis elle s’approche de l’arbre, sans se cacher. Le Sauveur intervient et se met en travers de son chemin.

Toi, tu ne vas pas plus loin ! lui dit-il. Je ne veux pas que l’on touche à cet arbre !

Sa voix résonne dans la ville vide.

Ben pourquoi ? demande, innocemment, Violette.

Parce qu’il pourrait te tuer…

Ben pourquoi ? Je ne lui veux pas de mal, moi !

PARCE QUE ! hurle le Sauveur.

Ses yeux rouges deviennent orange et lancent des éclairs vers la lutine. Violette saute par-dessus, puis elle sort de son sac Infini une trottinette. Elle monte dessus et fonce à toute vitesse en faisant des zigzags pour éviter les attaques du méchant super-héros.

Pendant que son amie fait diversion, Sangeline s’est transformée en chauve-souris. Elle a volé jusqu’à l’arbre. Elle se retransforme en vampire et sort son sifflet. L’arbre la repère tout de suite. Il cesse de planter les noisettes et plie son tronc jusqu’à elle pour la regarder droit dans les yeux !

Que me veux-tu, toi, avec ton sifflet ? Un sifflet magique, en plus, je le sens ! Me veux-tu du mal, toi qui es si ridicule par rapport à ma grande taille ?

Sans attendre de réponse, il essaye de la griffer, puis de l’envoyer valser. Mais il ne parvient pas à la toucher, car Sangeline baisse la tête ou saute par-dessus ses coups.

Arrête ! lui dit-elle. Je ne te veux pas de mal !

Pourquoi viens-tu me voir avec ce sifflet, si tu ne me veux pas de mal ?

C’est pour que tu ne sentes plus mauvais…, ment Sangeline.

Ah, bon ? Je sens mauvais ?

Oui, tu sens très fort. Tu sens les poubelles !

Ah, bon ? répète l’arbre.

Oui ! Dans une minute, annonce-t-elle, tu sentiras la fraise. C’est bon la fraise…

C’est super ça ! Je sentirai meilleur ! Je t’aime bien, finalement, toi. Vas-y, siffle. Je ne te transformerai pas en ver de terre…

Sangeline donne un coup de sifflet. Ensuite, elle prend un air sévère et ordonne :

Arrête tes bêtises, maintenant !

Malheureusement, il ne se passe rien. L’arbre est toujours méchant et maléfique.

Le sifflet magique de Violette n’est pas assez puissant, comprend la vampire.

Ça ne marche pas, ton truc ! lui dit l’arbre. Je ne sens pas du tout la fraise.

Sangeline se dépêche de lui dire « Au revoir ! » avant qu’il ne comprenne qu’elle lui voulait du mal et se sauve pour retourner chez Jinette. De son côté, Violette remercie le Sauveur d’avoir joué avec elle et s’en va, à son tour, en marchant comme si de rien n’était.

Chapitre 5 – Arthur

Arthur n’a pas été transformé en noisettes. Il a échappé à ce mauvais sort en décidant d’aller chercher du produit magique chez Jinette. Comme il est un enfant très très gentil, le petit garçon aux cheveux orange connaît l’existence du magasin de la vieille dame. Un magasin de miroirs magiques qui ne vend pas que des miroirs, des flûtes ou des graines, mais où l’on peut acheter, aussi, du désherbant magique ! Au moment où l’arbre maléfique jetait son sort, Arthur descendait au sous-sol de l’école afin de trouver une issue pour sortir de l’école.

Le sous-sol de l’école est rempli de poussière et d’anciens « trucs » comme des cartons de vieux livres, des anciens trophées, des médailles, etc.

En cherchant une issue, le petit garçon découvre, derrière un grand et vieux coffre, une porte datant de la guerre 14-18. Il décide donc de l’ouvrir et le voici dans des galeries souterraines. Ces galeries sont un vrai labyrinthe et sentent l’humidité. Pour s’éclairer, Arthur prend une petite bougie qui est accrochée à l’un des murs. Il l’allume grâce à un briquet qu’il trouve à terre.

Peut-être que c’est un soldat de la guerre 14 qui l’a perdu, ici ? se dit-il en s’enfonçant sous l’école.

Il parcourt ces galeries pendant plusieurs longues minutes. Durant son exploration, il découvre une bicyclette qui va lui permettre de se rendre plus vite chez la vendeuse de miroirs. Puis il ressort au milieu de la ville.

C’est quoi, ça ? s’exclame-t-il en voyant le chaos qui règne dans la ville. Je rêve !

Se remettant de sa surprise, il fonce à toute vitesse chez Jinette.

* * *

Quand Arthur arrive au magasin de miroirs magiques, il rencontre Violette et Sangeline.

Une lutine et une vampire ? Surtout, une vampire ! Terrifié, le petit garçon aux cheveux orange hurle en courant dans tout le magasin et… BOUM ! Il se cogne la tête dans un mur.

Mon Dieu ! s’écrie Jinette.

Sangeline et Violette se précipitent pour lui venir en aide. Elles lui entourent la tête d’un pansement si bien qu’Arthur ressemble à une momie ! Sangeline lui fait alors un gros câlin et le petit garçon comprend qu’elle n’est pas du tout méchante.

J’ai un problème, raconte-t-il, alors. Nous étions tranquillement en train de jouer dans la cour de récréation quand, tout à coup, un arbre géant a capturé mon école. J’ai réussi à me sauver en passant par le sous-sol.

Oh, la, la, la, la ! se désespère Sangeline. C’est de ma faute, car c’est moi qui aie planté l’arbre ! Je suis la coupable de tout ce qui arrive !

Mais non, la contredit aussitôt Jinette, c’est entièrement de ma faute. C’est moi qui t’aie donné la graine !

Bon, arrêtez ! intervient Violette. Trouvons plutôt, ensemble, une solution à notre problème.

Moi, j’ai pensé à du désherbant magique, propose Arthur.

Je crois que ça ne suffira pas, lui répond la lutine en lui racontant leur mésaventure avec son sifflet. Il faut trouver autre chose…

De sous la table où il est toujours caché, Miroir l’Enchanteur balbutie :

L’a… L’arbre a… a un point… a un point faible…

Lequel ? lui demande Jinette.

Je… Je ne veux… Je ne veux pas le dire, lui répond son miroir.

Dis-le-nous, s’il te plaît, le supplie Violette.

No… Non… j’ai… J’ai trop peur !

Si ! insiste Arthur.

No… Non !

Si tu nous confies ce secret, nous ne le dirons à personne, tentent-ils de le convaincre. Tu peux nous faire confiance.

Très… Très bien, accepte le Miroir. Ce genre d’arbre est bien de couleur rouge et noire, non ? Le rouge, c’est sa sève. C’est un peu comme son sang. Il suffirait donc que Sangeline le boive, puisqu’elle est une vampire…

Aaah, c’est génial ! s’écrie tout le monde.

Oui, sauf qu’il faut pouvoir s’approcher de l’arbre, se souvient Violette. Il y a le Sauveur. Contre lui, cela m’étonnerait que mon sifflet magique nous soit utile…

Oh !Mais il existe une solution, lui dit le petit miroir très peureux.

Youpie ! s’exclame Sangeline. Dis-le-nous, s’il te plaît !

No… Non, bégaye à nouveau le miroir. Car la… la sor… la sorcière… me… me tuera,

Il faut que tu nous le dises, intervient Violette. Comme ça nous pourrons arrêter l’arbre.

Et si personne ne le dit à la sorcière, elle n’en saura rien, ajoute Arthur.

Bon, je… Je vais vous le dire.

Et Miroir l’Enchanteur leur parle d’une poudre magique qui rendrait gentil les enfants méchants.

Cette poudre est gardée par le terrible Maton, les prévient le petit miroir d’une voix brusquement grave, avant d’ajouter : mais avant de vous rendre à sa prison, allez voir Théo le Faiseur d’Histoires et Anaïs Fraisier, la vendeuse de confitures, peut-être sauront-ils trouver un moyen de vous débarrasser du Sauveur…

Pour les rencontrer, précise Jinette, il vous faudra passer par la Porte des diables.

Chapitre 6 – La Porte des diables

Jinette a amené Arthur, Violette et Sangeline devant la Porte des diables. Celle-ci se trouve dans son arrière-boutique, derrière un mur qui ne s’ouvre qu’en poussant dessus, mais encore faut-il savoir sur quelle partie du mur appuyer. Pour cela, il suffit de demander à Jinette.

Peu de personnes connaissent l’existence de cette porte, est en train d’expliquer la vieille dame. Comme mon magasin, elle ne peut être vue que par des personnes spéciales.

La porte des diables ressemble à un miroir. Son contour est en bois bleu sur lequel Violette, Sangeline et Arthur découvrent des photographies de diables. La poignée est toute noire. Arthur s’en approche.

Attention, le prévient Jinette. Si tu touches la poignée, la porte s’ouvrira et tu ne pourras pas revenir en arrière… Ce n’est pas à toi d’ouvrir cette porte.

Eh, mais qu’est-ce qu’il y a dans ce miroir ? demande alors Arthur en se reculant de la poignée.

Dans le reflet, vient d’apparaître le reflet d’une effrayante créature.

Qui es-tu ? lui demande Arthur qui n’a pas du tout peur.

L’apparition sort du miroir. Elle a deux cornes sur la tête et une petite moustache sous son nez. Son visage est d’un rouge très vif. Ce diable – car il s’agit bien d’un diable – porte des habits rouges et une longue cape noire. Il est très grand et semble très fort. Il ouvre la porte

Je vous prie de vous hâter de passer, dit-il d’une voix grave en exécutant une révérence.

Oui, dépêchez-vous, insiste Jinette, car sinon la porte risque de se refermer et plus jamais nous ne pourrons l’utiliser. Elle n’aime pas être ouverte pour rien…

* * *

Une fois de l’autre côté de la Porte des diables, Arthur, Sangeline et Violette se retrouvent dans une forêt verdoyante. C’est le printemps et les feuilles repoussent. Beaucoup d’oiseaux chantent dans les arbres. Il y a quelques petites fleurs qui diffusent différentes senteurs très agréables.

Wow ! Quelle belle forêt !! s’émerveille Violette.

Cela nous change de mon arbre-ami, soupire Sangeline.

Y a-t-il des gens qui vivent ici ? se demande Arthur.

Y a quelqu’un ? crie Violette.

Oui, il y a quelqu’un, leur dit une voix aiguë.

Un renard sort d’un buisson.

Qui a parlé ? demande Arthur en regardant autour de lui.

C’est moi ! lui répond le renard. Qu’est-ce que vous faites ici ?

Arthur est émerveillé.

Waouh, dit-il très content de cette rencontre, un renard qui parle !

Violette, elle, a envie de faire un câlin à l’animal. Elle veut le prendre dans ses bras, mais il recule. Il se sauve et tourne autour de la lutine.

Arrête de tourner en rond ! s’énerve Violette.

Le renard obéit, mais en se tenant à l’écart d’elle.

Qu’est-ce que vous faites ici ? redemande-t-il.

Nous venons de traverser la Porte des diables et nous sommes arrivés dans cette forêt, lui répond Violette.

Et qu’est-ce que vous cherchez dans cette forêt ?

Nous cherchons l’atelier de Théo le Faiseur d’Histoires. Tu nous aides à le trouver ? lui demande Arthur.

Je vais vous aider et vous montrer le chemin ! accepte le renard. Il suffit de suivre cette barbe, dans ce sens-là…

En effet, à travers toute la forêt, serpente une longue, mais, alors, une très longue barbe blanche.

Elle semble faire au moins 999 kilomètres, se dit Arthur tout en la suivant. Elle doit aller jusqu’à l’horizon…

Au bout d’un long moment, le petit garçon, Sangeline et Violette, tous les trois accompagnés du renard, sortent de la forêt pour arriver devant une montagne. La barbe disparaît à intérieur d’un terrier creusé au pied de celle-ci.

Chapitre 7 – Théo, le Faiseur d’histoires

Une fois l’entrée du terrier passée, Sangeline, Arthur et Violette arrivent dans un atelier. L’atelier de Théo le Faiseur d’histoires ! C’est un endroit de petite taille avec des crayons qui parlent et un bureau triangulaire. Des feuilles volent dans toute la pièce, des livres marchent.

Théo est vieux comme le Monde. On dit qu’il a 999 999 ans. Il a trois sœurs et dix frères. Il est de grande taille et a les cheveux bruns sous son chapeau en forme de lune. La longue, très longue, très très longue barbe qui sort du terrier est la sienne !

Le Faiseur d’Histoires est assis devant son bureau. La tête sur ses bras croisés, il pleure.

Qu’est-ce que vous avez, monsieur le Faiseur d’Histoires ? lui demande Violette.

Arthur s’approche et lui frotte le dos.

Théo montre tous ses livres.

Personne ne peut me lire ! geint-il d’une voix grave.

Il s’explique : son écriture est tellement petite que personne ne peut comprendre ses histoires ! Voici des années que cela dure, il n’en peut plus !

Il faudrait que quelqu’un souffle dans une flûte pour vous puissiez écrire plus grand ! proposent en même temps Sangeline et Violette.

Mais je suis déjà allé voir Jinette ! Une telle flûte n’existe pas !! s’écrie Théo avant de s’effondrer à nouveau en larmes.

Apeuré, son chapeau quitte sa tête pour aller se cacher dans un livre. Sangeline console l’écrivain puis, avec Violette, elle se creuse les méninges pour essayer de trouver une autre solution.

Pour comprendre les petites écritures, il existe un microscope invisible qui devient visible lorsqu’on doit les lire ! se souviennent-elles, toutes les deux. Il aide à voir les lettres en grand !

Oui, je le sais ! J’en ai un ! leur répond Théo, très en colère, en criant et en pleurant beaucoup plus fort. Ça ne réglera pas mon problème. J’écrirai toujours trop petit !

Sous l’effet de l’énervement, sa barbe rétrécit complètement jusqu’à devenir une minuscule pointe blanche au bout de son menton.

J’ai une idée, intervient Arthur, il vous faut un ordinateur ! Avec, vous pourrez écrire plus grand. Je vous le ramènerai dès que nous aurons vaincu l’arbre maléfique !

