Textes écrits – page 3

 

Grossesse à problème

 

Grossesse à problème est une nouvelle écrite en 2013 par les élèves de 4eme D du collège Albert Schweitzer de La Bassée (59) lors d’un atelier d’écriture réalisé par Michaël Moslonka. Le thème était le fantastique et l’instigatrice de cette agréable aventure littéraire : Hélène Fallet, professeur.

Grossesse à problème

Par

Constant, Sarah, Sullivan, Thomas, Renton, Nicolas, Thibaut, Jeanne, Tifanny, Valentin, Eléna, Sefora, Alexis, Hugo, Sarah, Corentin, Romain, Charlène, Maxime, Emeline, Lucas, Tony, Anthony, Lucas, Pheby, Marion et Corentin.

Chapitre 1 

Lina-Yaël dans tous ses états

Lina-Yaël est une jeune fille, âgée de dix-sept ans. Elle est enceinte de quatre mois et elle le cache, mais elle a un physique attirant et des yeux noisette qui font ressortir son teint métissé. Elle a des longs cheveux de princesse. Elle est grande. Elle aime les ours en peluche.

C’est une jeune fille très charmante avec des résultats scolaires très moyens, acceptables de son point de vue. Elle a une mentalité d’adulte. Elle est autonome, intelligente, mais elle ne fait pas d’efforts pour le montrer et elle est rêveuse. Elle s’habille en « jogging, baskets » pour cacher ses formes ou met des vêtements très amples. Elle ne parle pas de ses problèmes, ni de sa vie. Elle est considérée mystérieuse par les autres élèves.

* * *

Lina-Yaël est en classe quand tout à coup, elle ressent une sorte de petite douleur au centre du ventre comme si des bulles éclataient. Elle n’a jamais eu cette sensation auparavant et elle se demande si cela est grave pour la santé du bébé.

Elle sort de la classe sans demander la permission du professeur Monsieur Bourer.

Monsieur Bourer enseigne le français. Il a les cheveux bruns, la peau noire, musclé. Il est sévère et peut paraître agressif parfois. Ses yeux marron rendent son regard méchant.

– Lina-Yaël, si tu ne reviens pas immédiatement, tu seras collée !! crie-t-il en faisant des gestes. Alors, tu as intérêt à revenir en cours !

Lina-Yaël ne répond pas et se précipite vers l’infirmerie sans revenir.

La jeune fille est pâle. Elle se tient au mur, se pose des questions : arrivera-t-elle à garder l’enfant ? Arrivera-t-elle à supporter les coups que lui donnera son bébé ? Si le bébé grandit de plus en plus, arrivera-t-elle à s’en sortir ?

De plus, elle est angoissée.

Elle ne veut pas que l’infirmière sache qu’elle est enceinte.

* * *

Elle frappe à la porte de l’infirmerie et une voix lui dit d’entrer. Il s’agit de Madame Power.

Madame Power est l’infirmière du lycée. Elle est grande et blonde. Ses yeux bleus ont des reflets plus foncés, un peu comme ceux des loups. Elle est belle et a toujours le sourire. Elle est gentille, mais maladroite.

Lina-Yaël pousse la porte de l’infirmerie avec beaucoup de difficultés. Elle entre en pleurant.

L’infirmerie est grande. Elle n’est pas beaucoup meublée. On y trouve une grande armoire à pharmacie remplie de médicaments, de bandages, et un lit au fond de la pièce avec les couvertures tirées. Devant le bureau de l’infirmière se trouve quelques chaises et de grandes boîtes rectangulaires.

Lina-Yaël dit à madame Power qu’elle a mal au ventre. L’infirmière répond que ce n’est pas normal. C’est à ce moment que la jeune fille lui confie qu’elle est enceinte. Qu’elle a l’impression d’avoir comme des bulles qui éclatent dans le ventre.

– Donc, des débuts de contraction… Ceci est normal, conclut madame Power. Car si tu es enceinte de 4 mois, les sensations de douleur se font ressentir. Donc ne t’inquiète pas, c’est normal. Est-ce que tu sais qui est le père de ton enfant ?

Non je ne sais pas. Je ne peux pas lui révéler la vérité ou tout le monde va savoir que j’ai été violée.

– Un jour, décide-t-elle de raconter à l’infirmière, j’ai rencontré un beau jeune homme. Nous sommes tombés amoureux et, un an plus tard, il m’a demandé si je voulais un enfant. Je me suis retrouvée enceinte depuis ce jour-là. Son petit nom est Victor.

Tout à coup, elle repense à son viol et en reste bouche bée.

Je me revois me faire agresser dans la rue. J’avais si peur à ce moment-là. Je me souviens d’un homme. Cette personne portait un masque en forme de diable pour ne pas qu’on la reconnaisse. Il marcha de plus en plus vite comme s’il avait sa cible devant lui. La cible, c’était moi !

Il arriva devant moi et me sauta dessus.

Et là, je n’ai pas le temps de réagir que je tombe dans les pommes.

Je me réveillai avec la tête qui tournait en me demandant ce qui m’était arrivé. J’avais extrêmement mal au ventre, à l’entrejambe.

J’étais seule. Je remarquais que j’étais nue, complètement nue !

Je compris alors ce qui m’était arrivé.

Je me souviens, après que cet homme méchant soit parti, un garçon m’approcha et s’occupa de moi.

Il se pencha vers moi et me suggéra :

Voulez-vous que je vous emmène à l’hôpital ? C’est très grave…

Je ne sais pourquoi, je me souviens vaguement de sa tête, il avait l’air d’un geek… Il m’a dit son nom, mais je ne m’en souviens plus.

C’est très aimable, mais je garderai mon problème pour moi toute seule.

Gênée d’être nue dans la rue, je me rhabillais et me mis en route pour rentrer chez moi. Le revoir pour lui être reconnaissante, ce serait une bonne chose.

Soudain, la voix de l’infirmière lui demande :

– Comment vas-tu, Lina-Yaël ? Tu te sens mal ?

Et là l’adolescente revient à la raison.

Puis Madame Power lui demande :

– As-tu déjà pensé à un prénom ?

– Oui, je l’appellerai bien Kévin !

 

Chapitre 2

L’heure de colle

Lina-Yaël s’en va au lycée pour faire son heure de colle. Quelques minutes plus tard, dans les couloirs, la jeune fille, embêtée, se plaint dans ses dents :

– Être collée pour une raison pareille, je trouve ça un peu exagéré !!

– Aïe !

Lina-Yaël se cogne contre un jeune homme. Ce garçon lui rappelle vaguement une personne, mais elle ne l’a jamais vu dans le lycée.

Celui-ci est beau et il est grand. Il est carré et porte un jeans, des chaussures de ville puis un sweat à capuche de couleur noire et orange fluorescent.

– Oh ! excuse-moi, s’exclame Lina-Yaël. Mais qui es-tu ?

– Heu… Je ne suis pas lycéen, mais mon prof de Physique-Chimie travaille au lycée et il m’a collé cet après-midi. Ça m’embête, j’aurai préféré jouer aux jeux vidéos.

– Pourquoi es-tu collé ?

– Car je reste devant ma console à longueur de journée et je ne vais plus en cours. Et toi ?

– Moi, je suis collée, car j’ai décidé d’aller à l’infirmerie sans demander la permission à mon professeur pour sortir de la classe.

– D’accord. Tu dois aller en quelle salle ?

– En 102, près de l’infirmerie.

– Bon, il faut y aller, s’exclame-t-il. Le prof va nous engueuler. Dépêchons-nous !

Ils sont bousculés dans les couloirs, et ils arrivent à temps avant la sonnerie.

– Tiens, le voilà ! lance Lina-Yaël à peine sont-ils devant la salle de colle.

Monsieur Moqueur apparaît. Le professeur est grand, chauve et gros.

– Rentrez s’il vous plaît et installez-vous ! ordonne-t-il d’une voix sévère.

Il laisse passer les deux seules retenues.

En rentrant dans la classe, Lina-Yaël murmure :

– Oh, oui ! J’allais oublier, je m’appelle Lina-Yaël, et toi ?

– Maxime, murmure le garçon à son tour.

Le professeur leur crie :

– Asseyez-vous !

Lina-Yaël et Maxime s’exécutent et échangent un regard entendu et un sourire moqueur.

Après quelques minutes d’attente, Monsieur Moqueur leur donne des exercices de physique-chimie qu’ils doivent faire à deux.

Maxime commence le travail. Il est plutôt stressé, peut-être suite à la présence de Lina-Yaël. Il l’observe, il réfléchit.

Elle le regarde également. Elle se dit qu’elle l’a déjà vu quelque part, mais elle ne se souvient plus où.

Ses yeux me disent quelque chose. Son sourire aussi d’ailleurs. Je lui demanderai à la fin de l’heure, pense-t-elle.

11h 15, la sonnerie retentit. Les élèves sortent de la salle et Lina-Yaël dit à Maxime :

– Je t’ai déjà vu quelque part, toi !

Le garçon lui répond en bégayant et en rougissant :

– Euh… euh, oui, peut-être.

Il se retourne et part très gêné de cette affirmation si soudaine.

* * *

Quelques jours plus tard, après sa journée de cours, Lina-Yaël rentre chez elle, dans sa maison, à Marseille. Elle est épuisée. Ses parents ne sont pas là, ils travaillent. Elle est soulagée, car son père n’accepte pas vraiment sa grossesse. Son père et sa mère ne savent pas de quelle façon, elle est tombée enceinte. Malgré tout, ils ont quand même accepté de laisser une chambre pour son bébé. Elle va dans son cocon et elle allume son ordinateur. Pendant que l’ordinateur se met en route, elle se dirige dans la salle de bains pour se démaquiller. Une fois finie, elle retourne sur son ordinateur pour aller sur un forum d’adolescentes enceintes dans le but d’avoir des informations sur sa grossesse.

Elle explique son cas sur le site. D’un seul coup, une invitation du site « pingo.org » apparaît sur l’écran. Elle hésite puis décide de l’ouvrir. C’est l’invitation d’un jeu vidéo. Cette invitation lui est destinée. Il est affiché son nom et son prénom. Elle a gagné un ours en peluche.

Cet ours en peluche se prénomme Teddy. Sur cette publicité, il est affiché qu’elle doit le retirer dans un magasin de farces et attrapes appelé « Mystères et boule de gomme. »

Lina-Yaël est étonnée. Elle se dit que l’invitation est bizarre, car elle n’a rien fait pour gagner.

Pourquoi moi !! Et en plus, je ne connais pas cette adresse !!

Or elle se dit que c’est l’opportunité d’avoir une peluche pour son bébé et que ça ne lui coûte rien d’aller voir.

Chapitre 3

« Mystères et boule de gomme », magasin de farces et attrapes

Lina-Yaël décide, deux jours plus tard, d’aller chercher son gain dans le magasin de farces et attrapes. « Mystères et boule de gomme » se situe dans le centre de Marseille.

La façade est rouge vif, l’enseigne est jaune. Dans la vitrine sont installés des centaines d’ours avec des visages : en colère, déprimé, heureux, etc.…

En poussant la porte, Lina-Yaël est vraiment excitée, car cet ours fera un beau cadeau pour son bébé.

En entrant dans la boutique, elle regarde le vendeur. Celui-ci porte une croix autour du cou, des bracelets noirs aux poignets. Il est habillé de couleur très sombre. Il a des têtes de mort tatouées sur le cou et sur les bras et beaucoup de chaînes dont Lina-Yaël ne connaît pas la signification.

– Bonjour, le salue-t-elle. J’ai gagné un ours sur internet. Où est le rayon des peluches ?

Le vendeur lui répond désagréablement :

– C’est là-bas, à côté de la cave, au fond du magasin !

Il ne lui a pas dit bonjour. Sans prêter attention à ce déplaisant personnage, elle se dirige vers l’endroit où les peluches sont exposées.

En arrivant, elle voit des milliers d’ours en peluche, tous de la même taille et de la même couleur.

Ho la la ! se dit Lina-Yaël. Comment je vais faire pour le trouver là-dedans ?

Elle voit que les ours ont des médaillons accrochés à leur cou. Sur leur médaillon, chacun a un nom d’inscrit : Johnny, Frédéric, Ralph…

Elle fouine, regarde après Teddy, mais au bout d’une demi-heure, elle est très fatiguée à cause de son bébé qui lui prend beaucoup d’énergie.

Oh, la ! la ! Il est où ce foutu doudou ?! pense Lina-Yaël. Je le trouverai jamais avec tous ces ours en peluche .

Lina-Yaël désespère. Elle se lève et apparaît alors le vendeur.

Le gothique lui paraît crasseux, dangereux. Une étiquette sur sa veste en cuir clouté indique Cam-vendt.

Il lui sourit et lui demande :

– J’peux vous aider ?

Lina-Yaël est très surprise et répond d’une petite voix, quelques secondes plus tard, après avoir bien examiné la personne qui se tient devant elle :

– Je cherche l’ours…

– Mais lequel ?

– Il se nomme Teddy, répond-elle.

Le vendeur a un sourire moqueur. Cam-Vendt demande l’invitation de la jeune fille :

– Tu as le bon avec toi ?

– Euh… oui, je l’ai ! dit-elle en bégayant.

Elle lui montre le ticket.

– Bouge pas, j’reviens !

Lina-Yaël pense : Très bizarre, ce vendeur a l’air étrange avec son regard.

Elle s’inquiète d’être seule avec cet homme suspect, louche.

Le vendeur revient. En regardant le vendeur, Lina-Yaël se rend compte que son sourire moqueur est revenu.

– Tiens, la clef ! dit-il en haussant le ton. Va l’chercher, il est à la cave. Dans un carton assez petit.

L’adolescente, soupçonneuse, prend la clé et lui obéit sans discuter.

* * *

Elle descend l’escalier en colimaçon puis traverse des petits couloirs. Elle finit dans un long couloir étroit. À la fin de l’allée, elle descend des marches. Les marches tremblent. Elle voit une grande porte de chêne, un peu cassée, avec une poignée en fer. Elle ressemble à une porte du Moyen Âge.

La jeune fille met la clef dans la serrure et la tourne. Elle ouvre la porte.

Dans un petit creux, elle aperçoit un interrupteur. Lina-Yaël appuie dessus et une faible lumière s’allume.

La cave est très sombre, pleine de poussière et de toiles d’araignée. L’ampoule au plafond n’éclaire qu’une partie de la pièce.

La jeune fille s’avance puis voit une boîte rectangulaire dans un coin sombre. Celle-ci est entrouverte.

Teddy est un ours brun à poil court. Une fois la peluche sortie de la boîte, Lina-Yaël voit que le petit ours a un air innocent et mignon. Elle regarde sa montre, l’heure passe et elle décide de rentrer chez elle pour lire un livre sur les bébés qu’elle doit rendre le lendemain à la bibliothèque. Elle repose Teddy dans le carton. Elle prend la boîte où Teddy était installé, sort de la cave, redonne ensuite la clef à l’homme rapidement et quitte ce magasin.

 

 

Chapitre 4

Le mystère de Teddy…

La peluche est dans la boîte. Lina-Yaël la dépose sur un buffet dans la future chambre de son bébé. La jeune fille descend au rez-de-chaussée pour regarder la télévision. Elle va dans la salle de bain pour mettre son pyjama et monte se coucher. Elle s’endort profondément.

Dans la nuit, elle entend une douce mélodie qui va de plus en plus vite et de plus en plus fort. Prise de peur et de panique, Lina-Yaël se réveille en sursaut. Intriguée, elle se demande si elle a rêvé ou si c’était la réalité.

Elle se rend dans la chambre du bébé pour voir ce qui a provoqué cette musique énervante. Elle se dit qu’elle hallucine, sûrement. Elle est fatiguée, elle a peut-être rêvé. Lina-Yaël rentre dans la chambre. L’ours est au sol. La boîte en carton est ouverte. Elle est tombée également du buffet. La lumière d’un lampadaire, dehors, perce par la fenêtre et se reflète dans les yeux de la peluche. Les billes en plastique qu’il a dans ses orbites s’éclairent d’une lumière rouge.

Lina-Yaël ramasse l’ours.

Elle remarque que la peluche ne rentre plus dans la boîte.

* * *

Le matin quand elle se réveille et descend dans le salon, la télévision est allumée. L’écran est crypté et Lina-Yaël aperçoit la peluche dans l’écran.

Et Teddy lui annonce d’une voix sûre et arrogante :

« Lina-Yaël, en venant me chercher, tu as fait une erreur. Tu aurais dû me laisser au magasin. »

Le lendemain matin, Lina-Yaël descend dans sa salle à manger, déjeune, allume l’écran de télévision, mais celle-ci ne fonctionne pas. Elle est débranchée. Lina-Yaël rebranche la prise et là : l’ours en peluche réapparaît.

« Lina-Yaël, lui énonce Teddy d’un air menaçant. En venant me chercher au magasin, tu as commis une erreur. C’est pour cela que tu devras me donner quelque chose : TON BÉBÉ . Si tu ne veux pas, la sanction sera terrible. »

Prise de panique, Lina-Yaël s’enfuit dehors et se fait assommer par-derrière.

Elle se réveille d’un bond dans son lit, les yeux terrifiés, puis regarde autour d’elle, se calme en envisageant qu’elle a rêvé.

* * *

En se levant, le matin, Lina-Yaël très angoissée de son cauchemar prend son petit-déjeuner. Elle essaye d’avaler sa tartine, mais elle ne la termine pas. Un moment, elle a eu envie de vomir. Dix minutes plus tard, elle part vite à l’école. Seulement, avant elle souhaite repasser devant le magasin de farces et attrapes. Mais il a disparu !

Lina-Yaël manque de s’évanouir. Elle court vite à l’école, terrifiée. Pendant les cours, elle reste très discrète.

Elle passe à la cantine, prend son assiette et part s’asseoir, mais le plateau bascule au sol et tout tombe, car ses mains tremblent à l’idée du magasin qui a disparu.

Maxime – le garçon collé avec elle – vient l’aider à ramasser son plateau.

Ils se lèvent et se regardent dans les yeux.

Lina-Yaël, surprise, lui demande :

– Que fais-tu au lycée ?

– Bah, comme toi, je mange, mais je te cherchais !

– Ha bon ?! Pour quelles raisons tu me cherches ?

Maxime lui dit :

– Tu ne te souviens vraiment pas de moi ?

Lina-Yaël réfléchit et lui répond sérieusement que non, elle ne se souvient pas du tout de lui.

Maxime hésite à lui parler, puis il reprend la parole.

– Je t’ai retrouvée après que tu as été agressée.

Lina-Yaël frôle la crise cardiaque, elle est obligée de s’asseoir.

Maxime s’agenouille à la hauteur de ses genoux.

La jeune fille tombe dans ses bras, en larmes.

Parmi les sanglots de Lina-Yaël, on peut entendre un « merci. »

– Je souris, murmure-t-elle, mais au fond de moi, j’en ai marre. Trop de soucis.

– Qu’est-ce qui se passe ? s’alarme Maxime.

– Je ne sais pas. J’ai été cherché, à un magasin de farces et attrapes un ours en peluche hier et cette nuit il y a eu des tas de choses bizarres. Je le voyais dans ma télé, j’ai aussi entendu une musique angoissante ! Je suis allée à ce magasin pour avoir des explications sur cette peluche, mais il a disparu !

– Tu t’es peut-être trompée de rue ! la rassure-t-il .C’est un labyrinthe, cette ville, tu sais ! Après les cours, on ira voir si le magasin est bien là. Si tu le souhaites bien sûr.

– Avec plaisir !

* * *

Après les cours, Lina-Yaël et Maxime partent voir le magasin « disparu », mais quand ils arrivent ce dernier est là !

Lina-Yaël s’exclame :

– Je n’en crois pas mes yeux, je dois perdre la boule !

– Non, ne t’inquiète pas, la console Maxime avec un geste apaisant. Tu as dû te tromper d’endroit. Donc, maintenant, tu rentres chez toi.

L’adolescente lui prend la main et le remercie pour tout ce qu’il fait pour elle.

– À mon avis, tu es très fatiguée, il faudrait ne plus y penser, il faut que tu dormes ton compte, lui dit Maxime d’une voix rassurante. Tu rentres chez toi, mais tu ne regardes surtout pas la télé. Prends une douche, lis un livre ou autre chose, mais évite la télé. Fais une sieste quand tu le peux, mais je veux que tu te reposes. Et arrête de te poser des questions et de te stresser pour le bébé. Tout ira bien. Et je veux te revoir en pleine forme. D’accord ?

Maxime prend les deux mains de Lina-Yaël et lui propose :

– Tu veux que je te raccompagne chez toi, tu te sentiras plus en sécurité ?

– Oui, merci ! lui affirme la jeune fille en souriant légèrement.

– Mais arrête de te prendre la tête ! lui recommande l’étudiant.

– D’accord, Maxime, lui répond d’un ton ému Lina-Yaël. Je voudrais te remercier pour ton soutien et pour tout ce que tu as fait pour moi. Je t’en suis reconnaissante.

Chapitre 5 
La mélodie

 

Dans son lit, Lina-Yaël, rassurée par les paroles de Maxime, se sent plus confiante:

Je deviens peut-être folle à cause du bébé ? Peut-être s’agit-il d’hallucinations. Je me souviens qu’il y a quelques jours, j’avais des nausées et des envies fortes de manger des fraises. Alors, ça a peut-être causé tous ces cauchemars, toutes ces hallucinations. Il faut que je me reprenne.

Après s’être calmée, la jeune fille s’endort profondément et fait un rêve, ou plutôt un cauchemar.

Elle entend la porte s’ouvrir. Elle voit une ombre, c’est Teddy avec un couteau. Teddy qui entre dans sa chambre et la regarde avec des yeux rouges de colère. Il s’approche d’elle. Arrivé sur le lit, il se met sur Lina-Yaël et lui dit : « Il est trop tard pour reculer… La naissance de ton bébé sera un Enfer !! » Il la palpe.

Elle veut bouger, elle ne peut pas. Elle veut le rejeter, elle ne peut pas non plus. Elle ne peut rien faire. Alors, il la poignarde et ouvre son ventre.

Lina-Yaël croit que Teddy a tué son bébé !

Alors, elle se réveille en sursaut, pleine de sueur, affolée. Elle est terrifiée, mais elle se rend compte que c’est toujours un cauchemar. Sa grossesse lui donne encore des hallucinations !

Elle entend soudain une musique, la même que la nuit d’avant. Elle écoute attentivement et comprend la mélodie. Cette mélodie chante : « Fais dodo, donne-le à Teddy. Fais dodo, tu lui as promis. »

Lina-Yaël s’approche de la future chambre du bébé et entre dans la pièce, mais l’ours en peluche n’est pas là. Prise de panique, elle descend rapidement l’escalier et trouve Teddy dans le salon. On ne voit que lui dans la pièce.

Ses poils, ses pattes, ses oreilles, sa rondeur, sa taille, tout a augmenté. Il a triplé de volume.

Quand Lina-Yaël arrive dans la pièce, elle voit la télévision allumée. Teddy est assis dans le canapé, avec la télécommande dans sa patte droite.

Tout à coup, tout s’éteint dans la maison : les lumières, les appareils ménagers. Seule la télévision reste allumée et la luminosité s’intensifie de plus en plus.

Lina-Yaël est prise de panique. Elle commence à se pincer, essaye de se réveiller.

Mais ce n’est pas un cauchemar. Teddy, dans le canapé, est bien réel.

 

Chapitre 6 

La menace continue

De jour en jour, les horreurs continuent. Lina-Yaël est de plus en plus inquiète. Teddy grossit en même temps que son ventre. Il est presque aussi grand qu’elle.

Les phénomènes paranormaux continuent aussi. L’ours réapparaît dans la télévision et en reflet dans les fenêtres, Lina Yaël le voit partout.

En plus de ces phénomènes, elle continue de faire des cauchemars, d’horribles cauchemars.

Et toutes les nuits, à la même heure, la même mélodie retentit. Lina-Yaël est angoissée, elle sait qu’il faudrait dormir, mais elle a peur. Elle se demande comment elle va faire quand son bébé arrivera. Elle pense que ces cauchemars peuvent traumatiser son futur enfant.

Horrifiée, effrayée, elle met très souvent la main sur son ventre pour vérifier qu’il se porte bien.

Ses parents, quant à eux, se doutent de quelque chose, mais ils travaillent énormément. Lina Yaël cache à sa famille l’histoire horrible qui lui arrive.

C’est trop embarrassant de garder tous ces secrets pour elle, elle décide donc de se confier à quelqu’un… Un peu plus tard, elle appelle Maxime.

– Qu’est-ce que tu fais en ce moment, je ne te vois plus, s’inquiète-t-il. Tu m’évites ou quoi ?

– Oui, je t’évite, car tu vas me prendre pour une folle !

Lina-Yaël raconte que la peluche est différente, elle n’est pas comme les autres ! Elle est spéciale.

– Je crois bien qu’elle m’en veut, elle me fait subir des choses qu’aucune peluche n’aurait pu faire.

– Ne t’en fais pas, tu es peut-être fatiguée, bafouille Maxime. Repose-toi bien et tu verras ça ira mieux.

Lina-Yaël pense qu’il ne la croit pas à sa façon de lui parler…

Elle décide donc de raccrocher, elle est très en colère !

Elle réfléchit toute la matinée, réfléchit encore et encore pour au final prendre cette décision :

C’est décidé ! Je vais aller jeter Teddy dans les égouts et finis les cauchemars, la crainte, l’angoisse qu’il grandisse sans s’arrêter…

Lina-Yaël n’arrive pas à porter l’ours, car il est devenu trop lourd. D’un coup, elle en a assez ! Elle est tellement désespérée qu’elle se sauve de sa maison en courant, en pleurant !

Lina-Yaël marche au hasard, peu importe où elle se dirige. Elle marche de plus en plus vite. Elle court. Elle se retrouve près du magasin d’oursons. Lina-Yaël tombe sur une plaque d’égout au pied d’une façade de briques.

Elle s’assoit à côté de celle-ci et essaye de la soulever, mais ne réussit pas.

Elle force et tombe en arrière.

Lina-Yaël se relève, désespérée. Elle trouve près d’elle, le vendeur de Mystères et boule de gomme.

Toujours le sourire moqueur aux lèvres, il lui demande comment elle va et si sa grossesse se passe bien.

– Je vais bien, je dois rentrer, lui répond Lina-Yaël.

* * *

Quand Lina-Yaël revient dans sa rue, elle découvre Maxime sur le perron de sa maison.

– Que fais-tu ici ? lui demande Lina-Yaël.

– Je voulais savoir comment tu te sentais et je veux rester avec toi, lui avoue Maxime. Si tu veux ?

– Je veux bien, ça me fait plaisir. Tu me réconfortes.

Les deux jeunes gens entendent un grand, que dis-je, un énorme bruit, une explosion.

Ils ouvrent la porte très lentement avec un sentiment de peur et parcourent la maison, pleins d’angoisse.

Ils décident d’aller dans la chambre du futur bébé et voient un trou dans le sol. Il est énorme. On peut à peine faire un pas, deux de plus et c’est la chute.

Maxime cherche Teddy sur les étagères. Il ne l’aperçoit pas. Il se dirige vers le trou, pour comprendre ce qui s’est passé.

Lina-Yaël le retient.

– Arrête d’avancer Maxime, tu vas tomber !

Les deux jeunes gens courent vers le rez-de-chaussée pour trouver Teddy. Ils entrent dans le salon en ruine. Le plafond s’est effondré et des fils électriques pendent dans la salle. Il y a des débris de bois et du plafond partout, et la table de salon est brisée en deux, car Teddy est tombé dessus. L’ours géant est allongé sur le dos tout barbouillé de poussières.

Maxime se rend compte que Lina-Yaël avait raison, elle n’est pas folle. Cette dernière a peur et se dit que si elle n’avait pas été chercher Teddy, elle n’en serait pas là.

– Si j’avais su que cette publicité allait m’apporter tous ces ennuis… soupire-t-elle.

– J’y pense, mon père est garagiste. J’ai une solution, ne t’inquiète pas. Viens avec moi !

– Mais, panique Lina-Yaël,  mes parents risquent de rentrer et de découvrir ce qui se passe avec Teddy !

– Fais-moi confiance, lui certifie Maxime on se dépêchera de rentrer ! Tu n’as rien à craindre.

* * *

Tous deux arrivent en courant au garage. Maxime emmène Lina-Yaël où se trouvent les outils de son père, et emprunte le matériel nécessaire : un chariot, une corde, une scie et un pied-de-biche pour pouvoir ouvrir la bouche d’égout.

Ils retournent sans perdre de temps chez Lina-Yaël. Teddy est encore là, immense, tellement grand.

Maxime se dépêche et le ligote pour qu’il ne bouge pas, le bâillonne, lui met un gros morceau de corde dans la bouche et il commence à scier l’ours.

Lina-Yaël se sent choquée, car cette créature hideuse qui se fait découper l’horrifie. Mais la joie envahit Lina-Yaël quand même. La douleur que doit ressentir l’horrible peluche la remplit de plaisir.

Quand Maxime a terminé, ils mettent les morceaux de l’ours dans leur chariot puis sortent de la maison de la lycéenne.

Maxime les transporte jusqu’à une plaque d’égout à l’écart des regards indiscrets.

Il ouvre celle-ci avec le pied-de-biche.

Lina-Yaël remarque alors un liquide rouge qui s’échappe du chariot jusqu’à l’égout.

Elle se tourne vers Maxime, stupéfaite :

– Regarde !  C’est Teddy qui saigne !?

– Non, ce n’est pas possible, assure Maxime, c’est une simple peluche rien d’autre ! ça ne peut pas être le sang de quelque chose sans vie. Une peluche ne saigne pas !

– Mais, ce n’est pas un nounours ordinaire ! répond Lina-Yaël. Le pire peut se produire. Je pense que cela est possible.

Maxime, perturbé, un peu d’accord avec son amie sur le fait qu’un liquide rouge s’échappe bien de la peluche, se dépêche de se débarrasser de Teddy en le jetant dans l’égout.

Lina-Yaël l’aide en se débarrassant aussi des morceaux de la peluche. Pour ne pas en oublier, ils les jettent un par un dans l’égout, avec le sentiment d’être soulagés.

Et dans la sombre bouche d’égout, on voit les yeux de Teddy qui s’échappent petit à petit, puis on aperçoit les membres de Teddy, un à un, dans le noir intense qui le recouvre…

épilogue

Quelques mois se sont écoulés. Lina-Yaël est à la maternité prête à accoucher. Auprès d’elle, il y a Maxime qui est devenu son petit ami. Le jeune garçon a décidé de retourner faire des études pour subvenir aux besoins du bébé et de la future mère.

Celle-ci est très fatiguée, car ça fait des heures qu’elle est dans son lit et qu’elle a des contractions. Ses contractions sont plus courtes et plus sévères.

Soudain, Lina-Yaël perd les eaux.

Elle crie de toute son âme :

– Il arrive ! Il arrive !

Maxime sort précipitamment de la chambre et crie : « Docteur, docteur, elle accouche ! »

Le garçon revient accompagné d’un docteur qualifié et de ses sages-femmes.

Maxime court, ensuite, précipitamment vers la sortie de la chambre de la future mère.

Il prend son téléphone et appelle ses parents et ceux de Lina-Yaël. Le père de Lina-Yaël a accepté son petit-fils avec joie et amour. Le père et la mère de la jeune maman arrivent, impatients de rencontrer l’enfant de leur fille.

Lina-Yaël accouche avec difficulté, mais elle réussit. C’est un garçon qu’elle appellera Kévin. Sa mère pleure de joie. Tout le monde est heureux.

* * *

Quelques jours plus tard, Lina-Yaël rentre chez ses parents avec son bébé.

Les dégâts ont été réparés par Maxime et le père de Lina-Yaël.

Les travaux finis, elle installe son bébé dans sa nouvelle chambre.

Les quatre murs sont bleus. On y trouve des tableaux accrochés partout. Dans un coin de la pièce, un mini toboggan est installé. Le bébé rigole dans le berceau à côté. Sa mère est assise dans le fauteuil qui se trouve à sa droite.

Puis tout à coup : « DRING ! DRING ! » La sonnette de la porte d’entrée retentit.

– Attends, j’arrive mon petit cœur, dit-elle à son bébé.

Elle n’a jamais été aussi contente de sa vie de pouvoir enfin parler à son enfant.

Le nouveau-né enlève son pouce de sa bouche et rit aux éclats.

Lina-Yaël quitte la chambre, descend l’escalier et se dirige vers l’entrée.

En ouvrant la porte, Lina-Yaël découvre une petite boîte sur le paillasson. Il n’y a aucune inscription ni sur le côté, ni au-dessus de la boîte, rien !

Curieuse, elle décide de regarder à l’intérieur et découvre un ourson en peluche. Au cou de ce dernier, elle découvre un collier et une médaille. Elle ne voit rien d’écrit sur le collier, ni sur la médaille. Elle tourne la médaille et découvre qu’il est écrit : « Teddy Junior. »

FIN ?

 

ABBA, une double vie pas comme les autres

ABBA, une double vie pas comme les autres est une nouvelle écrite en 2013 par les élèves de 4eme B du collège Albert Schweitzer de La Bassée (59) lors d’un atelier d’écriture réalisé avec Michaël Moslonka. Le thème était le fantastique et l’instigatrice de cette passionnante aventure littéraire : Stéphanie Desicy, professeur.

ABBA, une double vie pas comme les autres

par

Adeline, Terry, Juliette, Syndel, Allan, Romane, Cédric, Alexandre, Thomas, Fanny, Basile, Denys, Dimitri, Alexine, Lindsay, Juliann, Andy, Florentin, Élisa, Manon, Clément, Mazarine, Quentin, Tiphanie, Thomas, Laura, Chloé, Alexandre et Amandine.

Dans la tête d’Abba…

Je m’appelle Abba.

Je suis une jeune femme de dix-neuf ans. Blonde aux yeux bleus. Mes amis me disent souvent que j’ai de jolies formes voluptueuses.

Je suis très susceptible surtout quand on se moque de mon prénom. Je fais un stage pour être infirmière. Je suis en apprentissage au CHR de Lille. Pendant ce stage, je fais les soins des patients. J’aime beaucoup m’occuper des personnes en mauvaise santé. J’espère que je vais obtenir mon diplôme.

Cependant, je cache un lourd secret qui, je pense, va m’attirer des ennuis.

Chapitre 1

Une journée de stage ordinaire

Le portable sonne, Abba se réveille ensommeillée en jurant :

– Pourquoi je l’ai programmé à 6 heures ?

Elle se lève rapidement. Elle boit son jus de fruit puis, quand elle a fini, se dirige vers son balcon pour fumer une cigarette, tout en regardant le marché de Noël qui illumine la ville de Lille. Elle pense à ses deux devoirs surveillés qui ont lieu ce jour.

Ensuite, après avoir fini sa cigarette, la jeune femme se dirige vers la salle de bain pour se brosser les dents. Après, elle s’habille d’un jean Slim, de chaussures à talons et d’un t-shirt noir en dessous d’une élégante veste blanche.

En bas de son appartement, il y a des Vélib. Elle en loue un pour pouvoir se rendre en cours.

* * *

Abba dépose son vélo vers 7h45 au local à vélo situé à l’entrée de son école d’infirmière. Elle rencontre un groupe d’amis avec qui elle discute des devoirs qui ont lieu ce matin-là. Puis quitte ses camarades pour rejoindre la salle où se déroulent les épreuves écrites.

En sortant de l’école, Abba fume une cigarette pour se poser. Elle pense qu’elle a bien réussi ses examens. Soulagée, elle récupère son vélo et va déjeuner dans une sandwicherie.

L’après-midi, elle est en stage à l’hôpital jusqu’en fin de journée. À sa pause, elle sort et fume à nouveau. Elle marche un peu et, soudain, trébuche. Sa cigarette glisse de ses mains, Abba se brûle, troue son pantalon et vocifère.

Chapitre 2

Zahia, une nouvelle stagiaire

 

Zahia est une nouvelle stagiaire qui est plutôt grande avec de jolies formes. Elle est brune aux yeux verts. Abba se trouve avec celle-ci dans le couloir qui mène aux salles de dépôt de matériel. Le programme de ce début d’après-midi consiste au ramassage des plateaux repas des malades.

Abba est un peu fatiguée à cause de ses deux devoirs surveillés qui ont eu lieu dans la matinée. Zahia se montre curieuse :

– Pourquoi t’appelles-tu Abba ?

Abba lui répond tout en poussant le chariot de plateaux repas :

– Abba, c’est un surnom. Mon père aimait le prénom « Alice » dans « Alice au pays des merveilles », ma mère était fan de Brenda dans « les feux de l’amour » et ma grand-mère était russe, elle s’appelait Anastasia.

Zahia lui dit tout en rigolant :

– C’est le nom d’un groupe, ça, non ?

Blessée, Abba lâche le chariot et se sauve en pleurant énormément.

Zahia est surprise de la réaction de sa camarade d’études. Elle lui crie des excuses. Elle reste debout, les bras ballants en lui hurlant de revenir et qu’elle ne pensait pas à mal.

Les patients et les visiteurs sont stupéfaits de la réaction de la jeune fille. Le personnel essaye de retenir Abba. En vain. Elle continue de s’enfuir.

Dans la tête d’Abba…

Je me souviens, je venais d’avoir seize ans. J’ai rencontré un garçon dans ma classe. Il s’appelait Tom. Ç’a été le coup de foudre. Nous avons eu une liaison.

Il m’a donné le surnom d’Abba, parce qu’Alice Brenda Anastasia était un peu longuet et qu’il adorait le groupe ABBA. Nous projetions d’emménager dans une maison, de se marier et, par la suite, d’avoir un enfant.

Il y a maintenant un an que nous ne sommes plus ensemble. Il était trop machiste avec moi, il me disait de ne pas sortir avec des amis, mais, lui, sortait tous les soirs avec ses copains. Alors, j’ai rompu.

Ce surnom me rappelle parfois de mauvais souvenirs.

J’ai malheureusement perdu mes parents dans un accident de voiture. Donc je suis partie habiter avec ma grand-mère, Anastasia, mais elle aussi m’a quittée il y a trois mois d’une maladie grave. Un cancer.

J’ai dû me trouver un logement. Ce n’est pas évident de payer seule le loyer.

Chapitre 3

Le commencement

 

Furieuse que Zahia se soit moquée de son surnom, Abba se dirige vers le local à médicaments. En rentrant dans celui-ci, Abba regarde de gauche à droite pour vérifier que personne ne la voit.

Dans le local à soins, plusieurs rangées de flacons sont posées sur des étagères en fer. Sur la droite, dans une petite pièce sont rangés les médicaments toxiques qui donnent certains effets secondaires.

Le carrelage est blanc et poussiéreux, les murs sont gris et verts.

Abba s’intéresse tout de suite aux médicaments dangereux.

Elle s’empare d’anabolisants Sterolic et du paracétamol Tooflashxique 400mg qu’elle contemple, intriguée.

Le nom est écrit à l’encre rouge. La boîte, elle, est toute jaune.

Tiens, c’est bizarre que le paracétamol ait des effets indésirables, constate l’étudiante. Je pense que le Tooflashxique a été rangé par erreur dans le local à toxiques.

Elle prend une dizaine de boîte de médicaments et les met une par une dans les poches de sa blouse.

Abba réussit à se calmer une fois sa fauche accomplie et se détend. Elle décide d’aller rendre visite à chacun de ses patients pour voir comment ils se sentent.

 

* * *

Abba rentre dans la chambre numéro 538.

Elle découvre un vieil homme âgé d’à peu près quatre-vingts ans. Il s’appelle Monsieur Goloume. Les murs de la chambre sont peints en blanc et bleu. Une grande fenêtre donne directement vue sur le parking. Une télévision, éteinte, à écran plat est fixée sur l’un des murs.

Monsieur Goloume est recroquevillé sur son lit. Il ne bouge pas. Il a la tête tournée vers la fenêtre. Il se plaint.

– Bonjour, monsieur Goloume, lui dit Abba.

Il lui rend son bonjour avec difficulté.

– Vous n’avez pas l’air d’aller bien, Monsieur, qu’avez-vous ?

Monsieur Goloume se retourne avec peine.

– J’ai très mal mademoiselle. C’est insupportable !

– Je vais vous chercher un médecin, tout de suite.

– Non, non ! gémit-il. Je veux quelque chose, tout de suite. Je vois que vous avez des médicaments dans votre poche. Ce sont des antidouleurs ? J’en ai besoin, tout de suite.

En voyant sa pâleur, Abba cède par pitié.

Elle sort la boîte de Tooflashxique et lui en donne deux comprimés. Puis elle lui tend un verre d’eau. Le vieil homme lui sourit, prend les deux comprimés et les avale.

Quand, tout à coup, la montre d’Abba sonne.

– Mince, s’exclame-t-elle, mon rendez-vous.

Elle sort précipitamment de la chambre de Monsieur Goloume, prend l’ascenseur et descend pour se changer dans le vestiaire. Elle enlève sa blouse et enfile ses vêtements. Elle se saisit des médicaments volés et les met dans la poche intérieure de sa veste.

Elle quitte le vestiaire et elle descend à nouveau par l’ascenseur pour se rendre au rez-de-chaussée. Elle s’absente ensuite de l’hôpital. Une fois dehors, Abba remarque que le temps est pluvieux et que la circulation est dangereuse. Elle décide alors de monter dans un bus.

* * *

Une fois descendue de son bus, elle prend son paquet de cigarettes dans sa poche de pantalon et en fume une.

Son téléphone sonne. Elle décroche.

– Allô, oui ? Je viens dans cinq minutes.

Elle range son téléphone dans son sac.

Elle marche jusqu’à une ruelle et guette la venue d’un homme. Quelques instants plus tard, l’homme en question arrive et s’arrête à côté de la jeune femme. Il est mince, blond, aux yeux bleus avec des reflets gris et il a, environ, une cinquantaine d’années. Il s’appelle Jean, il est pharmacien et elle le connaît depuis deux mois.

L’étudiante infirmière regarde de droite à gauche pour voir s’il n’y a personne puis échange les médicaments volés contre de l’argent. Ensuite, Abba et Jean repartent chacun de leur côté, comme si rien ne s’était passé.

Dans la tête d’Abba…

 

C’est à cause du décès de ma grand-mère que j’ai commencé tout ça.

À la fin du mois, je n’ai plus un rond. C’est dur de payer mon loyer et mes cigarettes sans oublier mes petits plaisirs : des pâtisseries. Je ne mange pas toujours à ma faim, car j’utilise mon salaire pour payer mon loyer, mes études.

Je revends les médicaments volés pour gagner un peu d’argent. Mon principal client est un pharmacien. Quand je revends les médicaments volés, j’ai l’impression d’aider les gens, même si ce que je fais est mal et illégal.

Je dérobe avec beaucoup d’adresse des médicaments et je deale avec beaucoup de discrétion, histoire de ne pas me faire remarquer. Parce que je n’ai pas envie d’aller en prison. Je préfère travailler à l’hôpital en tant qu’infirmière.

Une fois que je serai diplômée, j’arrêterai de dealer.

Babouchka Anastasia me manque. Mon comportement ne lui plairait pas !

Chapitre 4

Les retrouvailles

Après sa fin de journée au CHR, Abba se rend au supermarché près de son appartement. Son frigo est vide. Grâce à la vente des médicaments volés, elle pourra s’acheter les éclairs au chocolat qu’elle adore.

Elle se dirige au rayon boucherie quand un homme avec un uniforme de police la bouscule.

– Excusez-moi, monsieur l’agent, frémit-elle.

– Non, mademoiselle, c’est à moi de m’excuser, reprend l’homme, confus.

Abba prend peur et lui dit vite « au-revoir ».

La jeune femme continue son chemin. Elle est troublée et repense à cet homme. Ses yeux bleus, ses cheveux bruns… Son visage, il lui rappelle celui de quelqu’un.

SON FRÈRE !

Il faut qu’elle le rattrape !

L’étudiante infirmière court à travers les rayons pour le retrouver et, au bout de quelques minutes de recherche, elle aperçoit le jeune homme qui surgit face à elle.

Ils se regardent un instant, sans rien dire.

Jérémy prend, le premier, la parole :

– Heu, frangine, c’est bien toi ?

– Jérémy ?? je ne t’avais pas reconnu… Tu as changé, grand frère. T’es rentré dans la police ?

– Oui, sœurette !  Ça fait un bail qu’on ne s’est pas vu. Je suis dans la brigade anti-criminelle. Ça te plait ? lui dit-il en désignant son uniforme du doigt.

Abba sent ses jambes flageoler.

– Ça te va super bien, même que ça te vieillit un peu, s’exclame la jeune fille, d’un air forcé.

– C’est le but, ce changement de look. Je travaille à Lille depuis quatre mois. J’adore mon travail. Je suis toujours en action.

– Mon frère dans la police…, chuchote, tout à coup, Abba. Non, ce n’est pas possible.

– Pourquoi réagis-tu comme ça ? demande Jérémy, étonné.

– Non, rien. Je dois te laisser. Ça m’a fait plaisir de t’avoir revu.

Et la jeune fille, gênée, détale comme un lapin.

Dans la tête d’Abba…

Mon frère jumeau représentant de l’ordre ! Je n’y crois pas, c’est impensable. À l’époque quand il vivait avec grand-mère et moi,  il travaillait au noir. Quand il est parti de la maison de grand-mère, il est parti vivre avec sa petite copine. Pendant notre enfance et chez mamie Anastasia  Babouchka, nous étions très fusionnels et, aussi, unis comme les doigts de la main.

Il faut que je le retrouve rapidement pour lui annoncer que grand-mère est morte il y a trois mois. J’ai peur qu’il prenne mal la nouvelle de son décès et qu’il ne veuille ni me parler, ni me voir, car je me suis enfuie devant lui. Je ne veux pas qu’il me rejette.

Chapitre 5

La disparition de Monsieur Goloumet

 

Le jour d’après, Abba fait croire à son école qu’elle est malade. Elle a pris sa journée pour se lancer à la recherche de son frère. Avant, elle décide d’aller voir Monsieur Goloume pour s’assurer qu’il va bien.

Elle se dit qu’elle n’aurait pas dû administrer les médicaments à son patient sans l’accord de l’infirmière en chef. La jeune femme est mal en point quand elle pense à ce pauvre petit monsieur. Elle suppose qu’elle n’aurait pas dû se servir dans l’armoire à médicaments toxiques. Elle ne connaissait pas cet antidouleur, ni ses effets indésirables.

Abba se dit que si le Tooflashxique était rangé parmi des médicaments toxiques, c’est qu’il y a très certainement une bonne raison.

Et en entrant dans la chambre 538, elle découvre avec effroi que Monsieur Goloume n’est plus là !

Le lit d’hôpital du vieil homme est vide. Cependant, Abba remarque une trace de corps, comme si on venait d’y allonger Monsieur Goloume. Sa tenue d’hôpital est dans une position étrange…

Serait-il sorti ? se demande Abba. Non, il souffrait beaucoup trop pour pouvoir se déplacer ! Mais comment est-ce possible ?

Elle décide de fouiller son armoire.

Dans le placard, se trouvent encore toutes ses affaires, même ses papiers.

Abba croit que Monsieur Goloume a eu une complication à cause du paracétamol Tooflashxique 400mg. Elle rumine beaucoup. Peut-être a-t-il été emmené au bloc opératoire suite à une crise cardiaque, ou peut-être est-il mort.

La jeune femme est en panique totale. Elle se dit que, de sa faute, Monsieur Goloume est décédé.

Je ne peux pas le croire, se convainc-t-elle. Ce médicament ne tuerait personne.

Pour se rassurer, elle décide donc d’aller prendre des nouvelles du patient auprès de l’infirmière en chef.

* * *

Au soir, Abba ne dîne pas et va se coucher directement.

Elle n’a pas été en cours et elle n’a pas eu envie d’aller rechercher son frère, pour plusieurs raisons : il est policier et, elle, elle vole des médicaments. En plus, elle ne lui a pas dit que leur grand-mère est décédée.

Cette nuit, elle est incapable de s’endormir. Elle a chaud, elle gigote, elle pense à tout et n’importe quoi. S’en parler qu’elle est inquiète pour Monsieur Goloume. Le personnel hospitalier n’est au courant de rien. Celui-ci est surpris, car il devrait être dans son lit.

Sa disparition est étrange. Abba se pose plusieurs questions : comment ce vieux monsieur qui souffrait tant aurait-il pu sortir de sa chambre alors qu’il était incapable de se déplacer sans aide ? Comment a-t-il fait pour quitter l’hôpital ? En pyjama en plus ? Et sans que personne ne le voie ? S’il avait tout de même réussi à quitter l’hôpital, quelqu’un l’aurait sûrement aperçu.

Abba ne cesse de se retourner dans son lit. Elle regarde son réveil : 3 heures 43, elle ne dort toujours pas. Ce n’est qu’au petit matin qu’elle sent ses paupières lourdes de sommeil se fermer.

* * *

La nuit a été longue et éprouvante pour Abba. Elle sort péniblement de sous sa couette.

Soudain, elle entend le bruit des sirènes de police. Son sang ne fait qu’un tour.

Ils sont venus m’arrêter à cause du vol des médicaments, pense-t-elle.

Abba court vers la fenêtre donnant sur la rue.

Elle scrute attentivement les alentours et n’aperçoit aucune voiture de police dans les environs.

Suis-je bête, il n’y a rien d’alarmant ! Elle réalise qu’elle vient de confondre les sirènes avec son radio-réveil. Abba se retourne et se dirige vers sa chambre d’où vient le bruit incessant.

La jeune élève infirmière avance et coupe son alarme.

Elle pousse un long soupir de soulagement. Elle a eu si peur qu’on vienne l’arrêter.

Tout à coup, elle est tirée de ses pensées par la douce mélodie d’Adèle – Someone like you – qu’elle a sur son téléphone. C’est Zahia.

Abba hésite, un instant, puis répond :

– Désolée pour hier, s’excuse Zahia. Je ne sais pas ce qui m’a pris.