Fou de joie, Théo saute dans tout son atelier. Il est tellement content qu’il retourne sa table de travail, renverse ses pots à crayons, ses livres s’envolent et il fait tomber ses lunettes. Bref, c’est le désordre le plus total !

N’ayant plus peur, le chapeau quitte sa cachette et saute sur la tête de l’écrivain. La barbe reprend alors sa taille normale. Elle redevient tellement grande que Théo marche dessus et tombe. Qu’à cela ne tienne ! Il se relève et prend le petit garçon aux cheveux orange dans ses bras.

Je t’aime toi ! lui dit-il.

Mais ses crayons ne sont pas de cet avis.

Ça ne va pas la tête ! boudent-ils. Qu’est-ce qu’on va devenir, nous, si tu utilises un ordinateur ?!

Voyons, les rassure Théo, je vais toujours me servir de vous dans mes cahiers de brouillon, car moi, je sais me relire.

Ses crayons étant très contents, il se tourne alors vers les trois aventuriers.

Au fait, pourquoi êtes-vous venu chez moi ?

Il y a un arbre maléfique qui a surgi de la terre, à Arras, lui explique Violette… Il a détruit une partie de la ville. Il a même transformé les habitants en noisette et en vers de terre.

Le Faiseur d’histoires est catastrophé :

Oh, c’est terrible ! C’est affreux ! Il n’y a aucun moyen de l’arrêter ?

Il y a peut-être une solution, mais il y a un méchant Super-Héros qui le protège et nous ne savons pas comment faire pour nous débarrasser de lui !

Et si vous détourniez son attention avec un très bon livre…, songe tout à coup Théo.

Alors le Faiseur d’Histoires prend une plume et commence à écrire : « Il est fort et beau, il a des super-pouvoirs… » Il écrit des pages et des pages. 99 au total ! Ce livre de 99 pages vantera les exploits du Sauveur, le super-héros le plus puissant de tous les temps !

Chapitre 8 – Anaïs Fraisier, la vendeuse de confitures

Sangeline, Arthur et Violette la lutine ont quitté Théo le Faiseur d’Histoires. Sangeline s’est transformée en grande chauve-souris sur laquelle sont montés ses deux amis, direction les nuages et la maison d’Anaïs Fraisier.

Attention ! annonce la jeune femme vampire. Nous atterrissons !

Et les voici tous les trois sur les nuages ! Arthur est heureux en découvrant qu’il peut marcher dessus sans passer au travers. Il trouve ça génial et saute de nuage en nuage.

Fais attention, le prévient Violette, tu risques de tomber entre deux nuages.

Ne t’inquiète pas, je sais ce que je fais, lui répond Arthur en lui tirant la langue.

La lutine saute devant le petit garçon et lui ordonne :

STOP ! Arrête de sauter, tu risques de tomber !

Arthur obéit, aussitôt.

D’accord, lui dit-il, tout penaud.

De son côté, la jeune fille vampire cherche le magasin d’Anaïs Fraisier. Ce faisant, elle découvre une maison en forme de pot de confiture. La devanture est rouge comme de la fraise. Elle est parsemée de pépins noirs. Sur le toit, en forme de couvercle, est inscrit : « Bienvenue chez Anaïs Fraisier ».

Le magasin est entouré d’un beau jardin avec des fleurs de toutes les couleurs en forme de pots de confiture. Ces étranges fleurs dégagent une odeur de rhubarbe, de myrtilles, de framboise, ou encore de confitures d’oignons. Toutes ces odeurs parfument les nuages.

Sangeline appelle ses amis.

Venez voir, par ici !

Ouah, elles sont magnifiques ! s’extasie Violette en découvrant les fleurs.

La lutine ouvre leur couvercle parsemé de pétales pour sentir l’intérieur de leur pot.

Comme elles sentent bon ! dit-elle.

Sangeline approche, elle aussi, son nez des fleurs.

Ça donne envie tout ça, dit-elle à la lutine, mais n’oublie surtout pas de les refermer, car elles risquent de perdre cette bonne odeur.

Arthur, lui, s’intéresse au magasin d’Anaïs Fraisier.

C’est quoi cette maison ? se demande-t-il. Elle est bizarre, mais très originale !

La maison est soutenue par les nuages. Au toucher, ses murs sont gélatineux. Ils dégagent un parfum très agréable de fraise. Le petit garçon aux cheveux orange cherche l’entrée. Il tourne dans tous les sens et finit par la trouver. Il prévient Sangeline et Violette :

Je sais où est l’entrée ! Elle se trouve là-haut. C’est le couvercle !

Plusieurs grandes échelles, rangées non loin de là, permettent d’y accéder. Une fois montés jusqu’au couvercle, Arthur, Sangeline et Violette s’y mettent à trois pour le dévisser. Après un gros effort, ils pénètrent à l’intérieur du magasin d’Anaïs Fraisier.

* * *

Dans son magasin, Anaïs Fraisier est en train de se frotter les yeux. Elle s’essuie le nez avec sa manche, puis prend un pot de confiture le regarde avant de s’écrouler en pleurs sur sa table de cuisine.

Oh, mais, Anaïs, pourquoi pleurez-vous ? demande Sangeline en s’approchant d’elle. Que se passe-t-il ?

La vendeuse de confiture ne répond pas. Elle continue de pleurer.

Arrive le reste de la bande, et les trois amis s’exclament tous en même temps :

Racontez-nous, Anaïs ! Nous allons trouver une solution, tout comme nous avons aidé Théo le Faiseur d’Histoires à résoudre son problème !

Touchée, Anaïs Fraisier se confie :

J’ai un gros problème. Personne ne vient m’acheter mes confitures. Je ne comprends pas, elles sont pourtant très très bonnes.

Et la voilà qui se remet à pleurer. Elle s’interrompt pour se moucher, mais ses larmes ne cessent pas de couler.

Il nous faut vite une idée ! s’exclame Violette qui n’aime pas voir les gens pleurer.

Aussitôt dit, aussitôt trouvé :

Nous allons prendre, chacun, une bonne vingtaine de pots de confiture pour les vendre sur Terre !

Oui, mais comment va-t-on les transporter ? demande Arthur.

Attendez, j’ai des paniers dans la pièce à côté ! leur dit Anaïs, tout à coup rassurée.

Et elle part chercher ses paniers qu’elle ramène sans attendre.

Ton idée est bonne, fait remarquer Arthur à Violette, sauf qu’on n’a pas de pot : Arras est attaqué par l’arbre, nous devons le vaincre en priorité !

Un arbre qui attaque une ville ? entend Anaïs. Mais ? Vous n’allez pas pouvoir vendre mes confitures !

Et la voici à nouveau désespérée.

Nous allons les stocker au fond de votre magasin, propose Sangeline. Dès que la Terre aura retrouvé le calme et la paix, nous irons vendre toutes vos confitures.

Ou, alors, on met tous les paniers dans mon sac Infini ! déclare joyeusement Violette. Il ne pèsera rien du tout, car il est magique !

Promis, vous allez me les vendre ? demande Anaïs. Vraiment ? Je peux compter sur vous ?

Oui ! Faites-nous confiance ! la rassure Arthur en lui frottant le dos.

Rassurée, Anaïs Fraisier sèche ses larmes avec son bras.

Pour vous remercier, je vais vous offrir de la confiture aux pois sauteurs.

Chouette ! s’exclament Violette et Sangeline.

Miam ! Miam ! se régale d’avance Arthur. Ç’a l’air trop bon ! Ça donne faim ! On peut la goûter ?

Oui, bien sûr, je vous en ouvre un pot, mais attention cette confiture est magique. Vous allez voir, prenez une cuillère.

Ils prennent tous la cuillère que leur tend la vendeuse, la trempent dans le pot et goûtent la confiture de pois sauteurs.

Que se passe-t-il ? s’exclame tout à coup Arthur. Mes pieds picotent et je sens qu’en marchant je sautille.

Oh ? Nous aussi ! s’écrient Violette et Sangeline.

Je vous l’avais dit : ma confiture est magique.

C’est génial, on adore ! Cela nous sera très certainement utile contre le Sauveur.

Comme toutes les bonnes choses ont une fin, il est temps pour nos trois aventuriers de partir et de rejoindre la prison de Maton.

Chapitre 9 – Maton

Pour rejoindre le dernier lieu de leur quête, nos trois amis sont descendus par un haricot magique reliant la maison d’Anaïs Fraisier au désert de cailloux et de cactus piquants où se trouve la prison de Maton. La vendeuse de confiture a pris un haricot dans un pot de confiture rangé à part.

Ce n’est pas un bocal ordinaire, a-t-elle confié, il contient des haricots magiques.

Elle a jeté le haricot à travers les nuages et il s’est transformé en échelle verte gigantesque couverte de feuilles de toutes les couleurs, de jolies fleurs et de petits bourgeons poussant de partout.

Voici, maintenant, nos trois aventuriers devant le repaire de Maton. C’est ici qu’ils trouveront la poudre magique qui rend gentils les enfants méchants. Elle est enfermée dans un grand coffre-fort qui, lui-même, est gardé par Maton, le loup-garou gardien de prison ! Maton est au service de la Méchante Sorcière, celle qui est jalouse de Jinette. Le loup-garou garde la poudre magique pour elle. En effet, la sorcière ne veut pas que cette poudre soit utilisée, car elle aime crier sur les enfants méchants et elle ne pourrait plus le faire si jamais quelqu’un l’utilisait.

À première vue, le repaire de Maton est très beau. On dirait une jolie maison. Sur la porte d’entrée est dessiné un dragon. Ce dragon crache du feu tout en se rongeant les griffes. L’endroit semble paisible et agréable, mais à l’intérieur…

L’intérieur est une prison. Il y fait sombre. Des cris retentissent sans interruption. Ce sont ceux des prisonniers de Maton. Ils sont en train de devenir fous à force d’être enfermés et d’entendre les rats et les mulots gratter les murs.

Oh la la, çà fait vraiment trop peur, ici ! remarque Sangeline.

Moi, je n’ai pas peur, se défend Arthur qui, malgré tout son courage, tremble de… peur.

Et pour cause : tous ces prisonniers sont des enfants ! Comme lui !

Au secours, sauvez-nous ! crient ces enfants. Libérez-nous ! Nous voulons sortir, nous n’avons rien fait ! Nous sommes gentils !

Le petit garçon aux cheveux orange se colle contre la fille vampire.

Je suis certaine qu’ils sont innocents, dit Sangeline à Violette qui est tout à fait d’accord avec elle.

Soudain, au milieu du grand hall d’accueil, Maton montre le bout de son museau !

Il a une boucle à l’une de ses oreilles en pointe, des tatouages sur son torse nu et poilu, et ses cheveux sont coiffés en crête de punk. Il porte un blouson de cuir avec des chaînes et tient à la main une bouteille de whisky. Sa tête est celle d’un loup terrifiant. Pas une tête de loup-garou sympathique comme l’ami de Sangeline, non, la tête de Maton est celle d’un tueur.

Désolé de vous dire ça, mais j’pourrai pas vous rendre vot’e mioche ! gronde-t-il en bavant et en affichant un sourire moqueur et méchant.

Arthur ne bouge plus, de crainte d’être emprisonné.

Il croit que nous sommes des parents qui viennent récupérer leurs enfants, chuchote Violette à Sangeline.

Il se trompe, lui répond Sangeline. Il ne me semble pas très intelligent…

La fille vampire s’approche du gardien de prison.

Je viens récupérer ma poudre magique, lui dit-elle. Donne-la-moi. J’en ai besoin pour faire quelque chose de très important !

Elle lui chuchote à l’oreille en montrant Arthur et Violette :

Je suis la sorcière. J’ai changé d’apparence pour mieux les tromper. Il me faut la poudre magique pour les faire disparaître. Comme ça l’arbre maléfique qui pousse sur la Terre des êtres humains sera encore plus puissant.

Et elle rit méchamment.

Je ne vous donnerai rien ! gronde Maton. Vous n’êtes pas la sorcière, on me l’a déjà faite celle-là !

Les babines de sa gueule s’étirent sur des crocs menaçants tandis que Sangeline recule de lui songeant, dépitée : Mince ! Ma ruse n’a pas fonctionné !

Je vais tous vous emprisonner, lui promet le loup-garou en faisant craquer ses poings.

Et il s’avance vers les trois amis.

Arthur est tout près de s’enfuir quand Violette repense à son sifflet multicolore. Celui qui enlève les mauvaises pensées. Elle le sort de sa poche et souffle dedans.

Maton lâche sa bouteille de whisky et commence à se transformer. Terminée sa crête de mauvais garçon, sa coupe de cheveux devient normale. Sa boucle d’oreille et son blouson de cuir disparaissent et le voici habillé de vêtements simples et de bon ton.

Fais ce qu’on te dit ! ordonne alors Violette. Va chercher la poudre magique !

Mais… madame la Sorcière, elle va dire quoi ? demande Maton, l’index posé sur son menton, en tremblant et en claquant des crocs.

Elle a dit qu’elle était d’accord !

Tel un somnambule, le gardien de prison s’en va chercher la poudre magique. Avant de partir, Violette, Arthur et Sangeline lui demandent de libérer les enfants. Ce que Maton fait, toujours comme un somnambule.

* * *

Tandis que Violette, Arthur et Sangeline s’en vont, la poudre magique en poche, à l’intérieur de la prison, un nuage de poussière et de toiles d’araignées envahit le grand hall. La Méchante Sorcière apparaît devant le gentil Maton. De petite taille, elle a un nez crochu et de très très longs bras avec de toutes petites mains. L’une d’entre elles tient une baguette en mouches mortes. La sorcière est habillée de toiles d’araignées et ses chaussures sont, comme sa baguette, en mouches mortes.

Maton s’excuse en bredouillant. Ses oreilles de loup se sont aplaties sur son crâne comme celle d’un chien.

Je… Je ne l’ai pas donnée… Je l’ai perdue. Elle était dans ma poche et elle est tombée.

La poudre magique n’aurait jamais dû être dans ta poche ! postillonne de colère la sorcière.

Mais j’a… j’allais vous la ramener, dans… dans votre manoir…

Et pour quelle raison ?

Pa… Parce qu’il y avait des ennemis qui voulaient me la prendre… Des ennemis très forts !

Dans ce cas, tu as mal fait ton travail ! s’emporte la sorcière, folle de rage. Tu n’es pas plus dangereux qu’un chiot pour défendre ce qui m’appartient !

Elle prend sa baguette magique et récite :

Toi, la mouche, transforme-moi cet incapable en ce qu’il est réellement !

Une mouche morte se détache de sa baguette et vole jusqu’à Maton pour lui entrer dans la bouche ! La seconde d’après le dangereux loup-garou gardien de prison n’est plus qu’un chiot. Il essaye de mordre les pieds de la Méchante Sorcière, mais vu que les chaussures de celle-ci sont en mouches mortes, il en ravale une et se transforme en chiot… nain !

Terrifié, il file dans un coin pour pleurer. Quand la Méchante Sorcière se met à rire, il s’enfuit à l’extérieur de la prison où il rejoint Sangeline, Violette et Arthur.

C’est Sangeline qui décide de le prendre avec eux pour retourner sur Terre. Elle le met dans le sac Infini de Violette.

Chapitre 10 – le moment du face à face.

Pour retourner sur la Terre, Violette sort de son sac sans fond une grande grue rose. Sur son ordre, l’engin se met à creuser dans le désert de cailloux et de cactus qui entoure la prison. Il creuse un passage jusqu’au magasin de Jinette. Nos trois amis prennent cet étrange chemin et arrivent, heureux, chez la vendeuse de miroirs magiques qui manque de faire une crise cardiaque en les voyant apparaître en sautillant de joie au milieu de son magasin.

Miroir l’Enchanteur les salue immédiatement :

Bonjour, les filles ! Bonjour Arthur !

Maton le tout petit chiot aboie joyeusement, heureux d’être en sécurité loin de la Méchante Sorcière. Il fait tellement le fou que Jinette se met en colère. Ce chiot va casser tous ses miroirs ! Miroir l’Enchanteur, lui, a très peur ! Il crie sur l’animal et dit à quelqu’un de lui lancer une balle pour l’occuper. Ce que fait Violette qui sort, de son sac, une balle… violette, bien sûr.

Vite ! les presse Jinette qui s’est remise de ses émotions. Il faut vous dépêcher ! Il est déjà presque trop tard ! L’arbre maléfique commence à envahir les autres villes !

Notre groupe de héros raconte à la vieille dame tout ce qui s’est passé. Tous les trois lui montrent la poudre magique, mais aussi le livre écrit sur le Sauveur par Théo le Faiseur d’Histoires, ainsi que le pot de confiture de pois sauteurs offert par Anaïs Fraisier.

Alors ? Comment allons-nous faire pour approcher l’arbre ? demande Arthur. Il y a toujours ce Sauveur qui le protège…

Jinette a une idée.

Avec tout ce que vous ramenez là, leur confie-t-elle, nous allons fabriquer un piège.

* * *

Une fois le piège prêt, pour que nos trois héros puissent se rendre le plus vite possible au pied de l’arbre, Jinette transforme la bicyclette d’Arthur en une magnifique moto de course à trois places. Puis notre trio fonce à toute allure vers le jardin de Sangeline, paré pour sauver l’école Curie et les habitants d’Arras !

Quand Sangeline, Violette et Arthur arrivent sur place, l’arbre est en train de rigoler. Pendant leur absence, il a doublé de volume. Il se réjouit d’avoir transformé tant de gens. Il plante certaines noisettes dans le sol et en mange d’autres en prenant son temps. À côté de lui, le Sauveur rit également.

Arthur et Violette se cachent dans une poubelle tandis que Sangeline s’avance vers le super-héros méchant. Celui-ci ne la laisse pas approcher plus loin ! Il jette des éclairs pour la repousser.

Dégage de là, vampire des poubelles !

Ne fais pas ça, lui dit Sangeline en évitant ses attaques. Je suis venue pour te dire que je t’aime !

Le Sauveur est surpris.

Toi ? Tu es amoureuse de moi ? Mais moi, je ne t’aime pas !

Sauf que moi, si, je t’aime ! Et tu ne peux rien contre mes sentiments. Tu es si beau, si fort, tellement musclé. Et tu sens tellement bon !

Ooooh que c’est joli ce que tu me dis là ! Du coup, je veux bien être ton amoureux.

Pouvant enfin s’approcher du Sauveur, Sangeline lui offre le livre de Théo.

Oh ! Il parle de moi ce livre ? se récrie le super-héros en découvrant le titre.

Oui, il parle toi et de tes exploits. Je l’ai fait écrire spécialement pour toi !

Le Sauveur est super content. Il roule des épaules, très satisfait de sa personne. Puis il ouvre le livre, mais à l’intérieur se trouve la confiture de pois sauteurs offerte par Anaïs Fraisier. Elle lui saute au visage. Aveuglé, le Sauveur essaye de l’enlever, mais rien n’y fait ! Elle lui colle à la figure.

AAAAH ! hurle-t-il. Quelqu’un peut-il me débarrasser de cette… de ce truc !

Bien sûr, Sangeline ne fait rien. Ni Violette ni Arthur qui restent cachés en attendant le bon moment pour intervenir. L’arbre essaye d’aider son garde du corps, mais en vain.

Je n’y arrive pas, lui dit-il, mes branches ne sont pas faites pour ça ! Toi, tu as des mains, utilise-les ! Frotte !

Je frotte, je frotte, mais ça ne veut pas partir !

Mets de l’eau, alors !

De l’eau ? Où veux-tu que je trouve de l’eau ? Je n’y vois rien !

Enlève cette confiture et tu pourras trouver de l’eau, alors !

Aide-moi au lieu de parler ! se fâche le Sauveur.

Je t’ai dit que je n’avais pas de mains pour ça !

Tandis qu’ils se disputent, il ne reste plus, pour Violette, qu’à sortir prudemment de sa cachette, à s’approcher doucement du faux super-héros et à lui jeter au visage la fameuse poudre magique qui rend gentils les enfants méchants.

* * *

Pour se débarrasser de la confiture, le Sauveur n’a pas d’autre choix que de tenter de l’avaler. Avec sa salive, la confiture se décolle très facilement. Du coup, le super-héros méchant avale aussi la fameuse poudre magique. Son visage passe alors du beige au blanc, puis du blanc au rose, du rose au jaune, du jaune au vert, du vert au bleu, et, finalement, du bleu au violet. Puis le Sauveur adresse un énorme sourire à Violette avant de lui faire un gros câlin.

Excuse-moi d’avoir été méchant avec toi au début de cette histoire, lui dit-il.

Violette le remercie, car il est devenu gentil, très gentil, même. De plus, il veut à tout prix se faire pardonner. Soulagé de sa réaction, le Sauveur se tourne vers Arthur.

Et toi, petit garçon, excuse-moi de ne pas avoir sauvé ta maison.

J’accepte tes excuses, le pardonne Arthur, mais tu as quand même fait de gros dégâts.

Le Sauveur se dirige vers Sangeline. Il l’attrape par les épaules, la secoue très fort, lui prend ensuite la main, la secoue, là aussi, très très fort, puis il la couvre de bisous, tout en ne cessant de dire :

Merci ! Merci ! Merci, de m’avoir rendu gentil !

Puis il découvre l’état dans lequel se trouve Arras.

Oh ! Pardon, je m’excuse ! Tout est détruit, c’est de ma faute !

Il se tourne vers l’arbre maléfique et lui ordonne de cesser d’attaquer la ville.

Pas question ! refuse l’arbre. C’est pas un minus comme toi qui va me commander !

Ah, c’est comme ça ? réplique le Sauveur. Eh bien, c’est mon tour de te faire du mal comme tu en as fait aux autres.

L’arbre se marre, l’une de ses branches droites posée sur son tronc.

Tu ne pourras pas me faire le moindre mal, car tu es devenu gentil ! C’est moi qui vais te vaincre ! Moi, arbre méchant, je vais te tuer toi et tes nouveaux amis !

Et il lui donne un coup de griffes.

Sangeline en profite pour se transformer en chauve-souris. Très discrètement, elle s’envole vers l’arbre pour se poser à côté de son tronc. Mais l’arbre la voit tout de suite. Il ne se laisse pas faire : il se défend ! Il se détourne du Sauveur et envoie ses branches pour chasser cette chauve-souris venue l’embêter.

Heureusement, le Sauveur est là !

Le gentil super-héros méchant intervient en faisant des chatouilles à l’arbre. Ce dernier se tord dans tous les sens en pleurant de rire. Il oublie aussitôt Sangeline qui redevient vampire et plante ses crocs dans son tronc pour boire sa sève rouge. L’arbre commence à faiblir et finit par tomber sur le Beffroi d’Arras. Gisant en travers la ville, il devient alors tout noir.

Violette sort de son sac les désherbants magiques que Jinette leur a donnés. Elle sort aussi de l’eau de javel, du savon, etc. Arthur mélange le tout et verse le produit sur les racines de l’arbre.

L’arbre crie « EELLLPOR » – ce qui en langage Arbre maléfique signifie « Vous avez tord de faire ça ». Sauf qu’Arthur ne le comprend pas, alors il continue, avec plaisir. L’ennemi s’enflamme d’un coup !

Un grand incendie commence à s’élever au milieu d’Arras ! Sangeline, Arthur et Violette reculent. Pour les protéger, le Sauveur crée un bouclier au-dessus d’eux, puis il aspire l’eau de la Scarpe et la recrache sur toute la ville qu’il arrose ainsi jusqu’à ce que le feu s’éteigne.

Tout le monde est sain et sauf. Quant à l’arbre, il a fondu jusqu’à devenir un tas de cendres.

Ouais, nous avons réussi ! s’écrie Arthur, fou de joie.

YOU-OUH ! crie aussi le Sauveur qui est, lui aussi, super content !

Génial ! Trop cool ! dit Violette.

On entend alors un bruit de clochettes. Des noisettes sortent du tas de cendre qu’est devenu l’arbre maléfique et du sol. Elles grandissent petit à petit pour devenir des enfants. Les vers de terre sortent aussi de terre. Tout en continuant de gigoter, ils se transforment en adultes.

Les habitants d’Arras sont rassurés d’être redevenus enfin eux-mêmes.

SUPER ! crient-ils. Merci ! C’est enfin fini ! Merci de nous avoir libérés !

On va pouvoir faire une fête ! déclare Arthur. Ce sera la fête de l’arbre !

Sauf que la ville est détruite…, pleure Sangeline, toute triste.

Arthur se rend compte des dégâts. Il tombe à genou et se met à pleurer.

Fort heureusement, un Super-Héros est présent pour les aider !

Je suis là ! leur dit le Sauveur. À votre service !

Sur ces mots, il s’envole dans le ciel et reconstruit toute la ville à la vitesse de l’éclair. Grâce à quelques objets magiques sortis de son sac Infini, Violette l’aide – en allant plus doucement, bien sûr. Elle utilise un sifflet nettoyant, un sifflet électrique pour réparer les voitures, une baguette qui aide les arbres – les vrais, les gentils – à repousser, et du rouge à lèvres pour redessiner les maisons et tous les autres bâtiments. Les habitants d’Arras ne sont pas en reste, les voici tous solidaires pour reconstruire leur ville et en faire un havre de paix.

Épilogue

Après que le Sauveur ait réparé la ville grâce à ses super-pouvoirs, une femme descend du ciel en voiture volante. Elle porte, tout comme le super-héros méchant devenu gentil, une cape fluorescente. Celle-ci est de couleur rose.

Oh ! Marine ! s’exclame le Sauveur.

Il s’agit de sa femme. Elle arrive de la planète où ils habitent tous les deux.

Qu’est-ce que tu fais là ? lui demande-t-elle. Toute la brigade des Super-Héros te recherche ! Il y a des affiches dans toute la galaxie ! Tu as encore commis des bêtises, n’est-ce pas ?

Le Sauveur – son mari ! – est en train bercer un oiseau qui s’est blessé en tombant du nid situé sous le toit du magasin de Jinette. L’oiseau piaffe d’impatience. Il a besoin qu’on s’occupe de lui.

Ne t’inquiète pas, lui dit le Sauveur, je vais te soigner.

Marine est stupéfaite de voir que son mari fait preuve d’un aussi bon fond.

Arrête ton manège, le sermonne-t-elle. Je sais que tu fais ça pour tromper les gens. Je ne te vois pas d’en haut, comme le père Noël, mais je te connais très bien !

Jinette sort de son magasin à ce moment-là :

Vous vous trompez, madame Marine, intervient-elle. Votre mari a changé. D’ailleurs, quand il aura terminé avec ce pauvre oiseau, il va m’aider à nettoyer le plafond de mon commerce. Je ne peux pas l’atteindre, mais, lui, en volant, il le peut !

Pendant ce temps, Arthur, Violette et Sangeline sont partis vendre les confitures d’Anaïs Fraisier. Celles-ci auront un tel succès, qu’Anaïs ouvrira à la gare d’Arras et dans les autres villes terriennes, mais aussi dans les royaumes sous-marins et dans les nuages, une grande chaîne de magasins : Le Confitarium.

Puis nos trois amis se sépareront. Arthur retrouvera son camarade J.C. Le jour de ses sept ans, le garçon aux cheveux orange invitera à son anniversaire tous ses amis ainsi que ceux de l’aventure : Sangeline, Violette, Jinette, Miroir l’Enchanteur, Anaïs, Théo et, même, le renard qui parle. Ses parents seront très surpris de les rencontrer. Durant cette fête, J.C. tombera amoureux de Sangeline, mais le cœur de la jeune femme vampire sera déjà pris : pour avoir des amis, Sangeline a décidé de ne plus acheter de mauvaises graines et de vivre la nuit pour accompagner son camarade loup-garou à la chasse. Ce faisant, ils sont tombés amoureux l’un de l’autre. Ensemble, la nuit, ils viennent aussi en aide aux gens en difficulté.