– C’est pas grave, ne t’inquiète pas, s’exclame Abba, joyeuse.

Zahia change alors de sujet et la presse de venir immédiatement à l’hôpital, car il y a des agents de police qui interrogent l’ensemble des personnes travaillant au CHR.

Abba raccroche. La jeune femme est prise d’un vertige. La peur l’a envahie. Elle tremble de la tête aux pieds. Elle ne veut guère y aller, mais si elle n’y va pas, la police trouvera son comportement suspect.

Abba n’a pas le choix, il faut qu’elle se rende à l’hôpital pour faire croire qu’elle n’a rien à se reprocher.

La jeune fille enfile des vêtements chauds et part à l’hôpital.

* * *

Arrivée sur les lieux, Abba constate que son frère est là. Il est accompagné par ses collègues de la Brigade Anti-Criminelle. La stagiaire angoissée avance lentement jusqu’à lui.

– Bonjour, Abba, commence Jérémy.

– Salut, que fais-tu ici ? dit Abba avec la voix qui tremble.

– Je travaille, répond-il. On nous a appelés pour signaler un ou plusieurs vols de médicaments ainsi que la disparition d’un patient.

Jérémy ajoute :

– Il s’en passe de drôles de choses dans ton hôpital !

Prise de vertiges, Abba sent ses jambes se dérober et s’évanouit.

Une dizaine de minutes se sont écoulées quand elle rouvre les yeux. Elle remarque qu’on l’a couchée sur un lit et que plusieurs infirmières s’occupent d’elle.

Son frère, assis à côté d’elle, lui prend la main pour la rassurer.

Un médecin entre dans son champ de vision. Il sourit et lui raconte que son évanouissement est dû à la pression en pensant que quelqu’un ait pu voler des médicaments.

Jérémy le remercie lui et les infirmières. Puis celles-ci, suivies du médecin, sortent de la chambre.

Le jeune policier prend Abba dans ses bras.

Oubliant son malaise, la jeune femme ferme les yeux.

Elle sent que le visage de son frère est humide.

Il pleure, constate-t-elle.

Abba le rassure :

– Tout va bien, ne t’inquiète pas…

Soudain, Abba fond, elle aussi, en larmes.

Il faut que je lui dise, s’encourage-t-elle.

– Frangin, il faut que je te révèle quelque chose…

– Plus tard, tu devrais te reposer, ma puce, répond-il en se séchant les yeux d’un revers de manche.

– Non, c’est très important. Tais-toi et écoute-moi… Il y a quelques mois, notre grand-mère est décédée, des suites d’un cancer… Je suis désolée de ne pas te l’avoir dit plus tôt.

– Quoi ?! Non, ce n’est pas possible, s’exclame-t-il. Babouchka Anastasia ne peut pas être morte !

Abba prend Jérémy dans ses bras et lui répète qu’elle est désolée.

 

Chapitre 6

Les mystérieux médicaments

Abba arrive derrière la pharmacie. Jean est déjà présent. Le pharmacien n’a donné aucune explication concernant le motif du rendez-vous. Ça doit être important, car il lui a donné rendez-vous à côté de sa pharmacie. Au téléphone, sa voix n’était pas habituelle.

L’homme qui s’occupe de la pharmacie est très mécontent. Il lui explique qu’il a de moins en moins de clients et que son chiffre d’affaires baisse beaucoup.

– En quoi cela me concerne ? l’interroge la jeune femme.

– C’est de la faute de vos médicaments, ils ne sont pas normaux ! J’en ai pris un et j’ai toujours mal au crâne, même de plus en plus mal ! Je crois que mes clients s’en sont rendu compte. Tenez, reprenez les boîtes. J’ai fait des recherches sur le laboratoire où sont fabriqués les médicaments et le laboratoire Grimm n’existe pas…

Inquiète, Abba met fin au rendez-vous. Elle retourne au CHR en Vélib. Arrivée à l’hôpital, elle aperçoit Zahia en train de fumer.

– Salut, ça va Abba ?

– Salut. Non, ça ne va pas.

– Pourquoi ? se montre curieuse  Zahia.

– À cause de la disparition de Monsieur Goloume.

– Arrête, ce n’est pas de ta faute !

– Si. Je lui ai donné un médicament et il a disparu, lui dit Abba en montrant la boîte de Tooflashxique.

– C’est pas un vulgaire comprimé qui va faire disparaître un vieux qui a survécu à la guerre, se moque Zahia. C’est un vieillard fou, il a dû se tirer pour qu’on lui coure après.

– Mais si, insiste Abba. C’est ce maudit médoc qui l’a fait disparaître !

– Un médicament qui fait disparaître les gens, mais t’es cinglée ! Si tu veux, je prends un de ces médicaments pour te prouver qu’il est inoffensif.

Zahia prend alors la boîte des mains de sa collègue et avale un comprimé.

– Tu vois, je suis encore là, alors arrête de faire ta mongole !!!!

* * *

Jérémy et Abba se recroisent au supermarché, dans un rayon et discutent plus longuement que lors de leurs dernières rencontres. Tous les deux passent en caisse en même temps et sortent du magasin.

Une fois dehors, Jérémy fume une cigarette puis il demande à sa sœur si elle veut qu’il la raccompagne en voiture.

Elle accepte et propose à son frère de monter boire quelque chose avec elle.

Arrivé en bas de l’immeuble, Jérémy l’aide à sortir les courses et à les monter.

Quelques minutes plus tard, le frère d’Abba est assis sur une chaise dans la salle à manger tandis que la jeune femme rentre dans la pièce chargée d’un plateau odorant. Elle pose celui-ci sur la table et sert une tasse de thé à son frère avant de se servir. Curieux, Jérémy lui demande ce qu’elle a mis dans l’infusion.

Elle lui répond que c’est une recette de leur mère et qu’elle a ajouté un peu de miel.

Jérémy parle avec tristesse à Abba des décès qu’ils ont vécus.

Abba change de sujet et demande des nouvelles de Monsieur Goloume.

– Mes collègues n’ont toujours pas mis la main dessus. Il s’est peut-être volatilisé. En plus, la police judiciaire de Lille reçoit énormément de coups de fil. Les inspecteurs sont sur les dents, car beaucoup d’autres personnes sont devenues introuvables depuis la disparition de Monsieur Goloume. Les journaux seront bientôt avertis. Ça sera la panique en ville.

Jérémy ne peut plus se retenir et lui demande maladroitement :

– Tout se passe bien depuis que tu vis seule ?

Elle répond d’un air angoissé :

– Oui, oui, tout se passe très bien.

– Comment fais-tu pour payer tes études et ton loyer ?

– Je me débrouille, je me suis trouvée un petit boulot de caissière.

– Bon, ben ça va vraiment ? Tu es certaine ? persiste son frère.

– Oui, ça va bien ! conclut-elle en criant pour stopper ses questions.

Abba, toute pâle, se retire de la pièce pour aller aux toilettes.

Jérémy ne comprend pas son comportement. Néanmoins, il en profite pour fouiller dans une de ses vestes et trouve une boîte de Tooflashxique 400 mg.

Abba revient des toilettes, souriante. Elle ne se doute de rien. Elle remarque soudainement le visage embêté de son frère.

Jérémy lui montre la boîte d’antidouleur. Sa sœur est très surprise.

– Où te l’ais-tu procurée ? lui demande-t-il.

La jeune étudiante reste bouche bée ! Comment a-t-il pu oser fouiller chez sa propre sœur ?

Puis elle lui répond qu’il y a deux jours, elle avait un mal de tête et qu’elle s’est rendu à la pharmacie pour acheter un antidouleur, car celui-ci on peut l’obtenir sans ordonnance.

Son frère est ennuyé, car il se dit qu’il va peut-être trop loin, qu’il a peut-être des soupçons pour un simple médicament. Du coup, il lui pose plusieurs questions qui ne mènent à rien, pour lui faire comprendre qu’il a des doutes sur elle.

Abba essaye de le convaincre que ce n’est pas elle.

Jérémy est à moitié convaincu par les paroles de sa sœur. Il reste quand même sur ses doutes.

Dans la tête d’Abba…

 

Je repense à toutes les histoires qui me sont arrivées : le vol des médicaments, mon frère qui réapparaît et qui est devenu policier. En plus, il se met à fouiller dans les poches de ma veste sans me demander la permission et il tombe sur une boîte de Tooflashxique. J’ai réussi à me débarrasser de ces fichues questions sur ce nouvel antidouleur !

Avant de découvrir ce remède, quand j’allais au supermarché, les caisses étaient bondées et, à présent, elles ne le sont plus. Le supermarché est vide, froid. On entend juste les bruits émis par les caisses… Dans la rue, j’ai l’impression de marcher seule.

C’est étrange, depuis que ma collègue, Zahia, a pris un Tooflashxique 400mg, je ne la vois plus à l’hôpital.

Je ne comprends plus… De même pour Jean, je n’arrive plus à le joindre, à chaque fois, je tombe sur sa messagerie, malgré tous les messages que le lui laisse sur son répondeur. J’hésite. Je suis embarrassée, je n’ose pas aller le voir à sa pharmacie. J’ai peur de constater qu’il aurait peut-être lui aussi disparu.

Je repense à ce que mon frère m’a dit par rapport à la disparition de Monsieur Goloume. Et je me demande si je dois lui avouer la vérité, car la situation devient de plus en plus compliquée. Mais je ne sais pas, car je risque d’avoir de sacrés problèmes !

 

* * *

Abba s’en veut pour tous les problèmes qu’elle a occasionnés. Après une longue réflexion, elle décide d’ingurgiter à son tour du Tooflashxique. Elle s’avoue qu’elle aimerait aussi en prendre par curiosité. Elle hésite, elle réfléchit longuement à toutes ces personnes qu’elle a fait disparaître, à tout le mal qu’elle a pu leur faire.

Abba devient pâle, pensive, se met à pleurer et avale l’une des pilules de Tooflashxique pour mettre fin à ses hésitations.

 

 

Chapitre 7

Le grand choc

Abba se réveille. Elle se rend compte qu’elle n’est plus dans sa chambre. Elle se lève et regarde autour d’elle. Elle aperçoit des gens qui lui sont inconnus. Ils sont blessés ou malades. Elle voit aussi qu’ils sont nus. Abba baisse la tête et réalise qu’elle aussi ! Elle cache vite sa poitrine et son sexe. Elle ferme les yeux et se donne des claques. Après avoir fini, elle rouvre les paupières et réalise qu’elle est toujours toute nue au milieu d’inconnus nus, eux aussi.

Abba interpelle une jeune fille :

– C’est un rêve ou pas ?

La jeune fille lui répond :

– Je ne sais pas, car je me suis couchée avec un mal de tête et je me suis retrouvée, ici.

– Avez-vous pris du Tooflashxique contre vos douleurs ?

– Oui, j’en ai pris.

Abba frissonne. Des larmes lui montent aux yeux.

Au loin, elle repère Monsieur Goloume et court à toute vitesse vers lui en criant :

– Monsieur Goloume ! Savez-vous où on est ?

Le vieillard la fixe méchamment. Il serre son poing.

– C’est de votre faute tout ça ! l’accuse celui-ci. C’est de votre faute, à vous et à vos médicaments !

Les gens autour se retournent vers la jeune fille et la regardent d’un air furieux.

Abba effrayée se sauve.

La jeune femme aperçoit Jean et Zahia parmi la foule d’inconnus, mais leur regard ne lui donne pas envie d’avancer, car elle lit dans ces yeux de la colère.

Elle comprend que c’est le Tooflashxique qui les a envoyés ici.

On est où ? s’interroge Abba.

La revendeuse de médicaments marche et tombe sur un mur. Ce dernier est jaune, tapissé de papier cartonné.

Abba se met à courir en suivant le mur. Ce mur l’amène à un premier coin puis elle suit l’autre mur et tombe encore sur un autre coin. Après avoir fait le tour, elle réalise qu’elle se trouve entre quatre coins et quatre murs.

Elle les regarde, puis elle lève la tête et aperçoit des mains géantes qui rabattent une sorte de couvercle plat, jaune comme les murs. Alors, elle hurle : « On est dans une boîte de Tooflashique ! »

Épilogue

Jérémy décide de se rendre chez sa sœur. Il veut une explication concernant le Tooflashxique. Il se rend compte que la porte est ouverte. Le policier inquiet entre timidement dans la pièce. il découvre que l’appartement est vide. Il appelle sa sœur. Aucune réponse ne lui parvient, Un objet posé sur la table basse du salon attire son attention. C’est du Tooflashxique. La boîte est encore ouverte.

Le jeune homme la prend et quitte l’appartement de peur que sa sœur ne rentre.

Au pied de l’immeuble, il s’arrête et regarde autour de lui. Dans les rues, il remarque avec angoisse qu’il n’y a personne. Même pas une voiture qui roule. Le bruit infernal des voitures s’est tu.

Il a l’impression d’entendre crier quelqu’un.

Il tend l’oreille pour écouter. Il n’entend rien à part le vent qui se lève.

– Oh, mon dieu ! balbutie-t-il. Abba a disparu, elle aussi, comme les autres.

Il regarde avec mépris la petite boîte qu’il tient entre ses mains tremblantes. C’est là qu’il comprend avec horreur que les Tooflashxique sont la cause de ces disparitions mystérieuses et qu’il est le seul à avoir échappé à ces disparitions inexpliquées. Machinalement, il referme la boîte restée ouverte sans remarquer les petites choses qui s’agitent à l’intérieur.

 

FIN

 

La nuit qui paraissait longue

 

La nuit qui paraissait longue

Ç’aurait dû être un jour comme les autres

 

LES AUTEURS :

 

2COM du Lycée d’Artois, année scolaire 2012-2013

Tifany, Céline, Matthieu.B, Marie.B, Stacy, Amélie.B, Alison, Andréa, Anais, Lisa, Ophélie, Camille, Nathan, David, Julie, Kévin, Morgane, Maryline, Mathieu.H, Nicolas, Amélie.K, Estelle, Florence, Amandine, Pauline.L, Adeline, Madison, Mélanie, Marie.P, Océane, Lindsay, Elisa, Pauline.V.

Avec

Jessy Josien, professeur de lettres-histoire, et Fabienne Poujol.

Chapitre 1

Dernier soir !

 

Il est vingt heures, Loeva a déjà rejoint son amie Laurenn chez elle. Les deux jeunes filles de dix-sept ans se préparent pour leur dernière soirée avant la rentrée scolaire. Elles ont décidé de se rendre au Black Backinbox, le nightclub où elles se sont amusées tout l’été.

Loeva est vêtue d’une courte robe blanche qui fait ressortir sa peau métissée et laisse désirer ses longues jambes fines. Elle se contemple dans le miroir.

Laurenn lui dit avec une pointe de jalousie :

– Eh ben, chère Loréal ! Tu vas attirer encore tous les regards.

Loéva lui répond d’un air « je m’en foutiste » :

– Oh, ça m’est égal, tu sais, ma petite quiche ! L’important est de profiter de cette dernière soirée.

Après cette courte discussion, Loréal se dirige dans la salle de bain pour ajouter un trait de crayon noir autour de ses grands yeux verts, puis prend sa brosse dans son sac posé sur le bord du lavabo pour coiffer ses longs cheveux lisses.

Quand Loéva et sa petite quiche ont fini de se faire une beauté, Loeva veut immortaliser l’instant en prenant des photos avec son nouvel appareil Nikon D200 que son ex-petit ami, Enzo, lui a offert pour essayer de se racheter auprès d’elle.

Loéva, tenant l’appareil photo, shoote plusieurs fois Laurène. Celle-ci fait des grimaces : bouche en cul de poule, doigts dans le nez, les yeux qui louchent. Les filles sont toutes excitées à l’idée de s’évader au Black BackinBox, mais ne sont pas ravies de retourner, le lundi, au lycée.

 

* * *

 

Loéva et Laurenn arrivent devant la discothèque. Devant elles, il y a une longue file d’attente. Le ciel est dégagé. Il y a des étoiles et même une étoile filante que Laurenn aperçoit. La température est agréable.

Le Black Backinbox est de couleur bleue. Ses lettres sont en rouge et elles brillent dans la nuit. Elles clignotent pour attirer le regard des noctambules. À l’arrière de la boîte de nuit, il y a un grand parking privé fermé par des barrières électriques. Le parking est très sombre, sans lumière. Sur les côtés de la boîte : deux vigiles costauds, de grande taille, en costume noir, aux visages sévères. Ce sont de nouveaux vigiles. Loéva ne les a jamais vus. Ils se tiennent bien droits. Ils demandent aux personnes leur carte d’identité et les fouillent.

Autour de la discothèque, tout est désert. Il y a une forêt. Elle n’est pas fréquentable, il se passe toujours des choses en sorties de boîte. Cette forêt est interdite parce qu’avant il y avait des mines de charbon. Maintenant, le sol se fissure et peut s’effondrer à tout moment. Des personnes ont déjà eu des accidents.

Loéva et Laurenn rejoignent la file d’attente. Elles attendent au moins dix minutes avant d’arriver à l’entrée. Les deux costauds regardent leur carte d’identité. Aucune expression ne se voit sur leur visage.

Loéva s’adresse à Laurenn :

– Je trouve qu’ils sont bizarres. Ils n’ont pas fait de remarques sur notre âge.

 

Chapitre 2

Le coup de foudre

 

Loéva est sur la piste de danse, elle se déhanche comme jamais.

La musique à fond, elle se sent comme chez elle. L’ambiance est chaude. Elle se défoule sur un son d’électrohouse. L’odeur de l’alcool l’enivre quand elle frôle le bar. C’est un grand comptoir illuminé par une grande guirlande bleu lagon. Une dizaine de personnes attend sur des tabourets autour de celui-ci. Il y a un couple qui s’embrasse, un groupe de trois jeunes garçons qui discutent, un clan de bimbos qui attendent d’être servies et qui s’amusent comme des folles.

Loéva en profite pour poser son sac à ses pieds, s’asseoir sur une chaise et commande un verre de vodka Redbull au barman connu de tous. Celui-ci la sert sans aucun problème, car il suppose qu’elle est majeure.

Après un autre verre, elle décide de retourner sur la piste de danse. Laurenn la voit arriver et la tire par le bras pour danser sur le podium. Les couleurs des spots défilent sur le dancefloor, les adolescentes se trémoussent en hurlant à s’en briser la voix.

 

* * *

 

Le garçon est assis sur une banquette noire située à l’extrémité de la salle. Il est en train de discuter avec un de ses amis.

Soudain, il se lève.

Le jeune homme traverse la piste de danse – où les fêtards crient et sautent – en direction du bar. La foule s’écarte de son chemin.

Loéva s’immobilise devant ce garçon qui passe devant elle. Il est grand, aux cheveux bruns et aux yeux bleus. L’adolescente ressent un petit pincement au cœur et a les pupilles qui brillent. Le charmant garçon l’ignore, il est concentré sur son objectif : le bar ! La jeune fille est déçue, car il ne lui a pas jeté un seul regard.

 

Chapitre 3

La reprise des cours

 

« Driiing », lundi 3 septembre, le téléphone sonne. C’est Laurenn. Elle appelle son amie déjà depuis la sixième fois. Aujourd’hui, c’est le jour J pour Loéva ! Il est 7h30 du matin et la rentrée est à 8 heures.

– Oh meeeerde ! Je suis en retard, murmure la jeune fille d’une petite voix fatiguée.

Elle se lève, met ses pantoufles, prend les premières fringues qui lui viennent sous la main. Deux, trois bouclettes sur ses cheveux lisses, mascara, eye-liner et la voilà partie sans avoir pris le petit-déjeuner.

 

* * *

 

Devant le lycée, cinq minutes avant l’annonce des classes de Terminale.

Loéva arrive au lycée tout en étant essoufflée. Elle a couru sur le trajet.

– Heureusement que j’habite à côté ! se dit la lycéenne.

Tous les yeux se rivent sur elle. Par habitude, la jeune fille n’a aucune réaction et continue son chemin.

Loéva aperçoit Laurenn.

– Aaah !… Ma quiche ! crie-t-elle.

– Hey, ma Loréal, t’es là ! s’enthousiasme la petite quiche tout en piaillant.

À cet instant, Loéva sent un regard imposant se poser sur elle. Gênée, elle décide de se retourner.

– Pourquoi tu rougis ? demande Laurenne. Ça ne va pas ?

– Ah… Euh, pas du tout ma petite quiche, regarde le mec là-bas, je l’ai aperçu au 3B.

Le mec aux cheveux bruns, aux yeux bleus d’une assez grande taille, est habillé d’un jeans et d’un tee-shirt blanc.

– Hé ! mais j’le connais ! s’exclame la petite quiche. Il s’appelle Mathias. C’est mon voisin, c’est le nouveau pion du lycée !

– Ah… réplique Loéva avec un sourire en coin.

Laurenn l’amène pour aller voir si, cette année encore, elles sont dans la même classe, car les années précédentes elles rigolaient bien. Elles se sont parlé, ont organisé des sorties ensemble et se sont tapé des délires. Elles sont devenues très proches.

Loéva la suit un peu embarrassée d’avoir croisé le garçon du 3B. Elle traîne un peu les pieds et baisse la tête. Finalement, les deux filles se retrouvent dans la même classe. Elles sautent de joie, même si elles savent très bien que cette année, ça va être dur. Il faut bosser, car, en fin d’année, il y a le BAC.

 

* * *

 

Laurenn et Loéva sont en cours d’arts plastiques. Un cours où il est facile d’envoyer des messages avec leur téléphone portable. Loéva s’est placée au premier plan et Laurenn se situe à la deuxième rangée.

« Tu fais quoi, samedi soir Loréal ? LOL

Loéva : Rien et toi ma petite quiche ?

Laurenn : Ça te dit d’aller au Black Backinbox ?

Loéva : Je sais pas, je ne sors plus en boîte, car c’est la rentrée et, cette année, il y a le BAC 🙁

Laurenn : Mais tous les samedis soirs, Mathias est là, tu vas pas rater ça quand même.

Loéva : Si c’est pour revoir Mathias, oh oui alors !! MDR

Laurenn : Tu viendrais même pas pour moi… ? 😉

Loéva : T’accompagner en boîte de nuit, ce n’est pas toujours de la tarte ! XD

 

* * *

 

Les danseurs du Black BackinBox se défoulent sur la piste, et d’autres sont sur le podium. Ils se déchaînent sur de la house. Les basses s’accélèrent, un groupe se met à crier tout en levant leur verre. Les spots se dirigent vers eux. Les lumières sont blanches et clignotent à une vitesse inouïe. Laurenn prend Loéva par la main.

– Viens, on va rire !

– Je suis fatiguée, bâille Loéva, je ne vais pas tarder à rentrer.

Mais Laurenn insiste.

– Reste encore cinq minutes, implore-t-elle en regardant sa montre.

Laurenn fait de grands yeux.

– What ?! Tu ne vas pas rentrer maintenant, il n’est que deux heures !

Loéva regarde sa montre.

– Ah, yes ! Allons les rejoindre, ma p’tite quiche !

Et les deux amies rejoignent les excités sur le podium.

 

Chapitre 4

Retour au lycée

 

Il est 8h40.

Des bruits de talon qui résonnent dans le couloir du lycée. Loéva s’empresse de se rendre au bureau du CPE pour justifier son retard et ensuite se rendre à son cours de mathématiques. L’odeur de son parfum fait tourner la tête de l’homme à tout faire devant lequel elle passe. Elle ignore ce vieil obsédé.

La journée commence à peine que son téléphone portable sonne.

La jeune fille s’arrête et le sort de sa poche. Elle reconnaît le numéro.

– Ah ! s’énerve Loéva. C’est encore Enzo !

Elle soupire. Enzo, son ex-petit ami, qui n’arrête pas de l’enquiquiner. De la harceler. Comme d’habitude, elle se dit que la réponse aux imbéciles se fait par le silence. Elle éteint son téléphone et le range, violemment, dans son sac. Ensuite, elle se dépêche de monter les escaliers, angoissée.

Pfff… De toute manière, je n’ai pas de temps à perdre avec tout ça.

Encore une fois, elle s’est réveillée en sursaut. Elle était en retard !

Loéva pense qu’elle sort trop en boîte et devient de plus en plus fatiguée.

Elle se dirige vers le bureau du CPE.

La jeune fille est angoissée de rencontrer Mathias. Elle n’a pas réussi à lui parler au 3B. Elle hésite à entrer, car elle est trop timide.

La lycéenne prend sa respiration et frappe trois coups secs à la porte.

Toc, toc, toc.

Une voix s’élève de l’intérieur :

– Entrez !

Loéva reconnaît la voix, et sait que ce n’est pas celle de Mathias. Elle est déçue et contente à la fois. Contente, car elle ne voulait pas lui parler à cause de sa timidité ; déçue, car elle aurait aimé le voir.

Elle entre dans le bureau et dit :

– Bonjour, Monsieur Handerson, ce serait pour prendre un billet de retard…

– Eh bien, ma petite, il serait bon d’apprendre la ponctualité, tenez !

Le CPE lui tend un billet sur lequel il vient de griffonner une phrase.

Loéva sort sans même dire « au revoir », elle ne l’aime pas.

Et lui, non plus, il ne m’aime pas, de toute manière, pense-t-elle.

Elle rejoint sa salle de cours, frappe et entre :

– Bonjour, Monsieur. Excusez-moi, je…

– Ah, mademoiselle Milano ! Pouvez-vous me photocopier ceci, s’il vous plaît, merci ! impose le professeur en lui mettant dans les mains trois feuilles portant l’intitulé du cours.

Loéva se voit obligée de retourner vers le bureau des surveillants ne sachant pas utiliser la photocopieuse.

La porte de celui-ci est entrouverte.

Est-ce que Monsieur Handerson sera encore là ? pense-t-elle, inquiète.

Elle tombe alors nez à nez avec Mathias qui est sur le point de partir.

– Bon… Bonjour, Ma… Mathias… bégaye l’adolescente.

– Salut Loéva, répond-il avec un large sourire.

– Est-ce que vous pouvez venir avec moi à la photocopieuse ? Car je ne sais pas la faire fonctionner.

– Pas de problème. Je suis à toi ! s’exclame Mathias.

Sur le chemin, le jeune homme lui demande si elle va bien, car elle a une toute petite mine. Loéva opine du chef.

Arrivé en vue de la salle où se trouve la photocopieuse, Mathias accélère le pas pour pouvoir lui tenir la porte.

L’adolescente veut le remercier, mais s’étouffe.

Pardon ? demande-t-il en la laissant passer, un brin d’amusement dans le regard.

– Merci, répète-t-elle, plus clairement en lui tendant les copies. Le jeune homme les prend puis se dirige vers le fond de la salle.

– Viens plus près, sinon tu ne verras pas comment je m’y prends et tu n’y arriveras jamais toute seule !

Loéva se dirige vers lui lentement et le regarde faire les photocopies.

Mathias lui explique le fonctionnement de l’appareil puis la regarde en disant :

– Hé, oh ! Tu m’écoutes ?

Loéva sursaute.

– Hein ? Comment ?

La jeune fille ouvre les paupières : elle s’est endormie délicatement debout.

– Désolée, je suis un peu fatiguée…

– Ce n’est rien, s’inquiète visiblement Mathias en lui donnant le paquet de feuilles. Tu n’as pas l’air bien. Tu t’es reposée, dimanche ?

– Oui, oui. Je vais bien, peut-être un manque de sommeil…

Loéva le remercie puis s’en va en refermant la porte de la salle.

 

Chapitre 5

Dérive

 

Loéva va tous les week-ends en boîte de nuit. Toutes ces soirées passées au 3B ont permis à la jeune fille de nouer des liens d’amitié avec Mathias, mais elle commence à ressentir des sentiments plus forts pour lui. Elle reste sur la réserve, car Enzo n’arrive pas à se faire à l’idée de s’en séparer. Son ex-petit ami la surveille, il lui envoie des centaines de messages.

Et puis il y a la fatigue et le manque de temps.

Les dimanches suivants, après ses longues et interminables nuits de fête, Loéva est incapable de se reposer, car elle doit rendre visite aux différents membres de sa famille. De plus, le temps passe vite et l’adolescente n’arrive pas à trouver de créneaux horaires pour réviser malgré les heures qu’elle parvient à passer chez elle.

Les lundis des mois suivants, Loéva s’endort en cours. Son professeur qui en a assez de la réveiller à coups de règle sur la table se résout à convoquer ses parents. Ces derniers ayant pris connaissance de son comportement et de ses résultats catastrophiques décident de reprendre leur fille en mains. Loéva accepte de ne plus sortir les samedis soirs.

 

Chapitre 6

La fête d’anniversaire

 

Vendredi soir, 20 heures

Loéva reçoit un appel de Laurenn.

– Allô, Loéva ! C’est ta petite quiche ! C’est pour savoir si dimanche tu es libre ?

– Ça dépend… Pourquoi ?

– Je fête mon anniversaire au 3B ! braille Laurenn. Et vu que tu es une de mes meilleures amies, je voudrais t’inviter.

– Je crève d’envie de venir, s’attriste Loéva, mais mes parents ne veulent plus que je sorte, car mes résultats scolaires baissent.

– Allez, s’il te plaît ! Pour ta petite quiche préférée !!! la supplie Laurenn. On va trop bien s’éclater ! C’est dimanche après-midi, tu ne vas pas rater ça, quand même ? Viens chez moi demain vers 14 heures pour qu’on puisse aller acheter nos tenues de soirée. Et, au soir, tu dormiras à la maison ? Enfin, si tu veux, bien sûr !

– D’accord, je vais négocier avec mes parents et je te dis quoi après.

Trente minutes plus tard, elle la rappelle…

– BONNE NOUVELLE !! s’enflamme-t-elle. Ils veulent bien que je vienne à ton anniversaire !!

 

Samedi après-midi, 15 heures

Loéva arrive chez sa meilleure amie avec un cadeau à la main.

– OH ! C’est trop gentil Loéva, il ne fallait pas, s’exclame Lauren.

Cette dernière ouvre le paquet-cadeau et découvre un magnifique collier de roses noires.

Les deux lycéennes partent ensuite pour trouver leurs tenues de soirée. Une fois leurs emplettes terminées, elles font un saut chez l’esthéticienne pour une manucure.

Le soir, Loéva dort chez Laurenn. La soirée se passe bien, elles ne cessent de parler de l’anniversaire et de Mathias.

 

Le lendemain,

Au matin, Loéva et Lauréne se préparent. Loéva s’habille avec une robe noire classique montrant ses longues jambes métissées. Elle se parfume avec du Miss dior chérie. Quant à Laurène, elle s’est vêtue d’une robe blanche avec son collier de roses noires.

Vers 13h30, les deux filles, avant de partir au 3B, mangent au McDo. Quand elles entrent dans le fast food, l’odeur des frites leur donne l’eau à la bouche. Après leur dernière bouchée, les deux amies partent pour la fête.

 

* **

 

Une fois arrivées au 3B, Loéva et Laurenn se prêtent au jeu d’une séance photo posée pour le site de la boîte. Cette fois-ci, les deux nouveaux vigiles ont un air beaucoup plus cool. Sourire aux lèvres, avec un style plus décontracté et plus sympathique que jamais avec les invités.

Au seuil du Black Backinbox, les deux amies poussent la porte et entrent.

La musique qui résonne et les cris d’accueil des invités mettent tout de suite les adolescentes dans l’ambiance. Laurenn demande à Loéva ce qu’elle a envie de boire. Loéva lui répond qu’une vodka ananas lui ferait plaisir. Les voilà parties pour une longue, très longue journée…

Laurenn a à peine le temps de dire bonjour à ses invités qu’elle est déjà en train de se servir une nouvelle fois. Loéva est un peu intimidée donc ne fait qu’un signe de tête aux invités. Après avoir bu quelques gorgées d’alcool, tout le monde part danser et se défouler sur la piste de danse. Loéva remarque une silhouette au fond de la boîte qui ne lui est pas inconnue. Elle décide alors de s’approcher et reconnait Mathias.

– Ah, tiens donc ! Mathias…

– Hey, Loéva ! Je te paye un verre ? la salue-t-il.

– Oui, pourquoi pas ?

Loéva va passer du bon temps avec Mathias. Ils se mettent à l’écart pour faire plus ample connaissance. L’adolescente enchaîne verre sur verre. Le jeune homme la drague et la colle de plus en plus. De son côté, Laurenn danse avec des gars. Elle danse collé serré. Elle profite de sa soirée d’anniversaire. Les invités sont éparpillés un peu partout. Une odeur atroce de sueur se balade sur la piste.

Pour Loéva, le temps semble long, très long.

Mathias et Loéva décident d’aller fumer. Ils sortent, se dirigent au coin fumeurs qui se situe dans l’arrière-cour à l’extérieur de la boîte. À cet endroit, des mégots sont éparpillés et écrasés sur le sol. Le coin est petit et bondé. Les gens se serrent et se poussent. Mathias décide de prendre la jeune fille dans ses bras afin de lui éviter les bousculades. La belle brune est gênée et le repousse.

Ils retournent donc à l’intérieur. Ils ne se parlent plus. Loéva va danser avec Laurenn. Elle se fait alors mater, accostée.

Les deux amies sont totalement saoules.

Loéva regarde alors son téléphone, elle voit l’heure et il est déjà 23 heures. Elle ne comprend pas ce bond dans le temps, elle qui croyait qu’il n’était que 19 heures. Elle se sent mal, dépaysée, déboussolée. Loéva se demande ce qu’elle pourrait inventer comme excuse à ses parents. Elle a une idée !!

L’intelligente fêtarde va leur dire que le gâteau est arrivé à la fin de la fête et qu’elle a dû attendre après.

Soudain, sa tête tourne. Les bruits de musique résonnent dans le crâne de la jeune fille. Elle devient blanche.

– On y va ! crie-t-elle, mais Laurenn ne répond pas.

Les cris des fêtards couvrent sa douce voix.

JOYEUX ANNIVERSAIRE LAURENN !! chantent-ils.

Elle aperçoit un énorme gâteau avec dix-huit bougies dessus. Tout le monde danse autour de la pièce montée. Sur une table, il y a une montagne de cadeaux de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Une grosse boîte enveloppée de papier-cadeau se dresse devant Laurenn. Tout à coup, des bombes de confettis et des serpentins envahissent la salle. L’adolescente est surprise par un gogo-danseur qui surgit de l’énorme cadeau. Les autres filles crient de joie, avec un peu de jalousie, cependant, elles sont heureuses pour Laurenn.

Loéva fait quand même un effort pour son amie et prend des photos avec son Nikon D200 de tout le monde.

 

Chapitre 7

Joyeux anniversaire !

 

Il commence à se faire tard et comme Loéva ne se sent pas bien, Laurenn décide de la raccompagner et de retourner au 3B, ensuite.

Ils sortent de la boîte de nuit et se dirigent vers le parking pour rejoindre la voiture de Mathias qui s’est proposé de les ramener. Loéva commence à tituber, sa tête tourne. Mathias a passé son bras autour des hanches pour la tenir et l’aide à monter. Il insère les clefs, allume le contact, mais sa voiture ne démarre pas.

Laurenn rigole, pendant que Mathias, lui, regarde sous le capot. Un sentiment indescriptible se passe à ce moment-ci dans la tête de Loéva. L’adolescente trouve le temps long.

– Quel anniversaire de folie ! se pâme Laurenn. Tu t’es bien amusée ?

– T’es bizarre, dit Loéva à son amie. Pourquoi tu parles au ralenti comme ça ? Et il est long Mathias sous le capot, on dirait qu’il ne va jamais en sortir !

– Mais qu’est-ce que tu racontes ? se marre Laurenn.

Mathias les coupe et crie :

– Laurenn ! Allume le contact !

VvvBrouuuuum !! La voiture démarre.

Et ils filent déposer la jeune fille pour retourner faire la fête au Black Backinbox.

En arrivant devant son domicile, Mathias descend de la voiture pour l’aider à sortir. Il la tient autour de la taille jusqu’au seuil de sa maison. Alors qu’elle s’apprête à rentrer, le garçon la retient. Loéva se retourne, Mathias s’approche d’elle. Il l’embrasse sur le front et lui dit d’une voix douce :

– Prends bien soin de toi, on se voit demain.

Il reprend le volant, accélère violemment, direction le Black Backinbox.

 

* **

 

Après avoir franchi la porte, Loéva se dirige vers les escaliers pour rejoindre sa chambre, dépose son appareil photo sur le lit et se couche, mais elle a l’impression de tomber dans le vide. Soudain, elle sursaute et fait tomber son Nikon D200. Loéva n’y prête pas attention. Pendant qu’elle se rendort, une photo se matérialise hors de l’appareil numérique.

 

Chapitre 8

La photo vidéo

 

Loéva se lève.

Les yeux à peine ouverts, elle descend de son lit, trébuche sur son Nikon et remarque une photographie à côté de celui-ci. Choquée, Loéva l’attrape. Elle se demande comment une photo a pu sortir de son appareil numérique.

Sur cette dernière, l’image bouge !

Stupéfaite, Loéva se pince se croyant dans un mauvais rêve.

Elle regarde fixement le cliché, frotte ses yeux, ferme les paupières, les ouvre, mais l’image bouge toujours.

Elle y voit Mathias et Laurenn en train de danser devant le magnifique gâteau d’anniversaire de sa petite quiche. Les projecteurs multicolores illuminent la pièce et le tas de cadeaux.

Elle aperçoit soudain son ex, Enzo, en train de danser avec des amis. Il s’arrête, va s’assoir et fixe Loéva.

Elle a envie de déchirer la photographie, de partir de chez elle en courant et de prévenir quelqu’un, mais elle a peur d’être prise pour une folle.

Soudain, elle remarque que ses parents ne sont pas là.

Elle les appelle dans toute la maison, stupéfaite. En vain. Il n’y a personne. La maison est vide. Elle se pose des questions. Ce n’est pas normal, ils devraient être là. Elle ressent un sentiment bizarre au fond d’elle-même.

Loéva ne prend pas de petit-déjeuner. Elle est trop angoissée de ne pas retrouver le visage de ses parents et de ne pas sentir le parfum à l’eau de rose de sa mère qu’elle lui a offert à son dernier anniversaire.

Loéva jette un œil à sa montre quand soudain :

– Oh mince, il est déjà 8h30, je vais encore être en retard ! Ça n’en finira donc jamais ?

Quelque chose la pousse à regarder une nouvelle fois la photographie. Ses amis ne bougent plus.

– J’hallucine ! s’exclame-t-elle.

Elle se tourne vers la fenêtre. Il fait un grand soleil. Il lui brûle les yeux. Troublée, elle se demande pourquoi.

Faut que j’arrête de me faire trop d’idées, se dit-elle. Mes parents sont sûrement partis quelques instants.

– Mais cette photo me perturbe beaucoup ! s’écrie-t-elle.

Elle laisse tomber tout cela. Elle la pose sur son bureau et décide de résoudre ce mystère plus tard. Loéva se prépare, prend ses affaires, son appareil numérique et part au lycée. Mais sur la route, elle ne voit personne…

 

* * *

 

En entrant dans le lycée, Loéva remarque qu’il n’y a aucun lycéen dans la cour.

Aucun bruit dans les couloirs, ni dans les salles. Une odeur sinistre lui donne des frissons. Tous ces événements lui font se poser des questions sur ce qui s’est passé la nuit dernière, sur ce qui lui arrive depuis la rentrée. Elle se rend compte que son sentiment de longueur au 3B et le manque de temps le dimanche pour travailler et se reposer sont sûrement reliés à ça…

Prise d’un mauvais pressentiment, elle allume son Nikon et regarde les photos de l’anniversaire. Elle voit une nouvelle fois les images bouger. Elle aperçoit son ancien petit-copain qui apparait sur tous les clichés. Enzo est placé toujours à droite de ces derniers. On ne voit que son visage. Il la fixe.

De peur, Loéva jette l’appareil.

L’écran numérique éclate en mille morceaux.

La jeune fille comprend brusquement que tous ses camarades sont en boîte de nuit, tandis qu’elle est piégée au lendemain.

– Comment vais-je retrouver mon Mathias ? pleure-t-elle, désespérée. Et ma petite quiche ?

Elle ramasse les bouts de verre de l’appareil.

– En m’offrant ce Nikon démoniaque, Enzo n’avait qu’une idée en tête… se venger.

Des hurlements lointains et étouffés s’élèvent des débris de l’appareil photo.

– Oh, my god ! Et moi qui ait cassé ce fichu bidule !

 

FIN

 

Lee-Lou & Ted

 

Lee-Lou & Ted

LES AUTEURS :

Mégane C, Aurélie C, Laurine D, Sonia F, Stéphane G, Thibaut H, Noemie H, Emilie K, Brendon L, Morgane L, Ludivine M, Océane S, Océane T, Emeline V, Karine V et Laura W.

Avec Christian Quennehen, professeur de lettres-histoire et Hélène Le Gallois, professeur-documentaliste.

Illustrations de Lee-Lou et de Ted : par Morgane L.

Chapitre 1 – La messe

Lee-Lou et son ours en peluche, Ted, vivent à New York. L’ours en peluche est un cadeau qui lui a été offert à sa naissance. Lee-Lou est de petite taille. Elle a de longs cheveux bruns et des yeux en amande. Elle est belle, gentille et intelligente. Cette petite fille de huit ans habite dans un grand appartement chez ses grands-parents qui l’élèvent depuis sa naissance.

Il est 8h10, Lee-Lou dort encore. Ted est allongé près d’elle sur son oreiller gauche. C’est dimanche, la fillette se réveille et traîne dans son lit. Sa grand-mère vient la chercher vers 10 heures pour le petit-déjeuner. Lee-Lou se lève, elle part dans la salle de bain. Elle se lave et s’habille. Elle  rejoint la cuisine au moment où ses grands-parents ont préparé son petit-déjeuner. Du pain grillé avec des œufs.

Ses grands-parents ont des yeux en amande verts. Ils sont gentils et beaux. Sa grand-mère est petite et mince. Son grand-père est grand et costaud. Lee-Lou mange, puis demande à ses grands-parents de s’installer dans le canapé, car elle doit leur parler.

– Dis, Mémé, où est mon papa ?

Sa grand-mère ne lui dit rien.

Lee-Lou regarde son grand-père.

– Dis, Pépé, pourquoi vous ne répondez pas quand je vous pose des questions sur mon papa ?

« Pépé » détourne le regard. Déçue, Lee-Lou prend Ted dans ses bras. Elle sort du salon et se dirige vers sa chambre en pleurant. Elle ne comprend pas pourquoi ses grands-parents ne veulent rien lui dire sur son père et se demande si celui-ci ne lui a pas fait du mal quand elle était toute jeune. Lee-Lou ressent le manque de ses parents. Sa maman est décédée en la mettant au monde.

Sa grand-mère va chercher Lee-Lou dans sa chambre.

– Lee-Lou, lui dit-elle, on va à la messe ! Tu viens ?

La fillette accepte. Sa grand-mère lui dit qu’après la célébration, ils iront lui acheter un livre de princesse. Lee-Lou saute de joie en apprenant la nouvelle. Elle est très joyeuse qu’on lui achète un livre, mais elle est triste de ne rien savoir sur son père.

* * *

L’église Saint-Martin est une ancienne église du XIXe siècle. Le monument religieux se situe juste à côté d’une salle des fêtes et de Central Park. Les croyants peuvent admirer un beau paysage autour de leur église.

Après être entrés, Lee-Lou, sa grand-mère et son grand-père vont s’asseoir sur un banc au premier rang. Le prêtre se tient à côté de la croix de Jésus-Christ.

– À quelle heure, ça se termine ? demande la petite fille.

Elle bouge dans tous les sens, sautillant et remuant. Elle est très impatiente d’aller acheter son livre.

Les grands-parents lui expliquent :

–  La messe se termine à midi.

– Mais ça va faire longtemps ! En plus, je n’aime pas l’église, ça me fait dormir.

À la fin de l’office, Lee-Lou est contente. Ses grands-parents sont aussi satisfaits qu’elle. Elle a cessé de se plaindre et s’est finalement bien tenue. Ils décident, donc, d’aller au K-Mart afin que Lee-Lou soit heureuse et ne demande pas où se trouve son père.

* * *

K-Mart est un supermarché où il y a des livres. Il y a du monde, c’est un nouveau magasin qui vient juste d’ouvrir en face de Central Park. Les grands-parents achètent à leur petite-fille  son livre de princesse. Lee-Lou est folle de joie. La revoici souriante et décontractée.

L’après-midi, les grands-parents de Lee-Lou restent chez eux dans leur appartement. Ils n’ont plus de voiture, car ils se sentent trop âgés pour conduire. Ils ont leur émission préférée : Walker Texas Rangers. Tandis qu’ils suivent leur série, leur petite-fille se rend sur les marches d’entrée de l’immeuble.

Lee Lou observe avec attention le physique des passants. Elle pense que son père a le même nez qu’elle. Pour elle, c’est normal, puisqu’elle tient la forme de ses yeux de sa mère et de ses grands-parents maternels. La fillette se demande toujours pourquoi ces derniers ne veulent rien lui dire sur son père.

Finalement, Lee-Lou est désespérée, car elle n’a pas aperçu son père dans la rue. Elle est triste et part pleurer dans sa chambre.

Chapitre 2 – À l’école

Aujourd’hui, c’est lundi. L’école commence. Tous les enfants sont encore dans la cour de récréation de School Park.

Lee-Lou souhaiterait que ses camarades s’intéressent à elle. Elle veut jouer avec eux. Les autres enfants ne lui prêtent pas attention et la laissent toute seule. Au bout de quelques minutes, le sifflet retentit pour entrer en classe. Les élèves se rangent et rentrent dans le bâtiment scolaire.

Lee-Lou court avec son ours en peluche dans le couloir, tout le monde la regarde. Elle devient toute rouge et crie sur son doudou.

La fillette de huit ans entre en classe, pose l’ours en peluche sur la table et joue avec. L’instituteur lui fait une remarque, mais elle continue de jouer. Alors, furieux, l’instituteur se fâche. Lee-Lou réagit mal et se met à pleurer. Les élèves se moquent alors d’elle.

* * *

C’est la récréation du matin, Lee-Lou est sur un banc. Elle serre Ted très fort dans ses bras et lui parle dans son oreille. Après, elle éclate de rire.

Tout à coup, des personnes de sa classe l’entourent et crient :

– Donne-nous ce nounours, on en a assez de lui !

Lee-Lou refuse.

– Non, je vous donnerai pas mon doudou.

Mais au moment où ils veulent prendre Ted, l’infirmière passe et s’écrie :

– Arrêtez de l’embêter !

Ses camarades regardent l’infirmière et baissent les yeux. En partant, ils jettent à Lee-Lou un regard de travers.

– J’en ai marre de toujours être critiquée, dit l’enfant à Ted.

Puis, Audrey, une camarde de sa classe, vient voir Lee-Lou.

– Salut bébé, lui dit la fille blonde.

– Salut Jermaine.

Audrey reste bloquée sur Lee-Lou.

– Ça va ?! veut-elle savoir.

– Oui, ça va. Et toi Jermaine ? persiste Lee-Lou.

Audrey est furieuse :

– Je n’ai rien d’un garçon, je ne m’appelle pas Jermaine Jackson !

– Tais-toi, Audrey ! Je t’appelle comme ça parce que tu m’appelles pas par mon prénom !

Lee-Lou part dans un coin de la cour de récréation. Elle joue seule à la marelle. Ensuite, elle parle avec son ours en peluche.

– J’en ai marre que tout le monde m’appelle bébé, se plaint-elle. Je le prends très mal, Ted, tu sais ! Car je pense qu’ils me jugent sur mon apparence physique. À la boxe, je peux m’amuser, car c’est un avantage d’être petite.

Le sifflet retentit. Elle court pour aller se ranger avec les élèves. Ces derniers se bousculent dans les couloirs en la traitant de bébé.

Lee-Lou leur répond :

– Non, mais c’est vous les bébés !

Tous ses camarades se taisent et regardent bizarrement la fillette.

Audrey éclate de rire :

– Tu te rebelles ! Tu crois faire peur à qui avec ta petite taille ? Espèce de Minimoys !

Lee-Lou prend mal qu’on la traite de petite et rentre dans la classe en pleurant. Le professeur lui demande ce qui se passe. Elle ne lui répond pas et va s’asseoir à sa place. À la fin de l’heure, il veut la voir pour parler de son problème avec ses camarades. Lee-Lou reste donc avec l’instituteur. Elle lui explique ce qui ne va pas. Elle dit à son enseignant que ses compagnons d’école se moquent d’elle en la traitant de « Minimoys ! » Son précepteur lui conseille de s’arranger avec ses copains pour que l’ambiance soit sans conflits.

* * *

Lee-Lou est sur le chemin pour rentrer chez ses grands-parents. Autour d’elle, des enfants courent, des chiens aboient, les voitures klaxonnent, des gens discutent, les pompiers passent à toute allure et des scooters pétaradent. Elle entend aussi des bruits de travaux et la musique des autoradios. Elle voit alors des oiseaux et saute vers eux.

Ils s’envolent.

Elle les regarde.

J’aimerai voler comme eux, songe-t-elle. Comme ça, je pourrais peut-être apercevoir mon père…

Elle aimerait tant le connaître.

Ensuite, elle jette un œil à l’intérieur de toutes les voitures. Elle cherche après les yeux et le nez des conducteurs. Soudain Lee-Lou se met à pleurer. Le professeur ne comprend pas qu’elle se fasse embêter par ses camarades de classe. Elle ne veut plus aller à l’école.

Une fois chez elle, ses grands-parents la consolent et la convainquent de retourner en classe. Le lendemain matin, Lee-Lou se réveille avec l’intention d’aller retrouver son père. Elle part l’après-midi et ses grands-parents s’inquiètent, car leur petite-fille n’est pas rentrée manger.

Chapitre 3 – La vieille dame coquette

Lee-Lou court pour rechercher son père. La fillette de huit ans se sent très malheureuse parce que ses grands-parents et ses camarades de classe la rejettent. Comme elle est en colère, elle grossit les choses. Trois jours, trois nuits dehors, dans le froid du début du mois de décembre, Lee-Lou en a assez. Elle ne trouve pas son père. Elle a froid, faim. Elle veut rentrer, mais elle s’est perdue dans les rues de New York.