Violette, elle, est retournée au pays des lutins où elle continue ses études à la faculté pour étudier la vie des êtres humains.

Jinette, quant à elle, a dû s’équiper d’un dentier, car en croquant dans une noisette – pour vérifier s’il ne s’agissait pas d’une noisette ennemie offerte par la Méchante Sorcière –, ses dents se sont cassées. Maintenant, elle ne mange plus que de la crème de noisette. Mais elle n’a plus rien à craindre de la Méchante Sorcière. L’ennemi de Jinette et des enfants est devenue gentille après avoir goûté à la confiture d’Anaïs, car ses confitures sont aussi bonnes que magiques, et elles adoucissent les esprits.

Théo le Faiseur d’Histoires, lui, raconte toujours des histoires qui fascinent les gens. Grâce à son ordinateur, Théo peut, maintenant, être lu, mais, en plus il a accès à Internet et a 99 010 amis sur Facebook.

Quant au Sauveur, il est retourné sur sa planète avec sa femme. De retour là-haut, les habitants se sont montrés conciliants du fait de ses exploits sur Terre. Il ne sera pas jeté en prison et pourra s’occuper du mini-chiot Maton qu’il a adopté. Tous les deux deviendront les meilleurs amis de la Galaxie !

FIN

 

Les épines de Rose

En janvier et février 2015, les élèves de la 6e E du collège Michelet de Lens (62) exploraient le thème du Conte et donnaient naissance à cette histoire :

Les épines de Rose

par

Lucie P., Lucie C., Eva, Chloé, Chaïma, Amel, Emeline, Maëva, Laurie, Marine, Clara, Sarah, Noémie, Naïm, Dylan, Bilal, Gayveunn, Corantin, Hugo, Florian, Nicolas, Alexis M. et Alexis B.

sous la participation de Mme Rahbi, professeure.

Introduction

Le royaume perdu des elfes

Le royaume Perdu des elfes se situe au cœur d’une immense forêt. Il est considéré comme un royaume perdu, car les autres peuples de la Terre – les humains, les nains, les gobelins – ne savent plus où il se trouve. Le royaume Perdu se nomme « le royaume de Timour ». Il est entouré de grands sapins épineux qui le protègent des dangers extérieurs.

Les elfes habitent dans les conifères. Dans leurs branches, il y a assez de place pour y vivre. Ils se déplacent à l’aide de grands ponts de branchages. Les elfes commerçants sont installés au pied des arbres. Les marchands vendent des fruits frais, des graines et des plantes.

Le palais est l’arbre le plus grand de la forêt. On y rentre par une magnifique porte. Des escaliers de bois permettent de monter en haut de cet immense sapin. La famille royale et ses serviteurs ont leurs chambres dans ses gros fruits. Les autres pièces se situent dans son tronc. Son écorce est sombre et ses feuilles sont d’un vert brillant. Vivre dans cet arbre est agréable, car il est confortable à l’intérieur, même si, à l’extérieur, son écorce est rêche. On y trouve de nombreuses salles très spacieuses. Sous ses racines sont situées des tonnes d’or. Les elfes ont trouvé l’or dans les rivières de leur royaume. Ils le conservent pour reconstruire leurs anciennes maisons. Car, avant, il y a fort longtemps, ils vivaient dans des maisons en brique d’or réputées pour leur solidité et leur résistance à l’humidité de la forêt. Les vraies richesses des elfes sont des plantes qui ont des pouvoirs magiques. Elles guérissent les elfes quand ils sont blessés à la guerre ou quand ils sont malades.

Chapitre 1

Le rejet de Wargo

Comme chaque matin, la servante réveille Soleil, lui apportant un magnifique plateau dans lequel se trouve un petit déjeuner royal : des feuilles recouvertes de myrtilles, de framboises, de jeunes pousses d’arbre et, comme boisson, du lait d’élan et une tisane aux écorces saupoudrée de feuilles de lierre.

La princesse hurle à la domestique de partir immédiatement ! La pauvre servante sort en hâte. Soleil est une elfe encore adolescente. Elle est grande et a les yeux bleus. Ses oreilles pointues sortent de sa longue chevelure blonde. Elle porte toujours une robe verte. Son signe est une aiguille de sapin. Tous les elfes ont un symbole de la nature. L’aiguille de sapin est le symbole le plus beau et le plus rare de tous, chez les elfes, même si elles sont ce que l’on voit le plus dans leur forêt.

Soleil n’en peut plus d’être étouffée par le roi. Chaque matin, c’est toujours comme ça ! Elle sait très bien préparer son petit déjeuner. Elle le hurle à son père depuis si longtemps, mais celui-ci ne l’écoute jamais.

Soleil se prépare rapidement et sort de sa chambre bien décidée à parler au roi. Elle regarde par la fenêtre. Dehors, tout le monde s’agite. Les elfes courent dans tous les sens. Elle les entend crier « à l’attaque ! » Ils sont habillés avec des armures scintillantes et tiennent des arcs, des dagues, des épées et des boucliers. Les commerçants leur donnent de la nourriture. Des armes sont en train d’être forgées.

Son peuple se prépare à la guerre !

Soleil est surprise, car cela fait au moins un siècle que les elfes ne se sont pas battus et elle ne veut pas qu’il y en ait une autre. Elle se sent triste, car elle déteste la guerre. Au même moment, la servante qu’elle a renvoyée revient pour lui dire que son père la convoque. Soleil refuse et se sauve. Elle croise des gardes qui la poursuivent et la rattrapent. Elle leur ordonne de la lâcher, mais ils l’entraînent de force jusqu’à la salle du trône.

* * *

Wargo, le roi des elfes, a des cheveux noirs avec des mèches vertes. Il y a fort longtemps c’était un guerrier très expérimenté, mais, à présent, il ne sait plus se battre.

La salle du trône est vaste, démesurée. Cette salle ne fait pas le bonheur du roi, car il la trouve vide sans l’amour de sa femme et de sa première fille, Rose. Rose a été bannie. Quant à son autre fille, Soleil, elle n’est jamais avec lui… Sa femme est morte durant la dernière guerre, d’une flèche dans le cœur. C’était juste après la naissance de Soleil. Il ne lui reste donc plus que Soleil. Il l’adore et veut qu’elle soit heureuse. Elle est toute sa vie. Il vit mal son comportement de rebelle. Il le juge négatif. Il est triste pour Rose, même si c’est lui qui l’a bannie ! Quand Soleil est née, Rose est devenue jalouse de la beauté de sa petite sœur. Elle a essayé de s’en débarrasser pour qu’elle ne soit jamais reine du Royaume de Timour. Mais Wargo a découvert ses manigances.

La jalousie est un sentiment que les elfes détestent. Rose est revenue pour s’excuser, mais il n’a pas accepté ses excuses. Alors, il l’a rejetée une deuxième fois.

L’ambiance, dans la salle du trône, est chargée de fatalisme.

Wargo a la mine sombre.

Des gobelins sont à la frontière de notre royaume, annonce-t-il à sa fille. Gollum N’a Qu’un Nœil, leur chef, nous a lancé un ultimatum. Il veut notre or, sinon il attaquera notre Royaume.

Soleil est désespérée ! Elle angoisse, convaincue que le Royaume de Timour va être détruit à jamais. Les gobelins sont les ennemis des elfes depuis des années. Petits, peu affectueux, les gobelins sont en quête d’or. Ils adorent admirer ce beau métal très brillant.

Que faire ? continue le Roi des elfes. Nous ne savons plus nous battre. En effet, les ennemis ont disparu du royaume de Timour depuis plus d’un siècle. Alors, j’ai passé un pacte avec nos ennemis. Nous n’avons pas le choix, si nous nous battons, notre royaume sera perdu.

Wargo explique à sa fille qu’il a trouvé la solution : il va la marier avec le chef des gobelins.

Soleil réagit mal et refuse net.

Je ne supporte plus que tu me chouchoutes et que tu décides de ma vie ! s’insurge-t-elle, très mécontente. Je ne l’épouserai pas ! Un gobelin, c’est laid et méchant. Et avec un nom comme le sien, il ne doit avoir qu’un seul œil ! Père, je ne veux pas !

Le roi est contrarié.

Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas, dit-il tristement. Même s’il est méchant, même s’il est laid, c’est ton devoir de te marier pour éviter la guerre.

Papa, tu me fais beaucoup de peine !

Son père est furieux.

Tu l’épouseras. C’est la seule façon de sauver le royaume !

Soleil sort de la pièce en pleurant et va dans sa chambre.

La nuit tombée, elle regarde une dernière fois l’image de sa mère, puis elle met des coussins dans son lit pour faire croire qu’elle dort, avant de s’enfuir par la fenêtre.

Chapitre 2

La fuite de Soleil !

Soleil est dans la forêt en-dehors du royaume perdu.

Au début, l’adolescente se sentait libre, mais, plus le temps passe, plus elle se sent mal. Elle se retrouve seule dans cette partie de la forêt qu’elle ne connaît pas. La voici perdue.

Le soleil va bientôt se coucher. Elle a besoin de se réchauffer et de cuisiner. Elle a été prévoyante : avant de s’enfuir, elle a pris quelques provisions. L’adolescente essaye de faire du feu, mais elle n’y arrive pas. Elle finit par laisser tomber et décide de continuer à avancer. Elle rencontre alors un lutin. Il est assis sur un tronc d’arbre. Il ressemble à un petit homme. Il porte un chapeau pointu et une tenue verte. Il a des oreilles pointues, un gros nez et des grands pieds. Le lutin et l’adolescente se présentent :

Je vous salue jeune et jolie elfe, je m’appelle Lolo.

Bonjour, je m’appelle, Soleil.

Pourquoi es-tu dans cette forêt ? lui demande Lolo.

Je suis la fille du roi Wargo ! Mon père m’a demandé d’épouser Gollum N’a Qu’un Noeil, le roi des Gobelins. J’ai refusé et je suis partie.

À la fin de son histoire, Soleil enrage :

Je ne sais pas comment mon père ose faire ça ! À moi ! C’est une honte !

Ne t’inquiète pas, j’ai une amie qui pourrait t’aider à régler tes problèmes, lui dit le lutin. Laisse-moi t’accompagner chez elle.

Ce serait gentil. Merci, j’accepte.

Alors, mangeons d’abord. La nuit va bientôt tomber et une longue route nous attend, demain.

Le lutin l’aide à allumer un feu pour la nuit. Pendant que Soleil dort, Lolo est assis sur un rocher et ne bouge plus. Il ne dort pas et la fixe du regard.

Au petit matin, le lutin guide l’adolescente dans la forêt pour lui trouver plus de provisions pour les prochains jours. Puis il la guide jusque chez son amie.

* * *

La forêt devient de plus en plus laide et sent le moisi. Il y a des araignées au sol ! Des plantes et des arbres morts rendent l’atmosphère terrifiante. Soleil panique. De la sueur coule sur son visage, ses jambes s’engourdissent. L’elfe n’arrive plus à penser ni à marcher. Elle demande à Lolo :

Où m’as-tu amenée ? Je veux sortir d’ici, c’est trop effrayant ! Tu m’avais promis que tu allais m’aider, tu dois tenir ta promesse !

Soleil se sent comme une intruse. Elle regarde autour d’elle. Tout est triste et sombre. Rien à voir avec le royaume des elfes !

Je vais te sortir d’ici, ne t’inquiète pas ! lui jure le lutin.

Au bout d’un moment, ils arrivent devant un étang. L’eau de cet étang est malodorante et verte à cause de la boue, des algues et des feuilles qui se sont déposées à sa surface. On n’entend pas les grenouilles coasser ni les oiseaux siffler. L’eau ne clapote même pas. Il n’y a pas âme qui vive aux alentours. Soleil se rend compte que Lolo est plus là. Il est parti et l’a laissée toute seule, loin de chez elle.

Je pense qu’il m’a volontairement emmenée dans un endroit dangereux, se dit-elle.

Soudain, elle aperçoit une sirène en train de se baigner dans l’étang. L’adolescente s’approche doucement en prenant garde de ne pas faire de bruit, mais ses doutes sont confirmés : c’est bien une sirène. Même si ses cheveux crépus ressemblent à des algues noires et verdâtres. Elle a des dents crochues et dégage une odeur nauséabonde. Sa queue a perdu ses magnifiques écailles brillantes. Elle se traîne, ne sait pas bien nager. Et elle a des oreilles pointues…

Soleil est effrayée en voyant cette horrible créature en train de se baigner dans ce marécage tout aussi horrible.

Tu es perdue ? lui demande gentiment la sirène.

Oui, je me suis égarée…

Viens chez moi, susurre la sirène. Je te donnerai de quoi te nourrir.

Soleil reste sur ses gardes, mais elle accepte l’invitation.

Chapitre 3

La révélation

La Sirène vit dans une grotte au bord de l’étang. Il y a des torches pour éclairer cette grotte très sombre. Des toiles d’araignées gigantesques rougies de sang tapissent ses parois. Soleil est choquée en découvrant ce décor. Elle regarde à droite puis à gauche. Les deux côtés de la caverne sont effrayants.

La Sirène va me tuer, se dit-elle. Elle mange les étrangers qui se sont noyés ou qui se sont perdus !

Tu ne me reconnais pas, apparemment, lui dit d’une voix heureuse l’affreuse femme poisson. Moi, qui fus bannie et enlaidie par mon propre père… Je veux prendre ma revanche !

Soleil est incrédule :

Rose ? Ma sœur ? Tu es cette sirène ?

Puis la colère la prend :

Tu es la cause des problèmes du royaume de Timour ! Tu veux nous tuer ? C’est toi qui a envoyé cette armée sanguinaire dont le chef voulait m’épouser ?

Pour toute réponse la sirène lui montre le passé en l’amenant vers une boule de cristal posée sur une table de bois pourri.

* * *

Un jour de printemps, Gollum N’a Qu’un Noeil marchait autour de l’étang. La sirène était sur un rocher moussu. Quand elle l’a vu s’approcher, elle lui a jeté un sort pour l’attirer vers elle. Gollum N’a Qu’un Oeil a couru pour la voir de plus près. Les mains palmées de la Sirène se sont agitées devant son œil qui est devenu rouge. C’est ainsi que le chef des gobelins est devenu sa marionnette diabolique.