Les gens ne font pas attention à elle. Elle arrive dans une rue. Elle est épuisée, c’est la nuit. Elle en a assez. Elle cherche un refuge. Elle entend des miaulements. Un chat surgit. Il saute d’une poubelle et l’effraye.

La fillette perdue renifle la puanteur des poubelles. Malgré cette mauvaise odeur, elle trouve un carton pour ne pas avoir mal et pour dormir… Elle fait des câlins à Ted et le serre dans ses bras et s’endort.

À son réveil, son doudou a disparu. Lee-Lou pleure. Tous les passants marchent devant elle. Personne ne va la voir.

À un moment donné, une vieille dame s’approche. Elle est assez grande, elle a les cheveux blancs. Sa tenue est très coquette.

– Je m’appelle madame Trinel. Pourquoi es-tu dehors ? demande la dame.

– Parce que je me suis enfuie de chez moi, pleure Lee-Lou.

La dame la prend dans ses bras et la console. Lee-Lou se laisse faire, car elle a besoin d’être  réconfortée et elle est très fatiguée. Mais tout à coup, elle s’écrie :

– Mais Ted ? Mais il est où Ted ? Où est Ted ?

– Qui est Ted ? demande la dame.

– C’est mon nounours.

– Ah ! N’est-ce pas lui, là ?

– Oui ! Oui, mon ours !

La dame a retrouvé Ted dans la rue, très sale. Des chats ont joué avec et l’ont déplacé. Lee-Lou est très contente. Elle le serre dans ses bras.

– As-tu faim et soif ? demande la vieille femme

– Oui !

– Alors, viens. Suis-moi. Je vais te laver, te donner à manger et à boire.

Madame Trinel amène donc Lee-Lou chez elle, au chaud.

* * *

La vieille dame coquette habite dans une petite maison de briques. Cette maisonnette est toute rose avec des fleurs jaunes.

– Qu’est-ce qu’elle est belle ! dit Lee-Lou.

Une fois dans cette belle maison, la dame l’emmène dans la salle de bain pour se laver. Ensuite, Lee-Lou propre, elle la prend par la main et l’amène à la cuisine. Elle lui a préparé des macaronis. La vieille dame, elle, boit son café. Après avoir fini son assiette, Lee-Lou la remercie. Elle lui dit qu’elle a bien mangé et que c’était très très bon.

Elle donne un bisou sur la joue de la dame.

– Comment t’appelles-tu, petite fille ? lui demande alors madame Trinel. Et quel âge as-tu ?

– Je m’appelle Lee-Lou, j’ai huit ans.

La dame a du mal à cacher sa surprise.

– Comme c’est étrange, ma petite fille a le même âge que toi. Et elle se prénomme également Lee-Lou…

Lee-Lou découvre alors une photo. Celle-ci est dans un cadre posé sur la cheminée. Lee-Lou se lève et s’approche de la cheminée.

Il s’agit d’un jeune homme. Il porte une tenue de militaire. Il a des décorations sur la poitrine. Il est grand, brun et il est mince. Ses yeux sont marron et il a la mâchoire un peu carrée. La fillette remarque que son nez est aussi petit que le sien.

La vieille dame s’approche d’elle et lui dit que c’est son fils. Qu’il s’appelle Michaël.

Lee-Lou est intriguée.

– Vous le voyez encore ? demande-t-elle à la femme. Ou pas ?

– Il est parti à l’année, explique la femme. Mais il passe quelquefois.

Elle lui tend les bras.

– Viens avec moi, s’il te plaît. Allons-nous rasseoir. J’ai deux ou trois questions à te poser.

Dans la cuisine, Lee-Lou s’assoit sur une chaise en face de la vieille dame.

– Est-ce que tu connais ta maman ?

– Non, madame. Ma mère est morte à ma naissance.

– Est-ce que tu connais ton papa ?

– Non. Je ne l’ai jamais vu. Je le recherche tous les jours, mais je le trouve jamais. Je ne sais pas comment il est. Et je ne sais même pas s’il me connaît, lui-même.

La vieille dame ressent une grande tristesse.

Elle reprend ses esprits.

– Alors, Lee-Lou, avec qui vis-tu? demande-t-elle.

– Je vis avec mes grands-parents du côté de ma maman.

– Et, dis-moi, où as-tu eu cet ours en peluche ?

– On me l’a offert à la naissance, mais je ne sais pas qui. Je dors avec et je vais avec à l’école et mes camarades de classe se moquent de moi. Mon ours Ted m’aide beaucoup… Et quand je suis triste, il me console. Avez-vous des photos de votre petite-fille ? l’interroge Lee-Lou.

– Oui. J’ai des photos d’elle.

– J’aimerais vraiment les voir !

La dame lui donne un album photo.

Lee-Lou remarque qu’il n’y a que des clichés de sa petite-fille bébé. Elle est très étonnée.

– Pourquoi vous n’avez que des photos d’elle en bébé ?

– Il est l’heure, Lee-Lou ! coupe court madame Trinel. Mets ce manteau, tes grands-parents vont s’inquiéter si tu ne rentres pas.

* * *

La rue où habite Lee-Lou est une vieille rue dans laquelle se trouvent plein d’alcooliques et des vendeurs de drogue. La fillette change de visage et devient triste d’un coup. Celle-ci s’attendait à ce que la vieille dame entre chez ses grands-parents, mais Madame Trinel s’arrête à la porte de l’immeuble, lui dit au revoir et repart. Elle attend sur le trottoir d’en face pour regarder si Lee-Lou rentre bien chez elle. En effet, il y a une chose que Lee-Lou ne sait pas. C’est que cette dame évite la confrontation  avec ses grands-parents, car elle sait qu’ils vont la reconnaître et le courant ne passe plus entre eux depuis que le père a abandonné la « petite ». Car Madame Trinel est la mère de son père.

Chapitre 4 – Dans l’ambulance…

Les grands-parents de Lee-Lou sont très contents de retrouver leur petite-fille adorée. Ils la serrent fort et lui demandent qu’elle leur promette de ne plus jamais partir. Ils étaient très inquiets.

– Je promets de ne plus me sauver, jure Lee-Lou avec une voix douce. Ted est content de vous revoir aussi. Il va veiller sur moi pour voir si je ne fais pas de bêtises !

Elle court dans sa chambre.

Les grands-parents restent dans le salon pour parler.

– Je pense savoir pourquoi elle a fugué, avoue le grand-père. Elle s’est sauvée pour retrouver la trace de son père et non pas pour nous faire peur.

– Oui, approuve sa femme, et on a été injuste avec elle.

Le grand-père explique :

– Il faut qu’on lui dise ce qu’on sait sur son père. On ne peut pas garder ça pour nous. Elle doit connaître toute la vérité.

– Oui, je veux bien, accepte la grand-mère de Lee-Lou, mais pas aujourd’hui. Attendons encore un peu. Je ne me sens pas prête.

* * *

Dans sa chambre, Lee-Lou sort son album photo du tiroir en dessous de son lit. Elle s’assoit sur celui-ci. Elle pose son ours en peluche sur sa couverture rose et regarde une photo d’elle bébé dans son album. La fillette s’aperçoit alors qu’elle ressemble à la Lee-Lou de madame Trinel.

Elle repense à l’étrange attitude de la vieille dame. Pourquoi cette personne âgée lui a-t-elle posé toutes ces questions ? Pourquoi s’intéresse-t-elle tant à elle ?

Serait-ce…

… sa grand-mère ?

Et son garçon ? Est-ce son père ? Elle a remarqué des choses en commun avec lui. Si oui, son papounet peut la reconnaître s’il avait une photo d’elle.

Lee-Lou raconte tout à Ted. Il ne bouge pas et reste pensif. Rêveur…

La fillette réfléchit longtemps à la vieille dame. Toute la journée, elle y repense et se demande si Madame Trinel est vraiment sa grand-mère. Elle rêve de celle-ci, ou alors de fonder une famille avec son garçon.

Son père ?

L’heure est maintenant venue pour Lee-Lou d’aller se coucher. Toute la nuit, elle ne cesse d’y penser et d’en parler avec son ours en peluche.

* * *

Le lendemain, Lee-Lou retourne à l’école.

Tous les élèves de sa classe étaient inquiets de sa disparition. Ils sont très heureux de la revoir parmi eux. Sauf que Lee-Lou joue toujours avec Ted. Les élèves ont du mal à reprendre leur travail. Ils en ont assez. Elle les embête, de nouveau. Ils décident d’aller voir la directrice. Le professeur en a assez, lui aussi, du comportement de Lee-Lou. Il demande que ses grands-parents soient convoqués.

* * *

Les grands-parents de Lee-Lou se rendent au rendez-vous.

Dans son bureau, la directrice leur explique que leur petite fille est très sage, mais qu’elle est toujours avec sa peluche. Elle devenue capricieuse.

Elle perturbe le bon fonctionnement de la classe. Ils doivent l’empêcher de la prendre à l’école.

Les grands-parents de Lee-Lou ont donc décidé de confisquer Ted. Lee-Lou, elle, ne veut pas le donner. Mais ils le lui confisquent.

– Pourtant, c’est mon seul ami ! pleure-t-elle.

– Si tu veux le revoir, lui dit son grand-père, tu dois être gentille dans les lieux publics et à l’école.

La grand-mère cache Ted dans l’armoire de leur chambre, en hauteur, pour que Lee-Lou évite de le prendre. Et finalement  Lee-Lou se dit qu’elle peut faire sans son ours en peluche durant quelques jours. Malheureusement, elle n’arrive pas à s’en passer. Il lui manque trop. Alors, elle se comporte mal. Elle répond ! Elle ne travaille plus à l’école.

Un après-midi, pendant que sa mamie fait la vaisselle et que son papy regarde la télévision, Lee-Lou fouille toutes les pièces, une par une. Aucun signe de son ours en peluche. Elle décide d’aller discrètement voir dans l’armoire de leur chambre. Elle prend une chaise de bureau de son grand-père pour atteindre le haut de l’armoire.

Mais tout à coup, Lee-Lou trébuche et tombe et se claque la tête contre la chaise.

Son grand-père la retrouve en train de pleurer et de se plaindre de sa jambe droite. Pris de panique, il crie après sa femme. La mamie de Lee-Lou appelle, tout de suite, le 911.

Les ambulanciers arrivent avec une civière pour transporter Lee-Lou à l’hôpital. La grand-mère pose Ted sur le ventre de leur petite-fille adorée.

* * *

Dans l’ambulance, Lee-Lou serre très fort son ours en peluche contre sa poitrine. Elle est rassurée de le savoir près d’elle. Elle sent le métal froid qui lui pique sous les doigts. Elle découvre une fermeture éclair de cachée à l’arrière de Ted.

Curieuse et étonnée, Lee-Lou ouvre la glissière. Elle est difficile à tirer parce que ça fait huit ans qu’elle n’a pas été ouverte. Un petit bruit se fait entendre. La petite fille passe sa main dans l’ouverture et sort un morceau de papier plié sur lequel est écrit : « À ma Lee-Lou de la part de son père ».

Elle pleure de joie. Elle rigole, elle est heureuse.

Elle déplie la feuille et découvre une lettre manuscrite.

Une joie tellement intense s’empare de la petite fille que celle-ci en perd connaissance. Sa peluche, dans sa main gauche et la lettre de son père dans sa main droite, elle se sent tomber dans un trou noir.

Ted la regarde s’endormir.

Chapitre 5 – La lettre du père

Ma chérie,

Je t’ai glissé cette lettre dans cette peluche que je t’ai offerte le jour où tu es née, car je savais que tôt ou tard tu la découvrirais. Je me présente : Michaël Trinel, 18 ans.

Je m’excuse de t’avoir abandonnée, ainsi, mais j’avais trop de problèmes. Je n’avais plus personne. Ta mère est décédée en te mettant au monde, donc je me suis remis à boire. J’ai retrouvé une copine que je battais. Je ne pensais pas être capable de t’élever seul. J’étais désespéré. Je ne savais pas quoi faire. Je ne voulais pas t’abandonner.

Je n’avais pas le choix. Voudras-tu me pardonner, s’il te plaît, Lee-Lou ?

Je t’aime, ma fille.

Ton papa qui t’adore tellement fort.

Chapitre 6 – Le retour

La grand-mère de Lee-Lou est dans tous ses états. Elle culpabilise. Le grand-père a peur pour sa petite-fille, mais ne le montre pas. Pour rassurer la grand-mère, il la prend dans ses bras.

– Ça va aller, elle est forte notre petite Lee-Lou . Elle a du caractère !

Toute la journée, ils attendent l’appel du médecin pour avoir des nouvelles.

Le téléphone  retentit enfin.

La grand-mère se dépêche de décrocher.

– Bonjour, Madame Caux, je suis navré de vous annoncer ça, mais Lee-Lou est dans le coma.

Le médecin raconte que si Lee-Lou à une jambe cassée, elle a malheureusement subi un traumatisme crânien.

– Oh ! non, s’écrie la grand-mère, ce n’est pas vrai !

Elle passe de l’inquiétude à la crise de larmes. Elle est désespérée. Elle ne sait plus quoi faire.

Elle appelle son mari, en pleurs, et hurle :

– NOTRE PETITE FILLE EST DANS LE COMA ! JE N’AURAIS PAS DÛ SUPPRIMER TED DE SA VIE !

Le grand-père est complètement tétanisé, puis, quelques secondes après, il lui dit :

– On va à l’hôpital !

Il demande à l’un de ses amis de les y emmener.

Celui-ci lui répond qu’il n’y a aucun souci.

* * *

Le hall de l’hôpital est grand et plein de monde : infirmières, secrétaires, patients qui attendent… Il y a des lits, de longs murs blancs. En arrivant, les grands-parents rencontrent, dans le hall, la mère de Michaël, le père de Lee-Lou. Ils ont informé Madame Trinel de l’accident  de Lee-Lou.

Le ton monte entre madame Caux et la mère de Michaël. Celle-ci dit :

– À cause de vous, ma petite-fille a fugué ! Je l’ai retrouvée dans la rue, seule, endormie sur un bout de carton. Je l’ai ramenée chez moi, au chaud.

– Elle n’a pas fugué de notre faute. Elle l’a fait, car elle a un manque d’affection parentale !!

– Je m’attendais à ce que ma petite Lee-Lou soit en sécurité chez les parents de sa mère. Et voilà qu’elle tombe dans le coma !

Une infirmière leur demande de se calmer.

Les grands-parents de Lee-Lou reconnaissent que ça ne sert à rien.

– Allons manger, propose madame Trinel, nous parlerons à tête reposée. Je connais un restaurant français. Le Bon En-cas. Sur la route, nous profiterons pour acheter un cadeau à Lee-Lou.

* * *

Au bout de quelques jours, Lee-Lou commence à se réveiller petit à petit. Elle remarque qu’il y a un homme à son chevet qui lui tient doucement sa petite main. L’homme est grand, costaud. Il a exactement le même petit nez qu’elle.

Il lui sourit.

Elle lui demande qui il est. Il lui répond d’une voix douce :

– Je suis ton papa.

Soudain, un petit sourire se dessine sur le visage angélique de Lee-Lou.

Son père la prend dans ses bras

Dès que la petite est rétablie,  il lui raconte pourquoi il l’a laissée chez ses grands-parents maternels.

– Tu sais papa, explique Lee-Lou, je connais l’histoire de ta vie. Tu m’as laissée avec mes grands-parents, car tu ne pouvais pas m’élever. Tout ça était écrit dans le message dans mon nounours, Ted.

La fillette lâche son papa et se met à crier :

– Il est où Ted ?

Son papa prend, sur lui, l’ours en peluche et le lui donne. Lee-Lou, heureuse, se jette à son cou avec Ted et lui fait un gros câlin.

–  Je t’aime, papounet …

Épilogue

Michaël, le père de Lee-Lou, a récupéré sa fille. Il a beaucoup changé. Il n’est plus du tout violent. Il a arrêté de boire. L’armée l’a motivé. Grâce à son travail de militaire, il a bien réfléchi sur son passé.

Lee-Lou a pardonné à son père.

Maintenant, ils vivent tous les deux dans un joli appartement à New York. Michaël a trouvé un autre poste avec l’armée. Il est employé dans les bureaux de l’U.S. Army. Donc il peut élever la petite.

Les grands-parents maternels de Lee-Lou ont été usés par les événements. Ils sont devenus très vieux. La petite Lee-Lou va les voir tous les jours. Elle a décidé de ne plus leur faire peur. Madame Trinel s’est réconciliée avec eux. Ils se retrouvent tous les dimanches pour un repas en famille.

Avec son père, Lee-Lou va se recueillir une fois par semaine sur la tombe de sa mère. Son comportement a changé depuis qu’elle a retrouvé son « papounet »  Il lui manquait un lien parental.

Lee-Lou a toujours son Ted, mais elle ne le prend plus à l’école ni dans la rue. Elle le laisse dans son lit, bien au chaud, avec la tête qui dépasse de sa couverture rose. Désormais, ses camarades s’approchent d’elle, lui parlent et ne la traitent plus. Lee-Lou, maintenant, rigole et s’amuse avec eux.

À la sortie de l’école, Lee-Lou court vers son « papounet ». Elle est heureuse et comprend que sa vie a changé. Le grand sourire d’une petite fille…

FIN

 

Dans ce sac…

 

Dans ce sac…

par

les élèves de Seconde D – 2013 – 2014 du lycée Gustave Eiffel d’Armentières

Marthy, Louison, Yanis, Nell, Chanelle, Séverin, Florent, AlexisF, Anthony, Yannick, Kamel, Quentin M, Kilian, Julien, Hugo, Thomas, Quentin P, Sullivan, Sylvain, Paul, Donovan, Alexis V, Najwa et Chama.

Avec la participation de

Madame Blaise – professeur Fabienne Poujol – professeur-documentaliste Michaël Moslonka – romancier – M.M. Faiseur d’Histoires.

 

Chapitre 1 : Son arrivée !

Ce matin, comme chaque jour, je me réveille tranquillement.

Je me prépare pour aller à la fac. Je m’habille vite, car je suis en retard. Mais je fais très attention à ma coupe de cheveux, car c’est super important pour moi, ma coiffure. Je passe plus de temps à soigner ma chevelure qu’à faire ma toilette.

J’entends ma mère crier. Sa voix provient de la porte d’entrée :

– Sacha ? Tu es prêt ? Dépêche-toi ! Tu ne vois pas que nous sommes en retard !

Ni une ni deux, j’attrape mon sac Eastpak noir et blanc et je quitte la salle de bains. Je mets mes chaussures, j’enfile ma veste en cuir préférée et je me précipite vers notre voiture qui est garée en face de la maison.

Tout à coup, il se met à pleuvoir des cordes. La journée ne sera pas terrible.

En ouvrant la porte de la voiture, je regarde ma mam’s avec stupéfaction. Ma mère s’est teint les cheveux en blond. Ça fait ressortir le vert de ses yeux bridés. Chez nous, les cheveux, c’est important !

Je la trouve ravissante.

Je lui fais remarquer :

– Tu es très jolie, maman. Cette couleur te va très bien, et ta courte jupe rouge suit très bien avec cette nouvelle coupe.

Ma mère me regarde d’un air curieux.

– Merci, mais pourquoi tous ces compliments ?

Je réponds avec un sourire sincère :

– Je le pense, c’est tout.

Elle détourne les yeux d’un air désintéressé.

– Sacha, il va falloir te réveiller plus tôt et arrêter de prendre l’habitude d’arriver en retard, me fait-elle savoir, brusquement énervée.

J’essaye de la rassurer d’une voix calme :

– Oui, maman. Je sais… Je suis désolé.

Elle démarre en soupirant :

– J’espère bien que tu es désolé, mais ce n’est pas pour moi. C’est pour toi que je dis ça ! Maintenant que tu es majeur, ta vie est entre tes mains, tu as des responsabilités, tu dois faire tes propres choix.

Je sais que ma mère a raison, mais je préfère me taire pour ne pas l’énerver. Je tiens trop à elle, je l’aime tellement.

* * *

Le trafic est dense. Il y a eu un accident entre un camion et une voiture. La circulation n’avance presque pas, ou plutôt pas du tout. Ma daronne se calme petit à petit. Elle allume la radio et comme par hasard, sa musique préférée passe sur celle-ci. Elle chante pour essayer de me faire rire et redescendre la tension. Je rigole avec elle.

Au bout d’une heure de trajet, nous arrivons, enfin, à la fac.

– On est arrivé, dépêche-toi de descendre, me dit ma mère d’une voix grave, ou je vais être en retard au restaurant japonais.

* * *

Comme d’habitude, j’arrive à la bourre en cours. La fac me donne vraiment pas envie d’y aller, c’est pour ça que mes retards sont omniprésents. L’amphithéâtre est à moitié plein. Il y a un bruit insupportable de bavardages vers le fond. Dès que j’apparais, le professeur de biologie m’interpelle ; sans se retourner, évidemment.

Abidal, le prof,  sait que c’est moi.

– Dépêchez-vous de vous asseoir, monsieur Ballotelli !

Comme je suis bon élève, il ne me réprimande pas.

Suite à la réflexion du prof, je décide donc de m’asseoir. Je remarque les autres élèves qui me regardent pendant que je cherche une place. Je me comporte de façon décontractée, le sourire aux lèvres, comme à mon habitude. Je me dirige vers mon groupe d’amis.

Parmi eux, il y a Jean, ce gros intello bourgeois qui vient toujours à la fac en Ferrari. Ce jeune-là voit la vie en noir. Il y a aussi Bernard. Bernard, un garçon de 19 ans qui n’est pas mûr mentalement. Il est agité. C’est un élève qui a beaucoup de mal à se concentrer.

Tout en les rejoignant, je serre des mains et fais des clins d’œil aux filles, puis je finis par m’asseoir. D’après mes potes, je suis très populaire, car j’ai aidé plusieurs personnes à résoudre leurs  problèmes. Ils s’étaient fait racketter par des gens.

Mes deux amis sont en grande discussion.

– T’as une super belle caisse, dis donc !

– Ouais ! Elle est très rapide ! Intérieur cuir. Toutes options. GPS intégré. Sauf qu’il n’y a pas beaucoup de place…

Je me mets donc à sortir mes affaires et à rattraper le début du cours. C’est ennuyant, cette matière…

Quelle perte de temps, cette dissection de grenouilles ! Je me demande bien à quel moment de ma vie j’en aurai besoin. La biologie, à quoi ça sert, sérieusement !

Soudain, je remarque le nouvel étudiant.

Je laisse tomber le cours et je l’observe. Celui-ci est très fin. Il a une peau pâle avec des cheveux sombres ainsi que des yeux foncés. Le visage fermé, il se tient droit et suit très attentivement la dissection de la grenouille. Il me m’apparaît froid. Il ne semble pas partager l’ambiance sereine et détendue de l’amphithéâtre, ce qui me laisse perplexe. Peut-être est-ce de la timidité ?

Il m’a l’air très louche et j’ai la sinistre impression que je vais  devoir me méfier de lui. Qu’est-ce que cache ce garçon ? Rien que de le regarder, j’ai une boule au ventre.

 

Chapitre 2 : Un secret aiguisé…

Après ma journée de cours, il est temps pour moi d’attendre ma mère à l’arrêt de bus habituel situé à une rue de l’université. Il continue à pleuvoir des cordes. Je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez. Mes cheveux sont trempés, à cause de ce déluge, même s’ils sont courts.

Au lieu de mettre ma veste en cuir préférée, j’aurai dû prendre mon manteau à capuche. Maintenant, l’eau dégouline sur ma peau bronzée. J’ai horreur de ça !

L’arrêt de bus est petit, un banc est mis à notre disposition. Dix minutes après m’être posé sur ce banc, ma mère n’est toujours pas arrivée.

Purée ! Qu’est-ce qu’elle fout ?

ELLE va venir ou quoi ?

C’est pour aujourd’hui ou demain ?

Après quelques minutes passées à attendre, j’aperçois un jeune homme qui s’avance vers moi. Je reconnais le nouvel étudiant de la fac. Il s’assoit, puis me regarde d’un air que je trouve inquiétant.

Il garde l’expression qu’il avait dans l’amphithéâtre. Froide, distante et dure.

Mon cœur bat très fort. Je ne me sens pas à l’aise à côté de lui. Il est pour moi un gros point d’interrogation. Je ne l’aime vraiment pas. Le bus arrive enfin. Quel soulagement ! Il s’arrête, ses portes s’ouvrent. Personne ne descend.

Le nouveau se lève en prenant son sac et, là, j’aperçois le couteau qui dépasse. Un véritable couteau de boucher sinistrement rouillé.

Je décide de ne rien faire, de garder un air naturel. Il pourrait me poignarder…

* * *

Je vois enfin arriver ma mère après le départ de bus. Je me sens soulagé, mais ça ne dure pas. Je cours vers la voiture en marmonnant, les poings fermés par la nervosité. J’ouvre la portière sans un mot et la claque violemment.

– Dis donc, maman, tu es en retard ! que je finis par balancer.

– Rah… J’avais oublié ça, dit-elle. Sacha et ses états lunatiques…

– Je ne suis pas lunatique, je suis réaliste. En plus, tu as vu l’état de tes cheveux ? C’est du grand n’importe quoi ! Et ta jupe, tu n’as pas plus court !!? On dirait une Bimbo !

– Je m’habille comme je veux, rétorque-t-elle. Tu t’es déjà regardé ? Toi aussi, tu es mal coiffé !

Cette remarque m’irrite au plus haut point. La fureur monte en moi. Je me contrôle pour ne pas lui foutre une baffe.

– Et puis, tu es toujours en retard, continue-t-elle.

En retard ? Elle rigole ou quoi ?

– C’est de ta faute, tu n’es jamais capable de me réveiller à temps !

– Parce que c’est à moi te de te réveiller ? Je ne suis pas une bonne mise à ton service !

Vexé, je ne lui réponds plus.

* * *

Je vois un joli paysage, des terres flottantes dans le ciel, des billes géantes lévitent à l’horizon. Les mêmes que celles avec lesquelles je jouais étant petit. L’azur me semble infini, mais il est temps de me lever. Je sais que ma destination est la fac. Une horloge en forme de réveil me révèle que je suis en retard.

Tout d’un coup, ce réveil sonne puissamment. C’est assourdissant. Le ciel s’assombrit et les vents deviennent violents.

J’ouvre les yeux et je me lève d’un bond, vérifiant que je me réveille à l’heure.

C’est le cas.

Je ne veux pas m’engueuler avec ma mère… Ça ne lui ferait que du mal.

Une forêt sombre de chênes gigantesques s’étale devant moi. Des tulipes jaunes d’épines décorent les environs et je reconnais des dalles de pierres moussues du petit chemin de notre jardin… Évidemment, celles-ci aussi sont d’une taille hors-norme.

Mince ! je suis censé être dans ma chambre…

Devant moi, la large étendue verdâtre, un peu noire telle un brouillard, laisse entrevoir de faibles lueurs.

J’ai envie de découvrir ce qui se cache au fond des ténèbres de cette forêt si dense. Je fais quelques pas pour me rendre compte que je marche dans une flaque de sang.

Non, ce n’est pas une flaque, mais une rivière !

Elle dégouline d’une immense statue qui donne l’impression de pleurer du sang.

Je m’y enfonce ! Je ne peux plus respirer !

J’ouvre les yeux dans le sang, et, dans le reflet d’un miroir, IL est là.

IL me tend son couteau avec des manières douces. Je dirais même qu’il me l’offre.

Une énorme douleur se fait sentir au niveau de mon abdomen. Une gigantesque lame rouillée me transperce de part en part. La souffrance que j’endure n’a d’égale que la profondeur de la mer écarlate dans laquelle je me trouve. Plus je souffre et plus mes souvenirs d’enfance disparaissent. Je ne connais plus mon nom, je ne sais plus qui je suis. Seul le reflet de l’acier sortant de mon corps m’indique de l’espoir. L’espoir de ne pas être l’homme dans le miroir.

Je lève les yeux et je le regarde fixement…

Tout se dissipe devant moi, j’ai les mains serrées et le souffle coupé. Le réveil sonne, mais je l’ignore. Je suis terrifié !

* * *

Je me réveille en sursaut, essoufflé, avec l’impression de ne me faire que ça, de me réveiller.

Bon sang, il est 8h10. Je suis encore en retard !

Je me dépêche d’aller me taper une douche. Une fois lavé, je prends un t-shirt et un pantalon sur mon lit. Je quitte ma chambre et je descends dans la cuisine. Je ne vois ni ma mam’s, ni mon petit-déjeuner de prêt.

Je vais dans le bureau de ma mère, mais elle n’est pas là. Je regarde dans le garage : aucune de voiture.

Cela me stresse. C’est la première fois qu’elle m’oublie. Je retourne dans ma chambre, énervé, pour récupérer mon portable. Je trouve ma balle de psy sur mon bureau, je la prends et je me défoule dessus.

Pourquoi m’a-t-elle oubliée ? Où est-elle ?

Tant pis…

Je ferme la porte de la maison et je me dépêche de courir vers l’arrêt de bus, car il pleut encore des cordes et il fait froid.

Mais de loin, je vois le nouvel élève assis sur le banc.

 

Chapitre 3 : La mauvaise blague

Je suis sous l’abri de bus. Je l’attends avec impatience,

Le nouvel élève me sourit et me demande si je vais bien. Surpris, je lui réponds puis je me tais. Le fameux bus arrive, enfin. Je montre le premier.

J’avance au fond du bus et je m’agrippe à une barre.

Je vois s’asseoir le nouveau près de moi alors qu’il y a de la place devant. Il commence à fouiller son sac.

Le bus redémarre, le nouvel élève se lève de son siège et met son sac dans le porte-bagage. Un truc tombe.

Et là, je vois le couteau de boucher !!

Une femme le ramasse et le lui rend.

Pourquoi ne réagit-elle pas à la vue du couteau ?

Ça me paraît clair qu’elle est sa complice.

Les yeux du nouveau se tournent à nouveau vers moi. Son expression change. Ses yeux deviennent rouges, comme s’ils allaient éclater.

Wôw ! Comment est-ce possible ??

Je détourne tout de suite le regard de ce possédé.

Quand le chauffeur annonce le quatrième arrêt, je descends en courant.

Le nouveau me suit. J’ai très peur !

Je me hâte. Mes Victoria bleu clair glissent sur le bitume.

* * *

Je suis arrivé à la fac, essoufflé. Je fais un arrêt aux Wcs pour me rafraîchir les idées et boire un peu d’eau.

J’ouvre le robinet et je commence à me désaltérer, mais j’ai l’impression qu’il y a quelqu’un derrière moi. J’arrête de boire. Je lève la tête. Dans le coin droit du miroir, j’aperçois une silhouette. Je me retourne.

Personne.

J’entends des bruits.

Ce sont des gargouillis. Ils proviennent de la cabine du fond. Je reconnais la voix. C’est Bernard.

Je décide d’ouvrir la porte de cette cabine.

Et là, je vois Bernard se faire disséquer par le nouvel élève. À l’aide de son couteau, il est en train de mettre en pratique la dissection de la grenouille que l’on a étudiée en classe.

Les carreaux blancs de la cabine et les w.c. étincelants ont entièrement été repeints par le sang de mon ami. Il y en a partout.

Bernard ne bouge plus. Son foulard est ensanglanté, son bob jaune vire au rouge. Pourtant, je l’entends qui pleure.

Mes yeux se baissent et je vois de l’eau s’écouler petit à petit. Elle se teinte de rouge. L’évier a dû se boucher et je n’ai pas fermé le robinet.

Le nouvel élève se retourne. Il n’a pas un couteau, mais une tronçonneuse ! Ce genre de tronçonneuse capable de déchirer n’importe quoi avec ses dents.

Je cligne des paupières. De l’eau coule sur mes chaussures.

Tout est calme. Trop calme ? On entend juste les gouttes débordant du lavabo. Je suis en train de me regarder dans le miroir et je ne vois personne autour de moi.

Ça doit être mon imagination qui me joue des tours. Toute cette histoire… Ç’a commencé, hier soir, lorsque ma mère est arrivée en retard. Si elle avait été à l’heure, je n’aurai jamais croisé le regard de ce nouvel élève. Drôle de coïncidence, elle m’a laissé prendre le bus avec lui. Tout est de sa faute.

* * *

Je ressors des Wcs en direction de ma salle de cours. Je me dirige vers l’amphithéâtre qui est au deuxième étage. Je transpire. J’enlève mon pull et je monte les escaliers.

Il n’y a personne, tout le monde est en cours…

… et pourtant, j’entends des bruits de pas, derrière moi.

J’ai peur. Je monte les marches, plus vite.

La porte à l’étage se ferme devant moi. Je regarde autour de moi. C’est sûrement un de mes amis qui me fait une blague. Je dis à haute voix : « Votre plaisanterie n’est pas drôle ! »

J’ouvre la porte. Il n’y a rien.

Dans mon dos, les bruits s’accentuent. Je me cache derrière la porte ! Celle-ci s’ouvre. Sans réfléchir, j’attrape le mauvais farceur par le col de son pull et je le claque contre le mur.

Je m’aperçois que c’est le nouveau.

– Je suis perdu, je n’ai rien fait !, s’exclame-t-il.

Je lui réponds :

– Je vais te faire ta fête ! T’as intérêt à arrêter tes manigances !

Le nouvel élève baisse les yeux. Je suis son regard et, là, je vois le couteau dans sac.

Je le lâche pour courir vers l’amphithéâtre.

 

Chapitre 4 : Je sais ce qu’il me reste à faire

Tout au long de la journée, je ne cesse de transpirer.

Nerveusement, je vais voir Jean.

– Salut Jean ! Bernard est-il avec toi ?

– Salut, me répond mon bourgeois d’ami dépressif. Non, pourquoi ?

– Je le cherche. Oh ! Ça n’a rien à voir, mais tu trouves pas le nouvel élève bizarre ?

– Bizarre ? Le nouvel élève ?

– Oui, pas très normal. On aurait pu croire qu’il me suivait partout !

–  Tu te fais des idées, je pense.

J’insiste :

– Non, mais sérieux ! Déjà hier, il a pris le bus. Encore, aujourd’hui, je le croise dans les toilettes.

– Et alors ? Ce gars doit prendre son bus, normal.

– Oui. Sûrement…

M’ouais… Je ne suis pas convaincu. Je commence à stresser… Qui est cet étudiant ? Je dois me renseigner sur lui.

* * *

Le soir, à la fin des cours, je suis déterminé à mettre un terme à cette histoire.

J’appelle ma mère, mais elle ne répond pas. C’est sa boîte vocale, direct ! Que se passe-t-il ? Pourquoi, cette feignasse, a-t-elle coupé son téléphone ? Pas grave, je lui laisse un message : « Bon. Je t’appelle pour te dire que, ce soir, je vais dormir chez Jean, donc, ne t’inquiète pas. À demain. »

En réalité, je reprends le bus.

IL est là, assis pas très loin de moi. Toujours avec son visage fermé. Vraiment peu accueillant. Quand son téléphone sonne, il regarde le numéro affiché et décroche avec un sourire sur ses lèvres. Un sourire vainqueur !

Que prépare-t-il ? Il complote contre moi. Je le sens. J’essaye d’écouter de quoi il parle, mais avec le bruit des étudiants, joyeux de rentrer, c’est peine perdue.

Il pose un bref regard sur moi. Il raccroche et ricane.

Pourquoi rigole-t-il de cette manière ?

Le bus finit par s’arrêter.

Le nouveau sort, à pas lents.

Juste avant que les portes se referment, je me précipite, dehors, et j’attends quelques minutes.

Je le suis.

* * *

Me voici dans un quartier qui m’est inconnu. Je m’approche de la maison du nouveau.

Je décide d’avancer vers la baie vitrée. J’observe l’intérieur. Je vois le garçon parler à sa mère. Je crois entendre leur discussion…

Oh ! Elle l’appelle Sammy.

Sammy ? C’est donc comme ça qu’il se prénomme ?

Tiens ? Sa mère ressemble étrangement à la mienne. Elle a les mêmes cheveux…

Mais… ?

Mais, c’est ma mère… Oui ! C’est bien elle !

Je comprends, maintenant ! Cette putain de traîtresse est de mèche avec lui. C’est pour ça qu’elle n’était pas là, ce matin, et qu’elle n’a pas décroché… C’est sûrement, elle, que le nouveau a appelée !

Je suis rempli de rage et de jalousie !

Elle manigançait avec lui.

Oui, ils complotent contre moi, c’est certain !

Je suis trahi par ma propre mère, celle que j’aimais tant.

Oui, je comprends mieux…

Je sais ce qu’il me reste à faire.

 

Épilogue

Madame Ballotelli a tout organisé.

Bonbons, boissons et gâteaux sont présents. Depuis la veille au soir, la mère de Sacha prépare cette surprise, en espérant que son fils, ce matin, se souvienne de ce jour spécial. Celui de son anniversaire.

Elle a invité tous ses amis de l’université. Ils attendent dans le salon le retour de leur camarade. Ils parlent, rient entre eux. C’est un bon moyen de se voir en dehors des cours. L’ambiance est bonne, tout le monde se retrouve.

Jean en profite pour parler à Bernard :

– Tu l’as vu, toi, le nouveau dans le groupe de Sacha ?

– Un nouvel étudiant ? Il n’y a pas eu de nouveau.

– C’est bien ce que je me disais, mais je n’ai pas voulu le contredire…

Cette discussion s’interrompt quand un ami demande :

– Mais que fait Sacha ? Il ne manque que lui pour que la fête soit parfaite !

Dans la cave sale et lugubre de la maison se trouve Sacha…

… les pieds ne touchant plus le sol, une corde autour du cou.

Armentières, Lycée Gustave Eiffel,

le 22 février 2014

 

 

La famille Boche, toute une histoire

 

La famille Boche, toute une histoire

par

les élèves de 3e D du collège Michelet de Lens

Margaux, Sarah, Elhoussein, Maxime, Mickaël, Vincenzo, Mounir, Marie, Lucie, Amandine, Laetitia, Rémy, Juliette, Aymeric, Corentin, Laurine, Deborah, Agathe, Nabila, Nicolas, Alexandre, Enzo, Nassim, Ameline et William.

et

la 2nde E du lycée de Béhal de Lens

Julie, Anaïs, Perrine, Mélissa, Florentin, Tifanny, Pauline, Damien, Corentin, Christopher, Linda, Ylies, Sébastien, Lolita, Mathieu, Bryan, Médina, Paul, Thomas, Amir, Donovan, Tanguy, Amélie, Romain, Vyns, Émeline et Jordan.

avec la participation de :

Natacha Rabhi-Lenglet et Laurence Ronco, professeurs

et de Michaël Moslonka – écrivain, animateur d’ateliers d’écriture (M.M. Faiseur d’histoires)

* * *

 Paris, 1850

L’histoire de la famille Boche débute au moment où Auguste Lantier quitte Gervaise Macquart (le personnage principal de L’Assommoir).

Cette histoire dans l’histoire est découpée en 25 scènes.

* * *

 

Scène 1

Le cauchemar de Jeanne

En milieu de journée, Jeanne Boche rentre chez elle.

Elle habite au 57 impasse Bonsecours dans une petite maison située juste à côté d’une boulangerie. En face, il y a une grande fontaine où elle va régulièrement chercher de l’eau pour laver sa maison et préparer le repas. Dans la rue, il y a trois  cabarets ainsi qu’un fleuriste. Sur le trottoir, quelques misérables tendent la main pour demander à manger. Chaque soir, tous les enfants de sa rue chantent la même chanson avant d’aller se coucher.

Jeanne Boche entre dans sa cuisine et fait cuire du bœuf dans son four à bois. Pendant que la viande cuit, la concierge dépose sur la table quatre livres de beurre, une carafe de cinq litres d’huile d’olive et un énorme flan de trois mètres de diamètre.

Comment vais-je manger tout cela ? pense-t-elle, soudain.

Elle souffle :

– Je ne sais pas… mais j’ai trop faim !

Au bout d’une heure et demie, le morceau de viande est prêt. Elle dévore tout en trente minutes et prend 120 kilos d’un coup !

Tout à coup, madame Boche se réveille. Les cloches d’église sonnent les cinq heures du matin.

 

Scène 2

Le matin de madame Boche

– Ce n’était qu’un rêve ! râle madame Boche en quittant son lit.

Oui, ceci n’était juste qu’un rêve. Un délicieux rêve…

Elle se lève difficilement. Depuis quelque temps, elle n’est plus vraiment du matin. Elle se couche très tard, car elle est pensive. Elle a remarqué quelques problèmes dans les comptes de son mari. Ce qui la tracasse. Qui plus est, son mari met de plus en plus de temps à se rendre à son atelier. Elle est donc en manque de sommeil.

Une fois levée, elle réveille sa fille de quinze ans :

– Mina… Debout…

– Je suis réveillée ! dit sa fille d’une voix endormie.

– Tu dis tout le temps ça et tu finis par te rendormir ! DEPÊCHE-TOI !

– J’arrive ! Mais ne crie pas dès le matin !

– Bien…

La femme gironde de trente-deux ans sort de la chambre qu’elle partage avec Mina. Puis elle part chauffer l’eau ramenée la veille. Elle se lave pendant que Mina se prépare.

 

Scène 3

Nausées matinales

Avec le broc, madame Boche verse de l’eau tiède dans la bassine offerte par sa cousine pour son mariage. Elle se regarde dans le miroir et se nettoie le visage avec un morceau de savon.

À ce moment-là, elle manque de tomber.

Le pot à eau se renverse.

Elle vient d’avoir un vertige.

Soudain, des nausées lui soulèvent le cœur !

Elle se précipite donc aux toilettes.

Une fois revenue dans la cuisine, Mina lui demande si elle lui a préparé son déjeuner.

– Non, désolée, Mina, lui répond sa mère, mais ne t’inquiète pas, je m’en occupe de suite.

Madame Boche prépare donc le déjeuner de sa fille puis s’assoit à la table. Elle a l’habitude de manger beaucoup de lard bien gras avec un bol de café bien sucré. Mais, après son vertige et ses nausées, elle n’a pas gardé son appétit.

Finalement, madame Boche se coiffe et se maquille. À sept heures, elle est prête et accompagne sa fille à l’école, puis elle ira au marché.

 

Scène 4

Madame Boche sur la route du marché

Dans la rue du collège, une odeur infecte de poubelle emplit les narines de madame Boche et de Mina.

Le collège est un vieux bâtiment abîmé. C’est une ancienne bâtisse administrative qui sert d’établissement scolaire. On peut entendre des cris d’enfants et ceux des professeurs qui les disputent. Quelques parents discutent entre eux, bruyamment, en attendant la fermeture des grilles.

Madame Boche prend Mina dans ses bras en lui disant de bien travailler et d’être calme durant ses cours. Elle lui donne une collation qu’elle pourra manger lors de la récréation.

Mina embrasse sa mère.

– Merci, maman, à ce soir !

Ensuite, elle part rejoindre ses amies dans la cour.

De son côté, Madame Boche doit se rendre au marché afin d’acheter des légumes pour sa soupe au lard, puis elle doit passer par la boulangerie pour du pain, et aller chez le boucher pour de la viande.

– Ensuite, se dit-elle à voix haute, il faudra absolument que j’aille au lavoir pour parler à Gervaise de son mari qui traîne avec des femmes toute la nuit.

La concierge prend donc le chemin du marché.

* * *

Au marché, lors de sa balade entre les étals, une délicieuse odeur de viande cuite chatouille ses papilles, lui aiguisant l’appétit. Grâce à cette odeur alléchante, ses vertiges matinaux disparaissent.

Scène 5

Madame Boche et le fruitier

Madame Boche se promène entre les marchands avec grand plaisir. Elle tombe alors sur un fruitier qui lui propose des pommes.

– Non, merci ! refuse-t-elle. Je déteste les fruits.

Le vendeur est un homme au visage émacié. Il porte une toque immaculée. Il persiste en caressant sa longue barbiche couleur d’ébène :

– Madame, nous avons un large choix de fruits pour satisfaire votre palais !

Jeanne Boche hésite en se disant qu’elle n’aime pas les fruits, peut-être, par simple peur. Elle explique cela au marchand qui a un rire moqueur.

Gentiment, il lui propose de goûter une fraise. Madame Boche  se laisse tenter.

– Ah ! mais quel délice ! s’extasie-t-elle en dégustant le fruit.

Le fruitier regarde sa cliente avec des yeux pétillants. Il lui propose de prendre plusieurs kilos de fraises. La mère de Mina accepte et achète deux kilos de fraises bien rouges.

Elle va ensuite à la boulangerie, heureuse de sa découverte alimentaire et de son achat !

Scène 6

L’école buissonnière

Pendant ce temps, au collège.

Cette année, Mina est bonne élève, car elle a redoublé. Mais elle est jalouse des filles de sa classe, car elles appartiennent à des familles bourgeoises. Elles sont plus riches, et, surtout, elles sont plus belles qu’elle.

Sa journée, aujourd’hui, n’est pas fameuse. Cette petite et fine jeune fille aux yeux bleus et aux cheveux longs frisés et bruns vient d’obtenir une mauvaise note. Elle a obtenu un 2 sur 20. C’était un contrôle de français, et elle n’avait pas révisé.

Elle est déçue. Son enseignant la gronde. La jeune fille prend la fuite et part retrouver les enfants de sa rue.

Son professeur est, maintenant, ennuyé. Pour lui, Mina n’est pas vraiment une rebelle et elle ne sait pas se défendre. C’est une fille très gentille et très naïve. Inquiet, il reste devant la fenêtre en oubliant ses autres élèves.

Les autres filles de sa classe sont très en colère, car il ne s’occupe plus d’elles.

Scène 7

Un vol a été commis !

Madame Boche arrive devant la boulangerie. Celle-ci s’appelle « Le petit coin ».

La concierge tombe. Elle manque toujours la deuxième marche.

Puis des pauvres entrent dans la boulangerie en marchant sur ses fesses, son dos et sa tête.

Et ils volent le pain chaud !

Ces voleurs ne sont pas très grands, ni très gros. Ils sont habillés avec des vêtements abîmés. Beaucoup d’entre eux ont les dents cariées.

Une fois leur méfait commis, ils partent en courant comme des minables.

– Rendez-moi, mon pain ! crie de toutes ses forces la boulangère.

L’un des voleurs est à la traîne. Madame Boche lève la tête et le fixe. Il a un visage sale, mais on peut voir ses yeux verts. Il a des sourcils mal dessinés. Il a l’air assez jeune. Il a un œil au beurre noir.

Il s’est sûrement battu…., pense la concierge.

Le bagarreur la regarde avec un regard méfiant. Il a un moment d’hésitation, lui tend la main pour l’aider à se relever puis il la retire et se carapate.

Quand les clients et les passants voient les gendarmes arriver avec leurs chevaux, tous se reculent. Les policiers de l’Empereur ont des visages froids et austères. Ils interrogent la boulangère et inspectent les lieux.

Madame Boche a peur d’eux. Même en tant que témoin, elle sait qu’elle risque d’être arrêtée et enfermée. Ils ne laissent rien passer. Elle essaye de garder son calme.

Un passant l’aide à se relever. Puis madame Boche prend un bâton qui traîne et part discrètement.

Scène 8

Drame

Madame Boche va chez le boucher.

Une fois servie, elle lui demande avec un air inquiet :

– Êtes-vous au courant des rumeurs, monsieur ?

– De quelles rumeurs s’agit-il, madame Boche ? veut savoir le boucher, surpris.

– D’une demoiselle de ma rue qui amènerait chez elle un homme pendant l’absence de son mari… Je pense qu’elle se prostitue !

– Oh ! C’est de madame Boury que vous parlez !

– Oui, comment le savez-vous ?

– Car ma femme l’a vue aussi avec un homme ! dit le boucher en frottant sa moustache d’un air désespéré. Ce brigand a mis ses enfants dehors en les frappant. Ma femme pense comme vous que madame Boury se prostitue !

– On m’a dit aussi…, intervient une grosse dame, que sa sœur complote avec la Prusse !

Cette dame est assez petite. Elle a de courts cheveux. Elle est vieille et ressemble à une sorcière.

Dans la boucherie, tout le monde en reste muet de surprise !

La vieille dame s’agite en criant qu’il faut aller chez ces traîtresses. Ni une ni deux, les Parisiens en colère quittent la boucherie avec une seule idée en tête : trouver madame Boury et sa sœur !

Le boucher prend avec lui un hachoir et donne un couteau à madame Boche. Celle-ci refuse, car elle a déjà un bâton. Mais elle prend ses sachets de viande et suit les clients en colère.

Scène 9

Le massacre des deux sœurs

Les clients en colère arrivent chez madame Boury et sa sœur. Ils ont ramassé des balais, des bâtons, des pierres et des pavés.

Ils entourent la maison des sœurs Boury, avec des torches à la main.

– Sortez de chez vous ! crient-ils. Vous devez mourir pour ce que vous avez fait !!!

– Laissez-nous tranquilles, on vous a rien fait ! pleure l’une des sœurs.

Quelques clients entrent dans leur maison en défonçant la porte.

Les deux femmes prennent peur et s’enfuient par la fenêtre. L’une d’entre elles tombe et se casse le nez !

La foule déchaînée les attrape.

Des gendarmes arrivent à cheval et aperçoivent les deux sœurs en train de se faire massacrer par les clientes du boucher. Ils s’arrêtent…

… et frappent aussi les traîtresses à coups de bâtons !

Ils sont sans pitié.

Ensuite, ils emmènent les sœurs en prison. Elles vont, sans aucun doute, passer un mauvais quart d’heure.

Madame Boche retourne chez elle, fière d’avoir sauvé la France d’un complot grâce à ses ragots.

Scène 10

De nouvelles rencontres !

Mina est partie rejoindre les enfants de son quartier pour s’amuser et chanter avec eux. La jeune fille n’appréhende pas du tout la réaction de sa mère, car celle-ci n’était pas forte à l’école.

Les gavroches de son quartier sont habillés de costumes abîmés. Leurs chaussures sont maculées de boue. Ils ont l’air de s’amuser, d’être contents… Ils sautent partout, se traitent entre eux et chantent des comptines : « Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau ! Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire ! »

La jeune fille découvre tous ces enfants. Ils lui paraissent agréables. Un petit groupe s’approche alors d’elle.

L’un de ces gavroches lui jette une poignée de boue qui salit sa robe blanche. Mina en a les larmes aux yeux.

– Va changer ta robe ! se moquent les autres chenapans.

Un garçon s’avance devant elle puis se retourne vers ses camarades. Il est petit. Il a la peau tannée. Bien habillé, il est armé d’un lance-pierres.

– Arrêtez ! leur ordonne-t-il avec un ton de général. N’avez-vous pas honte ?

– Mais…, tente un de ses camarades.

– Tais-toi et laisse-moi faire ! Ne t’occupe pas d’elle !

– C’est notre chef !, dit alors une jolie fillette blonde. Grâce à lui, on a une cabane et plein de copains et personne ne nous embête !

Elle est vêtue d’une longue robe déchirée et de bottes tachées d’un peu de boue. Elle a les mêmes yeux bleus que ceux du meneur de la bande. Il s’agit sûrement de sa sœur.

– Bonjour, dit-elle à Mina. Viens avec nous, les filles de la bande. On va voler des robes et des masques pour le bal de Versailles. D’après la rumeur, il y a, là-bas, un garçon très charmant !

Scène 11

Madame Boche, l’aventurière

Après l’épisode des sœurs Boury, madame Boche est allée au lavoir où elle a rencontré la bonne Gervaise. La concierge a fini de laver son linge. Maintenant, elle se tient à la sortie du lavoir. Il émane de son panier une forte odeur de lessive.

Soudain, elle découvre une silhouette en V au regard familier. Ce regard à la fois doux et méchant. Tout à coup, l’apparition disparaît au loin, dans la foule.

La concierge se fraye un chemin entre les gens à vive allure. Elle s’approche de plus en plus du fuyard et attrape le voleur de pain par son épaule gauche.

Celui-ci se retourne d’un air surpris.

Bien habillé, charmant, il n’a rien d’un voleur. Au contraire, il a tout d’un honnête homme. Ainsi que la taille d’un enfant.

Madame Boche retient un juron. Mauvaise pioche, ce n’est pas son voleur ! Son imagination lui a joué des tours…

– Qui êtes-vous ? s’énerve cet honnête homme. Que voulez-vous ?

– Je suis madame Boche ! Vous êtes le voleur de pain ?!

L’homme reprend son calme.

– Veuillez m’excuser, ma gente dame. Je ne vole point de pain. Cela reviendrait, pour ma personne, à un crime !

Madame Boche repart à ses occupations, folle de rage.

Dieu ! qu’elle aimerait bien retrouver ces vagabonds pour les remettre à la police ! Ce n’est peut-être pas son pain, mais elle serait une héroïne. Et ses aventures feraient un sujet de plus à raconter lorsqu’elle inviterait ses amies – madame Antoinette, sa voisine, la bonne Gervaise et quelques marchandes aimables – à boire du café.

Scène 12

L’abandon

Selon madame Boche, les traîtres n’ont pas de patrie et doivent être punis par la peine de mort !

– Mais les voleurs de pain, décide-t-elle en croisant les bras, tout dépendra de leurs raisons, si, bien sûr, ils en ont une !

Car il est possible qu’ils volent pour nourrir leur famille affamée.

La concierge brandit alors le poing en avant, ainsi que son bâton, et s’énerve :

– Mais si c’est pour les Prussiens, je les exécuterai de mes propres mains !

Attention, mauvaises gens ! Madame Boche et sa France patriotique arrivent !

* * *

Une fois de retour dans sa rue, la concierge croise Gervaise.

– Comment se passe votre matinée ? lui demande cette dernière.

– Je suis un peu fatiguée, répond madame Boche. Et vous que faites-vous ?

– Vous savez, Jeanne, répond avec tristesse Gervaise, mon mari m’a abandonnée, alors que nous avons deux enfants. Que vont-ils faire sans leur père ?

– Mais j’étais avec vous, ce matin, Gervaise, lorsque vous avez appris la nouvelle. J’ai assisté à toute la scène.

Madame Boche affiche un air triste et fatigué.

– Là, dit-elle, je vais laver mon appartement et faire le lit de ma fille, même si je suis épuisée. Je vais vous laisser, Gervaise, je dois m’occuper de mon logis.

Scène 13

Le bal chez Octave

Pendant ce temps, dans une belle et grande maison de Versailles.

La fête est un bal masqué. Dès son arrivée, la fille de madame Boche est conduite dans la salle de réception. Partout dans la salle, des tables débordent de nourriture. Tout le monde est masqué. Tout le monde danse avec tout le monde. Un orchestre interprète des valses connues de tous.

Mina rencontre un garçon de dix-sept ans. Il s’appelle Octave. Il est grand, mince avec les yeux bleus. Ces yeux pétillants ont attiré l’attention de la collégienne.

Octave lui plaît beaucoup. Le bal a été organisé à l’occasion des vingt-cinq ans de mariage de ses parents dans leur maison.

Tous les deux se présentent et, dès le début, ils se rapprochent.

La jeune fille est très heureuse de cette rencontre. Dans un petit coin de sa tête, elle est fière d’avoir pu voler le masque et la robe. Une robe assortie à son masque noir pailleté.

Mina s’amuse pendant plus d’une heure. Puis, il est temps pour elle de rentrer. Octave souhaite la raccompagner, mais elle ne veut point, car elle craint la réaction de sa mère.

Donc, Mina rentre seule chez elle.

Quelques jours plus tard, elle reverra ce jeune homme.

Scène 14

Au Lion d’Or

Deux mois plus tard…

Un jour comme les autres, Jeanne Boche se lève, fait sa toilette pour ensuite prendre son déjeuner. Elle est soudainement prise d’un nouveau vertige. Ce qui l’inquiète, car il s’avère que, depuis quelque temps, elle ne se sent pas bien. Elle a, de plus en plus, de vertiges et de maux de ventre.

Elle pense qu’elle a peut-être attrapé une maladie à force de manger trop de gras et beaucoup de fraises, donc elle part se renseigner chez un médecin.

Le médecin lui dit qu’elle a attrapé un ver solitaire.

* * *

Sur le trajet du retour, madame Boche passe devant le Lion d’Or. Elle aperçoit son mari installé au comptoir de ce cabaret. La nuit dernière, monsieur Boche n’est pas rentré. Il n’est revenu qu’au petit matin, avec un fort mal de tête. Il s’est réveillé dans une ruelle. Il a passé sa nuit à boire.

Madame Boche s’assoit à côté de lui et demande ce qu’il fait là.

Monsieur Boche lui répond qu’il est en pause.

Il se moque de moi, pense-t-elle.

Énervée, madame Boche l’accuse :

– Menteur ! Tu t’es arrêté de travailler pour boire !

– Je fais ce que je veux, répond son mari d’un air amusé.

– Ce n’est pas en buvant, essaye de le raisonner sa femme, que nos finances vont s’améliorer et que les dettes de ton atelier seront payées.

Dans le bar, tout le monde se moque de monsieur Boche. Vexé, il quitte le cabaret.

Préoccupée, la concierge part dans la mauvaise direction. Leur situation financière est catastrophique, et il ne fait rien pour l’améliorer !

Scène 15

Moments de doutes

Quelques heures plus tard, madame Boche rentre chez elle en claquant la porte. Son mari est assis à la table, triste. Il est pensif. Le regard absent, il essaye de se tenir bien droit.

Le visage de madame Boche vire au rouge.

– Sors de cette pièce, lui hurle-t-elle, toi avec tes bouteilles d’alcool, et pars chercher de l’argent !

– Je n’en ai pas envie ! crie-t-il plus fort qu’elle. J’en ai marre de toi ! Laisse-moi boire et va travailler toi-même !

Madame Boche manque de s’évanouir.

Mina rentre alors de l’école, découvrant son père dans un état lamentable et sa mère, très en colère. Elle comprend tout de suite.

La jeune fille va voir sa mère et lui dit :

– Calme-toi, maman.

Madame Boche décide de partir réfléchir. Elle se dit que si elle reste avec son mari, il passerait un mauvais quart d’heure. D’ailleurs, elle en a assez de le raisonner ! Il devrait arrêter de boire, mais elle sait qu’il ne le fera pas.

Pendant ce temps, Mina prend son père dans ses bras et le supplie d’arrêter de boire.

Scène 16

La fameuse maladie de madame Boche

Quelques semaines plus tard, madame Boche n’a toujours pas ses règles, ce qui l’inquiète. Elle se rend compte qu’elle mange beaucoup de fraises et de sucreries. De plus, elle prend énormément de poids.

De son côté, Mina se demande si sa mère va bien ! Elle se pose des questions, car sa mère n’aime pas les fraises.

Dans la matinée, après être allée au marché, madame Boche rejoint sa voisine, madame Antoinette, sur le pas de sa porte. Madame Antoinette est sa confidente. Elle est blanchisseuse.

Madame Boche a décidé de lui demander conseil. Elle explique ce qui lui arrive. Ses vertiges, sa gourmandise, son ventre qui grossit. Elle lui dit qu’elle s’inquiète.

Gênée, madame Antoinette lui répond que c’est la fatigue et le surmenage, puis elle la quitte, car elle part au travail.

La blanchisseuse a tout compris ! Elle est extrêmement gênée en découvrant la raison le problème : madame Boche est enceinte !

Cette voisine a la pensée judicieuse de garder le silence, car elle connaît les problèmes d’argent des Boche. Elle se demande comment ils font faire. Elle pense que cette venue au monde va aggraver leur situation. Le problème de la concierge sème le doute dans la tête de madame Antoinette qui se fait du souci pour l’avenir de cette famille.

Scène 17

Moments de tristesse familiale

La famille Boche devient de plus en plus pauvre.

La concierge est perdue. Elle reste assise tout le temps sur une chaise.

Son mari dort sur le sol au milieu des bouteilles d’alcool. Leur pièce est pourtant grande, mais elle est rendue étroite par l’amas de litrons vides qu’il ne cesse de boire. Il ne va plus à son atelier de couture. Il n’a pas l’air de penser à son travail et à l’argent. Son atelier s’approche de la faillite.

Je pense que si ça continue, se dit la concierge, nous nous retrouverons bientôt expulsés.

Sa fille de quinze ans l’aide à garder le moral, même si sa mère s’énerve beaucoup contre son père. Souvent, elle assiste à leurs disputes.

Lorsque Jeanne va au lavoir, Mina y va aussi pour lui tenir compagnie. Elles sont très fusionnelles et passent le plus de temps possible ensemble. Sans sa fille, la brave concierge serait anéantie.

Scène 18

Retour vers le passé

Mina et madame Boche se trouvent dans la cuisine. Pendant que Mina fait la vaisselle, Jeanne, assise sur sa chaise, raconte sa dure enfance.

Elle lui explique que son père était forgeron et sa mère boulangère. À quatre ans, elle est allée vivre chez son oncle, car ses parents ne s’occupaient plus d’elle.

Mina lui demande si elle était fille unique. Madame Boche soupire puis lui explique que lorsqu’elle est née, sa sœur avait déjà seize ans. Elle était prête à être mariée. Du coup, elle ne l’a pas accompagnée chez son oncle.

Jeanne ajoute qu’elle ne l’a plus revue depuis ce temps.

Mina lui pose sa dernière question : comment son père et elle se sont-ils rencontrés ?

Sa mère explique qu’à l’âge de quinze ans, elle était serveuse dans un restaurant pour que son oncle et elle puissent avoir une vie meilleure grâce à leurs salaires. Un jour, monsieur Boche était avec un ami assis à une table. Ce fut le coup de foudre dès le premier regard.

Madame Boche repense alors à ce temps où tout était beau, magique.

Scène 19 Retour vers le passé – II

C’était, il y a dix-sept ans au Café Gourmand, là où madame Boche travaillait. Monsieur Boche, accompagné d’un ami, passait devant le restaurant et ils décidèrent d’y boire un verre. Il commanda une bière et c’est elle qui le servit. Ils se sont regardés et ce fut tout de suite le coup de foudre.

Monsieur Boche décida de revenir encore et encore, mais sans jamais lui parler. Il n’osait pas.

Jeanne, elle, n’attendait que ça.

Cela a duré au moins quatre mois. Au bout de ces quatre mois, monsieur Boche s’est décidé enfin à lui parler…

…pour l’inviter au restaurant !

* * *

Le soir même, madame Boche se prépare. Trente minutes plus tard, son oncle l’appelle, car elle a de la visite.

Elle se rend à la porte et voit monsieur Boche. Il lui offre le bouquet de roses qu’il cachait derrière son dos.

Joyeuse, Jeanne le remercie pour ces fleurs.

* * *

Tous les deux se sont regardés fixement, se sont rapprochés doucement et ont fini par s’embrasser. Un an plus tard, Mina est née. Pendant de nombreuses années, ils ont été très heureux…

Madame Boche revient à elle, et voit son mari qui ronfle sur la table, avec une bouteille dans la main.

Il a encore trop bu.

Scène 20

Repas de famille entre monsieur et madame Boche

Durant un repas avec monsieur Boche, la concierge a de nouveau un malaise. Inquiet, son mari veut l’amener à l’hôpital.

Madame Boche l’ignore.

– Oh, mon Dieu ! Pas ça ! hurle -elle. Pas avec notre situation !

Monsieur Boche la questionne :

– Comment ça « pas ça » ? Que veux-tu dire ? Et qu’est-ce que cela a à voir avec notre situation ?

– Oui ! Cela a à voir avec notre situation !

Monsieur Boche est perdu :

– Mais qui a-t-il ?

Sa femme se désespère.

– Je ressens exactement les mêmes symptômes que lorsque nous avons eu Mina, découvre-t-elle enfin.

– Quoi ? Tu es enceinte ? Pas en ce moment, pas avec notre situation financière !

– C’est de ta faute si nous avons ces problèmes, réagit très mal madame Boche. Tu devrais t’en vouloir !

Mina était au lavoir, elle rentre à ce moment-là et voit ses parents qui se disputent, encore.

Aussitôt, elle pense que son père a bu. Mais, en écoutant ses parents, elle apprend qu’elle va voir un frère ou une sœur.

En colère contre sa mère, elle décide de rendre visite à Octave.

Scène 21

La fin d’une enfance

À six mois de grossesse, Jeanne demande à Mina si elle peut l’accompagner au lavoir. Mina accepte sans hésitation et lui prend le panier des bras, car elle ferait tout pour sa mère.

La jeune fille n’est plus en colère contre elle.

Mina se dit qu’au moins elle ne sera plus fille unique. Elle pourra apprendre ce qu’elle sait faire à sa petite sœur. Comme voler des robes pour aller au bal. Et si c’est un petit-frère, elle lui apprendra comment s’y prendre avec les filles.

Arrivées au lavoir, Mina pose le panier et va payer pour avoir de l’eau. Sa mère prépare le linge à laver quand Mina revient, la concierge est stressée.

– Ma fille, tu vas devoir arrêter l’école pour travailler, lui annonce madame Boche avec tristesse. En ce moment, tout va trop mal à la maison.

Sur son visage, on peut lire de la peur.

Sa fille change d’humeur. Frustrée, énervée, elle refuse.

– Non ! Je ne suis pas d’accord. J’aime trop l’école. Je ne vois pas pourquoi je devrais travailler. En plus, pour vous donner de l’argent.

– Je sais que cela n’est pas drôle ! s’exclame madame Boche, désespérée. Mais essaye de me comprendre. Ce n’est pas facile pour moi aussi. Ton père boit, son atelier est en faillite et nous risquons de nous retrouver à la rue.

Mina réfléchit. Elle ne veut pas que le bébé soit à la rue, ni voir sa mère triste.

– Bon, je veux bien faire un effort, accepte-t-elle. Parce que vous êtes mes parents et que je n’ai pas envie que vous ayez des embêtements…

– Oh ! Merci Mina ! Je ne te remercierai jamais assez !

Madame Boche a un grand sourire. Elle est soulagée. Elle est contente que sa fille accepte sa décision, malgré sa tristesse évidente de quitter l’école.

Et elle déclare :

– Même si un bébé arrive dans notre vie, tu restera ma fille, Mina, et je serai toujours là pour toi.

Scène 22

Les problèmes de Mina

Mina franchit la porte. Il est 23h36. Fatiguée de travailler, elle s’assoie sur le fauteuil et se met à pleurer.

Sa mère, touchée de voir sa fille triste, se précipite vers elle et lui demande :

– Qui a-t-il, ma petite ?

Mina lui répond qu’elle est désespérée, déprimée et très fatiguée. Elle explique que son travail de blanchisseuse est très dur.

Et puis, elle a assez, car elle est la plus jeune des travailleuses, et des blanchisseuses en profitent pour lui donner plus de travail. Sans trop lui dire directement, elle explique à sa mère qu’elle subit des violences au quotidien.

* * *

Le lendemain, Mina part au travail avec une boule au ventre. Sa mère la suit dans l’intention d’attraper sur le fait les blanchisseuses qui martyrisent sa fille.

Arrivée à la blanchisserie, madame Boche voit trois femmes qui maltraitent Mina. Elle entre dans une colère noire, prend un seau d’eau glacée et le verse sur les travailleuses. Puis elle les frappe avec le seau.

Ensuite, madame Boche prend sa fille pour retourner à leur maison.

Mais Mina refuse, car elle veut vraiment aider sa famille et elle n’abandonnera pas son travail à cause de ces femmes qui la martyrisent.

Dans la blanchisserie, l’ambiance sera tendue, mais la jeune fille tiendra le coup, pour ses parents.

Scène 23

Le premier baiser

Depuis plusieurs semaines, Mina rencontre souvent Octave.

Ce garçon finit par être son petit-ami, et Mina l’embrasse. C’est le tout premier baiser de sa vie. Il a lieu dans un moulin sur une montagne de sacs de blé.

Mina et Octave s’enlacent sous des nuages de farine.

Et Mina se sent pousser des ailes.

Désormais, elle a plus confiance en elle et voit un bel avenir avec Octave.

Elle décide de parler de lui à sa mère.

Scène 24

La révolte cauchemardesque de Mina

Mina est aux toilettes, énervée d’avoir eu des mauvaises notes. Ce sont les toilettes du Lion d’Or. De mauvaises odeurs lui piquent le nez. Derrière la porte, des clients qui ont trop bu vont et viennent pour se mettre de l’eau sur le visage.

Soudain, on frappe contre le mur.

Une voix fine, sortie de nulle part, lui demande si elle veut faire « le coup du siècle » : cambrioler une boulangerie, car le pain se fait rare ! Et il est cher !

– Bonjour, Mina, je m’appelle ABZ. C’est un nom de code.

– Bonjour, répond Mina d’une voix grave et méchante. Qu’est-ce que vous voulez ?

– Tu as quinze ans, tu es petite et fine, tout pour m’aider, si tu le veux ! En échange, trois baguettes de pain te seront offertes.

– Tu es donc mon ami ?!!

La pauvre fille de quinze ans n’a pas d’amis. Elle a aussi une mauvaise moyenne à l’école et une famille pauvre. Tout pour être naïve.

– Bien sûr que oui ! J’ai mes dix-sept ans le mois prochain. Alors ? Tu fais le coup avec nous ?

– D’accord. Quel est ton prénom ?

– Octave.

– Ravi de te connaître, Octave.

Ce que Mina ne sait pas c’est que cet Octave se sert d’elle pour faire vivre sa famille.

– Rendez-vous dans une heure à l’Arc de Triomphe, il y aura des chenapans avec des masques.

Madame Boche se réveille brusquement. Elle se redresse sur son lit. Encore un cauchemar !

Elle se lève et découvre que sa fille n’est pas là. Elle s’affole et s’agite dans toute sa maison en criant :

– Mina ! Mina ! Mina ! Ma fille !

Mais sa fille travaille, voilà pourquoi elle est absente.

La concierge court à toute allure vers la blanchisserie et y retrouve Mina. Heureuse, elle l’autorise à continuer de fréquenter Octave. C’est un bon garçon et il est très charmant !

Finalement, elle convainc sa fille qu’il faut qu’elle persuade Octave de les aider financièrement !

Scène finale

Vers un nouveau départ !!

La situation financière de la famille Boche s’est arrangée un peu grâce à l’argent que ramène Mina.

Un jour, cette dernière est interpellée par sa patronne. Elle lui dit que sa mère va accoucher. Mina va chercher Octave puis se rend chez elle et découvre le visage de son petit frère : Paul.

Mina profite de ce bon moment pour annoncer son mariage avec Octave.

Monsieur Boche, lui, leur annonce qu’il a perdu son atelier, mais il dévoile que la famille du jeune homme payera toutes ses dettes.

D’ailleurs, les parents d’Octave les ont invités à vivre chez eux.

Madame Boche veut fêter ça, mais monsieur Boche refuse…

… à la grande surprise de madame Boche, il leur dit qu’il refuse désormais de toucher à une seule goutte d’alcool.

 

Le Réalisateur ET This is Perry

 

2 fantastiques histoires fantastiques

écrites par les élèves de 4e F et de 4e E du Collège Albert Schweitzer

avec la participation

d’Hélène FALLET et de Stéphanie DESICY, professeures

et de Michaël MOSLONKA – romancier (MM. Faiseur d’histoires)

illustrations de Dideji (son site : http://dideji.wix.com/dideji) et de Tiffaine (pour le visuel Lycée Bécassine)

 

Le réalisateur

par :

Aimy C, Tom C, Julie C, Honorine C, Léa D, Tristan D, Rémi D, Justine D, Lucas D, Antoine D, Mathilde F, Morgane H, Annabelle H, Gaëtan K, Jennyfer L, Théo L, Elody L, Lara M, Adrien M, Tobias M, Laura M, Tom M, Justine N, Rémy P, Juliette R, Owen S, Tony S, Antoine V.

4e E – classe de Madame SESICY

 

Chapitre 1 La vie d’Axel

Un beau jour d’automne, Axel est dans sa salle de bain. Au même moment, sa mère se prépare pour aller travailler. Ses sœurs sont déjà en cours, sa grand-mère dort. Concernant son père, Axel ne l’a jamais connu. Ce « beau-gosse » mesure un mètre soixante-dix-neuf, pourtant il n’a que quatorze ans. Il se regarde fixement dans le miroir, puis se met du gel dans les cheveux pour se faire une houppette. Aujourd’hui, il a décidé de mettre son débardeur gris, un léger pull bleu marine accompagné de sa nouvelle veste Lacoste. Ainsi dès qu’il enlèvera son pull, tout le monde verra ses muscles. Et pour le bas : un jean’s Lévis avec de très belles chaussures rouges.

Ce jour est particulier. Il en a assez de garder son homosexualité pour lui. Donc il veut en parler à sa meilleure amie. Jade est la seule personne à qui il parle. La seule personne avec qui il peut rigoler, s’amuser et surtout avec qui il pourrait draguer. Le jeune homme tremble. Il a peur de la réaction de son amie. Il craint qu’elle ne dise des choses méchantes.

Soudain, ce beau gosse devient pâle et commence à transpirer. Une boule se forme dans son ventre. Il est mal. Des larmes lui montent aux yeux. Il les sèche et met ses Ray Ban, car il ne veut pas qu’on voie qu’il a pleuré. Puis il sort de la salle de bains et croise sa mère. Une grande femme aux cheveux blonds et aux yeux marron. Elle porte un tailleur rose clair avec des escarpins noirs à plate forme.

– Pourquoi, mets-tu tes lunettes dans la maison ! lui demande-t-elle .

– Je veux voir si ça va bien avec ma tenue, répond-il.

– Ça te va bien ! Mais enlève-les. C’est malpoli de porter des lunettes de soleil à l’intérieur !

– Oui, tout de suite, maman…

Alors, elle voit qu’il a pleuré. Elle lui demande pourquoi. Il lui explique que c’est parce qu’il doit révéler quelque chose d’important à sa meilleure amie et qu’il a peur de sa réaction. Sa mère lui explique que ce soit important ou non, son amie doit être au courant.

* * *

Axel sort de chez lui et traverse le jardin pour aller au collège. Après ce qu’il a dit à sa mère, il se sent encore plus mal à l’aise. Le soleil l’éblouit, il décide de remettre ses lunettes de soleil.

Avant de partir, il se retourne un instant et contemple sa maison. Celle-ci se trouve au bord d’un lac. Ses tuiles rouges lui donnent un air méditerranéen. Il y a un cerisier dans le jardin, juste à côté de la fontaine. Une fontaine faite de pierres sur lesquelles s’accroche de la mousse. Sur le bord, un grand poisson crache de l’eau. Dans cette fontaine nagent des poissons argentés et flottent des nénuphars. Des tulipes et de la canne à sucre poussent à côté de l’arbre. Tout au fond de son jardin, on voit le petit chapiteau chinois en bois de chêne. Non loin de là, autour du lac, passent des vélos. Avant d’habiter ce charmant endroit, Axel vivait à Paris. Il a déménagé, car il se faisait insulter. Ses camarades se moquaient de lui parce qu’il a des gestes efféminés et qu’il prend soin de lui et de ses affaires.

 

Chapitre 2 L’accident

Axel se dirige vers son arrêt de bus pour se rendre au collège, le collège Jules Ferry. Il y a un magnifique ciel bleu. Son petit nez s’imprègne de l’odeur fraîche de cette belle journée. Le garçon décide de marcher pour profiter de ce beau temps. Sur le chemin, il admire les jolies petites feuilles jaunes des arbres. Il stresse toujours, si bien qu’il transpire à nouveau. Il décide de retirer son pull et son bonnet, et les met dans son sac à dos. Quand il enlève son bonnet, il dégage sa chevelure brune. Puis il replace délicatement ses cheveux. Soudain, il entend un crissement de pneus. Ainsi qu’un bruit violent.

Une voiture vient de heurter un jeune garçon d’à peu près dix ans ! Le conducteur sort de son véhicule en criant qu’il ne comprend pas. Il regarde l’enfant blessé et hurle qu’il ne parvenait plus à freiner. Puis il s’enfuit sans se retourner.

Axel se dirige rapidement vers l’enfant et appelle une ambulance. Le temps qu’elle arrive, il porte le jeune garçon en dehors de la route. Il enlève sa veste de son sac à dos pour la déposer sur le petit garçon inanimé. Il s’agit d’un petit blond aux cheveux bouclés. Il saigne à sa jambe droite. Il crie tellement il a mal. Dès que les secours arrivent, notre héros part aussitôt pour discuter de son homosexualité avec sa meilleure amie. Il se dit que la vie est trop courte pour cacher des choses à Jade.

* * *

Axel arrive au collège bien décidé à se confier à sa meilleure amie. Dès qu’il la voit, il fonce vers elle en enlevant ses lunettes de soleil. Jade est une fille de treize ans qui s’habille avec soin. Elle adore regarder les vitrines de grande marque de vêtements, mais n’a pas les moyens de s’acheter ces habits-là. Il se dégage d’elle un parfum de violette.

Elle se précipite joyeusement vers lui. Mais le visage d’Axel est fermé. Jade s’arrête et le regarde de ses très beaux yeux. Il est inquiet. Il la prend par le bras et l’emmène dans un coin éloigné, en dessous d’un arbre, à l’écart des autres élèves et des regards. Personne ne peut les entendre. Le brouhaha provenant du collège n’est plus qu’un murmure.

Axel prend une grande inspiration et lui annonce :

– Voilà, j’ai besoin de te dévoiler quelque chose d’important : je suis homosexuel !

Jade devient tout pâle. Soudain, elle se met à pleurer. En la voyant pleurer ainsi, Axel se vexe.

– Tu es comme ma sœur, Jade, voyons. Tu veux que je sois heureux ? Non ?

Il se sent mal. Il se demande pourquoi Jade réagit comme ça. C’est sa meilleure amie, une meilleure amie pour lui ne doit pas se comporter ainsi.

Il se sent très gêné.

Jade prend un mouchoir. Elle sèche ses larmes.

– Oui, tu as raison, murmure-t-elle en le regardant d’un air malheureux. Je ne veux que ton bonheur… Je t’assure, Axel, que je ne dirai rien.

Elle s’en va en songeant avec beaucoup de regrets au parfum à la violette qu’elle a mis spécialement pour le plus beau garçon du collège.

 

Chapitre 3 La cave

Il commence à faire noir et froid, le soleil se couche et la pleine lune fait son apparition dans le ciel assombri. La nuit arrive enfin pour Axel. Plus un bruit dans la maison ne se fait entendre. Toute la famille dort. Le jeune garçon ouvre la porte grinçante de la cave. Celui-ci emprunte les petites marches qui le conduisent à un vieux sous-sol où siègent une chaise et un bureau. Il sent une odeur très forte. Ça empeste. Une odeur d’humidité et de moisi ? Non, une odeur d’urine de chats. Les félins viennent y faire leurs besoins

Les rayons lactés de la lune passent par le soupirail et éclairent le bureau. Dans la rue, on entend des chiens qui aboient et des chats qui se battent. Axel se dirige vers des cartons où des livres poussiéreux s’empilent dessus. Il les prend et les pose sur le sol. Puis il en ouvre un. Comme d’habitude, il y trouve un petit livret. Il s’agit d’un vieux carnet rouge foncé avec une lanière en cuir marron dans lequel il aime y inventer des histoires. Le garçon l’ouvre et saisit son stylo quatre couleurs. C’est Jade qui le lui a offert – et il lui en avait offert un, aussi. C’est son stylo porte-bonheur. En pensant à son amie, il se sent mal. Le garçon l’écarte de ses pensées et commence à écrire.

* * *

Camel est homosexuel. Sa meilleure amie Alison veut lui faire part de ses sentiments, mais il ne lui a pas dit qu’il est gay. Alison est grande, blonde avec les yeux verts. Elle est toujours à la mode. Elle aime les couleurs voyantes. Le jeune garçon vit une histoire d’amour avec Kévin, un youtubeur de 15 ans. 15 ans, le même âge que Camel. Camel et Kévin ont découvert qu’ils avaient plein de points communs lorsqu’ils se sont rencontrés avec leurs potes dans un cinéma où ils s’étaient, comme par hasard, installés l’un à côté de l’autre. Ils aiment tous les deux les garçons. Ils aiment les jeux vidéo. Ils aiment aussi le sport et l’écriture sur Internet.

* * *

Axel arrête d’écrire. Il se sent beaucoup mieux, car écrire le rend heureux. Il ferme son carnet en tournant les pages délicatement. Il prend son calepin et le cache à nouveau au fond du petit carton marron. Il range le stylo offert par Jade dans son sac d’école, puis il éteint la lumière de la cave et remonte dans sa chambre. Une fois sur son lit, il envoie un SMS à sa meilleure amie pour lui dire bonne nuit et qu’il l’aime fort. Avant de s’endormir, Axel pense à ce qu’il va mettre, le lendemain, dans sa prochaine vidéo.

Au même moment, dans la cave, son ordinateur s’allume. Son PC se trouve à côté des cartons, sur une table en bois. Le mémo s’ouvre. Des phrases sont en train de s’écrire. Elles disent des méchancetés au sujet de l’homosexualité du jeune homme. Puis, d’un seul coup, tout s’efface.

Chapitre 4 L’amitié brisée

Axel arrive en bus, puis entre dans le collège. Mais sur son passage, les élèves l’insultent : « Regardez, voilà le sale gay », ou encore : « Sale homo ! Gros gay, va ! » En une fraction de seconde, ses sentiments amicaux pour Jade s’effacent. Sa meilleure amie l’a trahi, elle a tout raconté ! En milieu de matinée, il la retrouve en cours de sport. Dès qu’elle le voit, Jade se dirige vers lui pour s’expliquer, mais Axel se recule et il lui coupe la parole :

– Je n’ai pas envie de te parler, tu n’es qu’une grosse faux-cul !

Bouleversée par la manière dont il lui parle, elle le supplie :

– Je ne t’ai pas trahi, crois-moi, s’il te plaît !

– Comment expliques-tu que le secret que je t’ai confié, à toi seule, est parvenu à tout le monde dans tout le collège !!

Alors, elle lui jure :

– Je n’ai rien dit. Je te le promets ! Tu es tout pour moi… Crois-moi, je t’en supplie !

Axel lui balance en pleine tête :

– Je n’aurai jamais dû te faire confiance… De toute façon, tu n’en vaux pas la peine. Tu ne fais plus partie de ma vie.

– Toi non plus tu ne fais plus partie de ma vie ! réplique Jade.

En larmes, elle part en courant vers le vestiaire. Elle se cache dans un coin et pense aux bons moments passés avec Axel. Vingt minutes plus tard, elle pleure toujours autant. Elle a entamé deux paquets de mouchoirs quand une de ses amies la rejoint et lui demande :

– Dis-moi, qu’est-ce qui s’est passé avec Axel ?

– J’avais beaucoup de sentiments pour lui et, maintenant, il croit que je l’ai trahi. Je ne pourrai jamais lui avouer mon amour.

Quand le cours de sport se termine, ils ne se parlent toujours pas. L’amie de Jade essaye de les réconcilier, mais rien n’y fait.

* * *

Le lendemain, soir, après que sa famille soit profondément endormie, Axel est en train de faire le montage de sa vidéo. Lors qu’il est entré dans sa cave, il a découvert son ordinateur allumé. Il n’a pas compris pourquoi, car il est sûr de l’avoir éteint la dernière fois qu’il l’a utilisé.

Dans sa vidéo, il raconte l’histoire de Camel. Il a pris son carnet et a lu son histoire pendant que son ordinateur enregistrait le son. Une fois le montage terminé, il poste sa création sur YouTube.

Cinq minutes après, on se moque de lui. « Ta vidéo est vraiment pourrie, espèce de sale homo !! » lit-il en dessous de sa vidéo. C’est signé Raylike.

En colère, il prend son clavier et le jette à travers la cave. Il monte dans sa chambre, lance son oreiller sur sa porte avant de s’affaler sur son lit. Il repense au commentaire sur YouTube. Les gens sont décidément homophobes ! Il décide d’arrêter sa chaîne parce qu’il en a assez qu’on se moque de lui.

Alors, il pense fort à son père, et se souvient de ce que sa mère lui a révélé, un jour, sur cet homme. Il avait dix ans.

Cette journée était si paisible…, songe-t-il en regardant le plafond, mais cette nouvelle l’a gâchée. Elle a gâché aussi le reste de ma vie.

* * *

Il avait dix ans et sortait de la salle de bains… Voyant que sa mère pleurait, il lui a demandé :

– Mais, maman, que se passe-t-il ? Pourquoi tu pleures ?

– Mon fils, je dois te parler.

Ils se sont rendus sur le lit de sa mère.

– Axel, il est temps pour moi de t’expliquer ce qui s’est passé avec ton père. Tu n’es plus un bébé, tu es devenu grand.

– Explique-moi, maman ! Qu’est-ce qu’il est devenu, mon père ?

Alors, sa maman lui explique :

– Je me dois de te l’apprendre : ton papa, Jérôme, buvait trop et fumait de la drogue. Du coup, il a été très malade du cerveau et il est parti dans un hôpital psychiatrique.

Axel en est resté bouche bée.

– Il m’a dit qu’il reviendrait dès qu’il serait soigné, car il ne voulait pas abandonner son seul fils… Je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles. Voilà. Maintenant, tu sais pourquoi, je pleure, car je repense à ton père et je me demande s’il recouvrera un jour ses esprits. Il y a tellement d’années, maintenant, qu’il a été interné…

 

Chapitre 5 Le virtuel en réel

Axel commence à jouer à des jeux vidéo violents. Il crée une seconde chaîne qu’il appelle « Gamig » et produit une vidéo où les passagers d’un bateau de croisière se font tirer dessus. À peine postée la vidéo, un commentaire de Raylike apparaît : « Revoilà cette tapette en débardeur gris. Tu sers à rien, rentres chez toi ! »

– Je m’en fou…, réplique le jeune youtubeur en gardant son calme.

Le dimanche suivant, au matin, il pleut. Axel décide d’allumer la télévision. Il prend sa télécommande, appuie sur le bouton et découvre cette information : il y a eu une fusillade sur un bateau de la société de croisière américaine Rodcuise !

Ce qu’il a imaginé, voici deux jours, c’est réalisé ! Très surpris, il va revisionner sa vidéo et se rend compte que les événements sont bel et bien identiques.

* * *

La nuit est tombée depuis une heure, Axel est assis devant son bureau. Il a fermé la porte de la cave à double tour. Serein, il regarde des vidéos sur des accidents de voiture et sur des personnes handicapées. Tout est calme, sinistre. La cave est entièrement plongée dans le noir. Il s’éclaire à la lueur d’une bougie. Cela fait plusieurs jours qu’il ne se lave plus.

Et d’un coup, il a une idée !

Quatre jours plus tard, il se tient à l’entrée du collège. Le soleil brille dans le ciel bleu. Autour de lui, les élèves s’amusent. Axel les regarde sans leur prêter attention. Tout est flou. Il pense à Raylike. Il se demande si sa vidéo a fonctionné. Il tourne la tête et aperçoit un élève en fauteuil roulant. Celui-ci a une jambe paralysée. Il ne lui reste plus qu’un œil tout blanc et il est obligé d’utiliser une bouteille d’oxygène pour respirer. Axel réalise que cet élève a les mêmes handicaps qu’il avait imaginés dans sa vidéo.

– Oh ! putain, c’est lui, Raylike ? Raylike est un gars du collège !

Ce Raylike a des cheveux roux et des dents jaunes. Il est petit et pas très musclé. Axel sourit. Il est fier de savoir que sa vidéo a fonctionné. Jade arrive alors. Elle se précipite vers le garçon en fauteuil roulant.

Axel est étonné. Jade connaît ce Raylike !

* * *

Axel s’approche de Jade et de Raylike. Il veut parler à son amie. Mais, le garçon handicapé s’agite comme s’il le voyait et sentait que tout ce qui lui est arrivé est de sa faute. Axel recule, Raylike est au courant de tout !

Pendant ce temps, Jade s’aperçoit que le garçon handicapé ne va pas bien.

– Qu’est-ce qui se passe ? Calme-toi ! Allez, arrête. Je vais te chercher un verre d’eau, ça va aller et tu m’expliqueras. Ne bouge pas !

En partant lui chercher à boire, elle aperçoit Axel. Leur regard se croise. Les deux jeunes gens rougissent. Axel se sent obligé de lui parler, sauf qu’une fois à quelques pas de Jade, il s’aperçoit qu’elle a les yeux gonflés et rouges d’avoir pleuré.

– Euh… pourquoi as-tu pleuré ? lui demande-t-il.

La jeune fille lui avoue que le garçon en fauteuil roulant est son ex-petit copain. Son prénom, c’est Mickaël et elle a vécu sa toute première histoire d’amour avec lui. Elle raconte qu’il a eu un accident de voiture. Son ami, surpris, s’en va.

 

Chapitre 6 Qui est Raylike ?

Le lendemain, un camarade de classe vient voir Axel. Il s’appelle Damien. Damien prend un air sérieux. Il commence à bafouiller. Il lui raconte qu’il a vu, dans la rue, Jade et Mickaël, à deux, main dans la main. Il ajoute qu’ils se sont embrassés et que ce Mickaël serait un garçon méchant et violent. Il viendrait d’un village voisin appelé Hodyville.

Axel s’en fiche de tout ça ! Il trouve que c’est vraiment triste que Jade ne lui ait pas dit toute la vérité alors qu’ils sont censés être « meilleurs amis ».

Damien précise que Mickaël a déjà tapé Jade. Et là, Axel ressent de la rage monter en lui, car ce minable de Raylike n’a de cesse de lui gâcher la vie. Damien a un comportement très bizarre. Il a le regard fixant le vide et ne cesse de se tortiller dans tous les sens. Axel, aveuglé par la colère, ne s’aperçoit de rien.

En rentrant chez lui, il claque la porte et jette son sac, énervé, tel un lion en furie. Personne ne peut lui parler. Fou de rage, il se précipite dans sa cave pour créer une autre vidéo. Il a les sourcils froncés, les yeux remplis de colère, les dents serrées.

 

Chapitre 7 La rage d’Axel

Axel est tranquillement en classe et écoute le cours. Il pense pendant toute l’heure à sa vengeance qui aura bientôt lieu. Puis, le sol commence à trembler. Les élèves sont apeurés, ainsi que les professeurs, qui essayent de garder la situation en mains. Petit à petit, tout le monde sort du collège et se réunit dans la cour.

Le tremblement de terre se calme. Les professeurs font rentrer les élèves. Axel décide de s’éloigner du collège. Il marche jusqu’à ce qu’il trouve un endroit où il pourra voir la scène sans se mettre en danger. Quelques minutes plus tard, une deuxième secousse se fait sentir. Le tremblement de terre recommence. Plus violemment, cette fois ! Tout le collège est terrifié. Les vitres explosent et les portes se détachent des charnières. Elles sont projetées à douze mètres de leur emplacement initial. Mickaël est dans un couloir. Il est paniqué. Il ne sait pas où aller, car il est aveugle. Personne ne l’aide, car tout le monde panique, et Jade n’est pas là. Le plafond lui tombe dessus.

Le tremblement est si violent que personne n’a vraiment le temps de réagir. L’établissement s’effondre trop rapidement et tout le monde se retrouve sous les décombres. D’immenses nuages de poussière s’élèvent dans le ciel. Des rats sortent des ruines à toute vitesse. De son côté, Axel pense à Jade. Il est pris de remords, il court vers le collège. Mais c’est trop tard, l’établissement est devenu un énorme tas de gravats.

* * *

– Sauvez-moi, appelle une petite voix, apeurée.

Axel aperçoit Jade. Elle est tombée dans un immense trou. Elle s’est cassé une jambe et s’est fait mordre par les rats. Elle s’accroche à une saillie rocheuse. Elle hurle de peur. :

– Sauve-moi, Axel, s’il te plaît…

Elle s’accroche à son regard en se demandant s’il va le sauver après tout le mal qu’elle lui a fait.

– Tiens-toi bien, je ne veux pas te perde !

Après tout, si elle est dans ce trou, c’est bien de ma faute, pense-t-il.

Il prend son courage à deux mains, l’attrape par son gilet et la tire de toutes ses forces. Mais elle ne bouge pas d’un seul centimètre. Axel se rend compte qu’il ne pourra pas la sauver. Son amie le fixe droit dans les yeux. Il remarque qu’elle devine ce qui va lui arriver.

À ce moment précis, la saillie rocheuse craque.

 

Chapitre 8 Regrets

Axel est bouleversé, perdu. Il ne voulait pas tuer Jade, car, au fond, il l’aime comme une sœur. C’était juste un coup de colère. Mais pour elle, c’est fini… Il pleure et regarde une dernière fois le trou où Jade a disparu. Non loin de là, au bord de la montagne de gravats qu’est devenu le collège, Axel aperçoit le corps de Mickaël à l’agonie. Il s’empare d’une pierre et crie « VENGEANCE ! » en la lançant sur la tête de son ennemi. Il quitte les lieux au moment où les secours arrivent.

Il découvre alors que toute la ville a été frappée par le tremblement de terre, et se rend compte que tout est allé trop loin. Il se sent mal. Il pense brusquement à sa famille. Il a peur pour elle. Il se dépêche, il court le plus vite possible vers sa maison.

* * *

Axel trouve sa maison en ruines. Celle-ci s’est effondrée, en partie, dans le lac. Ses tuiles rouges qui lui donnaient un air méditerranéen sont toutes brisées. Le cerisier est tombé sur la fontaine et l’a explosée. L’eau jaillit de partout. Les poissons argentés sont éparpillés sur la pelouse. Les jolis nénuphars ont disparu. Tulipes et cannes à sucre ont été dévastées. Le chapiteau chinois en bois s’est écrasé sur lui-même.

Axel est bouleversé. En pleurs, il se rend sur les décombres et cherche sa famille. Il trouve sa grand-mère dans un état grave. Il découvre sa mère avec une jambe en moins et sa grande sœur saine et sauve, en train de pleurer, allongée sur ce qui avait été autrefois le toit de leur si jolie maison. Elle saigne du nez et de la bouche. Quant à sa plus jeune sœur, le garçon crie après elle. Mais elle ne répond pas. Des morceaux de plâtre et de béton sont tombés sur elle. Elle n’a pas survécu.

Axel se rend compte qu’il a fait la plus grave erreur de sa vie. Il s’effondre en hurlant de douleur et de regrets.

 

Chapitre 9 La ville du chaos

Axel marche dans des rues transformées.

La ville est dévastée. Tout s’est effondré. De nombreux secouristes se sont déplacés. Ils se dépêchent d’aller sauver les personnes en difficultés. Beaucoup de gens crient et pleurent. Des journalistes interrogent certaines personnes qui leur racontent alors l’événement dans les moindres détails. Les femmes s’occupent de calmer les enfants tandis que les hommes essayent d’enlever les survivants de sous les décombres. Les rues sont recouvertes de poussières. La ville est choquée, terrorisée.

Oh, mon Dieu ! se dit Axel. Quel massacre !

Il est perdu. Il a le visage poussiéreux et les yeux remplis de larmes. Effondré, il a regardé sa famille partir à l’hôpital. Sa mère et sa grand-mère ont été transportées par une ambulance dans une tente de la Croix Rouge, car il n’y avait plus de place dans les hôpitaux.

Axel est détruit. Il est tellement brisé qu’il est prêt à en finir avec la vie. S’il en avait la possibilité, il réparerait ses erreurs. Perdu, il cherche un moyen. À force de volonté, il lui vient une idée ! L’ordinateur !

 

Chapitre 10 Les restes…

Le garçon revient devant sa maison. Même s’il n’en reste rien du tout, il décide quand même d’aller voir dans la cave. Il commence à chercher la petite trappe qui y conduit. En poussant quelques gravats, il réussit à l’atteindre et emprunte les petits escaliers étroits qui y conduisent. À l’intérieur, tout est démoli… le plafond s’est affaissé. Tout est cassé, renversé. Les souvenirs de sa vie, de sa famille, il n’en reste absolument plus rien… Il pousse les débris et arrive à l’ordinateur.

Son PC est intact.

Le jeune youtubeur a du mal à l’allumer, mais, à force, il y parvient. Tout à coup quelque chose capte son attention, c’est une feuille arrachée de son carnet… il décide de la prendre pour la lire, sans trop savoir pourquoi, puisqu’il connaît son histoire par cœur. Axel se pétrifie. Une fin a été écrite sur cette page… Ce n’est pas son écriture…

Camel a rompu, car il n’avait plus de sentiments pour Kévin. Il veut s’aventurer maintenant avec une fille, car c’est peut-être différent avec une femme. Il voit une fille qui passe dans la rue. Il la trouve belle. Il s’approche d’elle. La fille, aussi, le trouve beau. Ils commencent à parler. À la fin, la fille décide d’embrasser Camel. Camel ressent des sentiments pour elle. Camel se rend compte qu’il n’est plus homosexuel.

Axel est surpris, comment son personnage aurait-il pu changer d’avis comme ça ? Et qui a pu écrire ça ? Il oublie ses questions. Pour l’instant, il a d’autres préoccupations. Il doit réparer ses erreurs et créer une dernière vidéo. Une vidéo qui répare tout.

 

Épilogue

Jérôme, le père d’Axel est dans sa chambre à l’asile Saint-Antoine d’Arkham, debout à la fenêtre. Il pense à son fils. Il est au courant de son homosexualité, car il a ensorcelé son téléphone pour savoir quel adolescent il était devenu. Axel l’utilisait pour faire des photos et, sur ces photos, lui et un autre garçon s’embrassaient.

Jérôme repense à la manière dont il a ensorcelé l’ordinateur de son fils. Allongé sur son lit, il a récité une formule spéciale dans sa tête. Juste avant il avait dessiné un symbole magique avec du sel qui provenait de ses repas du midi. Il l’a dessiné sous son lit pour éviter que les infirmiers ne le découvrent. Il croyait qu’Axel créerait une vidéo où il embrasserait une fille pour voir ce que ça ferait. Rien ne s’est passé comme il pensait. Il se demande s’il a eu raison ou pas. Au final il se dit que ce qui est fait est fait. On ne peut plus retourner en arrière. C’est lui qui a tout dévoilé au fameux Raylike. Il a fait en sorte que celui-ci reçoit un SMS anonyme le guidant vers la vidéo d’Axel. Il espérait voir son fils réagir et changer d’attitude. Il a même créé un accident pour voir comment il se comporterait.

Il y a quelques minutes, il a joué sa dernière carte. Il a récité une formule pour faire taire les gens dans les autres cellules, car il n’arrivait pas à se concentrer pour manipuler le carnet secret de son fils.

Mais cela a échoué !

Il se retourne et s’avance vers la porte grande ouverte. Le tremblement de terre qu’Axel a produit a détruit une partie de l’asile. Jérôme s’échappe pour retrouver sa famille.

* * *

Dehors, les rues sont calmes. Elles sont remplies de personnes qui marchent tranquillement. Le père d’Axel cherche sa famille partout dans la ville. Dans leur maison, il n’a vu que des inconnus. Il espère la retrouver pour vivre heureux. Alors, il prend une carte du Monde. Il la pose sur le sol et récite une formule. Il attend qu’un point s’allume, mais rien ne se passe. Sans aucun espoir, il décide de tout abandonner. Il est triste. Il ne veut plus espionner son fils.

Je n’en ai plus le courage, se dit-il. De toute façon, même avec mon pouvoir, je n’arrive à rien. Et puis, pourquoi m’énerver comme ça sur lui ? Après tout, c’est sa vie. Il fait comme il le sent ! Je vais me calmer, au loin, à la campagne. Je vais refaire ma vie, ne plus penser à lui. Mais je sais qu’un jour, je le retrouverai et je l’aimerai…

 

Il était une fois, les autres titres du Réalisateur :

La réalité des vidéos

L’adolescent au réel pouvoir

Magic YouTube

L’incroyable histoire d’Axel

Chaos Head

La vengeance

De père en fils

Meilleurs ennemis

 

 

This is Perry !