Rose lui a révélé :

Je sais où est le royaume perdu des elfes. Là-bas, on trouve des montagnes d’or grandioses.

Bien, a répondu Gollum, je vais aller voler leur or !

Le chef des gobelins était maintenant sous son emprise. Le plan diabolique de Rose contre Soleil et les siens était en marche.

Gollum a rejoint ses gobelins. Il est arrivé dans son refuge à la nuit tombée et a ordonné à tous ses gobelins de se réunir. Plus grand que ses semblables, il les a regardés de son œil de cyclope et leur a dit :

Moi, ayant la queue du pouvoir, moi, Gollum, je rassemble les troupes ! Nous allons chez les elfes les faire descendre de leur orgueil ! À l’aube, au moment où les cumulus s’entasseront dans le ciel, quand l’orage commencera à se lever, nous prendrons possession de leur or !

Tous ses semblables étaient fous de joie et excités d’aller piller le royaume des elfes.

Ouais, on va les ratatiner, ont-ils crié. Ils ne feront plus les malins !

Alors, les gobelins se sont préparés à la guerre. Ils se sont armés jusqu’aux dents.

* * *

Soleil a cessé de voir le passé. Elle est de retour dans le présent, face à sa sœur démoniaque. Sa sœur qui a manipulé les gobelins pour se venger de ce que son père lui a fait.

Rose prend la boule de cristal et la lance au sol. Soleil pousse un cri de douleur, elle est touchée à l’un de ses bras par un éclat.

La sirène rit à présent :

Oui, c’est moi qui ai envoyé les gobelins !

Non ! pleure Soleil qui a peur pour son peuple et pour elle-même. Pourquoi as-tu fait ça?

Ma sœur, lui lance Rose. Dès que tu es née, tu es devenue la préférée de notre père et de notre peuple, avec ton cœur si pur, avec ta beauté. Par ta faute, j’ai été chassée de Timour.

Effondrée, Soleil se met à genoux devant Rose.

Je n’ai jamais voulu que tu partes, pleure-t-elle. En plus, je ne veux même pas devenir reine.

La Sirène s’esclaffe.

De toute façon, Soleil, mon armée est déjà en train d’attaquer le royaume des elfes…

À ce moment-là, Soleil comprend que la transformation en Sirène a rendue sa sœur méchante.

Chapitre 4

Soleil face à la sirène !

La Sirène a un sourire machiavélique. Elle jauge Soleil d’un regard noir et orgueilleux.

Soleil est déçue de sa sœur.

Comment as-tu pu nous faire ça ? demande-t-elle.

La Sirène entre dans une colère noire. Elle regarde Soleil droit dans les yeux.

Je veux me venger, car notre père m’a bannie du royaume ! réplique-t-elle. Notre père m’a transformée en sirène pour que je me fasse des amies aussi méchantes que moi, aussi égoïstes et qui veulent à tout prix être belles. Sauf que je suis devenue laide ! Il m’a transformée en cette hideuse créature ! C’est à toi de souffrir à présent. Et à lui ! C’est au royaume de Timour d’être détruit comme ma beauté a été détruite !

Je suis déçue de toi. Tu nous as trahis, tu n’auras plus jamais notre confiance, traîtresse !

Tout ce que tu me dis ne me fait aucun mal, dit sa sœur avec arrogance. Seule ma vengeance compte. Ma vengeance est plus importante que la famille, je déteste ces elfes qui pensent avoir toujours raison ! Et puisque tu es venue chez moi, je vais t’enfermer pendant un mois, jour pour jour. Ensuite, je t’enlaidirai grâce à un sort maléfique. Tu finiras tes jours sous mon emprise !

Je ne te laisserai pas déshonorer ton peuple et ta propre famille !

Les deux sœurs se font face. Cela va sûrement mener à un combat ou même à la mort de l’une d’entre elles.

Soleil prend son arc et vise le cœur de Rose, bien décidée à la tuer. Si elle ne le fait pas le royaume des elfes sera perdu. En la tuant, les sbires de sa sœur ne seront plus hypnotisés et n’attaqueront plus le royaume.

La Sirène rigole méchamment.

Tu en es incapable, lui dit-elle.

Mais Soleil tire. Sa flèche affûtée vole en ligne droite. Elle traverse la cage thoracique de sa sœur et va se planter dans son cœur. La sirène s’effondre, morte sur le coup.

* * *

Soleil pleure devant le corps de sa méchante sœur. Elle savait qu’elle n’avait pas le choix, mais elle est profondément triste de l’avoir tuée de sang-froid.

Le corps de la Sirène pourrit. Il rétrécit et redevient une elfe. La voyant redevenue normale, Soleil ne comprend pas pour quelle raison sa sœur était jalouse d’elle. Soleil se souvient alors que sa sœur était l’elfe la plus magnifique du royaume.

Tu étais si belle dans ta robe de roses, pleure-t-elle. Oh, pourquoi m’as-tu haïe comme cela ? Tu étais jalouse de ma beauté alors que tu étais plus belle que moi. Comme tu étais l’aînée, c’était toi l’héritière du trône, pas moi. Que s’est-il passé pour que tu sois devenue si malveillante ? Peut-être aurais-tu cessé tes manigances si nous avions pu en parler à cette époque ? Mais j’étais si petite…

Épilogue

Soleil a décidé de retourner au royaume de Timour. Malheureusement, les gobelins ont tout saccagé. Ils ont récupéré l’or et n’ont rien laissé. Le royaume est détruit. L’air est lourd. Des corps sans vie gisent sur la terre qui rougeoie de sang. Le grand chêne royal a été brûlé. La porte a cédé, les autres arbres brûlent.

Quand elle découvre son père mort, son corps transpercé par une lance, la tristesse gagne Soleil et lui déchire le cœur. Le soir, elle réfléchit à tout ce qu’elle a fait. Elle aurait dû se marier avec Gollum N’a Qu’un Noeil. Maintenant, elle n’a plus son père, le royaume est détruit, et elle a tué sa sœur. Elle a tout perdu. Son enthousiasme et sa gaîté se sont envolés à jamais. Elle pleure, elle ne sait plus quoi faire.

* * *

Soleil est seule au milieu des terres ravagées de son royaume quand elle entend un cor retentir. Elle voit des elfes arriver des quatre points cardinaux.

Un elfe, sur un cheval blanc, s’approche pour lui demander :

Pourquoi le royaume de Timour est-il dévasté ainsi ? Pourquoi les gobelins ont-ils déclaré la guerre ?

Soleil reconnaît son parrain, Arbrusus, le frère de Wargo. Arbrusus est chauve. Il a de très grandes moustaches blanches, une barbe noire, un long nez et de petits poils sur ses oreilles pointues. Il arbore un air très sévère. Soleil lui avoue qu’elle n’a pas voulu se marier avec le chef des gobelins et que la guerre a éclaté.

Nous n’avons pas été assez forts, je n’étais pas assez obéissante.

Se marier avec le roi des gobelins ? se récrie Arbrusus. Quelle horreur pour notre peuple ! Moi non plus, je ne suis pas d’accord avec la décision de ton père ! Mais je veux le venger ainsi que votre peuple ! Soleil, vous ne méritiez pas ça !

Alors il propose à sa nièce de se joindre à lui et d’aller détruire le royaume des gobelins en les tuant tous ! Mais Soleil refuse, car son cœur ne pense point à la vengeance :

Désolée, mon oncle, je ne peux pas accepter. Je ne veux pas semer le chaos ainsi…

Et, avec l’aide des survivants, elle construit un village où elle devient herboriste pour soigner les blessés et les malades.

FIN

Les autres titres :

L’elfe rebelle,

Le royaume de Timour,

Le royaume perdu des elfes,

Le royaume des elfes et la sirène,

La guerre des elfes,

La méchante sirène,

Les deux sœurs,

Les gobelins contre les elfes,

Les aventures de Soleil,

Soleil et les elfes de Timour,

Le palais des elfes,

Les réactions de Wargo et de Soleil,

Le royaume des elfes,

Soleil et les gobelins,

La guerre des elfes.

 

Une vie de chiens

D’octobre 2014 à mars 2015, sur le thème de la vie au Bangladesh, cinq élèves de l’école Pierre Curie d’Arras ont écrit l’histoire de Scarface et de Pimousse.

Une vie de chiens

Par :

Bretty, Gaël, Océane, Noah et Théo.

enfants de l’école Pierre Curie d’Arras.

Avec la participation de Lauzy BAZET – éducatrice

et Michaël MOSLONKA – romancier / M.M. Faiseur d’histoires.

Je m’appelle Scarface, maintenant, je suis vieux. J’habite dans un bel appartement, en France, à Paris. Il est situé dans l’impasse du Prince Michaël, au numéro 250. Je suis heureux.

Mais, quand j’étais jeune, j’habitais au Bangladesh. J’étais triste, car la vie me faisait peur. J’étais obligé de voler pour manger. Oui, la vie était dure, autrefois, pour moi. Un jour, j’ai dû voler des poissons, sinon je serais mort de faim. Je suis passé devant le stand d’un pêcheur. J’ai attrapé une truite en plantant mes griffes dans le milieu de son corps et je l’ai mise dans ma gueule. Puis j’ai pris mes pattes à mon cou !

Je suis arrivé dans le parc de la ville. Dans ce parc, il y avait des jeux, mais pas un arbre et de la poussière partout. J’ai voulu manger mon poisson et faire une sieste. Mais les polichats m’avaient suivi et ils sont arrivés. J’ai voulu reprendre mes pattes à mon cou, mais ils m’ont ordonné : « Si tu bouges, on tire ! »

Alors, je suis resté à ma place, car j’avais peur.

Ils m’ont menacé avec leur bâton. Un polichat est arrivé derrière moi, il m’a sauté dessus et il m’a mis des menot-chiens. Les bracelets se sont refermés sur mes quatre pattes et la muselière sur ma gueule. Je me suis retrouvé en prison.

Quand je suis entré dans la cellule, les polichats m’ont enlevé les menottes pour chiens et la muselière. La cellule était sinistre. Elle était creusée dans le sol. Le sol et les murs étaient en terre. Il y avait une grille comme plafond et je pouvais voir voler les avions au-dessus de moi.

Il y avait trois gros méchants chiens d’emprisonnés avec moi. Il y avait d’abord Rapdjorton, un très grand chien en forme de saucisse. Il était tout gris sauf son arrière-train qui était de couleur bleue parce qu’un jour, sur le marché, alors qu’il était poursuivi par la police, il a bousculé un marchand de peinture. Et un seau de couleur bleue indélébile lui est tombé dessus. Rapdjorton était un chien très coléreux qui aimait faire peur aux gens. Puis, il y avait Poicho, un chiwawa qui portait une veste militaire vert kaki. Jaloux de tout le monde, il aimait mordre et pincer. Finalement, il y avait Misterio, leur chef. Un chien sans poils, méchant et cruel.

« Scarface, tu seras notre ami », me disaient-ils. Sauf qu’ils faisaient semblant. Ils ont chuchoté ensemble et je les ai entendus dire qu’ils voulaient me tabasser. Ensuite, Rapdjorton, Poicho et Misterio se sont avancés vers moi pour me taper, mais Misterio a vu le collier que je portais et il a dit : « Mais tu es un chien des rues, toi ? Ton maître t’a abandonné, comme nous ! Donc nous sommes frères… » Rapdjorton est tombé sur son arrière-train en entendant ce que m’a dit son chef, car, lui, il aurait bien aimé me taper. J’ai pensé : « Je ne suis pas votre frère, car, vous, vous êtes des méchants ! » Je ne leur ai rien dit.

Dans notre prison, ça sentait mauvais. J’ai décidé de creuser un tunnel pour aller chercher du parfum à la fraise. Quand je suis revenu dans la prison, Misterio a crié : « Hey ! On peut s’évader par ce tunnel ! » Et Rapdjorton a aboyé sévèrement : « On s’casse, les chiens ! » avant de me dire : « On te laisse là ! On s’en fout de toi ! »

« On ne va pas laisser Scarface, là ! », a grogné Misterio en sautant devant Rapdjorton et en lui montrant les crocs : « Il nous a sauvé la vie, on va l’aider ! »

Poicho leur a dit : « Faut y aller, les gars, sinon les polichats vont découvrir notre tunnel. Ils vont le reboucher, mettre du béton sur le sol. Nous ne pourrons plus jamais nous évader ! » Il a terminé en faisant semblant de tirer avec un fusil : « Et après PAN ! PAN ! PAN ! » Malheureusement, Rapdjorton et Misterio ne l’écoutaient plus. Ils étaient en train de se battre.

Soudain, j’ai vu un chat qui arrivait et je leur ai dit « Stop ! Stop ! Fermez vos gueules, voilà le garde ! » Le chat a passé son bâton sur les barreaux en criant : « Taisez-vous, les clébards ! Fermez vos clapets, les cabots ! »

Mais nous étions déjà loin, poussés dans le tunnel par Poicho qui nous disait « Allez les gars ! Go ! Go ! Go ! » Nous sommes arrivés dans une forêt. C’était une forêt de sapins. Rapdjorton a demandé : « Eh, les gars, on fait quoi ? »

« On reste uni », a répondu Misterio avant de se tourner vers moi et de me dire : « On va chacun de son côté, maintenant ! » Il préférait rester ami avec Rapdjorton plutôt que de se battre à nouveau avec lui à cause de moi. Alors Rapdjorton, Poicho, Misterio et moi, nous nous sommes séparés. Ils sont partis de leur côté, et moi, du mien.

Dans la forêt, tout était silencieux, ce qui me faisait peur. C’est dans cette forêt que j’ai rencontré Pimousse. Pimousse était une femelle avec des poils d’un gris très clair et une jolie tache blanche sur le dos. Elle était toute propre, mais elle boitait.