Par :

Perrine B ; Gaelle B ; Alexis C ; Gawen C. ; Nicolas C ; Florine D ; Julie D ; Mathys D ; Alan D ; Tiphaine D ; François D ; Margaux D ; Emma D ; Augustin F ; Elodie F ; Océane F ; Constance G ; Aurélien H ; Fanny H ; Bryan L ; Maxime L ; Flavian L ; KIllian L ; Amandine L ; Soraya L ; Clara M ; Guillaume M ; Léo P ; Wendy T

4e F – classe de Madame FALLET

 

Chapitre 1 Préparatifs pour une journée stressante

Par un beau jour d’automne, dans une maison de campagne, Mickaël se réveille, un peu fatigué… Il veut se recoucher, mais il a cours.

Aujourd’hui, c’est le grand jour. C’est la rentrée des classes. Le jeune adolescent est stressé de ce début d’année au Lycée Bécassine, il appréhende sa journée. Il est nouveau et il a peur de se retrouver dans une classe où il n’y aurait pas ses amis du collège. Julien qui aime beaucoup le sport et Antoine, un gentil garçon qui n’a pas eu beaucoup de chance. Celui-ci s’est retrouvé en fauteuil roulant après un accident de voiture. Il s’est fait renverser alors qu’il allait à la bibliothèque. Mickaël connaît Antoine depuis son emménagement à Hodyville, il y a huit ans, car c’est son voisin.

Son père entre dans sa chambre en évitant de faire trop de bruit et lui demande :

– Ça va, mon fils ? Tu n’es pas trop stressé ? Tu veux que je t’apporte ton petit-déjeuner ? Tu…

– Non, non, c’est bon papa, ça va aller, rétorque Mickaël. Va déjeuner.

Richard Bouvin, son père, est grand. D’après son fils, l’homme n’a pas « un poil sur le caillou. » Par contre, il a une barbe brune qu’il entretient avec soin. Mickaël trouve cela ringard.

L’adolescent de quinze ans aurait préféré faire la grasse matinée. Il a des maux de ventre, en pensant à sa journée. Il finit par dire au revoir à son lit : « À ce soir ! Et ne bouge pas d’ici, je veux te retrouver à mon retour ! »

Puis il sort de sa chambre. Il descend dans la cuisine en traînant les pieds pour prendre son petit-déjeuner que son père lui a concocté. Mickaël mange sans appétit des tartines de Nutella et même ses Miels Pops qu’il aime tant. En revanche il ne boit pas son bol de chocolat chaud.

– Alors, petit ? Prêt pour ta journée avec tes pauvres amis ? se moque son grand frère.

– Laisse-moi ! Et puis, moi et mes amis, nous allons faire un carton cette année ! riposte Mickaël.

Sans lui laisser le temps de répondre, il va s’habiller.

Il enfile un jeans, puis met un t-shirt à longues manches afin de dissimuler les plaques dues au stress qui sont apparues sur ses bras.

* * *

Richard Bouvin est en train de visionner un documentaire où des habitants du Rwanda tuent des gens devant leur famille. Quand Mickaël passe par le salon, son paternel change de chaîne.

– Tu es sûr que ça va aller, fiston ?

– Oui, ça ira, papa, ne t’inquiète pas, le rassure Mickaël en cachant sa crainte de n’être pas avec ses amis.

Dès qu’il est prêt à partir, l’adolescent embrasse son père :

– À ce soir, papa, dit Mickaël. Souhaite-moi, bonne chance.

– Non, je ne te souhaite pas bonne chance…

– Pourquoi ?

– Sinon, cela va te porter malheur.

Son frère intervient à nouveau :

– Parce que de toute manière tu es bon à rien !

– Oui, si tu veux ! Mais moi, au moins, je ne rentrerai pas à la maison couvert de bleus parce que je me serai battu !

Mickaël va chercher, dans son garage, la trottinette électrique qu’Antoine lui a donnée. Au bout d’une demi-heure, il arrive à son nouveau lycée, un peu inquiet de la journée qui s’annonce.

 

Chapitre 2 La reprise, toujours un problème

Le lycée Bécassine est plutôt petit, mais long. Il comporte quatre bâtiments et un étage. L’établissement est violet et, à l’intérieur, il compte deux parties. Deux édifices sont consacrés pour les filles et les deux autres pour les garçons. Dans les classes des filles, les murs sont fuchsia, le sol rose pailleté, contrairement aux salles des garçons dont les cloisons sont bleu clair et le parquet plus foncé. C’est un lycée privé.

Mickaël range sa trottinette électrique dans le local à vélo. Il se rend au panneau où sont inscrites les classes et il cherche le nom de la sienne qu’il trouve tout de suite. Beaucoup d’élèves crient dans la cour dès qu’ils se voient. Ils sont contents de se retrouver. Excepté Mickaël.

Il est en seconde 1A, sans Antoine et sans Julien. Quand, en plus, il découvre avec qui il est, cette année, il jette son sac à terre. Il finit par le ramasser et repart dans la cour où il rencontre, par hasard, Antoine. Antoine est blond avec une crête, des chaussures Adidas montantes, il est en fauteuil roulant. Il porte aussi un pull noir. Sous son pantalon, il a de fines jambes tordues avec énormément de cicatrices dues à son accident. Mickaël est le seul à être au courant, car Antoine en a honte.

Les deux garçons sont heureux de se revoir, car, pendant les vacances, Mickaël est resté à Hodyville et son ami est parti en Bretagne. Antoine l’informe qu’il est dans la classe des handicapés. Michaël explique que, de son côté, il est tombé dans une mauvaise classe.

Son meilleur ami lui demande :

« Pourquoi, tu n’aimes pas ta classe ?

– Car je suis tombé avec mon pire ennemi.

– Ah, oui, Damien ! s’exclame Antoine. Mon pauvre ! Pas de chance !

– Oui, t’as raison, soupire Mickaël, pas de chance !

La sonnerie retentit agréablement.

– Bon, dit Antoine. À tout à l’heure, à la récréation !

Ils se font un « tchec » pour se dire au revoir et se séparent pour rejoindre leur rang.

* * *

La journée de Mickaël commence. Lors de son premier cours, il veut répondre à une question venant de sa professeure d’espagnol, mais lorsqu’il prend la parole, Damien la lui coupe en disant qu’il raconte n’importe quoi. Mickaël ignore son intervention. Ce n’est pas la première fois que ce genre de choses se produit. L’année scolaire dernière, il parlait avec Antoine lorsque Damien et ses copains sont venus les embêter en leur disant qu’ils étaient des fous et des incapables. Damien est grand, blond et bien habillé. Il a les yeux bleus et son apparence intimide Mickaël.

Aujourd’hui, Damien est de mauvaise humeur. Dès que quelqu’un lui parle, il l’envoie balader. Avant d’entrer en cours, il l’a dévisagé de haut en bas.

– Toujours aussi mal habillé, lui a-t-il fait la réflexion.

À midi, Mickaël découvre la cantine et trouve le repas très bon. Il y a, au menu : en entrée, de la salade avec des tomates, et, comme plat, un hamburger avec des frites et des sauces. Le dessert est une tartelette à la fraise et des glaces. Mickaël a choisi la tartelette à la fraise, car il adore les fruits.

Après avoir rempli son plateau, il s’installe à une table. À ce moment-là, Damien passe à toute vitesse et lui vole sa tartelette aux fraises. Mickaël se dit que son pire ennemi est sûrement très bête pour prendre ainsi son dessert.

 

Chapitre 3 Rencontre avec la vieille femme bossue

Mickaël est particulièrement déçu de cette première année de lycée qui s’annonce. Il va chercher sa trottinette au local et sort du bahut. Sa professeure principale est sa professeure d’espagnol. Elle s’appelle Tisofa. Elle est très gentille, mais quand il voit les autres professeurs, il est démoralisé. Sa professeure de français, Fakel, est ennuyeuse. On s’endort dès qu’elle parle. Triste, il ne veut plus aller en cours. Il a envie de pleurer, mais il se retient, car les autres élèves vont se moquer de lui. Alors, il se cache sous sa capuche. Il rentre chez lui en trottinette électrique. Et Hodyville, ce village bordé de fleurs aux parfums multiples où il habite, lui remet immédiatement un sourire aux lèvres.

Le jeune homme passe devant la mairie, un immense bâtiment aux couleurs courtoises peuplé de petits oiseaux qui gazouillent. Il s’enfonce un peu plus dans le village en passant par la boulangerie. L’odeur alléchante lui fait acheter un petit pain. Après ce goûter, il passe dans la rue du manoir délabré de l’étrange femme âgée de Hodyville. Le nouveau lycéen perd son sourire en voyant les corbeaux aux yeux perçants mangeant une carcasse de rats. Un immense épouvantail lui adresse un large sourire niais. Autour de son cou, se balance un attrapeur de rêves.

Soudain la vieille femme sort de chez elle ! Ses cheveux crépus ressemblent à un nid d’oiseaux. Elle est bossue et a l’air d’un squelette. Cette drôle de dame donne la chair de poule aux passants, mais chez Mickaël, son apparition provoque le retour de ses plaques. Le jeune homme recule d’un pas. La vieille femme lugubre se dirige vers lui en boitant. Mickaël s’enfuit aussi vite.

* * *

Une fois chez lui, Mickaël se précipite dans la salle de bains et fait couler de l’eau très froide. Son père entre et le trouve avec les bras sous l’eau. Il l’interroge sur ce qu’il fait dans la salle de bain. Mickaël répond assez gêné qu’il se lave, car il est tombé en trottinette.

Quand, il voit les plaques, son père lui demande :

– Mon fiston à « mwa », pourquoi es-tu stressé ?

Richard sait que ces plaques sont dues à l’anxiété.

– Je ne suis pas dans la classe de mon meilleur pote, mais je suis dans celle de Damien, râle son garçon.

Richard Bouvin veut l’emmener chez le proviseur pour qu’il change de classe. Mickaël fait un signe négatif de la tête. Son « papounet » tente, toutefois, de le convaincre.

Énervé par tant d’insistance, Mickaël crie de toutes ses forces :

– NOOOON ! Je n’irais pas !

– Damien n’est qu’un turbulent, il n’a rien d’autre à faire que de te provoquer ! Tu verras tes copains pendant les récréations et à la sortie des cours.

Sur ces mots, son père ferme la porte avec tristesse et redescend.

Mickaël est à bout. Il n’a vécu qu’une seule journée de cours et il est déjà surmené.

 

Chapitre 4 Perry, l’ornithorynque

Trois mois plus tard, Mickaël s’amuse aux jeux vidéo dans sa chambre avec son animal de compagnie. Perry, un ornithorynque de zoo qu’il a domestiqué. Sa chambre est blanche. Il y a un lit mezzanine et, en dessous, il y a sa télévision et son bureau. Le jeune lycéen joue à Pokémon version X Pikachu. Il est à fond dans le jeu quand, tout à coup, Perry saute sur sa DS. Le jeu coupe ! Mickaël devient furieux, car il n’avait pas enregistré la partie. Perry attrape la manette et court partout dans la chambre. Mickaël lui crie après, mais l’animal n’écoute pas. Pris d’une rage folle, Mickaël l’attrape, reprend la manette de jeu du bec de l’ornithorynque et le traite de tous les noms en lançant la manette à travers la pièce. Par malheur, elle atterrit dans la figure de son père.

Ayant entendu hurler, son père est venu voir ce qui se passait. Son daron, furieux, lui crie dessus :

– T’es maboul, ça fait mal ! Il faut calmer tes sautes d’humeur !!!

Il ramasse la DS et gronde :

– Bien fait pour toi, tu l’as cassée !

Mickaël regrette son geste, il demande pardon à son père, mais celui-ci le punit de console et de télévision. Le garçon se met à pleurer. Ils se parlent alors pendant une quinzaine de minutes et se mettent d’accord pour que Mickaël ne recommence plus. Puis Richard Bouvin lève la punition et va préparer le repas.

Lors du dîner, Richard renverse de la soupe sur les parties intimes de Mickaël.

– Aïe, c’est douloureux ! s’exclame son fils.

– Oh ! Désolé, s’excuse son père. En ce moment, je suis fatigué et je n’ai pas fait attention. Pour me faire pardonner, je vais te racheter une DS.

– Et moi ! ? J’ai le droit de rien ? s’exclame le frère de Mickaël. La fois dernière, moi aussi, je me suis énervé et j’ai rien eu !

* * *

Mickaël entend son ventre gargouiller.

– Maman, j’ai faim !

Sa mère est très débordée. Elle lit un livre en face de la cheminée.

– Il y a des restes de pâtes à la bolo d’hier dans le frigo du garage ! s’écrie-t-elle. Celles dont tu aimais l’odeur, mais détestais le goût. Tu te souviens ?

Mickaël refuse de manger, une fois de plus, des pâtes à la bolognaise. Sa mère se lève et le tape en lui disant qu’il n’y a rien d’autre, car, en ce moment, gagner de l’argent c’est dur. Le garçon va dans leur petit jardin et trouve des tomates. Il se prépare donc, tout seul, une salade composée. Il coupe les tomates en fines rondelles avec un énorme couteau de boucher. Sa mère profite alors de sa bonne volonté pour qu’il fasse la vaisselle.

– Laisse-moi tranquille sinon tu retrouveras mon couteau dans ton cœur ! lui dit-il.

– C’est que j’en ai marre d’être ta bonne ! se justifie-t-elle avant de retourner lire.

Énervé, Mickaël cache son couteau dans le dos et avance doucement sur la pointe des pieds, en direction de sa mère. Il lui plante le couteau en plein cœur.

Mickaël se réveille complètement affolé. Il est déboussolé. Le pauvre garçon revoit sa mère s’écrouler, et baignant dans un lac de sang. Toute la journée qui suit, il ne cesse de penser à elle. Sa mère est morte lors d’un accident en revenant du travail. Sa voiture allait trop vite. Elle a manqué un virage et s’est écrasée dans le mur d’une ferme. Suite à ce tragique accident, certainement pour qu’il ne s’en souvienne pas trop, son père a décidé de démanger. C’est ainsi que Mickaël s’est retrouvé à vivre à Hodyville.

Durant toute la journée, Perry le suit partout. Il lui fait des grimaces, produit des bruits de chèvre, de vache, d’idiot. Il se cache partout : il se met dans les sacs des gens, sous les chapeaux et derrière les vitrines des magasins. À plusieurs reprises, Mickaël se rend compte qu’il l’espionne. Son ornithorynque le guette sournoisement, caché dans l’ombre. Le lycéen lui dit de partir en lui jetant des cailloux. L’animal le regarde dans les yeux d’un air malheureux et s’en va en gémissant.

 

Chapitre 5 La colère ne se contrôle pas

Mickaël est en plein devoir surveillé de français. Il doit remplir un QCM de vingt-cinq questions sur la pièce Roméo et Juliette de Shakespeare. Il ne parvient pas à y répondre, car il ne connaît que la fin où les personnages se suicident. Il la trouve cool. Il aime bien ce qui est sanglant, mais pas les histoires d’amour. Madame Fakel est en train de corriger des copies et joue, en même temps, à des jeux sur son portable. Pendant ce temps, discrètement, Damien s’avance vers Mickaël, le pousse, se moque de lui et repart tout en rigolant. Mickaël préfère l’ignorer pour que l’histoire se termine. Soudain, il devient tout rouge. Il se tient la tête entre les mains. IL A MAL AU CRÂNE !! Il jette sa table et part en criant : J’en ai marre de Shakespeare !

– Hey, c’est mon pied, ça ! hurle l’élève qui a reçu la table sur son pied.

S’ensuit, un blanc. Étonné, tout le monde se regarde, sans parler.

Alors, les élèves, choqués, s’étonnent :

– Il est malade ou quoi ? crie Benoît, le premier de la classe.

– Il mériterait une leçon de morale pour nous avoir fait perdre notre temps, dit Damien avec un air moqueur.

– N’empêche, il doit avoir un truc dans sa tête.

– Ouais, ça doit être un débile mental, ricane Damien.

L’élève qui, lui, a reçu la table sur son pied est très en colère, car il a mal à son orteil.

– Vous, au moins, se plaint-il vous n’avez pas été brutalisé par sa saute d’humeur !

La professeure de français est bouche bée. Elle recule, faisant voler dans la classe toutes les copies qu’elle corrigeait, et écarquille les yeux. Les larmes lui montent aux yeux. Elle court chez le proviseur le prévenir de l’attitude de Mickaël. Pendant ce temps, celui-ci traverse les couloirs du bâtiment des garçons, puis celui des filles. Il tape du pied, donne des coups de poing dans les murs.

– C’est quoi, ça ? s’étonne une fille aux longs cheveux bruns, aux yeux bleus. Très coquette, elle est du genre à sourire toujours. Elle s’appelle Jade. L’adolescente se trouve dans les couloirs, car elle a oublié son carnet dans une autre salle. Mickaël la croise. Elle essaye de lui parler, mais il la rembarre.

***

Dans la cour, la neige recouvre le sol. L’air est glacial. Mickaël a mal à la tête. Il reprend conscience. Il se sent un peu mieux, mais l’air lui brûle la gorge. Le jeune homme commence à avoir froid. Il respire très fort et fume une cigarette pour se calmer… Il se sent très mal, car il se rend compte qu’il n’arrive pas à contrôler sa colère. Il regrette tellement son comportement envers son professeur et ses camarades.

Jade s’approche alors du jeune homme. Mickaël la reconnaît et s’excuse pour sa réaction. Au même moment, un surveillant arrive et les interrompt. Il a été appelé par la professeure de français. Il est surpris et énervé, car Mickaël n’est pas un perturbateur.

– Mickaël, tu as vu ce que tu as fait ? lui dit le surveillant. Tu vas dans le bureau du Principal tout de suite ! Et tu devras t’excuser auprès de tes camarades !

– Bah ! Pourquoi ? veut savoir le jeune homme d’un air désolé.

– Un de tes camarades s’est pris la table sur le pied !

* * *

Pendant qu’il se dirige chez le principal, Mickaël repense à ce qu’il a fait. Il a sûrement réagi comme ça, car il était stressé, mais cela n’empêche pas le sentiment de culpabilité qu’il ressent au fond de lui. En chemin, Mickaël s’arrête et s’assoit. Il pleure, car il a blessé un de ses camarades. Ensuite, il se lève et sèche ses larmes. Une fois devant le bureau du directeur, il respire un grand coup, frappe et entre. Monsieur Datle se lève et lui ordonne :

– Assis-toi, mon garçon !

Mickaël s’exécute.

Monsieur Datle lui demande de s’expliquer. Après avoir entendu sa version des faits, il le regarde en fronçant les sourcils et le dispute. Ensuite, il le renvoie du lycée pendant quatre jours pour lui faire prendre conscience de la gravité de son acte. Durant ces quatre jours, Mickaël devra réaliser des travaux d’intérêt général : nettoyer la cantine, la cour et les salles de classe.

 

Chapitre 6 Le rêve déclencheur

À la fin des cours, Mickaël retient Antoine et l’emmène dans le hall du concierge. Bloqué dans son fauteuil roulant, le jeune homme handicapé, paniqué, hurle. Il ne peut pas se sauver à cause de ses jambes paralysées. Mickaël lui donne une claque pour le faire taire.

– Antoine, on est ami depuis longtemps, commence-t-il, je dois te dire que j’ai, moi aussi, une maladie : je suis schizophrène.

– T’inquiète, je le sais depuis longtemps.

– Comment le sais-tu ? demande Mickaël avant de s’interrompre. Chut ! Il y a du bruit.

Ce sont les femmes de ménage. Elles font tellement de bruits que Mickaël ferme les yeux et se bouche les oreilles. Lorsqu’il les ouvre, son camarade a changé de visage.

– Mickaël, je suis ton père ! s’exclame Antoine.

Sa toute nouvelle tête a un air méchant.

– Nooooooooooooooooon !

Et Mickaël le pousse sur la route où une camionnette l’écrase.

Le jeune homme se réveille dans son lit. Encore un cauchemar !

– Je suis un tueur en série ! s’exclame-t-il, désemparé.

Soudain, il devine que sa mère n’est pas décédée dans un accident de voiture. Il croit qu’il l’a tuée. Peut-être, a-t-il tué d’autres personnes. Il doit parler à quelqu’un de sa maladie, mais surtout pas à son père !

– Tu as raison, approuve Perry.

L’ornithorynque se tient debout sur son lit. Il a le poil couleur vert d’eau, un bec de canard et une queue de castor jaune orange. Il porte un chapeau et le fait tourner sur son doigt.

– Si tu en parles à ton daron, continue-t-il, il t’emmènera de force dans sa voiture, tu ne pourras pas l’en empêcher. Tu vas te débattre, mais ce sera inutile ! Il t’assommera avec la barre en fer qui est sous le siège passager. Il t’emmènera chez elle. Oui, tu sais de qui je parle. La vieille femme du manoir !!!

Richard Bouvin entre alors dans la chambre avec un visage inquiet.

– Ça va, fils ? Tu n’as besoin de rien ? Tu as besoin de te rafraîchir ? Ou d’un médicament ?

– Non ! l’envoie balader Mickaël. Sors et retourne dormir !

* * *

Mickaël réalise ses travaux d’intérêt général. Suite à cette punition, son père lui a dit qu’il l’aimait beaucoup, que ce n’était pas grave. Pour le consoler, il lui a permis de sortir avec ses amis. Un soir, Mickaël passe prendre son voisin, Antoine, et va au Kebab. Mickaël se réjouit de cette sortie au resto.

Ils arrivent au restaurant. Julien les y attend depuis cinq minutes. Il s’est habillé pour son entraînement de football à vingt heures trente. Au fond de la salle, un large écran plat diffuse un match de foot. Julien grand amateur de sport regarde la télévision. Une odeur de frites et de viande se propage dans la pièce. Une fois attablés, les deux camarades de Mickaël mettent une bonne ambiance. C’est Antoine qui passe la commande pour le groupe et la serveuse leur apporte leurs repas.

– Quel bonheur de pouvoir reparler avec ses meilleurs amis, dit Mickaël.

Néanmoins, il n’arrive pas à rire avec eux ou même à suivre la conversation. Il pense au cours de français. Remarquant que quelque chose ne va pas, Antoine l’interroge :

– Mickaël, raconte-nous ce qui se passe.

– D’accord…

Et il parle de ses mésaventures. Ses deux amis le rassurent, mais il ne les écoute pas et il raconte, raconte et raconte :

– En plus, j’ai des hallucinations, des cauchemars horribles. J’ai rêvé que je tuai ma mère avec un couteau de boucher. Je suis persuadé qu’elle n’est pas morte dans un accident de voiture. Je pense que c’est moi qui l’aie tuée, car mon cauchemar est, sans doute, une vision du passé.

Julien sourit :

– Bonne blague Mickaël, tu as trouvé ça sur Internet ?!

Antoine le croit : son ami ne mentirait pas sur ça.

Derrière son dos, Jade l’écoute avec attention.

La jeune fille les a suivis avec ses amies. Elle a entendu parler de leur sortie. Julien expliquait à un ami : « Pas besoin de me prendre pour l’entraînement, je serai juste avant au Kebab avec Mickaël. » Elle a donc invité ses copines et elles se sont assises non loin d’eux. Préoccupé par ses problèmes, Mickaël ne l’a pas vue entrer. Celui-ci, persuadé que personne ne le croit, choisit de ne pas revenir sur ses problèmes. Le repas se poursuit. Il finit à peine son kebab qu’Antoine décide de partir. Son ami en fauteuil roulant doit finir ses devoirs qu’il a eus pour le lendemain. Julien décide également de quitter le kebab.

Mickaël, qui n’a pas envie d’être seul leur demande de rester.

– Désolé, je dois partir. Je ne dois pas être en retard, répond Julien, l’entraîneur est strict donc, euh…

– Et puis, poursuit Antoine, je n’ai pas envie de me prendre une remarque pour ne pas avoir fait mes devoirs !

Mickaël regarde ses deux amis s’en aller. Il ressent alors des sensations désagréables : des picotements au bout des doigts. Des plaques rouges apparaissent sur ses mains. Il commence à avoir mal à la tête. Sa schizophrénie arrive, il le sait. Soudain, un flash l’aveugle, et Perry apparaît devant lui. Debout sur ses pattes arrière, il regarde Mickaël, l’air inquiet et affolé.

– Sors, Michou ! lui dit-il. Ou les gens vont savoir que tu es schizophrène !

Furieux, « Michou » court après l’animal et sort du restaurant. Dehors, Perry s’est assis sur le fauteuil roulant d’Antoine.

– Non, non, non, s’effraye soudain l’ornithorynque. Ne me pousse pas !

Mais Mickaël le pousse. Perry tombe sur la route, et, à ce moment-là, une voiture le percute.

Mickaël découvre, alors, à sa place, Antoine qui est allongé sur la route.

Il vient d’avoir une hallucination !

Julien court vers leur ami en pleurant. Jade le rejoint aussi, très inquiète. Elle s’accroupit et prend conscience de la gravité des blessures d’Antoine. Elle se retourne vers Mickaël. Elle le regarde bizarrement en repensant à ce qu’il a dit à ses amis.

– Mais, mais, qu’as-tu fait ? lui dit-elle, choquée.

Mickaël contemple son ami. Celui-ci ne bouge plus. Il ne fait plus aucun mouvement. De son thorax, plus un souffle ne sort. Le jeune homme s’écroule en pleurant.

– Je suis qu’un minable, se lamente-t-il.

Il entend alors : « psst ! Psst ! »

Perry est sur le toit de la voiture. Il lui fait signe de le rejoindre.

Mickaël regarde l’ornithorynque.

– Sors de ma tête ! hurle-t-il. Laisse-moi tranquille ! Tout est de ta faute !

Toutes les personnes aux alentours le dévisagent d’un air stupéfait. Il se relève et s’enfuit.

Antoine se retrouve plongé dans le coma. Trois jours plus tard, il décède… Son fauteuil roulant a été récupéré par les pompiers pour le rendre à ses parents qui le donneront à une association.

 

Chapitre 7 Amis/ennemis

Mickaël s’est rendu à l’enterrement d’Antoine. Durant les funérailles de son ami, Julien ne lui a pas adressé la parole sauf pour lui demander de s’en aller. Le jeune homme culpabilise. Il est mal. Il se dit que sa maladie empire.

Après une semaine de cours sous des regards accusateurs, au détour d’un couloir, Damien lui crie :

– Eh ! Mickaël, c’est pourri comme prénom !

Mickaël court aux toilettes dans lesquels il fond en larmes. Il frappe contre les murs et jette tout ce qui lui tombe sous la main.

Après cette manifestation de colère, il sèche ses larmes, reprend ses esprits et sort. Il tombe, alors, nez à nez, avec Damien. Mickaël commence à le pousser et son ennemi, à le repousser. Puis tout tourne en bagarre. Ils sont séparés par les surveillants qui les amènent dans le bureau du Principal. Celui-ci convoque immédiatement les parents de Damien ainsi que Richard Bouvin.

* * *

Dès le début de l’entretien, le père de Mickaël s’emballe :

– Je n’ai pas à justifier le comportement de mon fils !!

Il se lève brusquement en tapant du poing sur le bureau du proviseur. Ce dernier apeuré recule sa chaise et se défend :

– Je… je… je ne veux pas de violence dans mon établissement !

Richard Bouvin rétorque en le prenant par sa chemise :

– Et moi, je ne veux pas que l’on engueule, mon fils !

Il prend brusquement Mickaël par la main et l’emmène en dehors du bureau. Une fois dans le couloir, Mickaël dit à son père de le lâcher, car il a eu honte de sa réaction. Puis il se sauve. Dans sa fuite, il est intercepté par Jade, très inquiète, qui lui demande si tout va bien.

– J’ai été convoqué chez le principal et tu me demandes si ça va !

Mickaël est rouge comme s’il allait exploser et la repousse.

– Mais, je…, essaye de lui dire Jade.

Le garçon l’interrompt :

– Je me fiche de tes explications, Perry. De toute façon, depuis que tu es là, j’ai plein de problèmes !

– Perry ? Tu ne me reconnais pas ? panique la jeune fille. C’est moi, Jade.

– Tais-toi ! s’énerve Mickaël. Depuis le début, tu essayes de m’embrouiller. Tu me l’as dit toi même que tu t’appelais Perry, alors fais pas l’innocent !

– Calme-toi, répond la jeune fille. Tu es juste énervé.

– Maintenant, Perry, va-t-en ! la chasse Mickaël. Je ne veux plus jamais te voir !

Le jeune homme lève la main quand il aperçoit Jade devant lui à la place de l’ornithorynque. Il a l’impression de se réveiller d’un coup. Il est embrouillé, sa tête tourne. La jeune fille essaye de lui parler, mais il s’enfuit sans se retourner.

***

Le lendemain, Mickaël retourne au lycée. Il regrette de s’en être pris à Jade. Dans les couloirs, il croise Damien, mais il l’ignore. Sauf que son ennemi l’interpelle.

Mickaël s’arrête de marcher et le fixe avec un regard noir. Damien tente de s’excuser, mais il remarque que les regards des autres élèves sont braqués sur lui. Il se rattrape et lâche tout simplement :

– Rejoins-moi au café, au coin de la rue, à la fin des cours.

Toute la journée, Mickaël se demande si c’est une bonne idée d’y aller. Il pense à Antoine qu’il a perdu… Il s’interroge. Il songe à Julien et à Jade qui se sont détournés de lui. Il aimerait tant leur reparler. Il décide d’accepter. De toute façon, il n’a plus rien à perdre. À la fin des cours, il va donc au lieu de rendez-vous. Damien est en train de boire un café. Il l’invite à s’asseoir. Mickaël refuse. Mais comme son pire ennemi ne dit rien, il lui demande :

– Pourquoi m’as-tu fait venir ici si tu n’as rien à me dire ?

– Je t’ai fait venir pour m’excuser…, se justifie Damien avec un air triste.

Puis il demande :

– Pourquoi as-tu fait ça, à Antoine ?

Mickaël reste silencieux. Il souffre au fond de lui-même.

Voyant qu’il ne dira rien, Damien l’invite de nouveau à s’asseoir. Cette fois Mickaël accepte.

* * *

Damien lui demande s’il veut boire quelque chose : un coca-cola, peut-être ? Michaël acquiesce et une serveuse leur apporte deux sodas. Peu de monde fréquente cet endroit, néanmoins, il y a beaucoup de bruits : quelques clients qui parlent fort ainsi qu’un match qui se joue sur l’écran de télévision du café. Brusquement, Mickaël demande à Damien pourquoi sa mère n’a pas assisté à la convocation.

De mauvaise grâce, Damien grogne :

– Ma mère est morte d’un arrêt cardiaque, un peu avant la rentrée. C’est pour ça que j’étais de mauvaise humeur, en septembre… Depuis sa mort, je me sens abandonné. j’aimerai bien avoir une mère. Et puis… j’en ai marre de toujours m’éloigner de mes amis.

En songeant à sa propre mère, Mickaël ressent de la tristesse. Il dévoile soucieusement à Damien que la sienne est décédée, elle aussi. Il décide alors de livrer ce qu’il a sur le cœur.

– Moi, j’ai perdu Julien et j’ai tué Antoine. Je suis un monstre.

Puis il raconte avec inquiétude :

– Depuis que je suis au lycée, j’ai des problèmes. Je vois Perry, un ornithorynque, et je veux le tuer, sauf que je fais du mal à quelqu’un en même temps.

Damien l’observe, d’un œil vif.

– Je connais une vieille dame qui pourrait t’aider pour ta maison…, commence-t-il.

– Celle qui habite le village ? Dans le manoir, sur le chemin de l’école ?

– Oui.

– Non, je n’irai pas, j’ai trop peur et je ne veux pas me faire manipuler par une inconnue !

– Mickaël, tu sais, ta maison est hantée, explique Damien. Les anciens propriétaires ont été retrouvés morts, assis dans le fauteuil du salon. Une rumeur court comme quoi ils avaient la malchance en eux. Quant à ce Perry, je pense qu’il n’est pas réel.

– Tu es un menteur ! s’énerve Mickaël. Ma maison n’est pas hantée et Perry est bien réel !

* * *

Les jours suivants, Mickaël observe son ornithorynque. Il lui demande :

– Perry, qui es-tu ?

– Je suis ton meilleur ami, Mickaël.

– Oui, mais pourquoi me pousser à tuer des gens ?

– Parce que c’est drôle. Tiens, j’ai une idée : pourquoi n’irais-tu pas étrangler la vieille dame du manoir !

– Non, Perry !

Et l’ornithorynque disparaît.

 

Chapitre 8 Cauchemars et grimoires

À la sortie des cours, Damien intercepte Mickaël pour lui reparler de son idée.

– Allez, viens ! On va voir la dame du manoir ! le motive-t-il.

– D’accord, cède Mickaël avec anxiété. On y va, mais n’oublie pas que j’en ai peur !!

Les deux garçons passent la rue principale de Hodyville et aperçoivent le manoir. Ils s’arrêtent, le fixent puis se dirigent vers lui. Le grand épouvantail en paille qui se dresse devant la maison les regarde. Mickaël, terrifié, s’avance tout doucement vers la porte d’entrée. Au dernier moment, il fait cinq pas en arrière. Il pense que cette exorciste le prendra pour un démon et le tuera. Mais Damien est derrière lui. Il le pousse en avant.

En fin de compte, Mickaël frappe à la porte. Celle-ci mettant du temps à s’ouvrir, il commence à se faire des films. Il s’imagine que la vieille dame prépare une marmite pour les dévorer ou qu’elle est en train d’exorciser quelqu’un.

La porte s’ouvre enfin.

Il n’y a personne.

S’est-elle ouverte par magie ? Ou est-ce un coup de vent ? Mickaël met quelques minutes avant d’entrer avec Damien. Il est mort de trouille. Son ancien ennemi le rassure, même s’il a peur, lui aussi.

– T’inquiète, je suis là, avec toi…, lui chuchote-t-il à l’oreille. Je te défendrai…

Ils entrent, passent la porte, puis arrivent dans le couloir. Il y fait sombre. Ils avancent à pas de loup, lentement, les jambes tremblantes. Le sol grince. Ils se sentent comme de petites souris dans la maison du chat. Soudain, une tête de mort sur une table basse se met à se moquer d’eux. Du sang s’écoule par ses orbites. Les deux garçons se mettent à crier, prêts à s’enfuir jusqu’à la porte d’entrée.

– Ne vous sauvez pas, jeunes hommes. Ce crâne n’est qu’un méchant jouet…, s’amuse alors une voix éraillée par l’âge. Rejoignez-moi dans la petite salle éclairée, sur votre gauche…

Mickaël l’écoute et entre dans cette pièce. Il n’est pas du tout rassuré. Méfiant, Damien se place derrière lui, comme s’il était un bouclier.

* * *

Des odeurs de sang et de moisi imprègnent la pièce. Il y a plein de grimoires poussiéreux, d’autres têtes de mort ainsi que des bocaux avec, à l’intérieur, des membres de grenouilles. Un grimoire est posé sur une table ronde en bois. Un pentacle y est gravé. La vieille femme bossue qui se tient assise dans l’ombre leur dit :

– Prenez place… Mickaël, je t’attendais.

La vieille dame ouvre le grimoire et commence à prononcer une drôle de phrase. Tout à coup, de petits gâteaux et des verres de jus d’orange apparaissent sur la table. La femme leur dit qu’ils peuvent se servir. Tout tremblant, Mickaël prend place sur la chaise. Il ne se sert pas. Il pense que les jus de fruit et les gâteaux sont empoisonnés. Damien, lui, choisit de rester debout. Par contre, il accepte un jus de fruit et des gâteaux. Il observe tous les faits et gestes de la femme. Mickaël reste très effrayé.

– Tu sais, lui parle la femme avec une voix douce, ta maison n’est pas hantée. Il s’agit d’une rumeur…

Il s’apaise.

– Mais ? Alors, pourquoi je vois Perry ?

– Ah, bon ? Explique-moi…

– Je vois Perry, un ornithorynque, qui me pousse à tuer. La nuit, j’ai aussi des cauchemars. Je pense que je suis schizophrène.

– Quelque chose d’autre ?

– J’ai aussi des actes violents non contrôlés, je pense que c’est à cause de ma maladie.

– Mickaël, je pense que Perry veut t’aider, écoute-le.

– Mais, alors, madame, qui est-il ? Et que veut-il ?

Comme réponse, la vieille femme lui dit qu’elle va le mettre en relation avec une personne de son choix.

– D’accord, accepte Mickaël. Je veux que ça soit ma mère.

 

Chapitre 9 Un passé destructeur

La vieille femme prend les mains de Mickaël et se met à réciter des mots dans une langue ancienne. Elle entre en transe. Surpris, Damien se tait et reste immobile. Un courant d’air froid traverse la pièce, et Mickaël entend des voix. Il ressent des frissons désagréables. À ce moment-là, tout se chamboule dans sa tête… Brusquement, il entend sa mère. À ce moment, il pense que Damien l’a entraîné dans une arnaque, mais sa mère lui révèle une chose qu’elle seule est en mesure de connaître.

– Lors que tu étais petit, tu m’as avoué que tu avais peur de ta voisine de classe, car elle te regardait tout le temps.

Mickaël ne bouge plus et ne parvient plus à réfléchir. Ça n’a rien d’une arnaque. Il s’agit bien de sa mère ! Il est content de l’entendre.

– Ton père m’a tuée avec un couteau avant de maquiller son assassinat en accident.

Elle a une voix horrifiée.

– Oui, je me souviens, dit Mickaël d’une petite voix.

Tout à coup, il tombe de sa chaise et se met à trembler. Les souvenirs refont surface…

* * *

Mickaël aperçoit sa maison. C’est la nuit. Il est jeune. Il a sept ans. Le garçonnet voit son père frapper quelqu’un dans la cuisine. Cette personne, c’est sa mère… Le petit Mickaël court se cacher derrière le canapé. Ses parents sont désormais dans le salon, là où s’est réfugié le garçonnet.

Réalisant que son père a un couteau, l’enfant reste recroquevillé dans son coin. Il ne savait pas que son père avait autant bu. Le jeune garçon entend un cri de souffrance venant de la victime, et, d’un seul coup, le Mickaël adolescent arrive sur une route déserte. Il voit son père sortir d’une voiture et y installer sa mère. Après avoir assisté à cette scène, il est de retour chez lui, dans sa chambre. Le plus jeune des fils Bouvin voit, de sa fenêtre, des gendarmes devant la porte de sa maison. Il descend les escaliers et se cache. Il les entend annoncer que sa mère est morte dans un accident de voiture. Richard Bouvin a l’air étonné, mais Mickaël remarque qu’il fait semblant. Il repart dans sa chambre. Son père le voit et veut le consoler, mais son fils le repousse. Puis l’adolescent découvre un ornithorynque avec un chapeau qui se dirige vers le petit garçon pour le prendre dans ses bras.

Le Mickaël de quinze ans ne veut pas revenir chez la vieille femme. Il ne veut plus que la voix de sa mère trotte dans son cerveau. Mais il est bien obligé d’ouvrir les yeux.

Il se trouve toujours dans le manoir, mais il a l’impression d’avoir voyagé, un voyage terrible. La voix de sa mère est toujours en lui et l’appelle.

– Qu’est-ce qui t’a poussée à tout me révéler ? l’interroge-t-il d’une voix tremblante.

– Je veux que ton esprit s’apaise, maintenant, dit-elle clairement. Je voulais que tu saches la vérité pour que tu ne deviennes pas fou. Je suis quand même ta mère. En te racontant n’importe quoi, ton père t’a rendu fou. Tu n’as rien à te reprocher, rassure-toi.

Soudain, sa voix disparaît.

Le garçon ouvre à nouveau les yeux. Il est avec Damien et la vieille femme. Il devient écarlate, hurle et s’enfuit en courant. Son père lui a menti pendant des années ! Lui qui pensait que son père était un homme tellement gentil qu’il l’étouffait. Il comprend que c’est un menteur et un MEURTRIER !!

Une fois dans la rue principale de Hodyville, Mickaël ne sait plus quoi penser. Doit-il pleurer ou crier ? Pendant de longues minutes, il donne des coups de pied dans un poteau. Il fond en larmes.Comment son propre père a-t-il pu faire une telle chose ? Tuer sa mère ! Inconsolable, il le déteste !

* * *

En route vers sa maison, Mickaël a la boule au ventre. À l’approche de chez lui, il desserre ses poings, puis, pris de panique, il commence à trembler. Il se demande ce que son père va lui réserver. En entrant dans le couloir, il le voit en train de tapisser. N’osant pas s’en approcher ni le déranger, il se glisse discrètement derrière lui. Il ne lui pose aucune question. Il a peur de sa réponse. Il monte donc, de suite, dans sa chambre. Vers 19 h 30, son assassin de père lui demande de venir dîner. Mickaël ne veut pas. Il a toujours peur, mais il descend quand même. Alors qu’ils mangent, l’adolescent se lève et crie :

– Pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ?

– De quoi parles-tu ? lui demande son père, inquiet.

– De ma mère que tu as tuée ! hurle l’adolescent, fou de rage. En plus, sans aucun remords !

– Mais… Mon fils, tu perds la raison… Ou alors, on t’a drogué ? Non, tu as dû faire un de tes cauchemars et tu l’as pris pour la réalité. Je ne vois pas d’autres explications…

Étrangement, son grand frère ne réagit pas, il semble plongé dans ses pensées.

– Je suis allé chez une vieille femme qui m’a fait entrer en contact avec maman !

– On ne peut pas entrer en contact avec les morts, le gronde gentiment son père. Ce n’est que ton imagination !

Mickaël sort en courant de la cuisine et monte s’enfermer dans sa chambre.

Alors, son frère se « réveille » et explique spontanément :

– Je m’en souviens, comme si c’était hier, Mickaël n’arrêtait pas de chialer et maman hurlait…

* * *

Dans sa chambre, Mickaël est déboussolé. Il écrit une lettre à Damien. Tout en la rédigeant, il pense à l’effet qu’elle fera sur lui. L’ayant terminée, il hésite à la lui envoyer et décide, finalement, de la jeter.

 

Épilogue

Un peu plus tard, Damien, sortant de chez lui, trouve la lettre arrachée et jetée dans la rue, devant chez lui. Il la ramasse. En la lisant, ce dernier est choqué et il se met aussitôt à courir en direction des falaises d’Hône. Dès qu’il est parvenu là-bas, il crie :

– Mickaël ? Où es-tu ?

En retour, il n’a pour réponse que le bruit des vagues et le rire des mouettes.

Alors, Damien regarde en bas de la falaise.

– Oh, non ! Ce n’est pas possible ! Mickaël !

Horrifié, il se prend la tête dans les mains.

– Je n’aurais jamais dû l’amener chez la femme du manoir ! s’exclame-t-il. Tout est de ma faute…

Soudain, une voix, dans son dos, lui dit :

– Je crois qu’il est trop tard !

Il se retourne.

– Qui êtes-vous ?

– Je suis Perry, l’ami imaginaire de son enfance…, lui dit l’ornithorynque, les larmes aux yeux, le bec tremblant. En grandissant, il m’a oublié. Et lorsque son père a tué sa mère dans un accès de rage, je suis réapparu. Je suis son inconscient. J’essayais de le mettre en garde contre la colère qui l’habitait, car il avait tout vu, mais ne se souvenait de rien. Malheureusement, il m’a vu comme un ennemi… euh… Tu veux être mon ami ?

 

FIN ?

 

Il était une fois, les autres titres de This is Perry ! :

Hodymania,

Amis-ennemis,

À en perdre la tête,

Une vie tourmentée,

L’hallucination n’est pas une vie,

Je ne sais plus…,

J’ai cru ne jamais me réveiller,

Cauchemars et grimoires,

Cauchemars en plein jour,

Les problèmes de Mickaël,

Une vie dévoilée.

 

Les démons de minuit

Les démons de minuit

Deux soirées en boîte de nuit, quatre personnages

Deux classes du Lycée d’Artois de Noeux-les-Mines, deux nouvelles !

Au rythme de la nuit, la mort s’engage…

(Un samedi soir, au Nght Club Five…)

écrite par les 1COM1

&

Sans (re)père

écrte par les 1GA

Lycée d’Artois de Noeux-les-Mines – promotion 2014 – 2015

avec Christian Quennehen – professeur

et Michaël Moslonka – écrivain / MM Faiseur d’histoires

Au rythme de la nuit, la mort s’engage…

Un samedi soir, au Night Club Five…

Par les 1COM1 du Lycée d’Artois de Noeux-les-Mines

Introduction :

Une étoile, une larme…

Selon une légende très ancienne, la première étoile qui apparaît dans le ciel, tous les 150 ans, serait magique. Elle aurait le pouvoir de ressusciter une personne assassinée. Le caveau de celle-ci peut s’ouvrir et le défunt revenir à la vie, si, au même moment, les larmes d’une jeune femme vierge tombe sur sa sépulture. Le ressuscité aura alors le privilège de régler ses comptes durant 666 jours.

666 jours pour rendre le mal par le mal.

Certaines victimes n’attendront pas autant de temps pour se venger .

Chapitre 1

DJ Papy

Cette nuit, ce sont les dix ans du Night Club Five. Pour fêter cet anniversaire, le directeur de cette boîte de nuit a décidé d’organiser une soirée spéciale. Il y a beaucoup de monde. La musique est forte, tous les fêtards dansent sur la piste. Il y a surtout des jeunes, mais aussi quelques adultes qui sont, parfois, venus de très loin pour assister à l’événement.

La musique résonne dans la boîte de nuit. Des jeux de lumières de toutes les couleurs illuminent la piste. DJ Papy – Alphonse, de son prénom – enflamme la piste de danse avec de la musique de jeunes. Il a 69 ans, il est vêtu d’un pantalon en jeans, d’un t-shirt sur lequel se trouve le visage d’une star très connue du moment et d’un blouson en cuir. Ses cheveux blancs sont plaqués en arrière et sa figure est mangée par une barbe de trois jours. Les personnes venues à cet événement se sont habillées de la tête aux pieds avec des vêtements fluorescents. Tout le monde danse comme des fous. De temps en temps, de la fumée épaisse plonge la salle dans un épais brouillard.

TSUNAMI DE FUMÉE !! s’écrient alors les fêtards.

Pour l’occasion, une dizaine de strip-teaseuses ont été engagées pour un show. Certaines personnes, totalement ivres, tentent de flirter avec elles. La soirée continue, la musique est de plus en plus forte et les danseurs se déchaînent sur la piste sous l’œil amusé de DJ Papy.

Devant ses platines, le vieil homme bouge et chante. Il se met à postillonner dans son micro :

J’me présente, je m’appelle DJ Papy, j’voudrais bien conquérir la boîte de nuit ! Être aimé pour avoir tous vos baisers !

Tu nous fais rire ! applaudissent les danseurs.

Alors on est chaud, ce soir ? leur demande le vieux. On va s’ambiancer et se défoncer toute la nuit ?

OUAAAAIIIIIISSSS !!!!!!!!! DJ PAPY !!!!! hurlent, tous ensemble, les fêtards. T’ES UN OUF !!!!!!!!!!!

Tout d’un coup, Alphonse quitte ses platines et se dirige vers une fille.

Hey ! poupée, lance-t-il, sûr de lui. Je t’ai remarqué depuis tout à l’heure, tu me fais d’l’effet. Ça te dirait un panaché ?

Eh, DJ Papy ! s’exclame la fille. Tu mixes bien, mais va mixer ailleurs !

Et elle part dans une autre direction. Énervé, DJ « Papy » se tourne vers d’autres gonzesses. Pendant ce temps-là, les bambocheurs s’amusent au son de sa playlist. DJ Papy s’incruste parmi eux en faisant le mariole. Il commence la danse du lasso tout en s’approchant d’une nana qui le regardait. Elle lui adresse un signe de la main, éclate de rire puis s’en va dans une autre direction.

Jamais deux sans trois !

Un groupe d’adolescentes s’avancent pour lui parler. Un espoir fou naît chez Alphonse.

Je vais me taper l’une de ces meufs ! jubile-t-il.

Il se rapproche d’elles.

Il n’est pas l’heure de dormir, grand-père ? lui glissent-elles, alors, à l’oreille, avant de partir en ricanant. Espèce de vieux pervers, va !

Très en colère, Alphonse décampe vers le bar en bousculant tout le monde. Au passage, il renverse les consommations de certains danseurs. Des verres tombent et explosent au sol. Sa playlist cesse de fonctionner, à ce moment précis.

* * *

Alors qu’il est en congé depuis quelques jours, Enzo décide d’aller faire un petit tour, seul, au Night Club Five où il travaille comme videur. Enzo a vingt ans et on le remarque facilement grâce à son t-shirt qui fait ressortir sa musculature impressionnante. Mais derrière cette carapace de muscles, se cache quelqu’un de tendre et d’un peu timide. Il a la tête remplie de problèmes, il est venu pour décompresser. En effet, sa famille est sur son dos et les problèmes financiers le guettent.

Il entre dans la boîte de nuit en saluant ses collègues puis va se commander un whisky coca au bar.

Une fois servi, verre à la main, il se retourne pour regarder la piste de danse. Il y repère aussitôt de très jolies filles. Il finit son whisky cul sec puis se dirige vers elles et les accoste. En voyant arriver ce bel homme, les filles gloussent en se trémoussant de joie. Après quelques minutes de discussion, il leur propose de poursuivre la conversation autour d’un verre. Elles acceptent avec joie. Dans la seconde qui suit, ils vont vers le bar. Excité, Enzo demande au barman de les servir immédiatement. Le petit groupe discute une vingtaine de minutes. Vingt minutes durant lesquelles les filles minaudent, à tour de rôle, pour tenter de le séduire.

Tout à coup, la musique se coupe et le jeune homme entend des bruits de verres éclater ainsi que des cris. Il abandonne les jeunes filles pour aller voir ce qui se passe. Les bruits viennent de la piste de danse.