Je me suis approchée d’elle et elle m’a raconté ses malheurs. « Je suis perdue », a-t-elle couiné. « Quand je travaillais pour mes maîtres, je me suis blessée. La charrette que je traînais tous les jours était lourde. Un jour, j’étais fatiguée et je suis tombée. L’attelage est tombé sur ma patte et elle s’est cassée. Alors, mes maîtres m’ont abandonnée comme un méchant chien des rues, moi qui suis une pure race. »

Je me suis senti mal et je lui ai dit : « Il n’y a pas que des chiens des rues méchants, il y a aussi des chiens des rues qui sont gentils. Un chien des rues peut être quelqu’un de bien. » Alors, Pimousse m’a répondu : « Eh bien, moi aussi, je deviens un chien des rues ! »

Tout à coup, les trois gros méchants chiens sont revenus vers nous en criant : « Attention! Voilà, les polichats ! » Les chats policiers sont apparus devant nous avec leurs bâtons et leurs pistolets.

« C’est elle, la coupable ! C’est elle, la coupable ! », a hurlé Poicho en montrant Pimousse. Pimousse s’est mise à bouder, et les polichats l’ont embarquée après lui avoir passé les menot-chiens et la muselière. Moi, je me suis sauvé. Rapdjorton, Poicho et Misterio, aussi. Ils étaient contents et soulagés de voir Pimousse embarquée, à leur place. Ils s’en moquaient de son sort.

Rapdjorton, Poicho et Misterio auraient dû dire la vérité au polichat et être plus gentils avec Pimousse. Alors, je me suis senti mal parce que, moi aussi, je ne l’avais pas aidée. Parce que, moi aussi, j’aurais dû dire la vérité.

Mais j’ai décidé d’aller la libérer. J’ai creusé tout autour de la prison pour faire tomber les murs de terre. Ensuite, je suis entré dans la cellule. Pimousse avait toujours la muselière et les menot-chiens. J’ai fait un bisou baveux sur ses pattes et elle a pu les glisser en dehors des menottes. J’ai arraché la muselière en cuir avec mes crocs.

Pimousse était super contente. Elle m’a dit : « Scarface, tu es mon héros ! » Ensuite, elle m’a remercié en me faisant des bisous tout baveux. Mais les polichats sont arrivés et nous ont miaulé : « Ne bougez plus, sinon nous appelons toute l’académie des polichats ! Vous avez compris ? » Nous nous sommes arrêtés et nous nous sommes tournés vers eux.

J’ai dit : « C’est Misterio, Rapdjorton et Poicho qui ont menti. Pimousse n’a rien fait ! Arrêtez-les, eux ! » Les chats s’en sont moqués : « Pfff ! Qu’est-ce qu’on en a à miauler ! Nous, on arrête tout le monde. On s’en chaye si vous êtes coupables ou innocents ! Nous, chat nous fait de l’argent quand on enferme les gens ! »

Alors, je leur ai proposé : « Si vous voulez, on vous donne de la pâtée et vous nous laissez partir… » Le chef des polichats a réfléchi : « Chat peut se faire… Vous avez combien de boîtes de pâtée à nous donner ? »

Je lui ai répondu : « Onze boîtes » et je suis allé les chercher dans la cabane de mon arrière-chien-père. Elle était cachée dans un arbre à l’extérieur de la ville. J’avais volé et préparé ces boîtes, car je savais qu’il me faudrait, peut-être, payer les polichats.

Ensuite ?

Une fois libres, nous avons quitté le Bangladesh… en avion.

Maintenant, nous vivons ensemble à Paris dans notre bel appartement. Pimousse et moi, nous nous sommes mariés et nous avons eu sept chiots. Quatre garçons et trois filles. Nous les avons appelés : Blaco, Michalik, Gradur, Kendji, Prince, Tarsa et Gina.

FIN

Scarface-MM-FaiseurdHistoires1ScarfacePimousseEnAvion-MM-FaiseurdHistoires2Les-polichats_MM-FaiseurdHistoires3LesMenottes-chiens-MM-FaiseurdHistoires4Pimousse-MM-FaiseurdHistoires5Pimousse-MM-FaiseurdHistoires6

 

De l'autre côté...

L’autre côté…

par

Amandine, Lucas, Adeline, Lorélie, Manuel, Marine, Alicia, Méline, Steven, Adel, Estelle, Solène, Kelly, Chiara, Camille, Blandine, Céline, Amélie, Loubna, Sullivan, Matthieu, Pierre, Enzo, Weston, Maxime, Mounir, Lucas, Pierre, Cécile, Paloma, Eline, Sarah, Justine

classe de seconde 5 du Lycée Voltaire de Wingles

avec la participation de :

Mme DELAURENT – professeure

et Michaël MOSLONKA – romancier / M.M. Faiseur d’Histoires.

L’autre côté…

Imaginez une ville avec des enfants qui rigolent, portant un costume bien cintré, tous heureux de pouvoir retrouver leurs amis. Imaginons, à présent, des couleurs, des fleurs en plein milieu du printemps. C’est ce dont Charlie rêvait tous les matins avant de se réveiller.

Bien sûr, à son réveil, il se rend compte qu’il ne vit rien de tout cela. Son existence et son environnement ne sont qu’obscurité et malfaisance. Il se sait dans les profondeurs de l’enfer. À chaque coin de rue, il ne croise que de minables personnes affalées sur le trottoir, avinées, une bouteille à la main, puant la crasse et le vomi. De vieilles femmes tirent leur caddy avec le peu de vêtements qui leur reste. Un peu plus loin, des enfants s’amusent dans la boue…

Au petit matin, le ghetto s’anime. Ses habitants sont dehors pour attendre ce bonheur qui ne viendra jamais. D’autres promènent leurs enfants ou, alors, vivent leur train-train quotidien. Mais ont-ils vraiment un but ? Les résidents du ghetto ont tous une histoire aussi tragique les unes que les autres, mais ils essayent tant bien que mal de continuer à vivre.

Charlie vit dans le quartier le plus malfamé de la ville. Ce quartier se trouve dans la banlieue nord. Il est sombre. Des lampadaires sont cassés, d’autres ne fonctionnent plus. Aucune boutique n’est ouverte. Les voitures sont défoncées, recouvertes de rouille, la plupart étant inutilisables. Les vieilles maisons de briques rouges sont délabrées. D’autres sont en ruines. L’herbe des jardins ne ressemble plus à de l’herbe, plus personne ne sait d’ailleurs ce que c’est.

Les rues ont quelque chose d’inerte. On observe dans le regard de chaque habitant de la tristesse. On n’entend aucun bruit. Des odeurs de poubelles piquent la gorge. De plus, l’effluve particulier du cannabis flotte dans l’air. Ce quartier est fermé, coupé du monde. Plus aucun bus ne circule. Plus aucune ligne de transport n’est disponible. Il est impossible d’en sortir à moins de marcher plus de vingt kilomètres.

Le « sombre » nous habite, le malheur nous hante, pense Charlie. Nous sommes condamnés à vivre dans la boue, la saleté et la malchance.

Chapitre 1

Dessinateur de rue

Charlie est devant l’unique magasin ouvert du ghetto. Le supermarché à la sortie duquel il mendie. Assis, sanglotant, il tient dans ses bras son chien, le seul être vivant de son passé qui est toujours à ses côtés. Celui-ci est très précieux pour lui.

Ce n’est pas le printemps, mais l’hiver. Il y a du verglas. Ce SDF a les yeux bleus comme l’inaccessible ciel qu’il voit pendant qu’il fait la manche. Il a le teint mat, chocolat au lait. Ses cheveux gras lui collent au visage. Il est vêtu d’une simple veste vert foncé à la fermeture éclair cassée. Un vêtement sans nom dont les pans, semblant moisis, souillés de la poussière du parc où il dort, laissent voir leur doublure déchirée.

À ses pieds, ses chaussures usées laissent entrevoir des chaussettes trouées. Il ne se lave que quand il pleut. Il dégage une odeur dérangeante semblable à de l’urine.

Je vis dehors, pense-t-il, désespéré, le regard dans le vide. Le froid me glace le sang, mais aujourd’hui le temps est plus ensoleillé…

Alors il se souvient de la manière dont il a obtenu ses craies.

* * *

Une petite fille aux cheveux bouclés sortait de l’école, accompagnée de son frère de dix-huit ans. C’était une fillette blonde de six ans, vêtue d’un t-shirt rose et de jeans sales et troués. Son frère était un grand mince qui semblait grognon à première vue, assez froid, sec.

Le voyant couché par terre avec les vêtements déchirés, la petite fille a lâché la main de son grand frère et ses yeux se sont posés sur le carton lui servant de couverture, sur son visage et de nouveau sur son carton. Cette enfant, visiblement heureuse, avait l’air touchée par sa situation.

Elle lui a tendu une boîte de craie de différentes couleurs. Il a hésité à l’accepter, car le frère le regardait froidement, mais Charlie a fini par la prendre en esquissant un léger sourire. Un sourire pour la remercier.

Le grand frère appella la fillette lui ordonnant de revenir vers lui et de ne pas parler aux inconnus. Elle l’a rejoint sans protester.

Le soir même, Charlie a réfléchi. Pourquoi s’était-elle montrée si généreuse ? Et s’il revendait les craies pour s’acheter de la nourriture ? Puis il a pensé à offrir un dessin à la fillette, sauf qu’il n’avait pas de feuille. Alors, il a pris le carton qui le protégeait du froid, il s’est mis à dessiner, dessus, son quartier ensoleillé.

Est-ce vraiment possible ? s’était-il interrogé. Peut-on représenter un ghetto avec un soleil éclatant et de la joie de vivre ?

* * *

Après s’être remémoré ce souvenir, Charlie prend son carton, sort ses craies et commence à dessiner. Ce qui lui permet de récolter un peu d’argent en les vendant. Mais dessiner lui donne surtout envie de se lever, d’avancer et d’affronter la réalité. Craie à la main, il se dirige vers l’usine du ghetto, toujours accompagné de son chien. Chaque jour, il dessine à un endroit différent.

Chapitre 2 – L’usine.

La végétation a poussé tout autour de l’usine. Il s’agit d’un bâtiment pétrochimique abandonné à cause de l’amiante qui imprégnait les murs. Elle portait le nom de Total Industry. Cette dernière est protégée par du grillage et du barbelé. La lourde porte d’entrée en ferraille est complètement rouillée. D’un pas déterminé, le sans-abri se dirige vers l’un de ses murs. Il y dessine les seuls souvenirs qui lui restent. Ceux de sa maison, de sa femme et de ses enfants.

Son chien l’observe. C’est un boxer marron clair, aux oreilles tachetées de blanc, au pelage souillé et au regard attendrissant qui porte le nom de « Chat ». Lorsqu’il s’intéresse à son maître, Chat lui montre de grands yeux larmoyants.

Ne t’inquiète pas, tout ira bien, lui dit Charlie. Un jour, je trouverai une solution pour nous sortir de là…

Ce jour-là, Chat n’est pas le seul à le regarder. Il y a aussi une bande de mendiants qui l’épient. Vêtus d’habits noirs, déchirés – piètre protection contre le froid –, ces autres rebuts de la société l’observent attentivement. Cachés derrière le mur d’un ancien bâtiment détruit de l’usine, ils suivent, sans répit, ses moindres faits et gestes. Leurs yeux sont petits et vicieux, leurs intentions sont hostiles. L’un d’entre eux a la figure couverte de blessures, ouvertes à plusieurs endroits. Trois ou quatre autres têtes dépassent d’une fenêtre. Certains visages sont crasseux, remplis de boutons. D’autres sont couverts de terre ou de tellement de poussière qu’on les croirait sortis tout droit d’une locomotive à charbon. L’un des mendiants se cure le nez, puis il ressort son doigt et le lèche en souriant. Les autres se mettent à rire discrètement.

Charlie ne se rend compte de rien et continue à dessiner. Subitement, il se met à pleuvoir. La pluie se déverse sur le mur effaçant, petit à petit, ce qu’il a dessiné, créant en lui une impression de malédiction. Il se dit qu’un seul élément perturbateur peut effacer une vie.

Il quitte l’usine en se demandant en quoi sa venue au monde est utile. Que va-t-il laisser comme trace de son passage sur Terre ?

* * *

Sur le chemin du retour, une smart à la carrosserie vieillotte passe et l’éclabousse. Le conducteur du véhicule klaxonne violemment, puis masquant à peine un sourire, il continue son chemin à toute vitesse.

Charlie est trempé. Le blanc de ses yeux ressort de son visage noir de boue. Chat grogne de mécontentement tandis que son maître crie à la Smart :

Merci, c’est exactement ce dont j’avais besoin !

Autour de lui, les passants le regardent sans avoir l’air étonnés. Il décide de se laver grâce à l’eau de la pluie. N’ayant pas le luxe de posséder une douche, il fait avec les moyens du bord.

Il se rend donc au parc, là où il dort habituellement, la nuit. Il se dirige vers son banc sous lequel il cache ses affaires. Il cherche dans son sac le savon qu’il conserve précieusement, un peu comme un trésor oublié. Cet objet très précieux pour lui est un souvenir de son passé. Un souvenir magnifique et douloureux à la fois, comme une rose si belle, mais pourtant pleine d’épines.

Il se savonne le corps, les cheveux, le visage pour enlever le maximum de saletés et de crasse. Il découvre à nouveau le plaisir de chanter sous la douche, lorsque le ciel s’éclaircit et la pluie cesse de tomber. Un malheur n’arrive jamais seul ! Charlie se retrouve avec beaucoup de savon dans les yeux.

Tu sais, Chat, avoue-t-il d’un air triste, le regard vide, j’ai perdu tout espoir depuis le jour de l’incendie et la vie m’a ôté toute forme de bonheur. Mais, là, elle s’acharne contre moi, car même une simple douche m’est interdite. Je ne demandais pourtant pas grand-chose : juste un peu de bonheur, comme un sourire amical, mais c’est impossible. En même temps, je mérite ce qui m’arrive, car je n’étais pas présent pour sauver ma famille…

Attristé, tel un félin, Chat fait un bon et atterrit dans les bras de son maître. Une agréable surprise pour Charlie. Son chien lui câline le visage avec sa truffe et ses grands yeux humides donnent l’impression de lui dire « T’en fais pas, mon grand, ça va aller ! »

Sauf que Charlie sait très bien qu’il est sans avenir.