Une fois arrivé là-bas, Enzo découvre Alphonse en train de hurler sur un groupe de filles. Apparemment, elles auraient refusé de lui donner leur numéro de téléphone et l’auraient traité de vieux pervers. Au milieu de ses explications, le DJ trébuche sur de l’eau renversée et tombe sur les fesses. Il se met à pleurer et à se rouler au sol. Enzo le remet debout et le calme.

Qu’est-ce que tu fais, là, toi ? s’exclame Alphonse. Tu n’es pas en repos ?

Si, répond Enzo, mais je suis venu draguer quelques filles.

Subitement, il repense à celles qu’il a laissées pour venir le calmer. Il les rejoint donc en abandonnant le vieil homme à ses caprices.

Eh ! Mais où vas-tu, gamin ? lui demande DJ Papy.

Les bambocheurs réclament alors à corps et à cris « la bonne musique d’Alphonse » !

La fête reprend cinq minutes après.

* * *

Une fois la musique relancée, DJ Papy quitte sa platine pour se rendre aux toilettes. Mais il se trompe et entre dans celles des femmes où il repère une jolie blondinette. La demoiselle est en train de se passer un coup d’eau sur le visage. Ensuite, elle prend du papier dans le distributeur pour s’essuyer la figure avant de se remaquiller.

Cette blondinette ressemble fortement à mon ex-copine de jeunesse, réalise Alphonse avec un sourire vicieux.

Et le voilà qu’il commence un twerk au milieu des toilettes au rythme de la musique Anaconda de Nicki Minaj que l’on entend en arrière-fond.

Tu viens danser ? demande-t-il à la blondinette. J’trouve ce son hyper bon pour se déhancher ! Pas toi ?

Pensant que c’est une blague, la fille lui répond négativement.

Mais, tout à coup… un garçon entre !

Que faites-vous, ici ? demande-t-il aussitôt à DJ Papy.

Je vous retourne la question, réplique ce dernier avec un sourire narquois.

Je viens voir si ma copine a fini, et vous ? lui dit le compagnon de la fille.

Je suis le DJ ! Il faut que je me dépêche ! Et comme il y a une queue aux toilettes des hommes, je suis venu faire pipi, ici.

Très vite, il vide les lieux, en s’excusant.

Au moment où la fille et son copain quittent les toilettes, le DJ les suit discrètement.

La blondinette et son copain se dirigent vers le bar. Ils s’assoient tranquillement et commandent une boisson au serveur. Leur verre fini, le garçon demande à sa petite-amie si elle veut aller danser.

Oui, mais je ne me sens pas bien pour l’instant. Je te rejoins dans quelques minutes.

DJ Papy qui observe la scène de loin, s’approche d’elle et s’excuse de l’avoir dérangée dans les toilettes. Il souhaite lui offrir un verre. La blondinette accepte en remerciant sèchement le vieil homme puis se détourne de lui pour s’intéresser à son copain qui danse. Celui-ci lui fait signe de le regarder.

Pendant ce temps-là, Alphonse en profite pour mettre de la drogue dans le verre de la fille. Quand elle commence à planer, il l’emmène dans l’arrière-cour de la boîte de nuit, à l’abri des regards indiscrets.

* * *

Dans l’arrière-cour, des bennes débordent de détritus et des sacs remplis d’ordures traînent au sol. Des chats se battent et mangent dans les poubelles. DJ Papy attache la demoiselle au pied de la benne à ordures et sort un pistolet semi-automatique équipé d’un silencieux, de son blouson en cuir. Puis il abat la fille d’une balle dans la tête, pile entre les deux yeux.

Quelques secondes après, l’assassin jette le corps de la jeune fille dans la benne. Au même instant, l’amoureux de la blondinette sort de l’ombre et se met à applaudir. DJ Papy le regarde avec un léger sourire et lui dit :

C’est bon, le travail est fait et sans problème. Quand je vous dis que je suis un professionnel, vous pouvez me croire !

Chapitre2

Ambre

Ce soir-là, toutes les filles de l’appartement 13 sont dans leur salon à regarder un film d’horreur. Comme à son habitude, Ambre, jeune femme de 20 ans, ne fait pas comme les autres. En effet, à cause d’une grande solitude amoureuse, elle surfe sur son site de rencontres pour essayer de trouver Le prince charmant.

Pourquoi suis-je rousse ? gémit-elle, désespérée, en frottant ses grands yeux bleus avec ses longs doigts vernis. Je devrais peut-être songer à me faire une teinture, je trouverai sûrement l’homme qui me convient.

Son corps de mannequin est la seule chose qui ne cloche pas chez elle.

L’une de ses amies l’appelle :

Ambre, dépêche-toi ! Le film va recommencer !

Mais la jeune fille, perdue dans ses pensées, n’en fait rien. Une autre, impatiente de s’installer devant Freddy et les griffes de la nuit, court la chercher. Elle ouvre brusquement la porte de la chambre et lui hurle :

Ambre, arrête avec ton ordinateur et viens avec nous !

OK, j’arrive ! lui crie Ambre.

Elle éteint son ordinateur et se précipite dans la cuisine pour préparer le pop-corn. Une fois que celui-ci est prêt, elle rejoint ses quatre colocataires dans le salon où le DVD a déjà commencé.

Vous aviez promis de m’attendre ! se plaint-elle.

Il y a une blonde aux cheveux courts, une brune aux cheveux longs, une rousse avec un carré aux cheveux frisés et une quatrième aux cheveux blonds foncés, bouclés, qui lui descendent jusqu’à la taille. Toutes les quatre sont mannequins depuis cinq ans.

Je t’ai appelée plusieurs fois, lui rappelle Élisabeth, la jeune brune. Mais tu préfères rester sur ton site de rencontres.

* * *

Ambre est enfin assise dans son fauteuil en train de regarder le film. La peur s’empare petit à petit d’elle. Sur l’écran de la télévision, une demoiselle se fait sauvagement découper par des griffes, quand, soudain, après un blanc intense, la porte du salon claque. Ambre sursaute et pousse un cri effrayant.

Élisabeth se cache et se met à rire. C’est elle qui a claqué la porte – elle voulait faire peur à son amie.

MAIS TU ES COMPLÈTEMENT MALADE ! hurle Ambre, terrifiée. J’AI FAILLI AVOIR UNE CRISE CARDIAQUE.

Elle se lève tout à coup et donne une gifle à son amie.

Blessée et humiliée par cette claque, Élisabeth se met à pleurer.

Roh, c’est bon !, intervient l’une des autres filles. C’était juste une plaisanterie…

Ambre, énervée par cette mauvaise blague, prend son manteau et sort faire un tour. Elle décide d’aller en boîte de nuit pour s’aérer l’esprit. Sur la route, elle passe par un cimetière, car ce chemin est plus rapide pour arriver au Night Club Five. Ce cimetière est à quelques minutes de son appartement.

* * *

Ambre marche doucement à l’intérieur du cimetière. Cette nuit, c’est la pleine lune. Le ciel est dégagé autour de celle-ci. La jeune fille est encore très énervée. Déboussolée, elle ne cesse de penser à la dispute qu’elle vient d’avoir avec ses amies.

Elle regarde les tombes lorsqu’elle aperçoit, au loin, un immense mausolée qui l’intrigue. Un frisson lui effleure la peau. Elle avance, très curieuse, vers ce grand et sombre édifice.

Elle monte les marches du tombeau. La porte est entrouverte. Elle la pousse et celle-ci grince bruyamment. Tout à coup, une chauve-souris s’échappe en la griffant. Ambre est effrayée, mais elle décide d’entrer tout de même dans le tombeau. Un nuage s’écarte, et la première étoile de la nuit apparaît au moment où la jeune femme disparaît à l’intérieur du caveau.

***

Ambre avance dans l’obscurité. Ne voyant strictement rien dans cet endroit sinistre, elle décide de prendre son téléphone et d’ouvrir l’application « lampe torche ». Elle attrape la chair de poule lorsqu’elle découvre plusieurs caveaux. Quelque peu apeurée, elle avance dans la pénombre, smartphone à la main. Elle s’approche de ces vieux tombeaux poussiéreux. Elle aperçoit une plaque recouverte de toiles d’araignées. Les poils de ses bras se dressent quand elle découvre les dates de décès :

Jean-François, né en 1825, décédé en 1870.

Marie-Louise, née en 1827, décédée en 1876.

Hugues, né en 1864, décédé en 1876.

Tu n’avais que douze ans, murmure Ambre avec tristesse en touchant le prénom de l’enfant.

Émue, elle se demande comment un tel drame a pu arriver. Une petite larme coule alors doucement sur sa joue et tombe sur la plaque.

Chamboulée, Ambre décide de partir.

Sa larme qui est restée sur la plaque, glisse lentement le long d’une fente et pénètre dans le caveau pour atterrir sur le bas d’un des trois cercueils.

Chapitre 3

Hugues

Ambre referme délicatement la grille d’entrée du cimetière pour ne pas perturber le silence des défunts. Au moment de se remettre en route pour la boîte de nuit, la barrière grince. Ambre y jette un coup d’œil. Celle-ci est toujours fermée. Elle se retourne et, en face d’elle, un enfant est accroupi, jouant avec deux figurines en bois. Il pose un regard perdu sur elle.

Ne sachant que faire, la jeune fille s’approche lentement de lui et s’aperçoit qu’il porte une chemise tachée de sang séché.

Elle avance doucement vers le garçonnet, lui tend la main. L’enfant lui tend la sienne.

Bonsoir petit, que fais-tu, seul, ici ?

J… J’ai.. p… per…du ma… ma…man

N’aie pas peur, mon garçon, comment t’appelles-tu ?

Hugues.

Moi, c’est Ambre. Personne ne vient te chercher ?

Le garçon ne répond pas. Sa petite figure exprime de l’angoisse.

La jeune femme lui demande où il habite, car elle veut retrouver sa famille. Mais il ne lui donne pas de réponse.

Pourquoi tu saignes, tu es blessé ?

Je ne sais pas…

Que s’est-il passé ? Le sang t’appartient-il ?

Je ne sais plus…

Tu as un endroit où aller ?

Non…

Tu veux venir à la maison ? Te débarbouiller ? Ensuite, je t’amènerai au commissariat.

L’enfant hésite, puis acquiesce lentement et suit Ambre. Ambre qui n’a pas fait le rapprochement avec ce qu’elle a lu dans le grand mausolée du cimetière…

* * *

Hugues se tient, immobile, au milieu du parking du Night Club Five. La foule, attendant d’entrer dans la boîte de nuit, parle bruyamment. L’enfant est figé… Tous ces bruits, toutes ces lumières et tout ce monde l’effrayent. Il veut reculer, mais une voix dans sa tête lui dit d’avancer.

Cette voix de femme lui semble familière…

Il décide alors de lui obéir.

Lentement, il se dirige vers l’entrée de la boîte de nuit.

Qu’est-ce que tu fais là, mon petit ? lui demande-t-on une fois parvenu devant la porte.

En levant la tête, il voit un homme en blouson noir, avec des jeans et de grosses bottes, qui le regarde.

Terrifié, Hugues essaye de pousser un cri, mais il n’y arrive pas.

Pris de peur, il s’enfuit jusqu’à une ruelle située à l’arrière du night-club où il se cache, à l’abri, derrière une poubelle.

La voix lui demande de regarder dans la benne à ordures, à côté de lui. Hugues fixe celle-ci puis il l’ouvre et y trouve le cadavre d’une femme. La voix persévère, mais, cette fois-ci, elle lui dit : « L’homme qui est responsable de ça est un horrible monstre ! »

Tout à coup, il découvre une fenêtre avec de la lumière. Elle l’attire…

« Entre », lui dit la voix si familière.

Hugues monte sur une poubelle. Il pousse les vitres entrouvertes et tombe dans les toilettes de la discothèque.

* * *

Hugues, en passant la porte des toilettes, entend aussitôt des bruits assourdissants et une lumière aveuglante lui heurte le visage. Il est perdu, désorienté. Autour de lui, les gens se demandent ce qu’un gosse fabrique là ! Il ne fait pas attention à leurs gestes et va se blottir dans un coin où il se bouche les oreilles tout en regardant ces personnes danser.

Il a les yeux écarquillés, et se demande ce qu’ils font.

Où est-il, donc ?

L’enfant finit par se calmer et regarde les différentes personnes qui dansent ensemble.

Cela lui rappelle les bals qui existaient avant sa mort.

Sa mort ? Il serait mort…

Le petit garçon commence à pleurer en repensant à ce qu’il a vécu quand il était vivant. Alors, la voix dans sa tête lui dit de se lever et de retrouver le meurtrier de la femme. L’enfant ne comprend toujours pas qui lui parle. Il regarde toutes les personnes autour de lui, mais ne voit pas à qui celle-ci pourrait appartenir. Puis il comprend que la voix qui lui parle est celle de sa mère.

Une fille s’approche alors de lui.

Qu’est-ce que tu fais là, toi, tout seul ? lui demande-t-elle. Qu’est-ce qui t’arrive ?

* * *

Alphonse est en train de mixer quand soudain il aperçoit l’enfant avec la fille. Il reste figé à sa vue, ébahi, les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte. Remis de sa surprise, il laisse tomber son mixage et fonce vers eux.

Cherchant un moyen de se débarrasser de la fille, DJ Papy lui dit qu’un beau brun lui fait de l’œil depuis le début de la soirée et il lui conseille d’aller lui parler. De son côté, il s’occupera du petit. Elle n’a pas à s’inquiéter. La fille acquiesce et s’en va rejoindre le garçon.

Le tueur à gages se tourne vers l’enfant.

Toi !, s’exclame-t-il, le regard stupéfié. Que fais-tu ici ? Mes ancêtres t’ont éliminé ! Tu n’as pas le droit de vivre !

* * *

Enzo voit Alphonse, tout énervé, s’approcher de l’enfant comme s’il voulait le frapper. Il court s’interposer pour défendre le petit :

Alphonse ! Lâche donc cet enfant ! Il n’a rien fait, le pauvre !

Il prend le vieux, le plaque contre le comptoir du bar. Les gens reculent. Des bouteilles et des verres tombent et se brisent. La foule, alors choquée, se met à marmonner. Personne ne souhaite intervenir pour ne pas se faire frapper.

En colère d’avoir été séparé de l’enfant, DJ Papy décide de frapper le vigile du Night Club Five. De se battre et de se défouler contre lui !

Tu n’avais pas le droit de faire ça ! s’emporte-t-il en lui donnant un coup de poing.

Les videurs de service interviennent et les séparent. Ils obligent Enzo à quitter la boîte de nuit. Pendant ce temps, d’autres se rapprochent d’Alphonse, mais ils s’arrêtent net, car il dégage quelque chose de malsain et d’effrayant. Alphonse a les yeux rougis par la colère. Son regard part de travers, comme s’il cherchait quelque chose… à tuer. Ils ne l’ont jamais vu comme ça.

DJ Papy glisse une main tremblante dans son dos et sort son pistolet.

Mes ancêtres ont tué la famille de ce misérable morveux ! hurle-t-il. Je me dois de faire la même chose !

Puis il s’esclaffe :

C’est une tradition chez nous de tuer !

Il s’arrête de rire, prend un air maléfique en fusillant du regard les gens autour de lui.

Sa famille était louche…, explique-t-il, il me semble que c’était des sorciers. En tous cas, sa mère et lui n’étaient pas vraiment humains. Ce gosse est mort il y a 150 ans ! Maintenant, écartez-vous de lui et partez ! Ou c’est moi qui vous tuerai tous !

Sauf que l’enfant n’est plus là. Pendant qu’Enzo et lui se battaient, le petit garçon s’est sauvé.

Chapitre 4

Enzo

Alphonse fouille la boîte de nuit à la recherche du petit garçon. De retour sur la piste de danse, persuadé qu’on l’observe, il se retourne… et voit l’enfant qui le fixe. Il se tient derrière le bar, effrayé, le visage crispé.

Fort mécontent, le tueur à gages se précipite vers lui, l’attrape par le bras et le traîne dehors pour l’interroger. Une fois à l’extérieur, il le plaque contre un mur.

Comment as-tu fait pour renaître ? exige-t-il de savoir. Réponds à ma question !

Enzo arrive alors derrière lui et lui donne un coup de batte de base-ball dans le dos. Alphonse s’écroule en laissant tomber son pistolet.

Appelez, la police !, crie le jeune homme à ses collègues. Alphonse veut agresser cet enfant !!

Il contemple le vieil homme évanoui à ses pieds, puis se retourne pour rassurer l’enfant, mais celui-ci a disparu.

Enzo le cherche du regard. Aucune trace de lui.

Il fonce alors à l’intérieur du night-club, fouille, à son tour, dans toutes les pièces, mais le garçon reste introuvable… Quand, soudain, dans la ruelle, un coup de feu retentit…

Enzo se précipite au-dehors. Il surgit dans la ruelle et reste figé sur place…

Alphonse est toujours allongé au sol, mais du sang s’étend autour de sa tête. Son pistolet est juste à côté de lui.

Il s’est réveillé et s’est mis une balle dans la tête ?, murmure Enzo, incrédule. Non, ça ne peut pas être possible… Dans ce cas, qui a bien pu faire ça ?

En relevant les yeux du cadavre de DJ Papy, Enzo voit l’enfant courir vers la ville.

Épilogue

Retour d’entre les morts…

Une semaine plus tard, la mère d’Ambre, inquiète de ne pas avoir eu des nouvelles de sa princesse, décide de se rendre à son appartement.

Elle frappe à la porte, mais se rend compte que celle-ci n’est pas fermée à double tour. Elle l’ouvre et entend seulement le bruit de la télévision. À peine le seuil franchi, une odeur effrayante lui agresse les narines. Elle se dirige vers le salon et se retrouve devant d’immenses mares de sang au milieu desquelles se noient quelques doigts. Elle s’approche d’une autre flaque et y trouve des morceaux d’organes. Plus précisément : des morceaux d’intestins.

Elle recule violemment et manque de glisser sur un œil. Sidérée, prise de haut-le-cœur, elle vomit.

Puis, en relevant la tête, elle aperçoit quatre cadavres entassés sur le canapé. La maman d’Ambre se relève et se précipite vers le groupe de filles… Aucune d’elle n’est sa fille. Angoissée, elle hurle et court dans chacune des pièces de l’appartement, à la recherche d’Ambre. Elle retrouve sa princesse dans sa chambre avec un gros trou dans son dos et la tête encastrée dans l’écran fracassé de son ordinateur. Il y a des traces sanglantes de mains autour de la nuque de sa fille.

Des traces de mains d’enfant !

Folle de rage et de tristesse, elle appelle la police.

Sans (re)père

par les 1GA du Lycée d’Artois de Noeux-les-Mines.

Chapitre 1

Le Roi de la Nuit

Le King Night est une boîte de nuit qui ressemble à une grosse bulle transparente. Des signes chinois de couleur bleu, rouge, vert, blanc, rose ou encore violet éclairent sa façade. Son logo est un lion avec une platine. En effet, à l’entrée du parking, la statue d’un grand lion crache de l’eau parsemée de paillettes. Ce parking est éclairé de grandes lumières. Le dirigeant a rajouté des palmiers comme décoration. L’escalier qui mène à la boîte de nuit est en forme de vague noire. La rampe est de couleur rouge. Sur chaque marche, des traces de pas lumineuses montent jusqu’à l’entrée. La poignée de la porte est en forme de pouce. Derrière cette porte, de la musique retentit agréablement. Trois grands videurs en costume noir font entrer les fêtards. Un brouhaha festif monte de cette foule, impatiente de pénétrer à son tour dans le King Night.

Pendant ce temps, sur le parking, les alarmes de deux voitures se sont mises à sonner. Enzo est sorti voir ce qui se passe. Enzo est l’un des vigiles de la boîte de nuit. C’est un jeune homme de vingt ans, brun, aux yeux bleus qui plaît aux femmes. Métis, il est de grande taille et musclé.

Enzo s’approche des deux véhicules pour vérifier s’il y a des marques d’effraction. Le bruit assourdissant des alarmes retentit dans ses oreilles. Il les ignore et observe avec prudence les alentours. La nuit est chaude. Une brume s’installe tout doucement, mais il ne voit rien de suspect. Tout est calme. Il n’entend que la musique qui filtre du King Night. Il jette un œil vers le coin fumeurs – situé sur le côté droit de la boîte de nuit. Là-bas, aussi, tout est calme.

Mon dieu, qu’est-ce qui se passe ? se demande Enzo, décontenancé.

Les alarmes cessent alors de sonner.

Merde ! Jure-t-il, c’est quoi ce bordel ?

Il prend la décision de noter les plaques d’immatriculation pour demander au propriétaire s’ils ont un problème avec leurs alarmes. Mais, soudain, le vent se met à souffler, de gros nuages envahissent le ciel et de violentes grêles s’abattent sur le parking. N’ayant pas d’autre choix face à ce déluge, Enzo met sa veste au-dessus de sa tête et court très vite vers la boîte de nuit.

* * *

À l’intérieur du Roi de la Nuit, l’ambiance est tonique, car le club fête ses vingt ans d’existence. La salle est particulièrement remplie de jeunes âgées de dix-huit à vingt-cinq ans. Tous les habitués sont là. Il y a beaucoup de lumières blanches, bleues, vertes et violettes. Elles clignotent parfois avant que ne soient ajoutés des jeux de fumée. De la musique électro entraîne les danseurs et remplit leurs oreilles. Les jeunes fêtards s’amusent : ils boivent, rigolent et dansent. Ils font des « collés serrés ». Les hommes crient, les filles se déhanchent sur la piste. À l’étage, on trouve des fauteuils où certains discutent en buvant un verre.

Face à ses platines, derrière des lunettes noires, un vieil homme ambiance la piste. Il s’agit d’Alphonse, le DJ. Sa cabine de mixage se trouve au-dessus de la piste de danse. Le DJ du King Night porte un pantalon à carreaux, une chemise rose et une cravate bleue. À ses pieds, il porte des pantoufles. Il se promène toujours avec un sac noir qu’il a posé à ses pieds. Le vieil homme recoiffe ses cheveux longs et gras, il les attache en queue de cheval avant de mettre sa casquette à l’envers. Il est un peu stressé, c’est la première fois qu’il mixe dans cette boîte de nuit. Il lance de la mousse par le biais d’un canon. La foule se déchaîne. Certains se jettent dans la mousse, d’autres jouent au « t-shirt mouillé ». L’ambiance au King Night n’a jamais été aussi folle.

Chapitre 2

Ambre.

Ambre, jeune femme de vingt ans, est au bar du King Night où elle boit un cocktail avec ses colocataires : Inaya, la Congolaise, Kimberley, une blonde entièrement refaite, Camille, aux cheveux roux, et Irna qui, elle, est originaire d’Hawaï. Les longues jambes d’Ambre tapotent sur le sol d’impatience. Elle est vêtue d’un slim vert pomme et de baskets jaune moutarde. Après avoir discuté entre elles, ses amies décident de draguer Henri, le barman, pour rigoler. Celui-ci est grand et beau. Elles se sentent en sécurité avec lui, car il est baraqué.

Kimberley, la plus folle des colocataires, lui fait les yeux doux :

Auriez-vous la gentillesse de nous offrir cinq super cocktails ?

Je ne peux pas faire cela, désolé, lui répond le barman sûr de lui. Ça ne tiendrait qu’à moi, je vous les aurai déjà offerts.

Kimberley minaude :

Faites-nous plaisir !! Pour les 20 ans de la boîte ! Vous n’êtes pas à cinq cocktails près !

Irma le supplie :

S’il te plaît, Henri…

Le barman leur fait un clin d’œil :

OK, je vous les offre, les filles ! Vous êtes tellement belles qu’on ne peut rien vous refuser. On ne dira rien au patron.

Les quatre filles rigolent entre elles sauf Ambre qui se sent triste de voir ses amies s’amuser. Se sentant mal à l’aise, elle se tourne vers la piste de danse. Ses yeux s’arrêtent sur un beau jeune homme qu’elle n’avait encore jamais vu au King Night. Ce garçon brun, ni trop petit, ni trop grand, en costard, est en train de danser avec des amis.

La jeune femme décide d’aller aux toilettes afin de vérifier son maquillage et replacer ses cheveux pour qu’il puisse la remarquer. Elle ne veut pas, encore une fois, être ignorée. Mais, en passant au niveau de l’entrée, elle se fait percuter et valse au sol.

* * *

Affolé par la tempête de grêles, Enzo a couru à l’intérieur du King Night pour s’abriter. Une fois l’entrée franchie, il percute malencontreusement quelqu’un au niveau des toilettes. Un choc se produit, suivi d’un cri aigu. Le jeune vigile reprend ses esprits, respire un grand coup, ferme les yeux puis les rouvre pour s’apercevoir qu’il a bousculé une jeune femme ! La gêne prend le dessus sur son caractère froid et plutôt sûr de lui. Le jeune homme rougit et tend une main. La fille la saisit et se lève. Enzo est dans tous ses états :

Oh ! Excusez-moi ! dit-il. Pardon, je ne vous ai pas vu, je suis confus.

Ça n’est rien… euh… Enzo, c’est cela ? demande-t-elle.

Oui, c’est moi et toi, tu dois être Ambre ?

Elle secoue la tête de haut en bas pour lui faire comprendre que « oui ».

Mais… dis-moi…, lui demande Ambre, pourquoi courais-tu comme ça ?

Autour d’eux, l’ambiance est à son maximum. Tous les fêtards sont sur la piste de danse. Un succès pour la première au King Night d’Alphonse, le DJ.

Oh… eh bien, des grêles sont tombées ! s’esclaffe Enzo. Du coup, je me suis précipité et… et voilà.

Des grêles ?! répète Ambre d’un air surpris.

Oui, une suite d’événements bizarre. En plus, j’ai perdu la feuille sur laquelle j’avais noté les plaques d’immatriculation des voitures ! Mince, où est-elle ? Je n’ai vraiment pas de chance…

Moi, c’est en amour que je n’ai pas de chance ! lui confie la jeune femme.

Ils se regardent un instant.

Bon et bien, finit par dire Enzo, je vais reprendre le boulot. Encore désolé, passe une bonne soirée.

Merci, lui lance Ambre avant de filer aux toilettes.

Chapitre 3

Alphonse.

De son poste de mixage, Alphonse observe Ambre qui vient de percuter Enzo. Il ne la quitte pas des yeux. Cette nana l’intrigue. Il l’a aperçue au bar, juste avant, grâce aux jeux de lumières. Ambre est tellement grande qu’on la remarque assez vite. Elle a les cheveux blonds avec une mèche rose.

Subitement préoccupé, le DJ du King Night reste fixé sur elle. Il se demande s’il est fou. En effet, sa chevelure lui rappelle celle d’une femme qu’il a connue il y a une vingtaine d’années. Cette dame lui a fendu le cœur.

Mais ça ne peut pas être elle, se dit-il à lui-même. C’est une vieille peau, maintenant… Cette nana, là-bas, elle pourrait être ma fille !

Il ricane avant de penser : Et si j’allais la voir ! Juste histoire de lui montrer un peu de mes talents. Puis il se ravise, il aurait l’air ridicule. Alors, il se concentre à fond sur son mixage et se laisse emporter par sa musique. Mais, soudain, dans sa poche, son téléphone se met à vibrer. Étonné, il s’intéresse au message qu’il vient de recevoir. C’est un message sans nom d’expéditeur, qui lui demande de l’appeler. Il ne connaît pas ce numéro, mais il sait ce que cela signifie…

Empressé de savoir ce que veut son client, il lance sa playlist pour aller s’isoler et la contacter. Il quitte sa cabine et descend les escaliers. Arrivé en bas, Enzo l’aborde.

Bravo, tu as du talent ! le félicite le jeune vigile. C’était un bon enchaînement !

Autour d’eux, les gens s’amusent, rigolent, dansent et font la fête comme des fous.

Cool, bien, marmonne Alphonse. Tout le monde s’amuse.

Depuis quand es-tu DJ pour mixer comme ça ? lui demande Enzo, étonné. Je n’ai jamais rien entendu de meilleur de toute ma vie !

Ça va faire 40 ans !,répond Alphonse froidement.

40 ans ?! Mais quel âge as-tu alors ?

Le DJ commence à s’énerver :

J’ai 69 ans !

Ah ! Ça, c’est un DJ Papy que l’on a dans cette boîte ! Bravo, tu as su mettre l’ambiance, ça va être une soirée d’enfer !

Sauf qu’Alphonse ne prend pas ça à la rigolade. Pressé, il rembarre Enzo.

J’dois te laisser, j’ai pas que ça à faire.

Étonné de ce comportement, Enzo le laisse partir sans chercher à comprendre sa réaction.

***

Une fois caché dans les toilettes, Alphonse compose le numéro de la personne qui lui a envoyé le SMS. Une voix essoufflée et enfantine lui répond avant qu’il ne puisse parler.

Alphonse-Fred ? Tu as comme cible le barman de la boîte de nuit dans laquelle tu te trouves. Il est beaucoup trop proche des amies d’Ambre, la fille avec une mèche rose dans les cheveux. C’est pas bon !

Ambre ? l’interroge-t-il.

Ne pose pas de questions et fais-le.

L’appel cesse sans répondre à son interrogation. DJ Papy raccroche et retourne dans sa cabine de mixage. Une fois devant ses platines, Alphonse relance la musique en regardant du coin de l’œil le bar où Henir, le barman, discute encore avec les amies de cette Ambre.

Ainsi elle s’appelle Ambre, songe Alphonse avant de s’interroger : Comment vais-je faire pour éliminer discrètement le barman ?

Chapitre 4

Enzo

Aux toilettes, Ambre se remaquille. Elle entend l’ambiance de folie et la bonne musique qu’est en train de passer le nouveau DJ. Kimberley, l’une de ses quatre colocataires, la rejoint. Ambre en profite pour lui parler du garçon qu’elle a aperçu et lui demander des conseils pour l’aborder. La jeune femme n’a pas confiance en elle. Elle vit dans le doute et se demande souvent pourquoi elle est différente des autres. Pourquoi elle n’a pas ses deux parents et pourquoi, elle-même, ne réussit pas à être en couple.

Après les conseils donnés par Kimberley, Ambre se sent prête.

* * *

Salut ! Tu as une minute à m’accorder ? demande-t-elle au garçon.

Heu… oui, lui répond celui-ci.

Tous les deux montent au premier étage. Le garçon sourit tandis qu’Ambre tremble de peur à l’idée de sa réponse. L’ambiance, à l’étage, est plus intime, apaisante. De là, ils rejoignent le toit de la boîte de nuit. Le beau garçon décide de s’asseoir sur un banc face aux étoiles. L’endroit est romantique, rempli d’arbres. Ils regardent un instant les étoiles. Elles sont brillantes, presque aveuglantes. La lune est grosse et proche. Les grêles ont cessé de tomber.

Tu es célibataire ? finit par demander Ambre.

Non, lui répond-il. Je suis en couple.

La jeune femme est dégoûtée. Elle en a des nausées et en perd ses nerfs. Elle lui balance que de près, il est horrible et qu’elle regrette de l’avoir abordé. Pour la calmer, le garçon lui donne un peu d’espoir :

J’ai remarqué que le videur qui s’appelle Enzo ne cesse de te regarder depuis tout à l’heure, tu devrais aller le voir.

* * *

Très intimidée, Ambre s’approche d’Enzo. Elle se demande pourquoi il la regardait comme ça et se dit ce que n’est pas un hasard : peut-être est-ce un signe ?

Re, lui sourit-elle, tout intimidée.

Tout va bien ? lui demande-t-il gentiment.

Je vais bien…, balbutie-t-elle d’une petite voix. Dis-moi, est-ce que… est-ce que tu accepterais d’aller prendre un verre avec moi ?

Oui, bien sûr, avec plaisir !

Une fois servis, la musique étant trop forte au bar, ils décident d’aller à l’étage où ils pourront discuter.

Comment s’est passée ta semaine ? lui demande Enzo, une fois installé.

Ambre lui raconte que sa semaine ne s’est pas très bien déroulée.

J’ai demandé des informations sur mon père à ma mère, répond-elle, les larmes aux yeux. Elle a refusé. Je suis partie énervée.

Explique-moi…

Avant ma naissance, ma mère a rencontré un homme. Mon père. Depuis que je suis venue au monde, il n’a donné aucun signe de vie. La seule chose que je suis sûr, c’est qu’il s’appelle Fred et qu’il est parti à cause de son travail.

Quel travail ?

Je ne sais pas, ma mère n’a jamais voulu me le dire, explique-t-elle la gorge serrée .

Enzo, sous ses apparences de gars dur, est ému par son histoire. Il la prend dans ses bras pour la réconforter et lui chuchote :

Si tu as besoin de quelque chose pour le retrouver, je t’aiderai….

Soudain des cris de peur montent de l’entrée. Enzo dit à Ambre de rester où elle est et court vers le rez-de-chaussée.

Au niveau du couloir d’entrée, une foule entre précipitamment. Tout le monde se pousse. Des personnes rentrent dans le King Night en s’époumonant de peur. D’autres fêtards voyant la fête dégénérer à l’extérieur décident de sortir pour aller voir ce qui s’y passe. Enzo se fraye, avec beaucoup de difficulté, un chemin à contre-courant. On le bouscule, il est écrasé. Au moment où il est enfin en vue de la sortie, un homme lui tire le bras pour pouvoir passer. Enzo fait trois pas en arrière. Son t-shirt s’arrache, il trébuche. Des gens le poussent et il tombe. Il se fait écraser les doigts par la foule. Son pouce est retourné, du sang coule de sa main. Il crie de douleur, mais personne ne l’entend. Malgré cela, il se relève et arrive à l’extérieur du King Night.

Sur le seuil de la boîte de nuit, il découvre le corps de son collègue, allongé au sol. Enzo constate que le videur a la nuque brisée.

Quelques minutes plus tôt…

Un petit garçon se tient contre un arbre, non loin de la boîte de nuit. À quelques mètres, derrière lui, passe une route assez mouvementée.

L’enfant a l’air perdu. Il parait étranger à son époque. Il est couvert de terre, ses vêtements sont en lambeaux. La tempête de grêles tombe sur lui, mais il ne semble pas vouloir s’abriter. Ses yeux d’un gris profond regardent autour de lui comme pour chercher de l’aide. Il regarde partout : de chaque côté, derrière lui. Ses mains sont toutes blanches, elles pendent en bas de son corps. Son visage, livide, est marqué par la peur. Ses lèvres sont d’un bleu violacé.

Le garçonnet fixe subitement la route. Il s’avance vers elle.

Des phares l’éclairent. Le bruit du moteur le perturbe et l’odeur des pots d’échappement lui fait tourner la tête. Il titube.

Le chauffeur klaxonne pour le prévenir d’un risque. L’enfant sursaute. Une onde part de lui et fait se briser les vitres de la voiture. Le chauffeur est surpris. Il lâche le volant et sa voiture zigzague, se renverse, fait des tonneaux et finit sur le toit sur le bas-côté.

Est-ce mon âme qui a fait ça ? dit l’enfant d’une voix grave.

Tout à coup, les grêles cessent de tomber. Alors, le petit garçon semble découvrir la musique qui s’échappe du King Night…

* * *

À l’extérieur du King Night, beaucoup de gens veulent entrer. L’enfant s’approche en direction du videur. Autour de lui, les fêtards qui attendent sont étonnés de son âge et de son physique.

Eh, regarde, ce mioche tout crasseux ! s’exclame quelqu’un.

Qu’est-ce que ce nain, fait ici ? se moque une autre personne.

L’un des videurs, étonné, lui bloque le passage. Il s’agenouille et lui demande :

Que fais-tu là, mon enfant ? Tu ne peux pas entrer.

En effet, il a pour responsabilité de ne laisser passer aucun mineur.

La maternelle, c’est pas par là, petit ! se moque son collègue.

L’enfant le regarde droit dans les yeux, sourit et reste muet.

D’ailleurs, où sont tes parents ? s’inquiète premier le videur. Tu as un problème ?

L’enfant ne répond toujours pas.

Qu’est-ce que c’est que ces vêtements ? demande alors le vigile. Pourquoi sont-ils pleins de terre ?

Le petit garçon lui renvoie un regard sombre et lui dit :

Il y a une personne qui m’attend à l’intérieur…

Alors, il s’avance et lui tord la tête. Un énorme craquement se fait entendre et le corps du videur s’affaisse comme un pantin désarticulé.

Durant tout ce temps, à l’arrière de la boîte de nuit…

Dans une ruelle, à l’arrière du King Night, Alphonse fixe le barman. Son regard est froid. Son visage ne trahit aucune émotion. Henri, le barman, a les pieds liés. Il est bâillonné. Adossé au mur d’une maison abandonnée, il ne peut pas s’échapper.

Je suis désolé, s’excuse Alphonse, je n’avais rien contre toi, mais mon client, oui. Et le client est roi.

Henri essaye désespérément de lui parler pour le convaincre de lui laisser la vie sauve, mais étant bâillonné, il ne fait que s’étouffer. Alphonse charge son arme, met le silencieux…

et lui ôte la vie d’une balle dans la tête.

Le corps du barman devient inerte et s’affaisse. DJ Papy l’emballe dans un grand sac et le jette dans la benne à ordure de la ruelle.

Quand on te trouvera, demain, après la fête, dit-il, satisfait de son travail, je serai déjà loin…

Il entend alors des cris de panique venant de la boîte de nuit.

Jurant entre ses dents, il se précipite dans la salle de danse où il voit quelque chose à laquelle il ne s’attendait pas : toutes les personnes sont apeurées. Certaines pleurent, des filles hurlent. Se faisant discret, il décide de rejoindre le premier étage par le deuxième escalier – celui situé à côté du coin du fumeur. Une fois là-haut, il a une vue d’ensemble et découvre alors l’enfant au milieu de la pièce. Un enfant… aux yeux de sang

Il aperçoit également Ambre qui descend l’autre escalier qui mène à l’étage. Elle avance comme une somnambule. Elle se dirige vers le garçon…

Retour à Enzo, à l’extérieur du King Night

À l’extérieur, une foule effrayée entoure Enzo.

À l’aide ! crie-t-elle.

Un videur vient voir Enzo qui, gardant la tête froide, a décidé de déplacer le corps. C’était l’un de ses amis. Il ne voulait pas que celui-ci soit piétiné par la foule en panique.

Je ne comprends pas ce qui lui est arrivé, lui dit le videur. Il y avait un enfant et puis… tout a été si vite !

Le troisième videur est en train de téléphoner à la police.

Soudain, toutes les lumières à proximité se mettent à briller à tel point qu’elles en deviennent aveuglantes. Puis, dans un bruit assourdissant, elles explosent, les unes après les autres. La peur se lit alors sur tous les visages. À l’intérieur du King Night, des cris d’horreurs retentissent, et, tout à coup, les portes de la boîte de nuit se referment.

Quelques secondes avant que les portes ne se referment,

à l’intérieur du King Night…

Dans la panique, l’enfant a réussi à se faufiler à l’intérieur du King Night. Surpris, il découvre un environnement qu’il ne reconnaît pas : fumée, alcool, des vêtements différents des siens. Et cette musique bruyante qui lui vrille les tympans…

Les lumières le brûlent. Tout son être le brûle ! Ce qui lui donne de l’énergie, mais, aussi, un insupportable mal de crâne.

Calmons-nous…, se dit-il de sa voix grave. Qu’est-ce donc que ce vacarme ignoble ? Et cette brume, d’où vient-elle ?

Il découvre alors de jeunes personnes déchaînées qui sautent dans tous les sens.

Que Diable ! se récrie-t-il. Qu’est-ce que ces sauvages ? Ils dansent comme des fous !

Toute cette agitation lui tape sur les nerfs.

Ses yeux s’agrandissent alors et deviennent d’un rouge vif perçant. Derrière lui, les portes du King Night se referment.

Chapitre 5

Ambre

Des hurlements et des cris de panique retentissent de partout dans le King Night. Au premier étage, Ambre, apeurée par ce bruit, hésite à aller voir ce qui se passe. La jeune fille décide de ne pas se montrer. Elle a peur de se retrouver face à quelque chose d’effrayant. Rien que d’y penser, elle en la chair de poule. Elle reste donc cachée.

Elle s’imagine alors des choses horribles. Elle voit des corps à terre, des personnes en sang, la moitié de la boîte de nuit détruite et en feu. À travers les flammes, elle aperçoit une forme lumineuse. Mais pas une forme humaine. C’est beaucoup plus grand, beaucoup plus gros. Et la jeune femme ne peut pas s’empêcher de s’en approcher. Les flammes s’estompent et elle découvre un monstre ! Un démon ! Mais elle n’est pas sûre, car des personnes terrorisées courent dans tous les sens pour s’échapper de la boîte de nuit et elle ne voit pas bien.

Soudain, quelqu’un la percute, violemment. Le choc l’assomme. Quelques minutes plus tard, Ambre se réveille avec un léger mal de tête. Il n’y a plus personne dans la boîte de nuit, à part des cadavres. Le démon, lui, est encore là – car c’est bien un démon qu’elle a vu dans les flammes ! Il est à dix mètres d’elle en train de dévorer un cadavre. Elle décide de ramper sans faire de bruit pour sortir de cet enfer quand soudain quelqu’un lui touche l’épaule !

Ambre ouvre les yeux.

Déboussolée, elle se retourne et voit Alphonse accroupi derrière elle.

Soudain, elle se rend compte qu’elle est au milieu des escaliers qui mènent à la piste de danse. Elle n’est plus cachée au premier étage.

En réalisant cela, elle prend peur. La panique l’envahit. Elle veut se sauver.

Avant qu’Ambre ne descende les escaliers,

Camille, Irna, Inaya et Kimberley…

Dans la boîte de nuit, il n’y a plus de musique. L’enfant aux yeux rouges se tient au milieu de la piste de danse et contemple tout le monde avec ses yeux rouges. Lorsqu’ils l’ont aperçu, les fêtards du King Night ont tenté de s’enfuir de leur boîte de nuit fétiche. Il y en a même qui étaient à l’entrée et qui se sont précipités à l’intérieur pour voir ce qui se passait, mais les portes se sont refermées ! Plus personne ne peut sortir !

Les fêtards sont terrifiés par cet enfant. Certains se sont écartés le plus possible de lui, les autres se sont cachés dans les toilettes, derrière des fauteuils ou derrière le bar. Sauf un garçon, chauve, qui, complètement ivre, continue de danser les yeux fermés. Les vigiles ont essayé de calmer la salle, mais en vain.

Kimberley, Irna et Inaya sont, elles aussi, derrière le comptoir du bar. Camille aux cheveux roux a été sonnée par des personnes qui l’ont bousculée en voulant s’enfuir. Kimberley et Irna l’ont traînée avec elles. Mais dans la panique, la bonde en plastique s’est coupé un ongle.

Oh non, mon ongle, il était si beau ! commence-t-elle à s’énerver.

On s’en fout de ton ongle ! réplique Irna l’Hawaïenne. Tais-toi et reste cachée !

Deux hommes très alcoolisés s’approchent de l’enfant, en rigolant.

Hey, dit le premier, pas mal ton déguisement, tu l’as acheté à Méga Fête ?

Tes yeux, ils tuent ! siffle le deuxième. T’es vraiment pas mal du tout comme ça ! Eh, le barman ? Où tu es ? Envoie la conso, mon pote !

L’autre s’étouffe de rire, mais il sent que son nez coule. En regardant ses doigts, il découvre du sang. Le comique s’écroule, de la mousse blanche sortant de sa bouche. Inconscient du danger, l’autre le prend aussitôt et l’allonge au sol pour lui faire un massage cardiaque, mais rien n’y fait. Il hurle de douleur, car il vient de perdre son ami. L’enfant lève son bras droit vers lui et l’homme se lève d’un seul coup pour être projeté derrière le bar. Il percute les étagères remplies de verres et de bouteilles et retombe à côté des amies d’Ambre, mort.

Irna, l’Hawaïenne, hurle de terreur et s’accroche à Kimberly, la bimbo en plastique.

Oh, mon Dieu ! J’ai peur, je veux rentrer, où est Ambre ?!

Kimberley, au comble de la fureur, la repousse.

J’en ai marre ! s’écrie-t-elle en quittant la protection du bar pour marcher vers l’enfant. Méfiante, elle hésite quelques secondes, mais la colère reprend le dessus et elle décide tout de même de l’affronter.

C’EST DE TA FAUTE SI JE ME SUIS CASSÉ UN ONGLE ! lui hurle-t-elle à la figure avant de le gifler.

Le garçon attrape Kimberley par le bras et la projette contre un grand miroir.

La fille en plastique retombe au sol. Le bruit de sa tête qui claque au sol retentit dans toute la salle.

Irna hurle de toute ses forces. Inaya, la Congolaise, se précipite vers Kimberley pour l’aider à se relever. Son amie est sérieusement blessée. Un morceau de verre s’est enfoncé dans son dos.

Je vais mourir, Inaya ! Aide-moi !, hurle Kimberley.

Calme-toi, plus tu bougeras, plus tu auras mal, essaye de la rassurer la Congolaise.

Facile à dire, c’est pas toi qui va mourir…, réplique Kimberley.

Alors, les plombs sautent.

À tous les étages, aucune ampoule n’est épargnée… La douce lumière si rassurante du Roi de la Nuit laisse place à l’obscurité et la boîte de nuit se retrouve dans le noir complet. C’est la panique générale. Tout le monde crie et se marche dessus pour essayer de se sauver.

***

C’est le noir total. Il n’y a plus un bruit, c’est le silence complet.

Au milieu des escaliers, Ambre, surprise, sursaute et se recule. Alphonse la retient pour éviter qu’elle ne tombe.

Mais… co… comment cela est-il possible ? balbutie-t-elle.

Alphonse, lui, plisse le regard et serre les poings.

Chut ! exige-t-il. Il ne faut pas faire de bruit !

Monsieur, s’il vous plaît ! le supplie la jeune femme. Que se passe-t-il ?

Je ne comprends pas, on dirait que quelqu’un attaque la boîte ! lui répond le vieux DJ.

Il faut que je retrouve mes amies, aidez-moi à les chercher, je vous en prie !

Tais-toi et reste cachée ! Il ne faut pas que l’on te voie !

Ambre entend alors du bruit. Dans cette obscurité, c’est difficile de voir. Elle repère pourtant que ces bruits proviennent d’Alphonse qui fouille dans son sac comme s’il y cherchait quelque chose d’important.

Elle décide alors de retourner à l’étage se cacher, tant bien que mal dans le noir.

Chapitre 7

L’enfant

Le générateur de secours se met en marche et quelques lumières se rallument.

L’enfant n’a pas bougé.

C’est intrigant, pense Inaya.

Elle décide d’aller lui parler. Elle dépose délicatement Kimberley sur le sol.

Pourquoi es-tu là ? lui demande la Congolaise d’une voix calme et douce. Pourquoi fais-tu ça ? Pourquoi nous ?

Tout le monde se tait et écoute.

Je suis là parce qu’on m’a appelé, répond l’enfant d’une voix cruelle.

Qui veux-tu voir ?

Il s’approche doucement d’elle et lui chuchote :

Ambre…

Inaya se recule et trouve du regard son amie. Elle est derrière l’enfant, dans l’escalier en train de monter, le plus discrètement possible, à l’étage.

Inaya la montre du doigt. L’enfant se tord sa nuque à 90 degrés pour la voir. Il la fixe d’un regard de fer et lui fait un signe glacial de tête pour qu’elle redescende.

Je suis ton âme sœur, lui annonce-t-il en arborant un sourire narquois. Et je te veux !

Ambre se tient immobile au milieu des escaliers. N’en croyant pas ses yeux, elle découvre avec effroi que Camille gît au sol, inconsciente, et que Kimberley a un morceau de verre dans le dos. Le petit garçon la regarde avec ses yeux rouges. Ses traits sont bien ceux d’un enfant, mais son expression démontre sa perfidie. Elle ne sait pas quoi faire, elle est effrayée à l’idée de se retrouver face à lui. Ses jambes tremblent, des bouffées de chaleur lui montent à la tête, elle ne sent plus son corps. Elle ne comprend pas ce que lui veut cet enfant diabolique.

Ils se fixent tous les deux.

Tu m’as fait venir ! s’énerve l’enfant. Maintenant, je t’emmène !

Je t’ai fait venir, moi ?

Oui, toi ! affirme-t-il. Je suis celui que tu as appelé, car tu étais trop seule !

C’est… C’est une erreur, balbutie Ambre en décidant, finalement, de descendre. Je ne t’ai jamais appelé.

Irna hurle à son amie de ne pas s’approcher du garçon. Dans la panique, elle s’est coupé la jambe avec du verre. Elle commence à pleurer de peur et de douleur. Elle sort alors en rampant de derrière le comptoir pour essayer de trouver une sortie, même si toutes les portes sont bloquées.

L’enfant, furieux, de la réponse d’Ambre, abat sa colère sur Irna. D’un mouvement du bras, il la repousse contre le comptoir, et l’Hawaïenne retombe au sol, évanouie. Puis il marche vers elle. Ses lèvres s’arrachent, sa bouche devient immense et révèle des dents pointues.

Alphonse n’est pas loin. Il profite de cette diversion pour s’approcher de l’enfant, petit à petit. Il tient un couteau dans son poing. Le garçon s’arrête. Il se retourne vers lui et le projette en arrière.

Le tueur à gages atterrit sur le dos. Il se relève, sort son arme à feu et tire sur le garçon. Les balles transpercent sa poitrine, mais il ne sent rien. Alphonse essaye encore et encore. Rien ne se passe. L’enfant démoniaque reste debout sans manifester la moindre douleur.

Alors, ses yeux rouges s’illuminent. Il arrache ses vêtements et se met à hurler de frustration. Un cri horrible ! Il hurle de plus en plus fort.

Ambre ! Ambre ! Je veux Ambre !!! Tu m’as appelé ! VIENS ICI ! AMBREEEEEEE !