Il n’était pas présent chez lui au moment de l’incendie. Il était en visite dans une galerie d’art qui avait attiré son attention un peu plus tôt dans la journée. En rentrant chez lui, le soir, il vit sa maison en flammes. Les murs et la toiture étaient en feu, des débris calcinés traînaient à terre. De la fumée, sombre comme le néant, enveloppait le ciel bleu d’un noir d’enfer. Charlie avait espéré que sa femme et ses filles s’étaient réveillées à temps et qu’elles s’étaient abritées hors de leur maison.

Il est resté sans bouger à regarder cet affreux spectacle. Toute sa vie était en train de partir en fumée, les flammes orangées se reflétant dans ses yeux. Depuis ce jour, la couleur orange, cette couleur si méprisante qui lui a pris toute sa vie, est insupportable à ses yeux.

Pourtant, elle ne l’était pas, le jour où j’ai dessiné pour la petite fille…, réalise-t-il, troublé.

* * *

Charlie cherche maintenant un endroit pour se rincer. Il est nu. Il passe devant un stade où de nombreux jeunes jouent au football. Les rues sont remplies d’enfants crasseux et de leur mère qui négocient avec des vendeurs de drogue. Charlie regarde ces femmes, ces hommes, ces enfants et s’étonne : personne ne le remarque, personne ne le prend pour un fou.

Il se fond dans la foule. Il continue de marcher en cherchant un endroit pour se laver. Le sol est encore gorgé d’eau. Il marche dans des flaques de boue. Enfin, il aperçoit la pancarte « Sanitaires Publics ». Il se dirige vers le bâtiment et entre sans faire de bruit.

À l’intérieur, il trouve des lavabos qui fonctionnent. Le carrelage, au sol, est d’un blanc impeccable, comme si personne n’avait jamais mis les pieds ici. Des lavabos, sort une eau claire. Une douce odeur de lavande lui entre dans les narines. Il a l’impression d’être dans les douches du Paradis.

Pendant qu’il se rince, Charlie repense à la fille qui lui a donné les craies.

* * *

Lorsqu’il est retourné devant l’école, elle ne ressemblait plus à celle qu’il avait vue, la veille. Elle était délabrée. Ses vitres étaient cassées, ses murs étaient recouverts de poussière. Les mauvaises herbes recouvraient le béton de la cour de récréation. Les enfants qui, hier, jouaient à cet endroit avaient été remplacés par des rats et des déchets.

Charlie a pensé qu’il était devenu fou. Il est resté un long moment devant l’école jusqu’à ce qu’il entende un cri. Ce cri était semblable à celui d’une petite fille terrorisée. Il était tellement strident que son ventre s’est noué de peur. Et cette peur fut si intense qu’elle lui a fait rebrousser chemin.

Chapitre 3

L’arrivée de Chat

Charlie arrive, comme à son habitude dans le parc où il passe la nuit. Celui-ci est désert, vu l’heure tardive. Le SDF escalade le portail et laisse son chien passer par-dessous le grillage abîmé par le temps. Il se dirige vers le banc rouillé en contournant les poubelles débordantes de déchets pestilentiels qui se trouvent entre la vieille fontaine et la minuscule cabane à outils, empruntant les chemins parsemés d’ordures. Le parc est vide, il fait nuit noire. Les balançoires se balancent au rythme du vent glacial. La brise hivernale souffle entre les branches nues des arbres. La peinture du toboggan de l’aire de jeu se craquelle. Les mauvaises herbes ont envahi les parterres et les allées. La nature a repris ses droits. Le bac à sable est rempli de feuilles mortes et de déjections de « Chat ». La table à pique-niquer tombe en ruine. Ses planches, rognées par les insectes et recouvertes de cafards, commencent à se détacher à cause du vent.

Quant aux toilettes publiques, elles sont inutilisables. Bouchées, elles dégagent une odeur d’égout et d’urine impossible à respirer. Le gardien commence sa ronde. Il faut absolument que Charlie se cache dans la cabane à outils où il range la bâche qui lui sert à se protéger du vent et du froid.

Le gardien est âgé, il est petit, un peu rond. Ses cheveux poivre et sel sont en bataille et sa barbe date de plusieurs jours. Ses vêtements, mal accordés, sont sales.

Il ne regarde pas dans la cabane à outils. Charlie pense qu’il omet les endroits sombres du parc parce qu’il croit que personne n’y va. À moins qu’il ne soit pressé de rentrer chez lui pour retrouver sa femme et ses enfants.

La cabane est très sombre, mal rangée et la porte ne fait que claquer à cause du vent. Le gardien passe en frissonnant et en soufflant sur ses mains froides. Le bruit de ses pas s’éloignent, Charlie peut enfin repartir vers son banc, accompagné de Chat et de sa bâche.

* * *

Allongé sur son banc, Charlie ne peut dormir à cause de la fraîcheur de la nuit. Alors, il se rappelle les délires qu’il a eu avec ses enfants, les moments romantiques passés avec sa femme, les sorties avec ses amis, mais aussi la chaleur d’un lit bien chaud, le bien-être d’un bon repas et la joie de voir ses filles lui sourire. Il se souvient d’un samedi matin en particulier lorsqu’elles lui ont apporté un café. Il se rappelle de leur affection et la sensation de chaleur produite par le café. Puis il se remémore la rencontre avec sa femme, le dîner aux chandelles, mais aussi la nuit à l’hôtel, le rire de sa belle, le bonheur d’être à deux…

Pendant ce temps, Chat est parti se dégourdir les pattes, un peu plus loin. Quand il revient, il s’allonge à côté du banc près de la tête de son maître.

Chat…, se souvient, aussi, Charlie.

Quand il l’a offert à ses enfants pour Noël, ce n’était qu’un chiot. Marie, la plus petite de ses filles, a crié « Chat » en l’apercevant. Elle ne connaissait que cet animal. Il faut dire qu’elle n’avait que trois ans. Et comme ses autres fillettes préféraient les chats, ils ont appelé leur chien : « Chat ». Marie a pensé qu’il pourrait miauler et faire de grands sauts. Charlie et sa femme ont ri parce que pour eux ce n’était pas évident d’appeler ainsi un chien. Ils ont aussi ri parce que les enfants voulaient donner au chien des croquettes pour chat.

Charlie finit par s’endormir, des larmes coulant le long de ses joues.

* * *

Charlie ouvre un œil et aperçoit Chat à trente centimètres du sol. Il se frotte les yeux, impressionné par ce phénomène. Son chien a des ailes sur le dos.

Non, mais je rêve ! Ce n’est pas réel ?

Chat est maintenant à un mètre au-dessus du sol. Il s’envole et passe par-dessus le grillage du parc. Son chien est le seul être qui le rattache à sa vie d’avant. Charlie ne veut pas le perdre !! Il le suit.

Chat l’emmène jusqu’à l’usine désaffectée. Charlie n’ose pas y entrer. Il ne sait que penser de ce vieux bâtiment à l’air effrayant. Un mélange de peur et de curiosité l’envahit. Va-t-il lui tomber sur la tête ?

Le besoin de retrouver son ami est trop fort et il finit par rejoindre son chien. À l’intérieur, il le retrouve assis, tirant la langue au milieu d’un grand hall blanc et triste. Ce grand hall blanc lui fait penser à l’hôpital où il a veillé Marie. Sa petite fille aux cheveux d’un blond étincelant, dont le petit corps avait été entièrement brûlé, était restée près d’un mois dans le coma, en soins intensifs, clouée dans un lit aux draps bleus et blancs, avant de s’éteindre doucement.

Il trouve alors à ses pieds des bombes de peinture noire. Et les murs immaculés deviennent, pour lui, une toile irrésistible. Voulant rendre hommage à sa fille, voulant représenter sa beauté, il commence par dessiner son visage d’ange.

Son chien aboie alors vers la porte d’entrée, restée entre-ouverte. Elle vient de grincer ! L’esprit de Charlie veut se réveiller, s’en aller, mais son corps reste figé. Puis un cri retentit. Un cri strident, perçant. Un cri à réveiller les morts et à faire tressaillir les vivants. Le même cri entendu dans l’école abandonnée.

Chapitre 4

La fuite

Chat aboie et Charlie se réveille, tout à coup.

Le SDF, surpris, ressent une sensation de vide quand il voit que son chien a disparu. L’atmosphère, dans le parc, est froide et silencieuse. Il n’y a personne à part lui, c’est la nuit. Puis Charlie aperçoit son chien en train de se sauver vers le fond du parc. La colère gagne le clochard, car il ne comprend pas pourquoi Chat l’abandonne. Mais il ne veut pas le perdre, alors il crie : « Chat, reviens-moi ! Au pied, viens ici ! »

Chat n’entend pas l’appel de son maître et continue de s’enfuir. Charlie, effrayé à l’idée de se retrouver seul, décide de le poursuivre. Chat disparaît de sa vue. Stressé, Charlie court partout dans le parc. Il le cherche dans les moindres recoins. Puis il le voit quitter le parc.

Chat continue de s’éloigner malgré les appels de son maître. Il traverse les ruelles, manquant de se faire écraser, et s’arrête devant la large porte de Total Industrie.

* * *

Charlie est devant l’usine désaffectée sur les murs de laquelle la pluie a gommé ses dessins, la veille. Il reste bloqué face au mur, car il y voit un père, une mère et trois petites filles qui ont été dessinés. Ces dessins lui font penser à sa famille. Charlie observe les visages heureux et une larme coule sur les rondeurs de sa joue. Une sueur froide lui parcourt l’échine. L’ambiance qui entoure l’usine lui semble brusquement étrange. Il y fait soudain sombre. Un vent glacial et violent fait bouger les tuiles de la toiture. Charlie sent ses poils se dresser. L’envie de s’enfuir l’envahit, mais ses jambes restent ancrées dans le sol.

Il se force à bouger. Il essuie ses larmes et commence à faire le tour de l’usine. Celle-ci dégage des odeurs de charbon brûlé, de drogue et d’égout mélangées. Ses contours sont remplis de portraits et d’insultes. Charlie voudrait s’enfuir, mais son regard reste attiré par les portraits. Il comprend qu’ils représentent des familles du ghetto. Parmi ces visages, il y a aussi une voiture qui revient souvent. Une smart de couleur orange. La même qui l’a éclaboussé, hier.

Charlie se sent coincé, obsédé par l’art qui s’est exprimé sur cette vieille usine.

Des nuages gris apparaissent et de légères gouttes commencent à tomber. Le vent monte en intensité. Chat aboie, alertant, son maître d’une future tempête, mais Charlie n’entend pas, toujours plongé dans la contemplation des tags. Le vent se fait de plus en plus menaçant. Le tonnerre gronde. Un orage éclate.

Une voix éraillée par l’alcool fait alors sortir le dessinateur des rues de ses pensées. Il tourne la tête et aperçoit un vieil homme à l’entrée de l’usine. Celui-ci a la peau sur les os, une barbe blanche très longue et des vêtements en piteux états. Il s’accroche à un caddie qui contient des bouteilles vides, du carton et des restes de nourriture trouvés certainement dans des poubelles. Le clochard lui fait de grands signes.

Eh, toi, là-bas ! lui crie le poivrot. Viens ! C’est dangereux de rester dehors par un temps pareil !

Il l’invite à se réfugier en sa compagnie à l’intérieur du bâtiment. Même s’il n’a pas trop confiance en ce SDF, Charlie accepte de le suivre, car il n’a pas d’autre endroit pour se protéger de l’orage.

* * *

Charlie s’attend à arriver dans un grand hall blanc, comme dans son rêve, mais là, gros étonnement, il s’aperçoit que Total Industrie est, en fait, l’endroit où habitent plusieurs SDF. Cet endroit est rempli de gros rats qui se faufilent partout. À l’intérieur de l’usine règne une odeur de moisi et d’humidité. Des toiles d’araignées recouvrent le plafond.

Charlie se rend compte qu’il est observé.

Des bandes de mendiants se tiennent dans tous les recoins du bâtiment. Des recoins qui lui apparaissent répugnants, écœurants, remplis de microbes, totalement contaminés. Ces marginaux ont des cafards accrochés à leur peau. Leurs cheveux grouillent de poux. Des mouches gluantes de mucosités bourdonnent autour de leur visage. Ils vivent dans la crasse, dans le dégoût et dans la pauvreté. Cet endroit est probablement le taudis le plus sale qui existe. Des SDF dorment sur des matelas imprégnés des saletés les plus dégoûtantes qu’on puisse imaginer.

Charlie se sent mal. Il est conscient que s’il dérape, il sera perdu.

Soudain, une main remplie de verrues l’attrape par le bras.

Eh ! T’as à boire ?! lui demande un clochard.

Ses dents sont noires et jaunes. Sa peau est crasseuse et couverte de lésions infectées. Sous ses cheveux gras, son front dégouline de sueur.

Charlie a peur. Il se sent perdu, désespéré.

Vois-tu, cela est ta vie, lui dit le poivrot d’une manière étrangement normale. Tu l’as voulu. De ta faute, tu as tout perdu. Tu as abandonné ta femme et tes filles. Ton absence a causé leur mort. Tu mérites tout ce qui t’arrive. En aucun cas, tu n’auras la chance de repartir dans ce monde. Tu dois rester avec nous, ta vie est ici !

Le poivrot le culpabilise et Charlie est sensible à ses accusations. Il ne le contredit même pas. Il reconnaît ses torts et les accepte. Il ne veut plus retourner dans ce lieu sordide, infâme et hostile qu’est le ghetto parce qu’il n’a plus rien à recevoir de cet endroit. Sa place est ici. Chat se couche à ses pieds, la queue entre les pattes, il a peur, mais il ne se sauve pas. Il reste avec son maître pour le protéger.

Au fond de l’usine, dans le bureau du contremaître, à travers la baie vitrée, Charlie aperçoit alors une petite fille assise sur une chaise. Une fillette aux cheveux bouclés. Celle qui lui a offert les craies !

Le poivrot prend peur. L’air agressif, il s’exclame, d’une voix dure :

Ne va pas la voir ! Reste avec nous ! Si tu pars, il va t’arriver des crasses. Tu n’auras plus rien !

Obnubilé, Charlie le bouscule de l’épaule et se met à avancer en direction du bureau. Le poivrot s’effondre à ses pieds et retourne tel un cafard dans son coin moisi par l’humidité.

Le dessinateur de rue passe à côté des toilettes qui dégagent une puanteur extrême. Ils sont recouverts d’excréments, d’urine, de vomi et de sang. Juste devant, un drogué est affalé sur le sol. Il dort à poings fermés. Charlie n’y prête pas attention et continue son chemin, hypnotisé par cette fille. Il en marche presque sur le déchet humain. Ce dernier se retourne sur son autre flan en couinant de douleur comme s’il l’avait touché.

Chapitre 5

Usine à dessins

Charlie a des œillères, plus rien ne peut le perturber. Il arrive devant la porte du bureau. Il la pousse. La fille est dos à lui, assise sur une chaise. Il s’avance, pas à pas, vers elle. Doucement, tout doucement, avant d’approcher lentement la main de son épaule.

Au moment de la saisir, il sent sa main repoussée. Le corps de la fille dégage une lumière qui s’intensifie jusqu’à en devenir insoutenable pour l’œil… Elle est presque brûlante. Charlie a un flash. Il revoit sa vie passée, puis il est violemment repoussé dans un coin du bureau. Il percute de vieux cartons sales et arrachés avant de s’évanouir sous le choc.

Quand il reprend ses esprits, le bureau insalubre est métamorphosé en chambre blanche.

Il découvre sur les murs des dessins de sa vie qu’on a tracés. Il s’agit vraiment de ses filles, de sa femme, de son chien et de sa maison, tout particulièrement le salon. Là où toute la famille s’était toujours réunie. Il se voit, lui-même, en train de jouer avec l’une de ses filles. Il se frotte les yeux. Il n’arrive pas à y croire !

Sur le dessin du salon, il découvre une horloge… qui décompte les minutes. Ses aiguilles ont réellement pris vie !

Charlie est abasourdi, déboussolé. Il se prend la tête entre les mains.

Qu’est-ce qui m’arrive ? crie-t-il à la petite fille qui est toujours là. Laisse-moi tranquille, disparais !

Il a touché le fond. Le voilà qui se noie dans l’impression que sa vie dans le ghetto n’a plus aucun sens. Alors, il se relève et se met à taper dans les murs, avant de voir, au-dessus de l’un des cartons qu’il a renversés, une corde qui s’agite comme si le vent soufflait dessus.

Pris d’une impression subite, il le fouille et découvre une bombe de peinture noire. Il la regarde bizarrement. Il a l’impression qu’il la savait là depuis le début.

Il la prend et la secoue pour pouvoir l’utiliser. Il réfléchit à ce qu’il pourrait faire avec.

Charlie dessine alors une porte. Une porte avec une poignée. Une fois cette porte dessinée, il repose la bombe de peinture.

Vite ! Vite, dépêche-toi ! lui dit alors la petite fille. Le temps tourne, les minutes sont comptées, tu dois sortir d’ici tout de suite !

Charlie découvre les aiguilles de l’horloge qui tournent dans le sens inverse d’une horloge normale. Il ne comprend pas ce qu’elle fabrique là ni à quoi elle peut bien servir.

Il faut sortir, maintenant, si tu veux vivre, le presse la petite fille. C’est le seul moyen de partir de ce monde.

Elle parle de sa porte ! Et elle ne lui ment pas, le dessinateur des rues le sent. Il a confiance en cette fillette. Il a l’intuition que s’il tourne la poignée, il ouvrira un passage et quittera cet enfer pour de bon.

Plus loin derrière lui, les autres SDF lui crient qu’il n’y a personne qui l’attend de l’autre côté.

Après quelque réflexion, il décide de l’empoigner.

Voyant qu’ils ne peuvent plus rien faire pour le retenir, les marginaux de Total Industrie hurlent de frustration.

* * *

Charlie ouvre les yeux légèrement. Au début sa vision est trouble. Puis il voit le plafond d’une pièce aux murs d’un blanc immaculé, comme de la neige qui viendrait se poser sur le sol. Ces murs sont tellement blancs qu’ils lui piquent aux yeux.

Leur blancheur est aussi pure que le sont les ailes d’un ange, songe-t-il.

Il a l’impression d’être dans un paradis baigné d’une lumière éblouissante.

Un bruit répétitif de fond lui remet ses sens en action. Il reprend ses esprits. Autour de lui, les murs sont toujours blancs. Il entend des bruits de chariots. Il sent, aussi, une odeur appétissante d’aliment. Cet endroit sent l’eau de javel…

Punaise, c’est si beau, si propre, se dit-il. Où suis-je ? Cette pièce est trop propre pour se trouver dans mon ghetto !

Il est dans une chambre. Une chambre d’hôpital.

Alors il se souvient.

épilogue

Entre la vie et la mort

C’était l’hiver. Le froid lui engourdissait les mains et les muscles. Le soleil commençait à se lever. Ses rayons passaient à peine à travers les arbres. Charlie était sorti, dès le petit matin, pour peindre avec, à ses côtés, son fidèle compagnon : le chien « Chat ». Il avait décidé de profiter de cette couleur rose orangée qu’offre habituellement l’aube.

Il avait peint dans le parc de son quartier et rentrait vers sa demeure, son œuvre terminée, à la main, Chat au bout de sa laisse. Pour une fois depuis longtemps, il retournait chez lui, non mécontent de son travail.

Le parc semblait mort. Aucune ombre à l’horizon, pas un bruit excepté le vent qui soufflait. Quand tout à coup, Chat aperçut un rat et se mit à traquer la petite bête.

Tenant toujours la laisse, Charlie, se fit emporter par la force de son chien. Une course folle à travers les arbres a commencé. Chat ne s’arrêtait pas et Charlie s’est retrouvé au milieu de la route. Le cri aigu et perçant d’une petite fille le fit sursauter. Ce cri était si effrayant qu’il en eut des frissons. Il se retourna…

Mais il était trop tard.

Il fut aveuglé par les phares d’une voiture. Une smart d’un orange ridicule lui fonçait droit dessus et le percuta à toute allure.

Il valsa plus loin, amoché.

Au bord de l’inconscience, il vit le chauffeur – un jeune homme de dix-huit ans, grand, épais comme un sandwich SNCF – sortir, affolé, de sa voiture, le regarder puis prendre son téléphone pour appeler les urgences avant de s’enfuir.

Se sachant entre la vie et la mort, Charlie posa son regard sur une petite fille aux cheveux bouclés. Elle ramassa le paysage qui lui avait échappé des mains lors du choc et s’approchait de lui. Elle paraissait abattue, des larmes lui perlaient au coin des yeux.

Il entendit Chat aboyer puis ce fut tout.

* * *

Charlie est de retour dans son lit d’hôpital. Il regarde de gauche à droite et voit une petite fille. Elle a des cheveux bouclés. C’est celle de son accident ! La mine confiante et enthousiaste, elle le fixe. Il lui rend son sourire et son regard jusqu’à ce que le dessin qu’elle tient dans ses mains attire son attention.

Alors, elle le lui tend. Charlie n’arrive pas à distinguer ce que ce simple bout de papier représente. Puis en voyant ses couleurs, son visage affiche un sourire radieux. Il s’agit du ghetto ensoleillé qu’il avait peint, dans le parc, avec Chat.

La fillette lui prend les mains et lui parle :

Bonjour, je savais que tu allais t’en sortir. Tu es fort, Charlie, et tu as un grand cœur. Maintenant, tu n’as plus besoin de moi, tu vas pouvoir vivre une nouvelle vie…

Et elle dépose un baiser sur son front.

Charlie cligne des yeux. Une infirmière qui remplace sa perfusion lui dit d’une voix heureuse :

Bonjour, monsieur ! Bon retour parmi nous !

Elle bipe le médecin qui arrive aussitôt et l’examine.

Je vais prévenir votre famille de votre réveil ! l’informe celui-ci avec enthousiasme. Je suis sûr que votre femme et vos trois filles seront ravies de savoir que vous êtes de retour parmi nous.

Charlie ne l’écoute pas vraiment. Il cherche la fillette de son accident.

Madame, se force-t-il à parler, où est passée l’adorable petite fille qui se tenait là ?

Quelle petite fille ? s’étonne l’infirmière.

Elle et le docteur se regardent, perplexes. Charlie pose mille questions

Je suis navré, mais aucune petite fille n’est là, lui répète le médecin. Vous pensez peut-être à l’une de vos filles ? Je m’en vais de ce pas informer votre famille. Je vous conseille de vous reposer afin de vous préparer à leur visite. Elles auront envie de vous revoir en meilleure forme !

Charlie se rallonge dans son lit et découvre dans le reflet de la vitre le visage de la fillette aux cheveux bouclés. Alors il comprend qu’elle est un ange qui a veillé sur lui depuis le début et qui l’a aidé à sortir de son coma.

Les autres titres de cette histoire :

Une vie dessinée

Dessinateur de rue

Le conte de la street

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L'art d'accommoder les restes : recettes de cuisine sous le signe du polar !

L’art d’accommoder les restes

Un travail d’écriture culinaire et « polardesque »

réalisé avec les

centres socioculturels Vachala, Dumas et Houdart de Lens

et inspiré du roman de Jean-Marc Demetz Les doigts de sang.

La tarte aux prunes

– 1 pâte brisée

– 1kg de prunes -100g de sucre – 2 cuillères à soupe de farine

– 3 œufs – 20cl de crème fraîche

Faîtes briser votre pâte par votre cousin en colère.

Mitraillez votre fond de tarte par vos tontons flingueurs. Prenez la fuite et faites vous flasher à 18O pour être à bonne température et récoltez 1kg de prunes.

De rage, déchirez vos prunes en deux et lancez-les à la fronde sur votre fond de tarte.

Prenez trois œufs qui ne s’aiment pas, afin qu’ils se cassent entre eux, attachez-les avec la crème préalablement mise au frais, ajoutez de la cocaïne ( qui servira de sucre) et la poudre à canon (qui vous servira de farine).

Dérobez un tonfa au premier poulet en faction et utilisez-le pour mélanger ardemment le tout.

Noyez vos prunes (ainsi que le poulet à qui vous avez volé le tonfa) avec votre mixture cyanurée et flambez le tout (poulet compris) au bûcher.

Dégustez avant d’être incarcéré et n’hésitez pas à mettre vos convives au parfum !

 

Wrap poulet salade

Ingrédients pour 4 personnes

– 4 galettes de maïs ou de blé

-300g de blanc de poulet

-1 cœur de laitue

-3 cuillères à soupe de parmesan et d’huile

-1 cuillère à soupe de moutarde

-1 jaune d’œuf

-2 filets d’anchois à l’huile (facultatif)

Repérer un contrôle radar.Trucider le poulet de faction, l’écorcher et lui trancher son blanc en prenant soin de le déplumer au préalable. Dérober la poêle du voisin, faire mariner le blanc et le roussir sans entremêler les morceaux. Dans un bac, mélanger l’œuf de la poule (tant qu’elle se laisse braquer, autant en profiter), le mélanger au fromage du carabinier que le voisin a volé en Italie, rajouter de la moutarde qui est montée au nez du voisin et qui l’a fait tombé dans les pommes de son jardin. Ajouter petit à petit, un filet d’huile et faire monter le tout comme une mayonnaise afin d’obtenir les aveux du voisin (présumé innocent).

Utiliser un panier à salade du poulet de faction pour laver et essorer la laitue. Démembrer –la en lui enlevant ses feuilles. Aplatir le voisin comme une galette à l’aide de la poêle (pensez à bien l’achever) y étaler la sauce sanguine, le parsemer de lamelles de blancs de poulet, ajouter les feuilles de laitue, l’enrouler et le faire disparaître… en le servant à vos invités.

 

Les doigts de sang

Pâtes feuilletées

Saucisses de volaille

Œuf

Ketchup

Volez 22 saucisses de volaille, du poulet de préférence.

Pour découper les doigts de poulet, munissez-vous d’ustensiles tranchants (couteau, cutter, tronçonneuse, sabre).

Dérobez des rouleaux de pâtes feuilletées et découpez des bandes de la taille d’un doigt.

Camouflez les doigts autour des bandes de pâte.

Braquez une poule et prenez-lui l’un de ses œufs, badigeonnez les doigts avec le jaune d’œuf.

Enfournez les doigts jusqu’à coloration. Dès que les doigts dorent, libérez-les et enfermez-les dans la chambre froide.

Pendant ce temps, demandez à votre voisin de saigner la cuisinière, siphonnez-lui le sang que vous étalerez sur les doigts une fois qu’ils seront bien refroidis

Dégustez en toute illégalité avant l’arrivée des poulets.

 

Gaspacho à la tomate

1, 5 kg de poivrons rouges et 1,5 kg de poivrons verts

1,5 kg de concombres

1 gros oignon et 4 oignons nouveaux

1 gousse d’ail

1 tranche de pain de mie

2 œufs durs

Basilic, huile d’olive, sel, poivre, piment

Volez les légumes dans le jardin du voisin (celui qui a tué la cuisinière).

Coupez les légumes et mixez le tout. Profitez-en pour ajouter petit à petit dans le mixer les restes de la cuisinière qui vous a servie pour les doigts de sang.

Ajouter le pain que vous aurez volé chez le boulanger. Mixez le tout. Et débarrassez-vous des os de la cuisinière (pour qu’il ne reste aucune trace de vos mets faits).

Laissez reposer au frais pendant deux heures.

Ecrasez les œufs durs avec la fourche du fermier qui a tenté de vous arrêter, quand vous avez braqué sa poule.

Parsemez la soupe de basilic haché avec la cisaille qui vous a permis de découper le fermier. Disposer la garniture dans des ramequins et chacun, ni vu ni connu, accommodera le gaspacho à sa façon. Laissez vos invités déguster votre gaspacho..et faites disparaître le corps du fermier.

 

« Ces recettes ne s’inspirent pas de faits réels ! »

 

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