Tout le monde se tient les oreilles et se jette à terre, certains se sauvent. Tétanisée, Ambre ne bouge plus. Alphonse a un flash : c’était au début de la soirée. Il était en train de mixer dans sa cabine. Le morceau lancé, il s’est dirigé vers la baie vitrée située derrière lui et qui donne sur le parking. Il a alors aperçu une bande de filles faire une séance de spiritisme. Il n’a pas réagi. Il s’est juste demandé ce que ces nanas essayaient d’attirer.

Il se tourne vers la jeune femme.

Vois ce que tu as fait, petite sotte ! l’accuse-t-il. Tu as appelé un démon !

Ambre se souvient très bien de cette séance de spiritisme avec ses amies juste avant d’entrer dans le King Night. Elle voulait rencontrer une âme seule, comme elle, lors de la soirée ! Elle a même demandé des réponses sur son père qu’elle recherche depuis si longtemps.

Elle se rend compte à présent du monstre qu’elle a engendré. Ses lèvres tremblent. Elle serre les dents au point de se blesser.

C’était pour rigoler, s’en veut-elle, les yeux en larmes. Je ne savais pas que ça pouvait marcher ! Je suis désolée…

Les voyant parler tous les deux, l’enfant les fixe et ne les lâche plus.

Soudain, la main gauche d’Ambre se lève sans que la jeune femme ne sache pourquoi et attrape le vieux DJ par la gorge. Puis elle le soulève sans aucune difficulté.

Alphonse essaye de desserrer la poigne d’Ambre. En vain.

Elle est sous l’emprise de ce démon de gosse, comprend-il. Il la possède.

Il aperçoit alors une bague au doigt d’Ambre. La jeune fille la porte, car c’est le seul souvenir de son père. C’est sa mère qui la lui a donnée. Et, cette bague, le vieil homme la connaît bien. C’est la bague de fiançailles qu’il a offerte à celle qu’il aimait. Sauf qu’elle n’appréciait pas son travail de tueur à gages. Elle a refusé sa demande en mariage, ne voulant pas mettre sa vie et celle de sa fille en danger. Il lui a laissé l’anneau et il est parti.

À la vue de cette bague, Alphonse comprend qu’il a sa fille en face de lui.

Sa fille sous l’emprise d’un démon et qui, de plus, est en train de l’étrangler !

Ambre resserre son emprise de plus en plus. Le vieil homme commence à manquer d’air et se met à tousser. Il regarde Ambre dans les yeux fixant le visage de cette jeune femme qui ressemble tellement à sa mère et réussit à articuler, à bout de souffle :

Ma fille, je suis ton père…

Chapitre 8

Ambre et Alphonse

Le choc de cette révélation associée à l’émotion qu’elle suscite permet à Ambre de retrouver ses esprits. Elle échappe alors à la domination de l’enfant et lâche Alphonse en pleurant.

Le petit garçon entre alors dans une colère totale.

Une corne apparaît sur sa tête, puis une autre. Il se met à grandir, grandir, grandir ! Une grandeur incroyable à couper le souffle ! Sa peau devient noire comme les ténèbres. Des griffes sortent de ses mains et de ses pieds. Ses oreilles deviennent pointues. Une pupille noire apparaît au milieu de ses yeux d’un rouge furibond. Ses dents se transforment en crocs pointus, les voici coupantes comme des lames de rasoir.

C’est le Diable en personne qui a été invité au King Night !!

Inaya, celle qui n’a peur de rien et qui s’était avancée pour lui parler, est toujours près de lui. Le Diable l’attrape par la jambe et la balance avec tant de force et de violence vers la cabine de mixage qu’elle s’empale sur le micro de DJ Papy.

Les gens hurlent de plus belle. Certains s’évanouissent.

Ambre aussi est totalement terrifiée. Ses bras s’affaissent le long de son corps. La bouche grande ouverte et les yeux sortants de ses orbites, elle ne bouge plus.

De son côté, Alphonse est pâle, confus. Le Diable est venu en personne à cause de la séance de spiritisme d’Ambre et il a pris le corps d’un malheureux enfant décédé pour s’inviter à la fête. Le vieil homme se remet de ses émotions et son visage devient rouge de colère. Les dents serrées, ses veines ressortant de son front, il ramasse son couteau et son arme à feu. Sous ses sourcils froncés, son regard est inquiet, mais il est à l’affût du moindre geste de la part du roi des démons.

Je te tuerai, lui dit le tueur à gages.

En es-tu certain ?

Oh que oui !

Regarde ce que je sais faire, explose de rire le Diable. C’est ta fille, je le sais !

Les pouvoirs du Diable se décuplent. Il grandit encore plus. Ses griffes acérées s’allongent, ses yeux rouges deviennent totalement noirs. Aussi noirs que les abysses des océans. Ambre, totalement vulnérable, écarquille les yeux ne sachant que faire face à cette vision d’horreur.

Noooon, prends-moi ! hurle Alphone. Ma fille a fait une erreur. Laisse-la tranquille. Elle a encore toute sa vie devant elle. Elle est jeune et belle. Elle n’a pas besoin qu’on prenne son âme ! Emporte-moi, à la place ! Tu verras, je suis de bonne compagnie !

Je suis là pour Ambre, pas pour une vieille peau comme toi. Ta fille m’a appelé, elle m’appartient. Je prends qui m’a amené ici. Et si tu ne me laisses pas tranquille, je t’arrache le cœur.

De deux puissants coups de poing, le Diable fait s’ouvrir le sol. La piste de danse laisse place à un immense trou, et les flammes de l’Enfer envahissent le King Night. Ambre est déséquilibrée par une force invisible qui la pousse dans ce grand trou. Elle a juste le temps de se rattraper au bord du précipice. Le Diable rit de plus belle. Mais la jeune femme s’accroche désespérément. Alphonse n’a pas le temps de l’aider, car la jeune femme voit soudain des flammes qui engloutissent la boîte de nuit.

Tout est perdu…, songe-t-elle.

Dans un dernier soupir, elle se laisse chuter en Enfer.

HA ! HA ! HA ! HA ! HA ! Nous nous reverrons bientôt, toi, mon âme sœur ! Toi, la petite humaine qui se sentait trop seule pour attendre le prince charmant ! Ce n’est plus qu’une question de temps, à présent ! Tu es à…

Alphonse ne lâche rien de rien. Il lève son pistolet, vise et fait feu sur le Diable. Celui-ci, furieux d’être interrompu, s’avance et l’attrape par la gorge et serre, serre, serre. Alphonse essaye de se défendre. Impossible. Alphonse le gifle. Le Diable voit rouge et le jette à travers la salle. Le vieil homme percute le comptoir du bar, juste à côté d’Irna l’Hawaïenne.

La colocataire d’Ambre l’appelle alors d’une toute petite voix. Elle a sorti une petite croix accrochée à une chaîne de son bustier qu’elle lui tend. Le DJ s’en empare et la tend vers le roi des Démons. Aussitôt, elle s’illumine, et se met à grandir. Elle grandit tellement qu’Alphonse doit la tenir à deux mains. Alors, il se relève et se met à crier, la croix tendue vers la créature démoniaque.

Diable, retourne en Enfer !

Le Diable vacille, comme s’il avait été touché par quelque chose.

Le tueur à gages s’adresse aux fêtards cachés et encore en vie.

Aidez-moi ! Répétez cette phrase avec moi ! Diable, retourne en Enfer ! Jusqu’à temps ce qu’il meurt ou qu’il disparaisse ! ALLEZ !!

Toutes les personnes sortent de leur cachette et lui obéissent :

DAIBLE, RETOURNE EN ENFER !

Le Diable crie, bouge, essaye de s’enfuir. Impossible. Ne respirant plus, il s’effondre.

Alphonse pose la croix sur la poitrine du démon. Le démon redevient un enfant, puis une âme rougeâtre sort de son petit corps et disparaît. L’enfant, mort, s’enfonce ensuite dans le sol.

À ce moment-là, tout redevient normal dans le King Night. Comme s’il n’y avait jamais eu de mort ou de crevasse donnant dans les profondeurs abyssales de l’Enfer.

D’ailleurs, même le Diable n’est plus là. À la place, il y a Ambre, qui reprend ses esprits. Elle prend Alphonse dans ses bras et lui plaque un gros baiser sur la joue.

Les lumières se rallument et la musique redémarre.

épilogue

Alphonse a donné rendez-vous à Ambre et à ses copines dans un cimetière non loin de la boîte de nuit.

C’était une hallucination collective ou pas, vous croyez les filles ? demande Inaya.

Kimberley, la bimbo hausse les épaules :

Bah ! Tant que mon ongle est redevenu comme avant…

Irna ne dit rien. Pensive, elle touche la croix qu’elle porte à nouveau autour de son cou.

En tous les cas, intervient Camille aux cheveux roux, ça ferait une très bonne histoire de roman ! Ou pour du moins pour l’histoire qu’on doit écrire en cours de français.

Ambre, également silencieuse, secoue la tête, espérant que toute cette soirée n’ait été qu’un méchant rêve collectif. Peut-être dû à une drogue qu’Henri, le barman, aurait mise dans les boissons. D’ailleurs, il a disparu durant la soirée et on ne l’a jamais revu.

Enfin, ils voient le vieil homme. Il leur montre une photo sur une très vieille tombe. La photo d’un enfant. De l’enfant !

Regardez les dates…, maugrée-t-il. Vous avez rappelé un enfant qui est mort depuis plus de 150 ans. Ne refaites plus jamais cette bêtise, les filles. Ça peut aller très loin. Heureusement que j’étais là. Ambre, tu as quand même mis nos vies en danger. S’il avait réussi à te prendre, ni toi, ni nous, ne serions là aujourd’hui. Promettez-moi de ne plus jamais jouer avec les esprits, les filles…

Les cinq filles n’ont pas le temps de le promettre. Sur la photographie, le visage du garçon bouge. Il leur sourit, puis leur fait un clin d’œil avant de se figer à nouveau.

La seconde d’après, une main blanche sort de terre…

 

Blessure Noire

Début 2011, Michaël MOSLONKA s’implique dans l’aventure Bassin Minier Uni – Nord-Pas de Calais avec les jeunes de la classe de 4ème A du collège Pierre et Marie Curie de Liévin.

Sous forme d’ateliers d’écriture, cette aventure donne naissance à une nouvelle intitulée Blessure noire. Celle-ci fera partie du livre comprenant l’ensemble des réalisations des participants de l’opération menée par le BMU.

Elle a été écrite à 80% par les élèves, l’écrivain limitant son investissement à des conseils d’écriture et à des reformulations ou réajustements validés ou non par les jeunes auteurs. Le choix de la nouvelle (genre réaliste) ayant été, également, choisi par eux.

 

Blessure noire

par les élèves de classe de 4èmeA du collège Pierre et Marie Curie de Liévin (62) :

Laurianne, Dylan, Cyndra, Florian, Sullivan, Valentin, Sébastien, Chloé, Amélie, Olivia, Valentin, Miryama, Rowan, Mélanie, Louise Margaux, Kathleen, Julian avec la participation des professeurs d’Arts Plastiques et de Français, Mlle Seillier et Mlle Malki.

Une nouvelle ? Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire ?

J’étais sur le chemin du retour, il était déjà tard – passé dix-huit heures – et, comme à mon habitude, j’allais rendre visite à Jean qui se trouvait sur son banc où il se rendait chaque soir. L’homme aux pigeons ! souriais-je avec tendresse. C’était le surnom que les jeunes du collège lui donnaient. On le lui avait attribué car il nourrissait régulièrement les pigeons qui se posaient devant lui.

Quel chanceux ! me disais-je encore parfois. Nourrir des pigeons et ne faire que cela !

Quand je fus arrivée sur la place Rimbaud ce n’est pas seulement Jean qui occupait mes pensées mais aussi ce satané projet sur le bassin minier auquel ma classe devait participer.

J’étais vraiment en panne d’idées.

Dès que j’aperçus Jean je m’arrêtai et me mis à l’observer. Rien ne pouvait perturber cet homme de 86 ans pendant ce moment généreux qu’il partageait avec ses petits comme il aimait les appeler. Pas même tous ces adolescents qui s’amusaient autour de lui, qui le regardaient à peine et qui ne comprenaient pas pourquoi une jeune fille de treize ans pouvait être autant attachée à une personne âgée avec qui elle n’avait aucun lien familial. Ils pensaient que j’avais mieux à faire que de rester des heures à discuter avec lui. Ils avaient bien tort. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est que ce vieux monsieur était devenu en quelque sorte un grand-père de cœur.

Même s’il parlait peu de sa vie, j’avais appris à le trouver sympathique. Je restais cependant intriguée par sa blessure noire comme il nommait parfois sa jambe raide qui le faisait boiter. Mais il se montrait distant à chaque fois que je voulais aborder son passé.

Tout en pensant ainsi à lui, je me dis alors que cet homme si secret avait sans doute un tas d’histoires à raconter et qu’il pourrait peut-être me donner des idées.

Portée par cette illumination, je m’avançai d’un pas motivé vers Jean. Assis sur son banc, sa canne posée à côté de lui, il jetait des miettes à ses petits. Je le vis s’interrompre et sortir de la poche de sa veste une photo qu’il regarda d’un air mélancolique pendant plusieurs secondes.

– Salut Papy Jean ! lui lançai-je en m’approchant.

Il releva la tête, retira sa casquette – la même depuis notre rencontre, en octobre dernier – et replaça ses cheveux grisonnants au moyen de sa grande main maigre, un peu tremblante, avant de se couvrir à nouveau. Je fus à nouveau frappée par la tristesse de ses petits yeux bleus. De plus, il paraissait bien fatigué. Plusieurs questions le concernant me revinrent à nouveau à l’esprit quand il me répondit en cachant sa photo :

– Oh, bonjour Julie ! Comment va ma tiote brune ?

– Et bien… la routine, sauf qu’aujourd’hui à l’école, on nous a proposé de faire un travail… Mais… voilà…

J’hésitais. Je ne savais trop comment lui parler de mes difficultés, encore moins lui demander son aide.

– Ben, qu’est-ce qu’il y a ma tiote brune ? T’as l’air bien embarrassée ? Raconte !

– Eh bien il s’agit d’un concours sur la mine auquel seule notre classe doit participer. Chacun doit écrire une nouvelle. En quatrième, on est dix-neuf. Sur les dix-neuf histoires, une seule sera choisie et pourra paraître dans le journal La voix des terrils. Et à ce propos Papy Jean, ta blessure noire n’aurait-elle pas un rapport avec la mine ?

– Très perspicace ma tiote ! Les mines, c’est un thème très intéressant tu sais ! J’ai bien connu les galeries qui couraient sous la terre…

– J’avais vu juste, tu es une ancienne Gueule Noire, Papy ! m’exclamai-je tout à coup. C’est ça ? Pas vrai ?

Il sourit devant mon enthousiasme.

***

Papy Jean se taisait. Toujours assis sur son banc, il regardait deux gamins, l’air nostalgique. Je le fis revenir à moi en lui demandant pleine d’espoir :

– Peux-tu m’en raconter davantage ?

Je le vis hésiter puis il me lança :

– Bon … d’accord… Mais c’est bien parce que c’est toi !

– Merci Papy ! m’écriai-je, aux anges.

Jean observa avec attention les alentours pour gagner un peu de temps, puis inspira profondément et commença le récit de sa vie :

« J’avais onze ans quand je suis allé pour la première fois dans la fosse 3 d’Auchel et je n’en menais pas large. J’avais menti sur mon âge car je devais descendre avec mon grand frère pour aider à subvenir aux besoins de la famille. C’était simple de mentir au porion. Certes, j’avais onze ans mais j’en paraissais quinze. Je me dévouais pour ma mère qui souffrait de problèmes financiers dus au maigre salaire qu’elle ramenait chaque mois. Mon père venait de décéder suite à un coup de grisou quelques mois auparavant et maman se retrouvait seule avec deux gamins : mon grand frère Paul et moi-même. D’ailleurs, les difficultés qu’elle endurait se reflétaient sur son apparence. Le poids du deuil avait rendu son visage émacié et blême. Ses yeux cernés pleuraient souvent. Malgré tout, elle se montrait forte pour nous et j’admirerai toujours sa force de caractère. La vie, pour moi, n’était pas de tout repos. Je me levais tôt, travaillais au trou jusqu’à 14 heures puis je rentrais et m’occupais du jardin. Paul, lui, passait son temps au bistrot à jouer aux cartes avec ses amis de la mine. Lorsque, le soir, je pouvais enfin me reposer, je regardais les fils d’ingénieurs revenir de l’école. Qu’est-ce que je les enviais ! Ils n’avaient pas à trimer comme moi ! Bref, les temps étaient durs mais on essayait de survivre… »

Jean s’arrêta de parler et je compris que c’était à cet instant que cela devenait dur pour lui. Son regard se fixa sur un point imaginaire, il glissa la main dans la poche de sa veste et sembla y toucher quelque chose. Sûrement son habituelle photo. Il resta un moment dans cette position, puis il soupira et reprit là où il avait interrompu son récit :

« Ce jour-là, nous étions en plein travail, le bruit assourdissant des machines était insupportable. L’air était suffocant et sec, chargé de poussière de charbon. Mes vêtements me collaient à la peau tellement je transpirais. Rien de bien nouveau dans ça. C’était notre quotidien à tous. Le contremaître qui n’était pas vraiment dupe sur mon âge et qui avait besoin de main-d’œuvre, m’avait confié une tâche de galibot, celle de tenir la cage du canari. Ce canari occupait une place importante dans le trou car s’il mourait, c’était qu’il y avait du gaz dans les environs. Un seul coup de pic sur la roche provoquait alors une étincelle qui elle-même pouvait entraîner une catastrophe…

Le bruit des pioches résonnait dans nos têtes, tous les mineurs étaient concentrés. Soudain l’oiseau cessa de respirer et je le vis tomber de son perchoir. Paniqué par cette situation qui m’était totalement inconnue, je ne savais que faire. Les mineurs se figèrent, angoissés. Cela dura à peine une minute puis, d’un seul coup, il y eut une énorme explosion. Les lourdes poutres de bois qui étayaient la galerie s’effondrèrent dans un fracas épouvantable, écrasant certains, assommant d’autres ou alors bloquant les mineurs affolés. Ce qui fut mon cas. Des gravats et des morceaux de bois étaient tombés sur ma jambe. Cependant, je me débattais, il fallait que je m’assure que mon frère aille bien ! Un de mes camarades me remarqua et alerta les autres qui vinrent m’aider. Une fois libéré, je me redressai et repris mes esprits. Mon oreille droite saignait à cause de la déflagration ; j’y fis à peine attention tant j’étais obnubilé par la possibilité que Paul soit blessé. L’odeur de la mort se mêlait à la fumée, ce qui me faisait encore angoisser davantage. J’avançais dans l’obscurité lorsque mon camarade me retint pour que je fasse demi-tour mais je le repoussai. Je retournai et tâtais tous les cadavres que je croisais. La lampe de mon casque me fournissait seulement un peu de lumière, chaque petit gémissement que percevait mon oreille valide me redonnait une lueur d’espoir. Malheureusement, plus le temps passait, plus la douleur de ma jambe persistait et l’espérance de retrouver Paul se consumait.

Les hurlements et les gémissements s’amplifièrent auxquels s’ajouta le bruit des secours qui arrivaient. Puis, la galerie se vida petit à petit, ne laissant plus que les morts derrière elle. Les secouristes s’occupèrent de remonter les gens encore vivants et quand vint mon tour je résistai. Pour moi, c’était inconcevable de laisser mon frère sans savoir comment il allait. Cependant je ne faisais pas le poids face à deux hommes et je dus l’abandonner.

Rentré chez moi, le plâtre à la jambe, j’allai donner un peu d’espoir à ma mère. Mais plus tard cet espoir se volatilisa lorsqu’en consultant le tableau des victimes, nous vîmes écrits le prénom de mon frère et notre nom de famille : Paul Taffin. Nous étions anéantis. Suite à cette tragédie et à cause de ma blessure à la jambe, je ne suis plus redescendu dans la fosse. Pourtant, un travail tout aussi éprouvant m’attendait. Je tenais à ma mère et après un coup dur comme celui-là, je me vis dans l’obligation et le besoin de prendre soin d’elle. »

Je ne sus alors que dire suite à ce récit émouvant. D’ailleurs un silence s’installa pendant lequel je me remis en question. Moi, « la tiote brune » comme il m’appelait, j’eus subitement honte de mon comportement. J’osais me plaindre alors que d’autres avaient vécu et vivaient peut-être encore des moments terribles… D’une voix fragile, Jean m’arracha à mes pensées :

– Merci Julie. Merci, c’est la première fois que j’arrive à parler de la mort de Paul depuis cet accident. Et cela, c’est grâce à toi.

Ce fut avec fierté et émotion que j’entendis ces paroles…

***

Plus tard je continuai à revoir Jean mais moins souvent. Certains soucis m’empêchaient parfois de lui rendre visite, de plus un changement significatif se produisit dans ma vie. En effet, son histoire me fit comprendre la grande chance que j’avais, celle d’aller à l’école, d’apprendre et de profiter des joies simples de la vie. C’est donc pour cela, et au grand bonheur de mes parents, que je me remis à étudier sérieusement et à m’intéresser à tout ce qui pouvait m’être enseigné.

J’écrivis l’histoire de Jean. Une fois la nouvelle terminée je pus la remettre à mon professeur. Ce récit me permit de remporter le concours. Il allait donc être publié dans le journal.

Enfin je pouvais aller voir mon grand-père de cœur pour lui annoncer la bonne nouvelle. Ce jour-là je courus vers la place Rimbaud, mais arrivée près du banc, Papy Jean n’était pas là. Déçue, je retournai chez moi. Chaque jour je me rendais à la place dans l’espoir de le retrouver. En vain. Je partis donc en quête de sa maison sur internet. Dès le lendemain, l’adresse en poche, je me rendis chez lui.

Une fois dans la rue Gramme et devant le numéro 84, je remarquai que les volets étaient fermés. Des meubles ainsi que des affaires personnelles logeaient sur le trottoir. Paniquée, j’allai questionner les voisins pour y voir plus clair, mais personne ne put m’aider. Cela me plongea dans un profond désarroi. Retenant mes larmes, je retournai devant le mobilier laissé sur le trottoir et me mis à fouiller dans les cartons. Dans l’un d’entre eux, je découvris sa casquette et sous cette dernière une photographie jaunie sur laquelle se trouvaient Jean, son grand frère Paul, sa mère et son père. J’hésitai, puis je pris ces deux objets. Pour moi, ils étaient devenus trop précieux pour être ainsi abandonnés. Je partis sur le chemin du retour. Mes larmes, cette fois, ne purent s’empêcher de couler…

Liévin – le 11 avril 2011

(merci à Florence Mini et à Myriam Masson de la BMU,

aux professeurs Mlle Malki et Mlle Seillier et au principal du collège Pierre et Marie Curie,

sans qui cette aventure littéraire n’aurait pas été possible !

sans oublier, les élèves, graines d’écrivain)

 

Moumoune, écoute-moi !

par

Bélinda A., Anthony B. Kimberley B., Séverine B., Laura B., Dylan C., Antoine D., Lesly D., Mélissa D., Nicolas D., Florine D., Justine D., Anaïs D., Marie D., Windy D., Amandine M., Megan D., Emilie D., Antoine E., Megane D., Loïc F., Laura G., Alison J., Maëva L., Julien L., Justine L., Mandy L., Maxime L., Justine M., Adeline M., Auréline M., Caroline R., Sophie S., Killian T., Audrey W. et Christian Quennehen (professeur de lettres-histoire)

Chapitre 1 La rencontre

Joy a les cheveux mi-longs blonds, naturellement noirs. Les yeux vairons – bleus et verts. Elle est joyeuse, rit facilement pour rien, mais a tendance à s’énerver trop vite quand quelqu’un l’interroge sur sa famille. Son enfance est un sujet qu’elle évite d’aborder. Son apparence est plutôt simple, mais elle prend un soin particulier dans sa façon de s’habiller. Sa dentition n’est pas parfaite. Elle en est complexée. Elle espère économiser en travaillant au McDo de Berck et faire disparaître cette difformité.

7h45, la voix de Michel Telo envahit la chambre et le réveil sonne. Joy ouvre les yeux, sort de son lit, retire son pyjama. Elle se dirige vers son armoire pour prendre ses affaires de sport puis les enfile. Avant de partir faire son jogging habituel, elle n’oublie pas d’aller dire au revoir à Moumoune, son poisson rouge. Il regarde la jeune femme de vingt-deux ans avec des yeux exorbités et semble fixer ses lèvres pour comprendre ce qu’elle lui dit.

– Moumoune, je ne serai pas longue. Ne fais pas trop de bêtises et garde bien la maison.

Elle passe devant le grand miroir de la salle à manger pour se regarder une dernière fois afin de vérifier que sa tenue est parfaite. Elle ouvre la porte de son appartement et s’élance en direction de l’esplanade sous un temps magnifique.

Cette fois-ci, la jeune femme emprunte un autre chemin, car celui de d’habitude est en travaux. Un garçon en roller passe près d’elle et la bouscule. Celle-ci tombe. Le rire des mouettes au-dessus d’elle la fait rougir. Un serveur d’un restaurant à proximité se précipite vers elle pour l’aider à se relever.

Elle est tout de suite attirée par ce charmant jeune homme qui a l’air d’un surfeur. Ses yeux bleus brillent à la lueur du soleil. Joy se surprend à sourire et met vite sa main devant sa bouche. D’un air inquiet, le garçon lui demande comment elle va. Joy bégaye et devient encore plus rouge. Elle lui répond « tout va bien » puis le remercie de s’être inquiété. Le serveur voit du sang sur son jogging déchiré et lui propose de venir dans le restaurant qui appartient à ses parents pour lui prodiguer les premiers soins. Elle hésite et ne sait pas quoi lui répondre, mais le suit malgré tout.

Une fois Joy installée à une table de la terrasse, le garçon lui remonte son jogging, désinfecte sa blessure et lui met un pansement.

La jeune femme ne sait plus comment réagir et n’ose plus bouger.

Le serveur lui propose de boire un café avec lui pour se remettre de ses émotions. Elle accepte, car elle se dit que boire un café avec lui ne l’engage à rien.

Joy s’assoit à une table en attendant que le jeune homme revienne avec les cafés. Pendant ce temps, la jeune femme se demande pourquoi elle est dans cet endroit. Quelques minutes plus tard, le serveur s’assoit avec elle. Il dépose les tasses sur la table.

– Voici votre café, dit-il. Je me présente, je m’appelle Nathan.

– Mon nom est Joy. Heureuse de vous connaître.

– Joli prénom. Peut-on se tutoyer ?

– Oui, bien sûr, dit-elle, se contentant d’un sourire en coin pour ne pas dévoiler sa dentition inégale.

– C’est la première fois que je te vois passer ici… Viens-tu d’emménager ?

– Je…. euh… non. Je ne cours pas de ce côté d’habitude, et pour mon travail, je n’empreinte pas ce chemin non plus.

– Ah ! Et tu travailles dans quel domaine ?

– Je… suis… une… euh… manager.

– Plutôt pas mal. Je dois retourner travailler. Puis-je t’inviter à la soirée d’anniversaire de ma sœur ?

– Oui, avec plaisir !

– D’accord, la soirée se passe au 33 rue de l’Esplanade à 20 heures.

– Bien sûr, j’y serai, à demain.

Joy se lève, part dans la direction opposée en le saluant de la main.

* * *

Suite à cette rencontre devant le restaurant, Joy rentre chez elle et décide de se préparer pour travailler. Elle choisit sa tenue tout en racontant à Moumoune sa chute durant son footing.

– Ah ! Moumoune, il faut que je t’explique. Il m’est arrivé quelque chose d’extraordinaire ! Ce matin, j’ai dû prendre un autre chemin pour courir quand un abruti de garçon en roller passe devant moi et me fait tomber. Et sans se retourner, il continue sa route ! Non, mais tu te rends compte ? Les garçons sont de moins en moins galants ! Bref, tout ça, ce n’est rien comparé à ce qui s’est passé ensuite. Un serveur, beau gosse, qui était en face est venu m’aider à me relever, il a constaté que mon genou saignait énormément. Il m’a souri de toutes ses dents, a caressé mes cheveux pour me rassurer et sans que je le lui demande m’a prise dans ses bras pour m’amener sur la terrasse du restaurant de ses parents (le restaurant d’Artois) pour me soigner. C’était un instant magique ! Puis il m’a proposé un café pour oublier ma chute. Ce café était un vrai délice. L’espace d’un instant, j’ai cru être en face du séduisant Georges Clooney. Cet homme me fait tourner la tête rien qu’en prononçant cette célèbre phrase : « What else ? » Waouh ! Carrément craquant. En plus de ça, tu sais pas quoi ? Il m’a invitée à l’anniversaire de sa sœur ! Je suis tellement heureuse de le revoir, mais j’appréhende aussi énormément. Est-ce que je lui plais, tu crois, Moumoune ?

Le poisson rouge tourne plusieurs fois dans son bocal et regarde Joy.

– Tu as raison Moumoune, je me pose beaucoup trop de questions. Tout se passera bien.

* * *

Le lendemain soir, Joy arrive devant chez Nathan. La jeune femme est impressionnée. C’est une gigantesque maison. De couleur blanche et bleu. Avec de grandes fenêtres illuminées par le coucher du soleil. La maison lui semble immense. Il y a plein de fleurs sur le balcon. Cette grande demeure lui fait penser à une maison de riches. Elle ressemble à une villa.

Joy se demande si elle doit y aller. Finalement, après quelques hésitations, elle remonte la vitre teintée et sort de la voiture – une Golf. Elle s’avance dans le jardin. Vêtue d’une longue robe rouge, elle rejoint son magnifique sauveteur. En le cherchant parmi les nombreux invités, elle l’aperçoit sur une scène tenant une guitare électrique. Il interprète une chanson de Johnny Halliday. Joy reconnaît le morceau de « Gabrielle ». Le jeune homme est accompagné d’une fille brune qui chante au micro.

Dès qu’il l’aperçoit, Nathan interrompt son interprétation pour la rejoindre. Il descend de la scène puis s’avance vers elle et lui dit :

– Bienvenue Joy, je peux t’inviter à boire une coupelle de champagne ?

– Bonsoir Nathan, je voudrais bien, lui dit-elle d’un air timide.

Nathan va vite chercher deux coupelles de champagne sur le bar et la retrouve sur un balcon. Il lui donne cette coupe et s’exprime :

– Alors, la soirée se passe bien ?

– Oui, très bien merci…

Joy et Nathan discutent un peu, puis un long silence s’installe. Joy commence à avoir le cœur qui bat de plus en plus fort.

La chanteuse quitte la scène tout en faisant attention où elle pose les pieds. Et là Joy pense : mais pourquoi marche-t-elle d’une façon pareille ?

Joy dit à Nathan :

– Qui était la fille avec toi sur scène ?

– C’est ma petite sœur, Roxane !

– Quel âge a-t-elle ?

– Elle vient d’avoir ses dix-neuf ans.

– Où est-elle ? J’aimerais lui souhaiter son anniversaire…

– Elle doit être vers le buffet, allons voir.

Les deux jeunes gens se dirigent vers le buffet, mais ne voient pas la chanteuse.

– Ma sœur est peut-être dans la cuisine !

Alors, ils vont voir dans la cuisine.

La pièce est vide, sans lumière et sans aucun bruit.

Ils ne l’aperçoivent toujours pas !

– Désolé, elle doit être sûrement fatiguée après cette journée éprouvante et cette dure soirée.

Joy est déçue, elle ne montre pas son sentiment.

– Tant pis, répond-elle, je la verrai une autre fois. Que fait ta sœur dans la vie ?

– Elle fait des études en philosophie.

– Elle étudie dans quelle fac ?

Rougissant, Nathan change de sujet :

– Tu n’aurais pas envie d’un petit toast ?

– Oui, bonne idée. Allons manger un petit quelque chose.

Plus tard dans la soirée, Roxane n’est toujours pas réapparue parmi les invités. Joy trouve cela étrange, mais ne préfère rien dire.

Fermant les yeux, elle pense à cette jeune fille aux yeux bleus.

Perturbée par ces visions, elle se pose un tas de questions.

Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi je rêve d’elle tout à coup comme ça ? Je ne suis pas amoureuse d’elle quand même ?

– Il se fait tard, je vais me coucher ! dit Joy tout en étant mal à l’aise.

– Tu ne veux pas rester encore un peu ? propose Nathan. J’ai encore plein de choses à te raconter !

Joy lui répond, hésitante :

– Non, demain, je me lève tôt et une grosse journée m’attend.

Avec un air déçu, Nathan lui répond :

– Hé bien, tant pis. On se voit plus tard si tu le souhaites pour discuter ou faire un footing ensemble.

– Peux-tu me laisser ton numéro de téléphone ou un moyen de te contacter ? demande Joy.

– Pas de soucis, voici une carte qui te montre sur quel numéro m’appeler.

– Je te remercie ! Je la garde précieusement dans mon sac. Bonne soirée.

– Merci, toi aussi.

Ils se quittent du regard, partent chacun de leur côté… Puis ils se retournent en même temps. Nathan fait un clin d’œil et ils se quittent définitivement.

 

Chapitre 2 Le doute s’installe

Dans son lit deux places, Joy tente désespérément de s’endormir. Elle ne cesse de remuer. Elle ne trouve pas le sommeil, ce qui n’est pas étonnant vu l’étrange soirée qu’elle a passée. Elle essaye donc de se concentrer sur Nathan, mais l’image de sa sœur revient dans sa mémoire.

Elle se rappelle la façon qu’elle a de bouger sur scène, sa coiffure, son regard bleu océan. Et puis, un tas de questions se bouscule dans sa tête. Pourquoi ? Comment cela a-t-il pu arriver ? Qu’est-ce que cela peut signifier, ça ne peut tout de même pas être de l’amour ! Elle n’arrive pas à comprendre. Elle se tourne et se retourne dans son lit, ouvre et ferme les yeux sans arrêt revoyant toujours le visage de Roxane. Tardivement, elle finit par s’endormir.

Le lendemain matin, elle se réveille avec une petite migraine. Elle remarque qu’elle n’avait pas mis son réveil. Elle regarde l’heure en vitesse et constate qu’elle n’est pas en retard. Elle se motive toutefois, car elle sait qu’elle doit aller travailler.

Après avoir déjeuné, Joy cherche son meilleur ami :

– Moumoune, où es-tu ? Pourquoi ai-je changé de place le bocal, je suis une idiote.

Cette fois-ci elle l’a laissé sur l’étagère du salon. Au fond du bocal de son poisson rouge se trouvent des petits cailloux orange ainsi qu’une petite maison de couleur noire. Joy a choisi de ne pas lui mettre des plantes pour éviter que Moumoune éternue.

Elle commence à lui raconter son histoire. Quand tout à coup, le poisson se penche sur le dos et il se met à penser :

Va parler ailleurs, tes ragots j’en ai assez… De toute façon, contrairement à ce que tu penses, je te déteste ! Et puis au lieu de passer ton temps avec ce garçon et cette fille, occupe-toi un peu de moi. Épouse un vieux riche et tu auras une vie meilleure, finie la routine de McDo !

– Tu as raison, avoue Joy, je ferai mieux de me reprendre en main et de m’intéresser à autre chose. Oh ! merci Moumoune tu es toujours là pour me donner des conseils. Bon, moi, je file au travail sinon je vais vraiment être en retard.

* * *

Un coeur qui bat pour deux (un deuxième titre pour la nouvelle)

Un coeur qui bat pour deux (un deuxième titre pour la nouvelle)

Onze heures, Joy arrive au McDo. Elle enfile son pantalon, sa chemise et sa casquette noire. Elle salue ses collègues en passant et discute avec Laurence, une fille qu’elle apprécie beaucoup. Sa chef en les voyant leur rappelle qu’il y a du monde qui attend. Joy part s’installer derrière le comptoir et commence sa journée. Les clients défilent les uns après les autres. Au bout d’une demi-heure, elle entend deux jeunes parler. Elle reconnaît la voix de Nathan. En levant la tête, elle le voit tout de suite. Elle le pense seul, mais aperçoit Roxane derrière lui, en fauteuil roulant.

Joy se baisse immédiatement, longe le comptoir en espérant que Nathan ne l’a pas vue. Mais elle bute contre sa chef. Une dame stricte d’un mètre quatre-vingt et de cent trente kilos. Le genre de femme qui passe dans les films d’horreur !

Joy repart sur son lieu de travail tout en se cachant derrière un plateau.

Discrètement, elle appelle Laurence pour la remplacer. Elle marche rapidement vers les toilettes en étant choquée d’avoir vu Roxane ainsi. Elle attend quelques minutes que Nathan quitte le comptoir. En sortant, elle tombe nez à nez avec lui.

– Euh… Bonjour Joy

– Bonjour, dit-elle en rougissant.

– Que fais-tu ici ?

– J’aide mes employés, nous manquons de personnel.

– Joy !! hurle sa chef.

– Bon, je te laisse, je repars travailler…

Joy retourne dans la salle, les joues écarlates. Elle est mal. Elle est certaine qu’il ne croit pas son mensonge. Pendant tout le temps où ses nouvelles connaissances sont dans la salle, Joy évite le regard curieux de Nathan.

 

Chapitre 3 La rencontre de Joy et Roxane chez Nathan

Le lendemain, Joy va chez Nathan pour s’expliquer, car elle se sent honteuse de lui avoir menti. Arrivée à sa demeure, elle frappe à la porte, mais c’est Roxane, qui lui ouvre la porte.

Étonnée, la sœur de Nathan lui demande ce qu’elle fait là.

Joy ne sait plus quoi dire et tout en bégayant, elle lui demande si Nathan est là.

– Mon frère n’est pas là. Qui es-tu au juste ?

– Je m’appelle Joy, je suis une amie proche de Nathan.

– Ah… Oui, je t’ai vue à la fête. Rentres si tu veux, il ne va pas tarder à faire son apparition.

– Avec plaisir.

Et voilà Joy qui rentre dans la maison. Roxane lui propose de faire comme chez elle. Qu’elle peut s’asseoir. Elle s’installe dans le canapé. Roxane propose un café à Joy. Elle accepte à une seule condition : que ce soit elle qui le prépare. Puis les deux jeunes filles discutent dans le salon.

– Dis-moi, demande Joy. Pourquoi ne t’ai-je pas beaucoup vue à ton anniversaire ?

– J’étais sur la scène… Je chantais, mais je suis partie me reposer.

– Pourquoi ? Te sentais-tu mal ?

– Je venais de passer une dure journée.

– Rien de trop grave ?

Joy pose ces questions pour connaître la vérité sur son handicap.

– Non, ne t’inquiète pas, la rassure Roxane. Allez, n’en parlons plus. Écoutons un peu de musique.

Elle prend la télécommande de la chaîne HIFI. Un CD de Michel Télo est déjà dedans. La musique envahit la pièce. Et là, Joy se plonge dans ses pensées.

Elle me ressemble beaucoup. Moi aussi, j’adore cette musique. J’aimerais beaucoup connaître cette fille, mais seulement comme amie. Je crois que je ne peux vivre que des liens d’amitié avec elle. Mes sentiments se tournent plutôt vers son frère. J’aurais vraiment de la chance de l’avoir comme confidente à la place de Moumoune.

Joy regarde Roxane. Elle se dandine dans son fauteuil tout en agitant ses bras et en écoutant les paroles de Michel Télo.

À la fin de la musique, elles se racontent des blagues. Par la suite, Joy n’a plus l’impression de parler à une inconnue et ose lui demander ce qui lui est arrivé pour qu’elle soit dans un fauteuil roulant. Roxane perd son sourire. Ses yeux se mettent à larmoyer et sa voix à sangloter.

– Si tu ne veux pas en parler, ce n’est pas grave. Je ne te force pas, tu sais ? Je peux comprendre.

– Non, ne t’inquiète pas. Je pense que ça me fera du bien de t’en parler. C’était, il y a trois ans, je devais dormir chez ma copine. Dans la soirée, elle m’a proposé de sortir en discothèque. J’étais en désaccord, mais après réflexion, j’ai accepté l’invitation. La soirée se passait bien, nous avions beaucoup ri et dansé. Nous avions exagéré sur la boisson. À l’époque, nous n’étions pas conscientes du danger. Ma copine a repris le volant pour rentrer. Et ensuite, le trou noir ! Je me suis réveillée à l’hôpital où j’appris qu’on avait eu un grave accident de voiture et que ma copine était morte sur le coup. Quant à moi, les médecins m’ont annoncé que je ne marcherai plus. Mais grâce à mes trois ans de rééducation, je commence enfin à pouvoir tenir debout plus longtemps et à faire quelques pas. C’est pour cela qu’à mon anniversaire, je suis vite partie. Je n’aime pas être entourée par beaucoup de gens. Souvent, ils me regardent avec pitié. J’aime chanter, c’est ma passion et j’adore la faire partager. Mais chaque concert que je donne, c’est mon handicap qui refait surface. Je suis obligée de me maintenir debout grâce au micro qui est fixé pour ne pas tomber.

Joy est émue par cette histoire que Roxane lui dévoile, mais elle lui dit à contrecœur :

– Il se fait tard, je dois partir. Mon poisson rouge, Moumoune, passe sur 30 millions d’amis.

– C’est vrai ? demande Roxane.

– Non, c’est une blague, mais je dois partir pour m’occuper de Moumoune.

Sa nouvelle amie esquisse un sourire :

– D’accord, reviens quand tu veux.

– OK, à plus…, bredouille Joy émerveillée par la dentition parfaite de la jeune femme.

– À bientôt.

Joy se lève en pensant que Roxane va la suivre. Elle franchit alors la porte seule et monte dans sa voiture après avoir passé une bonne après-midi. Seulement, elle regrette de ne pas avoir vu Nathan.

Joy démarre sa Golf et, après quelques mètres, elle regarde dans son rétroviseur. Quand soudain, elle voit une voiture rentrer chez Roxane et Nathan. Joy regarde le véhicule et aperçoit son ami en sortir. Alors, elle se maudit de ne pas être restée plus longtemps et repart chez elle. La nuit commence à tomber et elle se souvient que sa Golf n’a plus qu’un phare qui fonctionne.

Une fois à son appartement, elle repense au déroulement de son après-midi avec Roxane. Et surtout à Nathan.

* * *

En fin de soirée, après avoir changé l’eau de Moumoune, Joy décide d’appeler Nathan pour lui annoncer qu’elle n’est pas manager, mais serveuse. Elle compose le numéro de son prince sur le clavier de son téléphone en se demandant si cela est une bonne idée.

– Bon, Moumoune, il faut que je me lance ! Je ne peux pas continuer à lui mentir si longtemps !

Elle appuie sur la touche « appel »… Une première sonnerie retentit.

– Non, je ne peux pas, il faut que je raccroche !

– Allô?

– Euh… Euh…

– Joy ?

– Salut Nathan, cet après-midi avec ta sœur était vraiment formidable.

– Ah ! Tu as vu Rox ?

– Euh… Oui… Bref, j’ai quelque chose à te dire par rapport à ce qui s’est passé au McDo.

– Je t’écoute…

– Je t’ai menti.

– Comment ça ?

– Je t’ai dit l’autre jour que j’étais manager, mais c’est faux. Je ne suis pas manager, juste une simple serveuse. J’ai eu peur que tu saches la vérité quand tu es arrivé au McDonald ce midi avec Roxane. Donc je me suis cachée et j’ai demandé à ma collègue de me remplacer… Je sais que de toute manière tu aurais deviné la vérité.

– Oui, j’avais deviné. Je ne comprends pas, pourquoi m’as-tu menti ?

– J’avais peur que tu me prennes pour une moins que rien.

– Eh bien… Je suis tout de même déçu, j’aurais préféré que tu me l’avoues dès le début.

– Je suis vraiment désolée, Nathan. J’avais tellement peur de ne pas te plaire. J’espère que tu me pardonneras.

– Bon, c’est d’accord. De toute façon, je n’arrive pas à rester fâcher contre toi. Je n’ai jamais jugé quelqu’un par rapport à ce qu’il fait, mais à ce qu’il est !

Nathan se tait un instant, puis reprend :

– Je dois t’avouer quelque chose, puisque moi non plus je ne veux plus te mentir. Roxane…

– Oui Roxane ?

– Eh bien, je te l’ai caché depuis le début, mais elle a eu un accident il y a très longtemps et c’est à cause de ses jambes qu’elle est en fauteuil roulant. Je n’aime pas trop évoquer ce sujet, il me rappelle trop de mauvais souvenirs. Tu sais, elle déteste se montrer en public de peur que l’on ait pitié d’elle.

– Je te comprends, moi aussi, je n’aime pas parler de mon passé, de mon enfance… Mais Roxane m’a parlé de son accident.

– Ah bon ? Elle t’en a sûrement parlé cet après-midi, j’pense…

– Roxane a dû t’expliquer pourquoi j’étais chez toi, répond Joy. Si elle ne l’a pas fait, je vais te le dire : je voulais te revoir pour t’avouer toute la vérité. Puis elle m’a parlé de sa santé lors de notre discussion.

– Ah mince ! Ça m’aurait tellement fait plaisir de te voir. Je suis heureux que toi et Roxane vous vous entendiez si bien, puis ça me soulage qu’elle te l’ait dit par elle-même. Maintenant, nous n’avons plus aucun secret l’un pour l’autre. J’aimerais savoir pourquoi tu ne veux pas parler de ton enfance…

– Oui… C’est toujours un sujet difficile à expliquer, ma vie n’a jamais été stable. Mon enfance se résume à : foyer, famille d’accueil, malheur. Mes parents sont morts à l’âge de cinq ans, je n’avais aucune famille à part eux…

– Je suis vraiment désolé, j’éviterai d’aborder ce sujet à présent. Maintenant, je vais t’offrir une nouvelle famille ! Toi, Roxane, moi et le bonheur.

– Oh Nathan ! Ça me fait réellement plaisir ce que tu me dis là… Je commence déjà à connaître la définition du bonheur grâce à toi. Je dois te laisser, on se voit demain ?

– Oui, à demain.

Elle pose le téléphone et se dirige vers le bocal de son poisson rouge.

Joy le prend et s’assoit dans son fauteuil pour se confier à Moumoune. Celui-ci la regarde et se demande ce qu’elle va bien pouvoir lui raconter encore.

– Ho, Moumoune ! Je lui ai avoué la vérité. Demain, je me lancerai et je lui dirai ce que je ressens pour lui. Il est beau, adorable, tellement serviable !

Moumoune commence à s’agiter dans son bocal en fonçant sur la paroi. L’eau se met à déborder. Joy panique. Elle prend le bocal et le vide dans la baignoire pour que Moumoune puisse nager librement. Elle a tellement eu peur qu’il meure…

 

Chapitre 4 Un sentiment presque avoué

Un choix difficile (autre titre )

Un choix difficile (autre titre )

Quelques jours plus tard, Joy donne rendez-vous à Nathan à la plage.

Avant de partir de chez elle, Joy se regarde dans la glace et se dit qu’il est temps de lui dévoiler les sentiments qu’elle éprouve pour lui.

Lorsque Joy arrive au bord de la plage, Nathan est déjà arrivé. Et il l’attend devant le stand de char à voile. Joy l’aperçoit au loin, son cœur se met à battre très fort et elle rougit. Elle s’avance ensuite pour le rejoindre devant le stand.

Elle s’apprête à lui dévoiler ce qu’elle ressent quand il lui annonce :

– Je nous ai réservé un char à voile, ça te dit ?

Joy n’est pas du tout ravie, elle fait une triste tête, mais répond :

– Bonne idée, ça fait longtemps que je n’en ai pas fait.

Après avoir passé une heure à faire du char à voile, ils s’étendent sur le sable, au soleil, pour se reposer. En s’asseyant, Nathan hurle. Joy lui demande ce qu’il a. Il lui tend sa main en montrant qu’il s’est coupé avec un bout de verre. Joy l’aide à se relever et l’emmène au restaurant de ses parents.

Après que Joy l’ait soigné, ils mangent une glace ensemble. Mais le temps passe et Joy doit partir. En rentrant chez elle, la jeune femme raconte sa journée à Moumoune et lui confie qu’elle n’a toujours pas réussi à dire à Nathan l’amour qu’elle ressent pour lui.

Nathan appelle Joy pour lui demander si elle est d’accord pour aller manger ce soir au restaurant. Joy accepte avec plaisir. Elle se dit que ça pourrait enfin être le bon moment pour lui parler de ses sentiments.

* * *

Joy et Nathan arrivent dans le restaurant. Une musique de fond berce le lieu. Un endroit classique, mais très chic avec de la lumière tamisée qui donne une ambiance intime.

La jeune femme et le garçon s’installent le plus loin possible des autres clients pour pouvoir discuter à l’abri des regards.

Joy prend une profonde inspiration et se lance :

– Je dois te parler de quelque chose… Je préfère en discuter avec toi, je n’arrive plus à te le cacher.

– Explique-moi…

– Euh…, dit Joy en se mordillant la lèvre, la première fois que je t’ai vu, je suis tombée sous ton charme. Et depuis quelques jours, ça devient difficile de te voir rien qu’en ami. J’ai envie d’aller plus loin.

Nathan prend la main de Joy et réplique :

– Ce que tu me dis me va droit au cœur, car je n’étais pas sûr de tes sentiments envers moi.

Joy et Nathan passent leur commande. Joy prend un assortiment de salade et Nathan choisit les moules marinières. En attendant leurs plats, le serveur leur propose un apéritif qu’ils acceptent avec plaisir.

Après avoir passé dix minutes à se regarder dans le blanc des yeux, et de parler de leur vie, de leur vécu, le serveur arrive avec les plats.

– Merci beaucoup, Monsieur ! annonce Joy au serveur.

Joy et Nathan dégustent leur plat tout en se regardant. Puis ils demandent au serveur d’apporter l’addition. Ils payent et sortent du restaurant.

Ils se retrouvent sur l’esplanade. Il y fait froid. Nathan prend les mains de Joy et attire celle qu’il aime contre lui pour la réchauffer. Joy sent le souffle chaud de sa respiration dans le creux de son cou. Elle retire doucement sa tête. Nathan la regarde et lui glisse un petit « je t’aime » à l’oreille. Joy, tout émue, finit par lui répondre « moi aussi ». Un instant de silence, et Nathan glisse sa main dans les cheveux de la jeune femme puis il pose tendrement ses lèvres sur celles de Joy.

Joy recule et se sent gêné. Nathan lui demande si elle regrette ce baiser. Elle lui confesse alors :

– Non, mais… mes dents.

– Qu’est-ce qu’elles ont tes dents ?

– Tu ne vois donc pas ?! Elles sont horribles !

– Ne dis pas de sottises, tu as un sourire magnifique. Ne fais pas une fixation dessus, il n’y a que toi qui remarque un défaut à ta dentition. Peu importe ce qui te dérange, ce n’est pas un problème pour moi, je t’aime comme tu es.

Sur ceci, Joy se met à rougir, sourit et embrasse Nathan.

 

Épilogue

Durant plusieurs jours, Joy n’avait donné aucun signe de vie. Elle avait laissé le pauvre Moumoune désespérément seul dans la baignoire. Il devenait de plus en plus fou à tourner en rond. Il essaya de s’échapper plusieurs fois, mais en vain. Moumoune n’était pas idiot, il se doutait de la relation entre Nathan et Joy. S’en était trop pour lui, à force de tirer sur le bouchon de la baignoire avec sa bouche, celui-ci céda et Moumoune disparut dans un tourbillon d’eau.

Pendant ce temps, Joy avait quitté son ancienne vie pour vivre avec Nathan. Elle s’était rendu compte qu’elle se sentait beaucoup mieux avec la famille de Nathan. Et s’en était fini de son ancien confident Moumoune grâce à Roxane.

 

Tout est bon dans le jambonneau

Les aventures de Loco et de ses 5 amis ont été écrites par les jeunes adultes de SESSAD « Le Chemin » de Douai. Merci à Fabien Pruvost (orthophoniste), à l’origine de ce projet, et à Alexandre (éducateur) et Magalie (élève éducatrice) qui ont contribué à ce que les jeunes mettent à cette histoire le point final. Merci aux écrivains en herbe pour tout ce temps passé en leur compagnie !

Tout est bon dans le jambonneau

Texte de

Alexandre

Antoine O.

Antoine M

Gautier

Sylvain

 

Chapitre 1

Les six compagnons

L’histoire raconte les aventures à Paris de six jeunes amis : Jonathan Maurice, dragueur professionnel et grand joueur de poker ; Alexis Molas, blagueur invétéré ; Vladimir Novak, un correspondant polonais très « je-m’en-foutiste de la vie » avec un passé difficile et qui essaye de s’en sortir ; Lyn, jeune fille d’origine japonaise, fidèle en amour et en amitié, fan du monde gothique ; Alita, une grande fille intelligente de dix-huit ans, spécialiste de l’Histoire ancienne, grande admiratrice du Louvre, toujours accompagnée d’un ordinateur portable et de ses livres.

Enfin, il y a Loco : un labrador couleur sable, très affectueux.

En ce moment, Alita lui lit un livre sur les malédictions au fil des siècles. Nous sommes le 7 mai 2011. Il est 14h31.

Nos personnages sont à la Gare du Nord. Ils s’apprêtent à faire découvrir les merveilles de Paris à Vladimir Novak. Celui-ci s’est déplacé de Pologne spécialement pour cette visite. Jonathan, Lyn et Alita sont contents de lui venir en aide. De plus, leur but est aussi de regarder la beauté de la capitale.

Malheureusement, Alexis Molas, le blagueur du groupe, n’est pas encore arrivé.

– Surtout, on doit voir la place de Varsovie !, dit rapidement Vladimir Novak.

Alita, plongée dans la lecture de son livre, temporise :

– Calme-toi, il finira par nous rejoindre et on va y aller à la place de Varsovie.

Quand même inquiet, Vladimir demande :

– On y va comment, les amis ? Je crois qu’il faut prendre la ligne de métro 6.

La grande fille intelligente range son livre et sort un ordinateur portable de son sac à dos.

– Grâce à la puissance logistique de mon ordinateur, explique-t-elle, je peux situer la place de Varsovie et savoir quelle ligne prendre.

Après cinq minutes de recherche, elle s’exclame :

– La place de Varsovie est près de la Tour Eiffel !

Alexis Molas arrive à ce moment-là.

– Désolé d’être en retard pour la partie de poker !, dit-il, moqueur, les yeux fixés sur Jonathan, le sportif joueur de cartes.

Le retardataire est essoufflé et il a transpiré. Sa veste marron est tachetée de poudre blanche. Il a un sourire bizarre et Lyn se demande s’il n’aurait pas passé du temps avec une fille.

Loco s’approche pour réclamer une caresse. Le blagueur cesse de rire et recule.

– Ne va pas te coller à moi ! Je suis allergique aux poils d’animaux !

Le labrador couine et pleure. On dirait un petit oiseau tombé du nid. Alors, il s’en va vers Lyn pour être consolé. La jeune gothique le prend dans ses bras. Tout le groupe regarde le chien pleurer, Vladimir Novak, lui, affiche un air « de dire n’importe quoi », les sourcils baissés et la tête qui va à gauche puis à droite.

Jonathan Maurice est en colère. Devant son attitude, Alexis s’excuse :

– Désolé, j’ai eu une mauvaise journée…

Lyn réplique :

– Pour une mauvaise journée, ça sera une très grosse mauvaise journée si vous continuez comme ça !

Alita range son ordinateur, enfile son sac à dos et claque dans les mains :

– Allez, en route, les amis !

– J’y suis pour rien moi si je suis allergique à cette boule de poils !! Hein Loco ?

Sur ces mots, le blagueur caresse le poil de Loco du bout des doigts. Les cinq amis rient de bon cœur. Loco aboie de joie et saute dans tous les sens.

* * *

Vladimir tient la laisse de Loco et rentre dans la station de métro avec le groupe, direction la 6. La foule très pressante sépare les cinq amis, mais chacun connaît, grâce à Alita, l’arrêt où ils doivent monter.

Une fois le métro arrivé, ils s’installent debout dans la rame. Les portes se ferment et le métro démarre. Une ambiance plutôt silencieuse s’installe. Lyn donne une pièce à un joueur d’accordéon tandis qu’Alexis essaye de se déplacer en demandant pardon aux autres passagers. Jonathan adresse un clin d’œil à une jolie fille. Alita joue à un jeu sur son PC intitulé « les Mystères de Paris » dont le but est de sauver les richesses de l’Humanité.

Vladimir, lui, est dans le gaz, car il s’est drogué avant de monter. Il a fumé de la marijuana en cachette.

Tout le monde sort à l’arrêt Trocadéro qui permet de rejoindre la place de Varsovie. Lyn, Alita, Jonathan et Alexis se retrouvent tous ensemble sauf que cette fois, il manque Vladimir et Loco.

Vladimir, toujours dans le gaz, a les yeux fixés sur un parisien qui passe devant lui. Cet homme est super étrange : il a des molaires sur son pull.

– Bon ben… on attend Vladimir, dit Lyn.

– Ah, c’est bon !, s’exclame Jonathan. Le voilà !

Le Polonais arrive enfin vers la bande.

– Désolé de vous avoir fait attendre, les potes ! J’ai été surpris par un mec qui avait des molaires sur son pull.

– C’est une maladie pull-molaire ?, ricane Alexis.

– Comment ça ?

– Heu… rien. C’était juste un jeu de mots. Ton gars, il n’avait pas des molaires sur son pull, mais des boutons blancs. Tu dois halluciner encore, Vlad !

Alita se met soudain à pleurer. Lyn et Jonathan sont catastrophés.

– Quoi ? Que se passe-t-il ?, s’alarme Vladimir en tournant la tête dans toutes les directions. La police m’a vu fumer un joint ?

Lyn dit à son ami polonais :

– Vladimir… Tu n’as pas remarqué quelque chose dans le métro ? Tu as bien gardé Loco ?

– Rhooo ! T’inquiète ! Regarde comment il est sage…

Vladimir baisse la tête vers le chien.

– LOCO !!, s’écrie-t-il.

Loco n’est plus là. Pire. À sa place, un morceau de jambonneau pend au bout de la laisse.

 

Chapitre 2

Loco, chien passionné et passionnant

Les cinq amis sortent du métro en courant. C’est Alexis Molas qui a émis l’idée que Loco s’est peut-être sauvé dehors.

Une fois dans la rue, Vladimir s’arrête. Il est fatigué à cause du joint de cannabis qu’il a fumé et de son médicament psychoactif. Il s’exclame alors avec satisfaction :

– On est arrivé sur la place de Varsovie ! Regardez la plaque !

Il s’agit d’une grande place avec jardins et fontaines. Deux grands escaliers se trouvent de chaque côté de la place et un pont traverse la Seine pour rejoindre la Tour Eiffel. Sur cette place, beaucoup de touristes viennent prendre des photos et de nombreux marchands s’installent pour vendre toute sorte d’objets souvenirs. Cette foule fait retentir beaucoup de bruits : des sonneries de téléphones portables, des cris, des éclats de rire auxquels se mêlent les jets d’eau de la fontaine et le va-et-vient bourdonnant d’admiration des touristes.

– Le but c’est de trouver Loco !, râle Alexis Molas après son ami polonais.

Vladimir approuve d’un air bizarre.

– Ah ! Oui, c’est vrai.

Les cinq amis cherchent partout. Malheureusement, pas de Loco en vue. Ils se dirigent vers la place. À ce moment-là, Jonathan en profite pour accoster de jolies Allemandes, blondes avec un air de Pamela Anderson.

Lyn et Alita se tournent vers lui :

– Tu dragueras plus tard, Jonathan !

– Je ne drague pas ! s’exclame Jonathan. Je leur demande où est notre ami Loco.

En sueur, Vladimir fouille dans ses vêtements et sort une boussole.

– Qu’est-ce que tu fous ?, lui demande Jonathan.

Le Polonais lui répond :

– Je cherche Loco avec ma boussole qui n’indique pas le Nord, mais le reste…

– Avec une boussole ?, s’écrient ses quatre amis.

– Ben oui, j’ai le droit, non ? C’est interdit ou quoi en France d’utiliser une boussole ? Je suis sûr qu’il y a un passage secret dans la place de Varsovie, Loco a dû le renifler. Par contre, il faut y aller la nuit sinon…

Alexis, agacé, lui coupe la parole :

– Arrête tes conneries, on va se renseigner et c’est tout !

Déçu, Vladimir se tait et range sa boussole dans sa veste.

Alita et Lyn proposent de faire comme Jonathan et de se renseigner. Une jeune fille, qui vient d’acheter une Tour Eiffel miniature, leur dit qu’elle a aperçu un chien couleur sable.

– Ah bon ? Quoi ?!…Vraiment ?!?… Mais où ?, s’empresse de demander Lyn.

– Il se dirigeait vers la Tour Eiffel, répond la jeune fille.

– Merci !! Vite, allons-y !

La bande court vers les escaliers aussi longs qu’un bus qui mènent au monument le plus connu et le plus gigantesque de Paris : la Tour Eiffel. Les amis sont impressionnés par sa hauteur, son immensité et ses énormes ascenseurs.

– Oh, la, la ! Il y a plein de monde !, s’inquiète Alexis. Je ne sais pas si on va le retrouver le toutou.

– On va le retrouver, Alex, on va le retrouver !, l’encourage Lyn.

Chacun crie le nom du chien toutes les dix secondes en montant les longs escaliers – Vladimir s’aidant de sa boussole à l’insu de ses amis. Arrivés aux pieds de la grande dame de fer, les touristes partagent leur sérieuse inquiétude, car personne n’a vu le labrador.

Lyn observe la laisse que tient à présent Jonathan.

– Et si ce n’était pas la laisse de Loco ?, montre-t-elle.

– Ça signifierait qu’il a été enlevé !, comprend Alita.

– Ou alors, propose Alexis Molas, que quelqu’un promenait son jambon et qu’il a interverti sa laisse avec celle du toutou…

La Japonaise gothique et la grande fille intelligente regardent le blagueur. Elles se demandent s’il plaisante ou s’il est sérieux. Au même moment, Jonathan fait un petit « Ouille ! » de douleur.

Il sort sa main droite d’un trou fait au couteau dans le jambonneau. Une goutte de sang perle au bout de son index. Il plonge sa main gauche pour récupérer un papier sur le bord duquel il s’est coupé le doigt.

– Hé ! Il y a un message.

– Et dire que j’ai failli te demander le jambonneau parce que je commençais à avoir faim, dit Alexis.

Vladimir voit la laisse abandonnée et il la ramasse. Les autres s’approchent de Jonathan et lisent le message pendant que leur ami sportif bande son doigt avec un mouchoir.

UN IMMENSE BÂTIMENT SE SITUE DANS LA VUE EN FACE, LA MULTIPLICITÉ DES PIÈCES DU BÂTIMENT CACHE UNE MERVEILLE DU MONDE.

– Oh, non ! Cette énigme est trop compliquée ! Bouh !!!, pleure Lyn.

Alexis Molas ajoute avec un rire :

– On voit que les gothiques aiment pleurer, tu ferais mieux de chercher !

– Mais tais-toi !!!!! s’emporte Jonathan Maurice, d’un ton presque explosif.

Alita réfléchit sur l’énigme. Après quelques secondes, elle s’exclame :

– Ça y est, j’ai trouvé !!! C’est au Louvre que nous devons aller !!

– Comment tu as deviné ?, demande Vladimir.

Alita s’apprête à lui expliquer, mais Alexis Molas lui coupe la parole :

– Alita a un véritable cerveau d’ordinateur !

La jeune fille intelligente l’ignore, elle préfère se concentrer sur les raisons possibles de l’enlèvement du labrador et sur le sens de l’énigme :

– Loco est un chien qui aime bien dormir avec des livres surtout des livres historiques et le kidnappeur le sait !

– En fait, on ne sait pas grand-chose sur Loco, remarque Lyn.

Alita soupire et raconte l’histoire de leur ami disparu :

– Loco a été abandonné quand il était encore un chiot parce qu’il était insomniaque. Il réveillait toujours son maître. Celui-ci ne supportait plus ses aboiements. Il a été adopté par un aveugle qui avait besoin d’un guide pour se promener dehors. Heinrich Tinner. Un professeur de philosophie. Monsieur Tinner devait voyager. Il a demandé à tous ses voisins pour s’occuper de son chien. Mise au courant, je suis allée sonner chez lui. Je suis sa voisine, j’habite juste à côté de chez lui. Monsieur Tinner a demandé à Loco de m’accueillir et notre ami à quatre pattes m’a ouvert la porte. Vous vous rendez compte ?

– C’est vraiment un chien exceptionnel !, s’exclame Lyn.

– Oui, approuvent ses amis.

Alita continue son histoire :

– Monsieur Tinner m’a alors expliqué son problème : « J’ai un train à prendre. J’en ai pour la journée. Est-ce que tu pourrais t’occuper de Loco ? D’ailleurs, je crois qu’il aurait besoin d’un bon toilettage. » J’ai accepté. Loco est un chien très gentil et très affectueux. Je l’ai donc amené au « Tout tout pour tous les toutous ! », un salon de toilettage. Quand la toiletteuse l’a épilé, elle a découvert un tatouage sur sa cuisse postérieure gauche représentant un symbole. Elle m’en a parlé et m’a proposé de le lui enlever. Je lui ai répondu que je devais d’abord en parler au maître de Loco. Je suis retournée chez Monsieur Tinner le soir, mais il n’était pas encore rentré de son voyage. Ça fait maintenant une semaine qu’il est absent…

 

Chapitre 3

L’inconnu du Louvre

Le groupe des cinq court pour aller au Louvre. Lyn et Alita proposent de prendre un taxi, mais personne n’a assez d’argent !

– Et pourquoi pas le bus ?, demande Alexis Molas.

– Mais il y a trop de monde à l’arrêt de bus !, répond Jonathan Maurice. On va perdre encore plus de temps. Sans parler de la circulation.

Vladimir Novak décide d’emprunter la rue de la Liberté, tout le monde le suit à toute vitesse. Alita bouscule alors un monsieur. Ce dernier est grand, avec une écharpe rouge, fumant une cigarette, portant un manteau qui lui traîne presque au bas des pieds. L’inconnu l’apostrophe :

– Vous avez l’air bien pressé jeune fille, avec vos gardes du corps !

Lyn d’un air fracassé lui explique tout :

– On a perdu notre chien ! Il a été échangé avec un jambonneau. Dedans, on a trouvé un message.

L’homme à l’écharpe réfléchit puis demande :

– Votre chien ressemble à quoi ?

– Il est de couleur sable, pleure Alita. Il adore courir et…

– Jamais vu, l’interrompt l’homme. Bonne journée.

Il s’en va en prenant une autre cigarette.

– Bien louche, ce gars…, dit Lyn, inquiète.

– Normal, il ne pense qu’à fumer…, fait remarquer Alexis le ton très drôle et moqueur.

Vladimir sort une cigarette. Les blagues de Molas l’énervent. Il a besoin de se calmer les nerfs

Les cinq amis se remettent à courir, le long de la Seine.

Ils courent, ils courent, ils courent en pensant tous à Loco, perdu, kidnappé, torturé. En particulier Alita qui en avait la responsabilité.

* * *

Arrivé au Louvre, Alita aperçoit du monde qui admire la Pyramide de verre. Elle se trouve au milieu d’une immense cour entourée d’un grand, très grand, très très grand bâtiment qui ressemble à un château. En fait, il s’agit aujourd’hui du plus célèbre Musée de Paris où il y a des statues anciennes qui datent et viennent de Grèce et d’Égypte, des tableaux, des armes anciennes, des animaux empaillés, des vases, des squelettes de dinosaures, des momies et des photos de la Seconde Guerre mondiale.

La grande fille intelligente revoit alors le monsieur à l’écharpe rouge.

Il s’approche du groupe des cinq amis d’un pas glacial et leur demande du feu pour allumer sa cigarette. Vladimir Novak lui tend son briquet à tête de mort en fronçant les sourcils, l’air méfiant. Puis l’homme à l’écharpe rouge pose une question :

– Que cherchez-vous, jeunes gens ?

– Vous le savez ! Vous nous suivez, sale rat !, l’agresse Vladimir prêt à se battre.

L’homme éclate de rire et dit calmement :

– Je dois partir. J’ai visité le Louvre. Je vous souhaite une bonne visite.

Ce monsieur bizarre et effrayant s’en va.

– C’est lui, notre kidnappeur ! C’est lui !!, l’accuse Alexis Molas.

Tout le monde se tait. Alita contemple le Louvre. Elle se rappelle de la boussole de leur correspondant polonais.

Un immense bâtiment avec des souterrains peut-être ?, songe-t-elle, cherchant à trouver un rapport avec l’énigme qu’elle a décryptée.

* * *

À l’entrée du Louvre, les cinq amis voient des centaines de personnes venues visiter cette merveille.

– Bon sang !, crie Vladimir. Impossible de trouver Loco, ici !

– Ben… C’est de ta faute si le toutou a disparu !, lui renvoie Alexis.

– Comment ça ? Ma faute ! C’est toi qui a refusé de le caresser !

Jonathan et Lyn retiennent leurs deux amis qui se disputent.

– C’est bon, assez !, s’énerve Alita.

– Tu vois ma main, ça !, dit tout à coup Alexis.

– Et alors ?, demande Lyn.

– Alors, mon allergie recommence ! Mince !!!

Alexis montre sa main droite. Elle est rouge. Rouge comme le sang ! Alita remarque que des boutons et des poils noirs comme ceux d’un animal la recouvrent. La jeune fille soupçonne encore une blague de sa part, mais ne dit rien.

– Vous ne sentez rien ?, demande Jonathan en reniflant très fort avec une grimace.

Ses amis approuvent. Ils sentent une drôle d’odeur quelque part.

À ce moment, l’un des gardiens s’approche d’eux. Vêtu d’un gilet rouge assez sale, il porte une casquette avec l’inscription « sécurité ». Il est plutôt gros, mal rasé et paraît nerveux.

– Excusez-moi vous cinq, vous cherchez votre chien ?

– Oui, pourquoi ?, demande Lyn, joyeusement surprise.

– Elle pue votre toque !, dit Vladimir en se bouchant le nez.

Jonathan comprend d’où provient l’odeur.

– Loco a uriné sur la tenue du gardien, explique-t-il. Mais au fait, vous avez vu notre chien ?

– Ce qui signifie que nous sommes sur la bonne piste !, s’exclame Alita.

– Oh, je crois que je n’avais pas senti !, remarque le gardien.

Jonathan dit avec surprise :

– C’est vrai ?

– Je crois que je l’ai aperçu se dirigeant vers les sous-sols du Louvre. Mais faites le sortir le plus vite possible, car les chiens sont interdits au musée.

Vladimir dit avec excitation :

– Okay, on y va !

Ils ont trouvé une porte à gauche de l’entrée avec un levier à côté.

Sur la porte il y a un panneau « attention à la marche ».

Jonathan la pousse. Il entre dans une salle. Elle est tellement sombre que Jonathan trébuche et tombe le long des escaliers qu’il n’avait pas constatés. Il se retrouve la tête, les genoux et les pieds à terre, et les fesses en l’air.

Alita lui crie :

– Ça va, Jo ?

– Ouais, ça va. Ouille !

Alita et Lyn descendent les escaliers. Dans la pièce sombre, Vladimir enclenche un interrupteur qui allume la lumière, et Jonathan aperçoit un crâne de chien. Le joueur de poker crie de toutes ses forces.

– Aaaaaaaah ! LOCOOOOO !!

Alita l’interrompt :

– Eh ! mais attends, c’est un squelette de petit chien en plastique !

– Ha, mince…

Pendant ce temps, Vladimir prend son médicament psychoactif et il rejoint les autres, mais il a l’impression de voir Alexis Molas en haut des escaliers en train de discuter avec le gardien. Il se dit que c’est bizarre et chelou.

Vladimir recherche les trois autres amis et, une minute plus tard, il les retrouve en bas des escaliers. Au même moment, Alexis est parmi eux. Les cinq amis avancent dans les souterrains du Louvre.

Il y a de l’eau partout et il y a des torches allumées. C’est un tunnel souterrain du XVIIe siècle. Des vieilles poutres en bois soutiennent le plafond. Ils croisent d’autres œuvres d’art, comme des squelettes humains déguisés en soldat et en chevalier. Ils en sont terrifiés rien que de les voir.

– L’endroit est un peu terrifiant !, remarque Lyn. C’est un piège, vous ne croyez pas ?

– Je n’en sais rien…, lui répond Vladimir.

– Je crois qu’il faudrait se séparer, propose Jonathan. Il y a plusieurs chemins…

Alita s’exclame avec une voix aiguë :

– Non, je ne crois pas qu’il faille se séparer.

– Je vais chercher tout seul !, dit alors Alexis Molas.

Les autres attendent en se demandant s’il reviendra ou pas.

Pendant ce temps-là, Vladimir Novak utilise sa boussole et va vers l’Est. Il entend un bruit de pas. Il s’approche et se cache derrière une grosse poutre. Il voit alors le gardien. Il est stressé et tourne en rond.

Il cherche la clé de la porte devant laquelle il tourne en rond et donne des coups de poing au mur et surtout dans la porte.

Vlad se rend compte que c’est un faux gardien. Ce dernier finit par trouver la clef par terre, près de la porte. Il l’ouvre et disparaît en la fermant à double tour.

Le Polonais revient vers le groupe.

– J’ai vu le gardien, commence-t-il.

– On ne cherche pas le gardien, dit Jonathan. On cherche Loco, tête de drogué.

Vladimir, déçu, se tait et il essaye de se calmer.

Tout à coup, Alexis arrive au hasard.

Ils sentent alors une odeur d’urine de chien.

Jonathan recule directement en se pinçant le nez :

– Mais ça pue un max !

En utilisant sa boussole, Vladimir parle :

– Suivez-moi !

Alexis est surpris :

– Quoi ? Et pourquoi ?

Vladimir court sans l’écouter et tout le monde le suit. Alexis Molas parle tout seul en leur emboîtant le pas.

Jonathan trouve alors un jeton de casino de 3000 euros avec un morceau de manteau violet mauve. Le jeton est rond avec de l’or et il est écrit Polski en argent.

– Il faut vite trouver Loco !, s’inquiète Alita.

– Oui, mais où exactement ?, demande Vladimir.

Alita pense que le morceau de manteau appartient au kidnappeur et que celui-ci joue au jackpot dans un casino appelé Polski .

– Il faut se rendre dans ce casino , on y trouvera celui qui a enlevé Loco !

– Mais on est perdu, lui rappelle la jeune gothique. On est dans un labyrinthe.

– Il faut que j’utilise ma boussole !, s’exclame Vladimir.

– Encore ta boussole !, dit Jonathan avec mécontentement.

Sans attendre, le Polonais prend la direction de l’Ouest.

Tout le groupe suit, mais Jonathan traîne les pieds.

Dix minutes plus tard, ils trouvent la sortie.

Elle est juste derrière une porte en acier. En ouvrant la porte, le groupe aperçoit des voitures qui roulent lentement à cause d’un « cédez le passage ». De grandes maisons se collent les unes aux autres.

– Capitaine Jack Sparrow, dit Lyn. On a maintenant trouvé le chemin ! Félicitations !

Lyn est super contente, car elle croyait qu’elle était perdue à jamais. Elle saute très haut en criant « Super ! » et en embrassant Vladimir sur la joue.

 

Chapitre 4

Quinte Flush royale

Il est 17 heures 30 sur l’écran de la montre électrique de Lyn.

Ils longent la Seine vers Notre Dame et croisent un chinois, sosie de Chuck Norris ou plutôt de Steven Seagall.

Son costume noir est froissé, son nœud papillon défait, il a l’air déprimé.

Alexis Molas lui demande :

– Où peut-on trouver le casino Polski ?

– Ahhh !!! Foutez moi la paix j’ai tout perdu dans ce casino là ! Venez plutôt avec moi au casino du Dragon Rouge !

Vladimir lui répond :

– On va pas là pour jouer, on veut enquêter sur la disparition de notre chien !

– Dans ce cas, longez la Seine et troisième à droite. Et vous auriez pas quelques euros ?

Vladimir Novak arrive complètement drogué et ayant trop fumé de cigarettes devant le casino. Alexis Molas est songeur, il regarde Vladimir qui vient de sortir de sa poche son portable. Il compose un numéro, le met à son oreille et parle en polonais. Lyn écoute à la radio Rire et chansons sur son MP3, en se balançant, par rapport à ce qui s’est passé avant. Jonathan est heureux, car c’est un établissement où on joue au poker. Et Alita est fatiguée, très fatiguée de la journée.

Des voitures italiennes coupées et cabriolets occupent presque tous les trottoirs du casino sauf la place handicapée où il est interdit de stationner et de s’arrêter.

L’intérieur de l’établissement de jeu est divisé en quatre lieux. Un lieu pour jouer aux dés et fumer, un autre pour manger et boire, un autre pour jouer aux cartes et un hôtel. Une porte noire, sombre, où personne n’entre est gardée par trois gardes du corps armés d’un bâton télescopique. Ils sont gros. Ils portent des vestes blanches et un jeans blanc. Il y a beaucoup de monde : des joueurs, des mangeurs, mais aussi de gros fumeurs. La fumée des cigares cubains et des pipes reste au-dessus des têtes et on a du mal à respirer. Certains joueurs désespérés sont nerveux parce qu’ils veulent gagner.

Vladimir remarque que son portable a disparu, car il n’est plus dans sa poche. Cette perte le stresse. Il essaye de trouver son téléphone, mais il ne sait pas où il est. Il le voit sur la main de quelqu’un. C’est une main de femme. Elle est très, très, très jolie. Ses dents brillent comme des diamants. Son manteau est en peau de lynx, on dirait Tatiana Romanova dans le film Bons baisers de Russie.

Le Polonais va vers elle. Il lui dit :

– Mais, c’est mon portable ?

La femme dit :

– Non, ce n’est pas le vôtre.

Il accepte en s’excusant et il cherche encore son téléphone.

Pendant ce temps, Alexis Molas abandonne tout le monde en se faufilant discrètement pour aller au bar se rafraîchir les idées.

Jonathan part jouer tranquille au poker, mais il ne fait que ça.

Lyn se plaint :

– Je crois que je vais aller chercher ce maudit joueur de poker.

Alita calme son amie :

– Laisse tomber, on se débrouillera toutes seules.

Ces deux jeunes femmes essayent de trouver Loco ou des indices.

Alita appelle Lyn.

– Viens voir ! Je crois que j’ai trouvé un indice !

Alita est en train de revenir avec une laisse qui est en cuir épais bleu avec un crochet semi-automatique.

Lyn dit :

– Mais c’est la laisse de Loco ! Où as-tu vu ça ?

– Là-bas !, répond Alita. À gauche, tout près de l’aquarium

Les deux filles vont dans la partie « restaurant ». Un serveur les accueille :

L’employé pose une question :

– Puis-je vous aider mes demoiselles ?

– Avez-vous vu un labrador ?, demande Lyn. Nous avons sa laisse.

– Non, je n’ai pas vu un chien dans cet endroit.

Alita le juge :

– Vous mentez !

Le serveur riposte :

– Mais, non. Je ne mens pas. C’est impossible, car ici c’est interdit, mesdemoiselles, aux chiens, aux chats et à tous les animaux. Les deux amies sont étonnées de voir Alexis au bar en train de faire un strip-tease.

Alexis Molas, bourré, se met torse nu. Il enlève son pantalon. Alita, surprise qu’il soit ivre, le voit avec un slip panthère rose. Elle court pour calmer leur copain et lui dit de se rhabiller.

Alexis Molas se tient à Alita.

– C’est moi qui voulais…, se confie-t-il.

Lyn lui donne une claque et lui dit d’aller se rhabiller :

Il remet son pantalon de survêtement et son t-shirt.

La gothique dit à Alita :

– Tu dois louer une chambre pour Alexis, s’il te plaît.

La jeune fille intelligente est d’accord et part tout de suite.

Alexis reste par terre, allongé. Lyn le remet debout et le tient pour qu’il ne tombe pas. Alita retourne sur ses pas et elle dit :

– Au fait, nous n’avons pas d’argent.

– Mais comment allons nous faire ?

– Je crois que Jonathan peut gagner, il est fort en poker.

– Super ! On va attendre qu’il gagne !

Soudain, Alita se met à trembler. Elle a une vision. À l’âge de six ans et à cause de ce trouble, elle était rejetée à l’école. La vision montre Loco pendu dans un arbre.

– Alita !, prend peur sa camarade gothique.

– Lyn, j’ai eu une vision. J’ai vu Loco mort, pendu dans un arbre. Je croyais qu’elles avaient disparu à dix ans, mais ça revient. J’ai trop peur que ça m’arrive encore.

– Lors de la prochaine vision, exploite-la plus, conseille Lyn. Rejoignons Jonathan et Vladimir.

* * *

Jonathan est à une table de poker dans la salle des jeux qui est à côté du bar, avec le jeton trouvé au Louvre.

Il commence à draguer avant de jouer au poker.

–Bonjour toi !, le saluent deux filles. Nous avons entendu dire que tu as gagné au poker en tournée mondiale.

– Oui, répond-il. Qui êtes-vous ?

– Moi, c’est Sandra et elle c’est Helena.

Helena est brune, les cheveux bouclés attachés avec une pince en or et une robe comme Angelina Jolie. Sandra est blonde aux cheveux longs, avec des bijoux en or massif, une robe sexy violette, un maquillage brillant aux yeux et un tatouage de fleur sur le bras.

– Oh !, moi c’est Jonathan. J’ai la finale du tournoi à gagner pour les 50 000 euros.

Alita et Lyn arrivent avec Alexis, saoul.

– Gagne la partie, dit Alita, on n’a pas d’argent pour louer une chambre du casino pour Alexis.

– Je crois que c’est (hip !)…, dit Alexis Molas, qu’on a un peu (hip !) trouvé ce chien (hip !) qui s’est barré en train… (hip !)

– D’accord, dit Jonathan. Je gagnerai quoiqu’il arrive, pour vous, pour Vlad et pour Alexis parce que sinon il recommencerait encore.

Une voix grave les interpelle :

– Pourquoi n’avez-vous pas d’argent ?

– Non, VOUS !!

L’homme avec l’écharpe rouge se dresse devant les filles comme un roc.

– Si vous voulez de l’argent, que malheureusement je n’ai pas sur moi, vous devrez faire face à l’adversité.

– Qui est l’adversité au juste, demande Lyn.

– Je suis l’adversaire, répond l’homme à l’écharpe rouge.

Il s’assoit sur une chaise à la table de Jonathan.

– Faisons une partie de Poker !, décide-t-il.

– Vous êtes bizarre, réalisent Lyn et Alita.

– Je m’appelle Cédric Marcus !, répond fortement le monsieur bizarre. Vous, les gamines, c’est une partie entre garçons !

– Et moi, Monsieur, je suis Jonathan Maurice et…

– TAIS-TOI ! JOUE PLUTÔT !, l’interrompt le drôle de monsieur.

Il distribue ensuite les cartes. Jonathan est très perturbé par son jeu qui est assez faible.

– Vous êtes nul, cher Maurice, se vante Cédric Marcus. Nous commençons avec 25 000 euros et vous êtes déjà à 5000 euros. Je gagne et je ne perds jamais !

L’homme à l’écharpe rouge distribue de nouvelles cartes.

Jonathan est plutôt content, car il est en mesure de le battre.

– Je sais que vous avez un mauvais jeu donc je mise 4000 euros, s’énerve Cédric Marcus.

– Je vous suis !, dit Jonathan. D’accord ou non, jamais je ne perdrai.

Cédric Marcus met quatre rois sur la table.

– J’ai un carré de rois !, s’excite-t-il. HA ! HA ! HA ! Je suis le meilleur !

– Non, car moi j’ai un carré d’as !, rigole Jonathan.

Cédric Marcus le regarde d’un air effronté.

– Faisons une dernière partie, dit Cédric Marcus. Et là, nous misons tout notre argent!

– Je vous suis, dit Jonathan.

L’homme à l’écharpe rouge distribue les cartes pour la dernière et Jonathan a un roi de cœur et une dame de cœur. Il relève les deux premières cartes et c’est le valet de cœur et l’as de cœur.

– Je fais tapis !, crie Cédric Marcus.

– Je suis, dis Jonathan.

Marcus relève les dernières cartes. Le dix et le neuf de cœur.

– QUINTE FLUSH ROYALE !, s’exclame Jonathan.

Il lève ses bras plus très haut. Cédric Marcus part en jetant toutes les cartes par terre et les jetons.

– Jonathan le meilleur joueur de poker du monde !!, hurlent Hélène et Sandra.

Le tournoi se termine, Jonathan a gagné 50 000 euros. Il est au premier rang au poker.

– J’ai enfin plein d’argent pour acheter toutes les chambres. Et pour trouver Loco.

 

Chapitre 5

Trahison

Pendant qu’Alita et Jonathan recherchent Loco, Lyn loue la chambre 614 de l’hôtel au-dessus du casino avec l’argent du poker pour amener Alexis au lit. Sur le trajet, l’alcoolique continue de faire son guignol :

– Hé, les mecs… j’… j’ai bu qu’un seul verre et… j’suis pas bourré ! Hips !

Il finit par tomber par terre et Lyn est donc obligée de le traîner jusqu’à un lit de la chambre. Alexis commence à ronfler quelques secondes après s’être couché, pendant que Lyn va dans la salle de bains pour prendre sa douche.

Sa douche terminée, elle se rhabille avec les vêtements qu’elle portait. Elle met en premier ses sous-vêtements. Elle met sa jolie robe noire, ses bottes à talon quand Alexis entre avec un téléphone à la main et lui dit, toujours l’air ivre mort :

– Hé, r’garde ! J’… J’ai le téléphone de Vladimir !

Lyn croise ses bras sur sa poitrine.

– Ça va pas !, crie–t-elle.

– Excuse-moi, je croyais que c’était la salle pour le poker…

– Ouais, fous-toi de moi ! Où est-ce que tu as trouvé le portable ?

– Hips ! C’est un groom… Ouais, un groom a sonné à la porte et me l’a transmis. Je peux te le donner Vladimir ?

– Oui, bien sûr, aucun problème, retourne te coucher, maintenant !!

Alexis pose le téléphone sur un tabouret. Quelques secondes plus tard, Lyn a fini de s’habiller et le téléphone se met à sonner.

Après trois secondes d’hésitation, elle prend le téléphone en lisant et regardant l’écran. C’est un numéro inconnu. Elle décroche sans rien dire et retient sa respiration pour ne pas faire de bruit. Une voix, également inconnue, sort du téléphone :

– Allô, Vladimir ? Ne raccroche pas !! Notre plan B ne mène à rien. On va passer au plan C : on va emmener Loco dans une péniche pour parfaire notre opération. Vlad ? Vlad, tu es là ? »

Lyn, terrifiée du message, raccroche et se met à respirer à fond et à pleins poumons.

Vladimir entre alors dans la pièce et dit :

– Il est là, mon téléphone ?

– Ah, oui ! J’allais oublier, tiens !

– Mon portable !!, s’enthousiasme le Polonais. Mon précieux !!

Elle lui donne son précieux.

– J’avais entendu sa sonnerie, il a sonné ?

– Non.

– T’es sûre ?

– Heu… Ah si ! Mais je n’ai pas décroché. Ça ne se fait pas, tu sais. Mais où tu étais ?

– J’ai croisé un employé de l’hôtel qui m’a dit que mes amis avaient loué cette chambre.

– Ça te dirait une sortie au resto ? Je vous propose le restaurant, car on n’a pas mangé depuis midi et j’ai horriblement faim !

– OK

Ils quittent la chambre pour rejoindre le reste du groupe et aller au restaurant. Mais Alexis Molas a trop bu. Ils le laissent dormir.

* * *

Les amis arrivent au restaurant du casino, mais il est complet. Ils en cherchent un nouveau dans la ville, mais tous ces magasins de nourriture sont fermés ou complets.

Trois-quarts d’heure de recherche après, Alita s’exclame de joie :

– Ça y est !! Je viens d’avoir une idée lumineuse !!!

– Oui ? Qu’est-ce qu’il y a ?! demandent les autres.

– Et si on mangeait le jambonneau ?

Après l’avoir mangé, ils retournent à l’hôtel pour se coucher. Chacun dort en sous-vêtements, car ils n’ont pas prévu de passer la nuit et n’ont donc pas pris de pyjama. Tout le monde réussit à dormir sauf Lyn qui réalise la terrible nouvelle qu’elle a apprise avec le téléphone de Vladimir.

 

Chapitre 6

Le jumeau qui suivait le jumeau qui suivait le chien

8 mai 2012, le lendemain, à 8 heures 15, le groupe se lève sauf Alexis qui a trop bu hier soir. Vladimir a essayé de le réveiller en lui mettant les écouteurs du MP3 de Lyn avec une musique au volume maximal. Mais il continue de dormir.

Puis, pendant que Vladimir est aux toilettes, Lyn réunit le reste du groupe et leur révèle tout bas :

– Hier soir, j’ai récupéré le téléphone de Vlad. Il a sonné, j’ai décroché sans dire un mot et c’était un inconnu qui appelait ! Il a l’air d’être dans l’affaire de l’enlèvement de Loco !

– Tu veux dire que Vlad est leur complice ? interroge Alita, choquée.

– Probablement, alors, je vous demande de vous méfier de lui.

Vladimir sort des toilettes. Son téléphone portable sonne, il décroche et tout le monde se tait. Quelques secondes après, Vladimir raccroche et dit aux autres :

– On vient de me donné un message : « Notre secret pour la dame est l’avenir de la matraque pour Paris » !

– Encore une énigme ?, lui demande Lyn.

– Ouais, répond Vladimir. Je me demande comment il a eu mon numéro ?

– Notre-Dame de Paris !, affirme Alita.

– Comment as-tu trouvé ?!, lui demande Jonathan.

– J’ai tout simplement pris le premier mot de la phrase, puis j’ai passé trois mots pour le suivant et ainsi de suite… Tu n’as pas compris ?

– Non.

– Bon, c’est pas grave, dit la jeune Japonaise gothique. Nous te faisons confiance, Alita. On va sortir de l’hôtel pour aller à Notre-Dame. Et plus vite on y va, plus vite on retrouvera Loco.

– Rapidité, efficacité !, dit Vladimir.

Quelques secondes passent, il s’avance pour se faire fixer par les autres.

– Hé, ben !, réagit le Polonais. S’il faut y aller, c’est maintenant !

– Mais oui !, dit Lyn.

Tout le monde se prépare sauf Alexis qui est resté couché. Jonathan lui laisse un post-it sur la table de nuit pour le tenir au courant qu’ils sont partis à Notre-Dame quand il va se réveiller.

* * *

Arrivés devant Notre-Dame, Jonathan, Vladimir, Lyn et Alita se rendent comptent de la grandeur de cette nouvelle partie de cache-cache. Elle est aussi géante que la Tour Eiffel, peut-être aussi longue que le Louvre. La porte est en or massif y compris la poignée, même s’il y a du bronze autour. Les cloches sonnent aussi fort qu’une bombe qui exploserait à huit-cents mètres. Le toit est en ardoise noire.

– Alors, c’est ça, la cathédrale de Notre-Dame ?, demande Lyn.

– Oui, dit Jonathan.

Ils poussent la porte sauf Vlad qui admire à fond la porte de droite.

L’intérieur de Notre-Dame est sombre, car les lampes ne sont pas nombreuses. Ils sont à côté d’évangiles qui sont posés sur un pupitre. Des représentations du chemin de croix sont clouées au mur. Des candélabres à côté de la porte ornent la cathédrale.

Jonathan entend la queue d’un chien qui frappe le bois d’un banc.

– Je crois que j’entends Loco.

Tout à coup, Loco aboie.

Ils courent à fond prenant l’escalier qui conduit à l’étage.

Alita crie :

– Eh ! c’est interdit de passer par là !

Lyn lui répond :

– Tais toi et cours ! L’important c’est de sauver Loco, pas de suivre les règlements !

Surpris, ils voient l’homme avec l’écharpe rouge.

– Merde, alors!, s’énerve Jonathan.

Alita est surprise :

– Non, pas toi ?

– Lui ? Mais qui es-tu ?, questionne Lyn très étonnée.

– Hé toi !, réalise Vladimir. C’est l’homme qui était à la gare !

– Je suis Xavier Marcus, répond l’inconnu, mais vous pouvez me surnommer Bob le Pyromane. Je ne vous ai pas parlé de mon frère jumeau?

– Non, pas du tout, dit Alita.

– On était ensemble dans le métro, hier, en direction de la place de Varsovie. Je l’ai vu ouvrir le collier semi-automatique d’un chien qui pourrait être le vôtre. La laisse était tenue par vous, Vladimir.

– Ça me revient ! C’était vous qui portiez des molaires bizarres sur votre pull, lui crie Vladimir. Xavier ouvre son manteau en enlevant son écharpe rouge et il montre son pull en laine avec des boutons blancs.

– Hé ! Hé ! Hé ! Tu n’aurais pas des hallucinations par hasard ? C’était des boutons blancs. Ensuite, mon frère a effrayé Loco qui s’est enfui.

– Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?, lui demande Alita.

– Cédric Marcus, mon frère, s’est fait passer pour moi pour vous empêcher de le retrouver avec l’aide du gardien. C’était également lui qui écrivait toutes ces énigmes. Le jeton du casino et le morceau de tissu n’étaient que des fausses pistes. Votre chien est bel et bien passé par les sous-terrains du Louvre et je l’ai aidé dans cette aventure. Mon frère suivait votre chien et moi je suivais mon frère.

– Et donc ?, lui dit Jonathan.

– Ben, je l’ai retrouvé, quoi.

Le groupe se réjouit alors de la nouvelle de Xavier. Jonathan se demande si Vladimir, lui, fait semblant d’être satisfait, car il le soupçonne toujours d’être un complice de l’enlèvement.

Xavier Marcus ajoute :

– C’est pour ça que l’on m’appelle Bob le Pyromane. Je sabote toujours les plans de mon frère…

– Mais alors, se dit Lyn, comment ça se fait qu’on a retrouvé la laisse de Loco, alors qu’il n’est jamais passé au casino ?

– Je comprends !, lui dit Alita. Cédric a mis le jambonneau à la place de Loco après l’avoir fait se sauver ! Il n’y a jamais eu d’échange de laisse.

Vladimir a dû perdre la laisse en cherchant son portable.

– Hé, bé ! Que de révélations !, dit Jonathan.

La jeune Gothique dit :

– Chut ! Vous entendez ? On dirait que le bruit vient par ici.

Loco arrive. Il court comme un chien qui n’a pas vu ses amis.

Tout le monde le caresse et l’embrasse.

Le labrador aboie deux fois et comme il a sauté sur Lyn, il lèche Alita. Tout le groupe est très heureux de le retrouver.

Quand tout à coup, les quatre amis voient Cédric Marcus arriver dans un sombre mouvement.

Et une drôle de tête qui vient aussi vers eux.

– Le gardien du musée !, s’écrie Alita.

Le gardien tient avec une seule main Cédric Marcus par les poignets.

– Ce sournois, dit le gardien, je l’emmène en prison. Profitez bien des retrouvailles.

Alita lui répond :

– C’est bizarre… maintenant il veut nous aider. Il y a un truc qui cloche…

– Les deux camps m’ont demandé de l’aide, leur explique le gardien. Respectivement votre ami, Alexis, ainsi que Xavier, mais j’ai choisi vôtre camp, car je ne voulais pas faire quelque chose de mal. Et Alexis m’a donné envie de le trahir.

Les quatre amis sont tous en fureur contre Molas car ils viennent de se rendre compte que c’est lui le traître.

– Saperlipopette alors !, dit tout à coup Lyn. Je m’excuse Vlad, je croyais que c’était toi le traître.

Vladimir Novak est surpris par les excuses, voire étonné.

– Quoi ? Moi ?

– Ben oui. Pour l’histoire de ton portable et même que t’as parlé en polonais.

– Mais tu as fumé quelque chose toi ?!

– Moi ? Je ne fume pas de tabac ou autre chose dans le style de tes joints !

– Okay, okay. En réalité, je téléphonais à une amie en Pologne, à Cracovie.

Curieuse et très attentive, Lyn le questionne :

– Elle s’appelle comment ?

– Nikita Levandowsky…

– Tu ne m’en veux pas ?

– Non, bien sûr.

– Expliquez-vous !, exige Jonathan à Cédric.

– D’accord, raconte Cédric. Il y a longtemps, j’ai été le chef de chantier en espace vert pour le maire de Paris, car on était ami. J’ai trouvé un objet dangereux pour l’humanité que je voulais utiliser. Le maire m’a banni à tout jamais. Mais j’ai décidé que je me vengerai. C’est pour ça que votre ami, Alexis, s’est associé à moi.

– Nous sommes les oncles d’Alexis, reconnaît Xavier. Son vrai nom est Marcus.

– Alexis… Marcus ?, réfléchit Jonathan.

– Attendez !, crie une personne.

Alexis Molas ouvre la porte en grand.

– Enfin (souffle) je vous… (souffle) ai cherché partout.

Vladmir a envie de le frapper, mais il est retenu par les autres.

– Calme-toi, dit Lyn . Il est trop vulnérable pour toi !

Vlad se débat :

– Il nous a baladés partout, l’enfoiré !

– Je peux vous expliquer…, s’apeure Alexis.

– D’accord, accepte Alita.

– Vas-y, explique-toi , dit Xavier Marcus.

* * *

Alexis Molas pleure.

– Je voulais, déjà de une, trouver un moyen pour qu’on s’intéresse à moi. Je voulais Loco que pour moi, juste pour mes problèmes de santés. Je souffre d’une maladie qui touche le cerveau donc j’ai demandé à mon oncle Cédric Marcus de s’occuper de Loco. Mais aussi de la quête annexe : voler le portable de Vladimir et de faire courir mes chers amis.

Soudain le traître sort un couteau très pointu et le met sous sa gorge avec la pointe très acérée.

– Ne fais pas ça !, hurlent tous ses amis

Jonathan court, court, COURT !! Il enlève le couteau des mains en mettant à terre Alexis Molas et lui dit :

– Tu as de très bonnes qualités que nous n’avons pas. Il y a du bon dans ce monde et il faut se battre pour ça ! Bas toi !! Alexis Molas cesse de pleurer et va mieux.

– Pardonnez-moi pour ces histoires abominables.

 

épilogue

– Adios Amigos ! Voilà notre train pour Valenciennes !, crie Alita avec enthousiasme.

Il y a Alexis pour regretter ses actes.

Lyn lui dit:

– Viens me faire un câlin et ne me fais plus un coup comme ça !

La jeune fille gothique enlace son ami pour lui pardonner.

– Tu avais raison, dit Alita. En fait, on s’est un peu moqué de toi jusqu’à maintenant.

Jonathan lui serre la main et dit à son ami :

– Je t’invite à ma prochaine partie de poker !

Vladimir lui tapote l’épaule.

Loco, comprenant qu’Alexis Molas est allergique à ses poils, évite de s’approcher de lui.

Et les six compagnons s’en vont chez eux en se disant adieu.

Trois ans plus tard, Jonathan est devenu travailleur dans une grande chaîne de casinos. Lyn devient aventurière. Alita est avocate, Vladimir a arrêté de se droguer et devient agent de prévention de la drogue. Alexis Molas vend des ours et des éléphants en peluche dans une fête foraine. Cédric Marcus est en prison où il dit son dernier mot : « Quel con ! J’aurais dû garder la laisse ! »

Loco a fait des petits et son maître Heinrich Tinner qui était revenu beaucoup plus tard que prévu est maintenant professeur à la retraite. En souvenir de cette aventure, le groupe lui a offert l’os du jambonneau qui n’a jamais été dégusté. Un jour, Heinrich fait tomber cet os et le reconnaît au bruit vu qu’il est aveugle. C’est donc le moment pour lui de le donner à Loco.

FIN.